Quatre Jours de Bruxelles
Les Quatre Jours de Bruxelles aussi appelés les Quatre Journées[1],[2] ou les Quatre Jours[3], sont un épisode de la révolution belge et plus particulièrement des Journées de Septembre. Ils désignent les combats menés dès le à Bruxelles, lorsque les forces armées du royaume uni des Pays-Bas tentent de reprendre le contrôle de la ville après que celle-ci s'est rebellée contre l'autorité de La Haye et du roi Guillaume Ier lors des émeutes d'aout 1830 à Bruxelles qui ont déclenché l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux.
| Date | - |
|---|---|
| Lieu | Bruxelles |
| Casus belli |
Émeutes d'août 1830 à Bruxelles Insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux |
| Issue | Victoire des insurgés Belges |
| Changements territoriaux | Mène à l'indépendance de la Belgique du royaume uni des Pays-Bas |
| Inconnues | 13 503 hommes |
| 430 morts 1 212 blessés 122 prisonniers |
536 morts 868 blessés 450 prisonniers |
| Coordonnées | 50° 50′ 44″ nord, 4° 21′ 51″ est | |
|---|---|---|
À la surprise générale, les forces royales sont repoussées dès le premier jour à deux de leurs quatre points d’entrée, porte de Flandre et porte de Laeken, et ne parviennent ensuite à se rendre maîtresses que d’une petite partie de la ville haute, arrêtées par les combattants volontaires dans le parc de Bruxelles et minées par des vagues de désertion considérables. La résistance aussi farouche qu'inattendue du peuple bruxellois, bien aidé par les nombreux volontaires issus de l'ensemble des provinces méridionales et même de l'étranger, conduit le prince Frédéric à battre en retraite dans la nuit du 26 au et à évacuer la ville avec ses troupes. On dénombre près de 1000 morts et 2000 blessés tous camps confondus, ainsi que de nombreuses destructions et atrocités commises sur les habitants, ce qui achève de retourner l'opinion publique belge contre l'autorité de la maison d'Orange-Nassau.
Les Quatre Jours se déroulent en parallèle à l'assaut de Louvain par le général Ghisbert Martin Cort Heyligers et sont les premières attaques à l'initiative de l'armée, donnant naissance à la guerre belgo-néerlandaise. Outre l'aspect militaire des combats, les Quatre Jours sont le berceau du premier gouvernement provisoire de Belgique, l'embryon de l'organisation politique du futur état belge, qui proclame son indépendance du royaume uni des Pays-Bas le .
Contexte
modifierBruxelles en 1830
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Ancienne capitale des Pays-Bas espagnols sous Charles Quint, l'histoire de Bruxelles a toujours placé la ville au centre du futur territoire belge, que ce soit en tant que capitale du duché de Brabant ou au sein des Pays-Bas autrichiens. La cité se signale déjà dès 1787 lors de la révolution brabançonne et devient tout naturellement le véritable berceau de la révolution belge en 1830. En effet, à cette époque, elle abrite 98 279 habitants et est, à ce titre, la deuxième ville la plus peuplée du royaume uni des Pays-Bas derrière Amsterdam. Le palais royal de Bruxelles est également le second lieu de résidence du roi, après la capitale, La Haye. Elle est aussi le chef-lieu de la province de Brabant-Méridional, dont le gouverneur est Hyacinthe van der Fosse et le commandant militaire est le lieutenant-général Guillaume Frédéric de Bylandt. Le bourgmestre de Bruxelles est, quant lui, Louis de Wellens.
La ville abrite une importante garnison des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas, sous le commandement du général-major G. J de Wauthier. On y trouve tout particulièrement le corps d'élite des Garderegiment Grenadiers en Jagers, dédié spécifiquement à la garde rapprochée de la monarchie néerlandaise et du palais royal.
Les émeutes d'août
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Les griefs à l'égard du régime « hollandais » et du roi Guillaume Ier, souverain du Royaume uni des Pays-Bas, prennent chaque année des proportions de plus en plus considérables dans les provinces du sud. Le mécontentement croissant conduit, entre autres, à la naissance de l'unionisme, union politique improbable entre catholiques et libéraux. En survient la deuxième Révolution française qui chasse le dernier roi de France, Charles X et voit Louis-Philippe Ier lui succéder dans une monarchie totalement réformée. Dans ce contexte, les cérémonies du cinquante-huitième anniversaire du roi Guillaume à Bruxelles, le , sont pour la plupart annulées, sauf la représentation de la pièce d'opéra La Muette de Portici, de Daniel-François-Esprit Auber au théâtre royal de la Monnaie. Celle-ci raconte la révolte populaire de la république de Naples contre la grande puissance espagnole qui occupe la région au XVIIe siècle et qui y a placé un vice-roi. Il n'en faut pas plus pour qu'au moment où le ténor Jean-François Lafeuillade entonne l'« Amour sacré de la Patrie », l'assistance se lève et crie « Aux armes ! » avant de se diriger vers la sortie où une foule est réunie sur la place de la Monnaie. S'ensuit une longue nuit de pillages, d'incendies et d'affrontements avec les autorités qui font plusieurs morts. Les scènes se répètent les jours suivant et s'étendent dans la banlieue de Bruxelles, forçant les bourgeois à se réunir en créant la garde bourgeoise de Bruxelles afin de protéger leurs biens et de tenter de rétablir l'ordre public que les autorités néerlandaises, complètement dépassées, ne parviennent plus à maintenir.
La propagation de la révolution
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Les émeutes d'août 1830 à Bruxelles se propagent rapidement à l'ensemble des Pays-Bas méridionaux et même au-delà, transformant le mouvement en une véritable insurrection populaire. Des pillages ont lieu dans la région de Liège et les premiers morts hors de Bruxelles se comptent le à Anvers et à Bruges. Louvain est la première ville à chasser sa garnison militaire dès le , dans des combats qui font plusieurs morts.
Pour répondre à ce chaos, les bourgeois des différentes cités se rassemblent en gardes armées afin de maintenir l'ordre tandis que les meneurs révolutionnaires s'organisent en commissions de sûreté publiques pour administrer les villes et remplacer les conseils de Régence ou les autorités « hollandaises » jugées trop orangistes. De nombreuses villes belges envoient des adresses, voire même des délégués au roi Guillaume à La Haye, dans l'espoir lui faire entendre les « griefs de la nation », comme Bruxelles, Mons, Namur ou Liège, et l'on commence à réclamer de « séparation administrative » de la Belgique et des Pays-Bas.
En réaction aux troubles, le roi envoie ses deux fils, Frédéric et Guillaume, ainsi qu'un premier détachement des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas à Vilvorde, au nord de Bruxelles, afin de reprendre le contrôle de la situation. Ils arrivent le et, dès le lendemain, le prince héritier Guillaume décide d'entrer dans la capitale pour rencontrer les révolutionnaires belges. Il est pris à partie par la foule et contraint de se réfugier dans le palais royal de Bruxelles, où il finit par décider d'évacuer avec la garnison militaire de la ville le , laissant la cité à la garde bourgeoise de Bruxelles commandée par Emmanuel Van der Linden d'Hooghvorst.
Alors que davantage de villes commencent à se rebeller, comme Ath ou Mons, le roi accepte de convoquer les États généraux du royaume des Pays-Bas le afin de statuer sur la situation. Mais son discours inaugural, autoritaire et réfractaire, passe très mal auprès des « Belges », ce qui envenime la situation. L'une des conséquences est la création de la Réunion centrale, club patriotique formé par les révolutionnaires les plus radicaux qui finissent par prendre le pouvoir à Bruxelles, dissolvant la Commission de sûreté publique dès le . Voyant l'imminence d'une intervention militaire, ils appellent les communes des provinces du sud à envoyer des volontaires vers la capitale afin de la défendre. Ils organisent des corps-francs qui attaquent bientôt les troupes de l'armée régulière à Diegem, Evere ou Zellik, tandis que des évènements similaires ont lieu dans la région liégeoise où le fort de la Chartreuse est pris dès le et que les postes de l'armée sont attaqués à Oreye le .
Forces en présence
modifierArmée royale
modifierUnités
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Le , le chef d'état-major des forces armées du royaume uni des Pays-Bas, le général Jean-Victor Constant de Rebecque, met sur pied un « corps d'armée mobile »[4] composé de troupes locales ou venues des provinces de Nord afin de mener l'attaque conjointe de Bruxelles et de Louvain. Celui-ci dispose de 14 271 hommes répartis en deux brigades d'infanterie, une brigade de cavalerie, un détachement spécial mixte, le tout appuyé par de l'artillerie[5]. L'attaque est supervisée par second fils du roi Guillaume, le prince Frédéric d'Orange-Nassau.
Selon Auguste de Wargny, les troupes qui attaquent Bruxelles dès le sont réparties en 1480 hommes et chevaux de la cavalerie, issues des unités suivantes[6] :
- 480 cuirassiers ;
- 350 dragons du 4e régiment de dragons légers[7] ;
- 400 hussards du régiment no 6 Regiment Huzaren van Boreel (nl) ;
- 250 lanciers du 10e Regiment Lansiers[8].
Mais aussi de 11525 hommes d'infanterie provenant des unités suivantes :
- 8755 soldats des 5e, 6e, 9e, 10e et 15e afdeeling, provenant respectivement de Liège, Gouda, Dordrecht, Hoorn et Anvers, dont cette dernière forme la réserve ;
- 1950 hommes provenant du Garderegiment Grenadiers en Jagers ;
- 500 du Straaf bataljon, le « bataillon de punition » ;
- 320 du bataillon d'instruction[6].
Le tout soutenu par l'artillerie mobile, le Korps Rijdende Artillerie (nl), qui détache :
- 52 pièces[9] réparties en six batteries, composée chacune de huit pièces de 6 et de 12 livres ainsi que de quatre obusiers de 15 centimètres ;
- 28 caissons, forges de campagne, affût de réserve et charriots de batterie ;
- 500 soldats du Regiment Genietroepen (nl) (artilleurs, de pionniers, sapeurs, mineurs, soldats du génie militaire et du train).
Plan d'attaque
modifierLa décision de l'attaque de Bruxelles et de Louvain est prise le à La Haye par le roi Guillaume Ier lors d'un conseil des ministres dans la foulée de l'ouverture des États généraux du royaume des Pays-Bas, convoqués dès le pour statuer sur la situation en Belgique et une éventuelle séparation administrative. Ses ordres arrivent au prince Frédéric, qui loge à Anvers, le et sont ensuite transmis à l'état-major stationné à Vilvorde avec pour doctrine générale : « Il faut s’approcher de Bruxelles et chercher à s’en emparer, afin d’en expulser les bandes étrangères qui l’occupent et mettre fin à l’anarchie à laquelle elle est en proie »[10]. Le plan consiste en une attaque simultanée de quatre des portes de Bruxelles, à savoir[11] :
- Ville basse, par l'ouest de la Senne :
- Porte de Laeken : diversion[12] faite par le général-major Clement de Favauge (nl), avec 900 hommes[13] ;
- Porte de Flandre : diversion faite le colonel Walraven Elias Johan van Balveren, avec 800 hommes ;
- Ville haute, par l'est de la Senne :
- Porte de Louvain : soutien sur le flanc gauche[14] de l'attaque principale par le général-major Jan Post[15] et 2 500 hommes ;
- Porte de Schaerbeek : attaque principale par le général-major Abraham Schuurman, menée par 4 700 hommes, avec pour premier objectif la prise des différents palais entourant le parc de Bruxelles : palais des États généraux, le palais royal, palais du prince Guillaume ;
Le plan prévoit également l'attaque simultanée de Louvain par les troupes de Ghisbert Martin Cort Heyligers. En effet, la ville est un autre bastion « belge », tombé aux mains des insurgés dès le , lorsque ceux-ci forçent la garnison à évacuer la place forte. L'objectif est également de reprendre le contrôle de la cité, mais, comme à Bruxelles, l'armée essuiera un échec.
Insurgés belges
modifierComposition
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Dans son recensement de 1831, Auguste De Wargny estime les défenseurs bruxellois de la première heure à 5800 hommes armés (de fusils et de piques), renforcés par 500 « auxiliaires armés » venus de province. Il avance également le nombre de 2000 volontaires arrivés entre le et le [16]. Au début des combats, ceux-ci ne disposaient d'aucun chevaux et de seulement six pièces d'artillerie : deux de Bruxelles, et quatre venues avec le corps franc liégeois de Charles Rogier et le corps franc de Louvain d'Adolphe Roussel. À cela s'ajoutent quatre pièces de plus petit calibre venues avec les volontaires d'Ath (dont le célèbre canon du Mont Sarah), de Genappe et de Wavre. Le total des artilleurs s'élève, toujours selon De Wargny, à 2000 bruxellois et 2000 « auxiliaires ». Il précise également que ces unités disparates manquaient de commandement unifié, de discipline et de régularité, si bien que jamais la totalité de cette masse ne combattait simultanément et qu'elle était éparpillée tout le long de la ligne de front s'étendant, le , de la porte de Flandre à la porte de Louvain. Tout au plus avance-t-il le nombre de 1200 artilleurs réellement engagés à la fois[17].
À ces combattants armés doit être ajouté le peuple de Bruxelles retranché dans les maisons et estimé à 50000[17] hommes, femmes, enfants, vieillards, ayant participé activement à la bataille en harcelant l'armée, jetant sur les soldats toutes sortes de projectiles depuis les fenêtres[18] : pavés, meubles, chaux vive, eau bouillante, morceaux de fer rougis, charbons ardents[19], objets divers, piégeant l'armée régulière dans un combat urbain pour laquelle elle n'était pas préparée.
Évolution et structuration
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Deux jours avant l'attaque, le , Emmanuel Van der Linden d'Hooghvorst, commandant de la garde bourgeoise de Bruxelles, fait une revue des troupes. On y recense environ 3000 gardes bruxellois et 500 autres volontaires réunis dans deux corps francs : l'un commandé par Ernest Grégoire et l'autre par le colonel Borremans[20]. Il est décidé qu'en cas d'attaque, d'Hooghvorst resterait à diriger les forces à l'intérieur de la ville, tandis que les éventuelles opérations extérieures seront sous le commandement d'Auguste van der Meere (qui s'enfuit pourtant quelques heures plus tard vers 21 h[21]).
Si, au début de l'attaque, la défense de la ville est faite de manière désorganisée et au tout-venant, l'étonnante résistance des bruxellois et des volontaires belges qui repoussent une partie de l'armée hors de la ville et piègent l'autre partie dans le parc de Bruxelles, nécessite rapidement l'organisation d'une hiérarchie pour coordonner les différentes actions. Avec la création de la Commission administrative le puis du Gouvernement provisoire de Belgique le , une « autorité belge » se met en place et nomme l'espagnol Juan Van Halen comme général en chef de l'armée de patriotes belges. Celui-ci établit son quartier-général à l'hôtel du prince de Chimay, rue Royale et se compose un état-major qui, au matin du était structuré comme suit[22] :
- Général en chef : Juan Van Halen
- Général en second : Anne François Mellinet
- Colonel chef d'état-major : Charles-Joseph Pletinckx
- Colonel commandant les attaques : Auguste van der Meere
- Adjudants : Palmaert, Jalheau, Fellner, Trumper, Deweys, Lambinon, Nique, Éverard-Goffin, Aerts, Moyard, Niellon.
- Officiers : Kessels, Vandersmissen, Florquin, Janssens, Leclerc, Parent, Deculhat, Dens, Lesbroussart, Bayet, Grégoire, Vandormael, Leroy, Vandelf, Carpentier, Chazal et Lefebvre.
Préludes
modifierAnnonce de l'attaque
modifierLe , le prince Frédéric d'Orange-Nassau, qui commande l'armée, annonce l'attaque de Bruxelles dans une proclamation affichée en ville et publiée dans la Gazette des Pays-Bas du , distribuée dès le au soir. L'annonce est peu répandue dans la ville, cependant, dans plusieurs lieux publics et dans des corps de garde où la feuille est lue, elle entraine un mépris, voire même des autodafés[23]. La voici reproduite[24] :

« Aux habitants de Bruxelles,
Nous Frédéric, prince des Pays-Bas, etc.
Bruxellois, le roi notre auguste père, s'occupe, de concert avec les représentants de la nation, et de la seule manière qui soit compatible avec leurs serments, d'examiner les vœux émis parmi vous. Cependant l'ordre est sans cesse troublé dans vos murs ; tandis qu'avec un zèle et une activité dignes des plus grands éloges, vous veillez à la défense des propriétés publiques et particulières, un petit nombre de factieux, cachés parmi vous, excite la population au pillage, le peuple à la révolte, l'armée au déshonneur ; les intentions royales sont dénaturées, les autorités sans force, la liberté opprimée. Conformément aux ordres du roi, nous venons apporter à cet état de choses, qui ruine votre cité et éloigne de plus en plus, pour cette résidence royale, la possibilité d'être le séjour du monarque et de l'héritier du trône, le seul remède véritable et efficace, le rétablissement de l'ordre légal. Les légions nationales vont entrer dans Bruxelles, au nom des lois et à la demande des meilleurs citoyens, pour les soulager tous d'un service pénible et leur prêter aide et protection. Ces officiers, ces soldats, unis sous les drapeaux de l'honneur et de la patrie, sont vos concitoyens, vos amis, vos frères. Ils ne vous apportent point de réactions ni de vengeances, mais l'ordre et le repos. Un généreux oubli s'étendra sur les fautes et les démarches irrégulières que les circonstances ont produites. Les auteurs principaux d'actes trop criminels pour espérer d'échapper à la sévérité des lois, des étrangers qui, abusant de l'hospitalité, sont venus organiser parmi vous le désordre, seront seuls et justement frappés ; leur cause n'a rien de commun avec la vôtre.
En conséquence, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit, en vertu des pouvoirs à nous confiés :
Art.1er. Les troupes nationales rentreront dans Bruxelles.
Art.2. Tout obstacle à leur marche sera enlevé par les soins de l'autorité municipale, de la garde urbaine, de la commission de sûreté et de tous les bons habitants.
Art.3. Les postes de la garde urbaine seront successivement remis aux troupes nationales. Nous statuerons ultérieurement sur le mode de service de ladite garde.
Art.4. Les individus armés, étrangers à la ville, se retireront sans armes dans leurs foyers. Toute troupe armée, appartenant à d'autres communes, qui se rendrait à Bruxelles, sera invitée à se retirer et au besoin dissipée par la force.
Art.5. Les couleurs adoptées, comme marques distinctives par une partie de la garde urbaine, seront déposées. Nous nous réservons de déterminer les signes de ralliement qu'elle sera autorisée à porter.
Art.6.L'administration municipale, la commission de sûreté, le conseil et les chefs de la garde urbaine, veilleront à l'exécution des dispositions qui précèdent en ce qui les concerne, ainsi qu'au maintien de l'ordre jusqu'à ce que les troupes aient effectué leur entrée.
Art.7. Les membres de ces corps sont déclarés personnellement responsables, à dater de la notification des présentes, de toute résistance qui pourrait être apportée à la force publique, comme aussi de l'emploi illégal des deniers publics au municipaux, armes et munitions.
Art.8. La garnison sera, le plus tôt possible, casernée ou campée de manière à ne point être à charge aux habitants ; elle observera la plus stricte discipline. Toute résistance sera repoussée par la force des armes, et les individus coupables de cette résistance qui tomberont entre les mains de la force publique, seront remis au juge compétent pour être poursuivis criminellement.Fait à notre quartier général d'Anvers, le 21 septembre 1830.
Frédéric, prince des Pays-Bas. »
Préparation des défenseurs de Bruxelles
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À l'instar de la Deuxième Révolution française menée à Paris un mois plus tôt, des barricades sont progressivement élevées dans tout Bruxelles après les émeutes d'août. On en compte déjà une centaine lorsque le prince Guillaume annonce son entrée en ville le . Deux jours plus tard on en compte 550 et ce nombre ne cesse plus de croitre[25]. On dépave les rues et on emmène pierres et pavés dans les greniers pour s'en servir comme potentiels projectiles[26]. Le , Emmanuel Van der Linden d'Hooghvorst, commandant de la garde bourgeoise de Bruxelles, fait afficher la proclamation suivante[27] :
« Il vient d'être nommé par l'état-major et le conseil de la garde bourgeoise une commission de défense seule chargée de la direction des travaux militaires. Il est donc interdit de couper les arbres des boulevards et autres promenades sans l'autorisation de la commission susdite, dont les membres continueront à présider à la construction des barricades sur les points où elles seront jugées nécessaires.
Bruxelles, le 8 septembre 1830.
Le commandant en chef, Baron EM. D'HOOGVORST. »
Le la Commission de sûreté publique de Bruxelles décide de faire construire davantage de barricades à la suite du retour de Joseph Nicolay et de Jean-François Vleminckx, partis à La Haye remettre la réaction des nouvelles autorités bruxelloises au discours royal du , et ramenant des informations à propos des préparatifs de l'armée pour reprendre le contrôle de l'insurrection[28]. Avec l'annonce officielle de l'attaque par le prince Frédéric dès le , des consignes sont données de dépaver davantage de rues et de continuer à monter les pavés dans les étages des maisons pour pouvoir les jeter sur les soldats, comme le fait savoir le comte Auguste van der Meere avant qu'il ne fuit la ville[29]. De son côté, le club patriotique de la Réunion centrale active ses membres pour renforcer les barricades existantes ou en ériger de nouvelles, ce à quoi s'attèle, entre autres, un employé du ministère des finances, Louis-Xavier Feigneaux, dans la nuit du au [30]. Elles étaient confectionnées avec tout ce que l'on pouvait trouver : tonneaux, meubles, arbres, etc., selon des instructions placardées dans la ville pour enseigner aux bruxellois et aux étrangers comment les ériger efficacement[31].
Du côté des renforts, le , Adolphe Bayet envoie des invitations au nom de la Réunion centrale aux communes avoisinantes afin qu'elles fassent marcher des volontaires pour aider à la défense de Bruxelles[32]. Si certains sont déjà présents, à l'instar du corps francs liégeois de Charles Rogier, de nombreux combattants vont progressivement affluer dans la capitale avant le début des combats et venir gonfler les rangs des patriotes de leur propre initiative ou organisés en corps francs. Parmi ceux-ci, l'on trouve le corps franc de Louvain composé de 500 hommes dirigés par Adolphe Roussel, celui de Namur sous le commandement de Pierre Isidore Gillain ou encore celui de Tournai guidé par Bruno Renard. D'autres arrivent juste avant le début des combats, comme ceux venus de Genappe, de Tirlemont et les 30 hommes d'Uccle, disposés à la défense de la porte de Namur. Le à 1 h 30 du matin, les dirigeants bruxellois savent que l'attaque est imminente et remettent la publication suivante à deux envoyés du club patriotique de Jemappes, qui quittent immédiatement la capitale pour aller chercher du renfort dans le Borinage[33] : « Au brave peuple du Borinage. Chers Compatriotes ! Votre capitale court le plus grand danger : peut-être, à la pointe du jour, serons-nous attaqués. Volez au secours de vos concitoyens pour concourir avec eux à la défense de vos libertés. »

Un « comité de défense » est également organisé par Charles-Joseph Pletinckx dans la nuit du au [34]. Ce-dernier ordonne de faire brûler ou couper les ponts sur la Senne, qui n'est pas voûtée à l'époque et coupe ainsi la ville en deux, et sur les embranchements du canal maritime de Bruxelles à l'Escaut, afin de compliquer l'accès à la ville basse, mais son ordre n'est pas exécuté[35]. Il demande également au baron Fellner d'aller établir un poste de garde de quatre hommes et un sous-officier en haut de la tour Sainte-Gudule afin d'y sonner le tocsin en cas d'attaque, puis procède à une inspection générale des postes de garde, dont il ne peut que constater la faiblesse. À ce moment précis, on note que les quatre futurs points d'attaque de l'armée (que Pletinckx ne connait pas) sont très peu fournis en combattants[33] : la porte de Laeken n'est défendue que par un officier et sept hommes, la porte de Schaerbeek par un sergent et un caporal, la porte de Louvain par un officier et trois hommes, tandis que la porte de Flandre ne dispose que d'un caporal et cinq hommes. Après leur tournée, Pletinckx mandate Ernest Grégoire d'aller se barricader dans le palais du prince d'Orange avec les hommes casernés au petit-château et l'artillerie prise à la caserne des Annonciades[36].
État d'esprit
modifierArmée
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Le prince Frédéric ne doute pas une seconde de la réussite de l'opération et compte sur la participation de la garde bourgeoise de Bruxelles, qui lui a juré fidélité mais qui est finalement désarmée par le peuple le [37]. De l'aveu même d'Édouard Ducpétiaux[38], « Les couleurs adoptées généralement par la garde bourgeoise comme signes de ralliement deviendraient dès lors sans importance comme sans objet. La garde serait probablement la première à les déposer volontairement lorsqu’elle aurait obtenu les garanties auxquelles elle a droit ». Quoi qu'il en soit, les rapports qu'il reçoit envisagent plus une entrée en ville des troupes pour une opération de police et de maintien de l'ordre, plutôt que de réels combats[39]. Les diplomates étrangers confirment cette vision dans leurs différentes correspondances. Par exemple, le , l'envoyé français auprès du roi Guillaume, Éléonor-Zoa Dufriche de Valazé, de passage à Bruxelles, signale au ministre des Affaires étrangères français, Mathieu Molé, que[40] :
« Les citoyens en gémissent, ils appellent de tous leurs vœux les troupes du roi, qui n'ont pas encore répondu à cet appel. (...) On espère que le prince Frédéric va faire marcher ses troupes et qu'elles viendront établir ici un état de choses régulier. Quoi qu'on en dise elles ne peuvent point être repoussées, car les citoyens étant tout à fait opposés aux ouvriers guerriers et appelant les troupes, n'ouvriront point leurs maison aux ouvriers, qui seront alors obligés, s'ils se battent, de le faire sans avantage aucun. D'après tout ce que je viens de vous raconter, je conclus que voici le commencement de la fin, d'une fin qui ne peut compromettre en rien la tranquillité de l'Europe. »
Alexis Capiaumont, qui est alors 1er lieutenant au 2e bataillon de chasseurs, témoigne que : « A Vilvorde, à Dieghem, les comtes d’Auxy, de Ficquelmont et d’autres habitants de Bruxelles que je ne connais que de vue, et notamment le colonel de Lescailles, sont venus nous inviter à marcher sur la ville »[41]. Les soldats sont convaincus qu'ils ne devront pas se battre et qu'ils vont simplement entrer en ville pour y faire une démonstration de force[42]. Un grand nombre d'entre eux sont d'ailleurs des Belges. Les Officiers leur ont garanti que l'on ne tirera pas sur eux[43] et, qui-plus-est, le détachement est composé des meilleures unités[13] des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas, qui sont dix fois plus nombreuses que les estimations des patriotes belges. Ceux-ci sont des volontaires, souvent de simples citoyens, bruxellois ou venus de province, dont certains n'ont jamais été soldats et ne sont même pas armés. Par exemple, sur les trente combattants postés à la porte de Laeken au petit matin du , une vingtaine sont des paysans de la région d'Hal venus simplement avec une vache et un chariot de vivres[44]. Les défenseurs ne disposent d'aucun chevaux et de seulement 6 canons pour faire face à des troupes parfaitement entrainées, expérimentées et organisées, disposant d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie. Au moment de l'attaque, le moral des soldats est donc au beau fixe et les probabilités d'une victoire des révolutionnaires sont considérées comme négligeables bien que le chef d'état-major de l'armée, le général Constant de Rebecque s'attende à une certaine résistance[11].
Patriotes belges
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Du côté des défenseurs de Bruxelles, c'est tout l'inverse. L'anarchie règne dans la ville depuis la dissolution de la Commission de sûreté publique et le désarmement de la garde bourgeoise de Bruxelles le [28]. L'hôtel de ville est aux mains du peuple bruxellois et des étrangers, dirigés par les « radicaux » de la Réunion centrale. La nouvelle de l'approche des troupes puis la proclamation officielle de l'attaque par le prince Frédéric est accueillie comme un soulagement par certains bourgeois bruxellois impatients de retrouver l'ordre public, mais sème la peur parmi les meneurs de la révolution belge, qui redoutent la vengeance des orangistes et des autorités de La Haye, ainsi que les potentielles suites juridiques de leur implication dans l'insurrection[45]. Le roi Guillaume charge le ministre de la Guerre (nl), Dominique Jacques de Eerens (nl), de la répression des troubles, et ce malgré l'opposition de ses ministres[46].
Les chances de victoire des révolutionnaires défendant Bruxelles sont jugées très faibles, voire nulles et nombre d'entre eux quittent la ville accompagnés par les principaux agitateurs et dirigeants. Parmi eux se trouvent Alexandre Gendebien qui part en direction de la France dès le , Sylvain Van de Weyer et Nicolas Rouppe le , Félix de Mérode le pour Rixensart. Les chefs de l’état-major de l'ancienne garde bourgeoise en font de même : Auguste van der Meere dans la soirée du , Alexandre-Joseph Moyard et le comte Vanderburg s'en vont pour Valenciennes le , suivis par Jacques Van der Smissen, Joseph Fleury-Duray et Louis Hotton[47]. Arrivé dans la ville française le , Louis De Potter les trouve réunis à l'« Hôtel du Grand Canard », accompagnés de réfugiés français et d'autres membres du corps franc liégeois de 1830. Il écrit dans ses souvenirs personnels[48] : « Tous, sans exception, étaient au découragement, à l'abandon, à la débandade. » L'un des derniers à quitter la capitale est Charles Rogier, dès l'aube du , qui s'en va errer dans la forêt de Soignes[49] en sortant par la porte de Hal, au moment où les premières salves retentissent[50].
La veille de l'attaque, vers 18 h les derniers dirigeants révolutionnaires se réunissent à l'hôtel de ville pour débattre de s'il faut ou non tenter la défense de Bruxelles. On y trouve Emmanuel Van der Linden d'Hooghvorst, Charles Plétinckx, Jean Palmaert, Ernest Grégoire, Adolphe Roussel, Godefroid Nique ainsi qu'Adolphe et Félix Bayet[51]. Les avis sont partagés au vu des très faibles chances des patriotes face à l'armée régulière. Auguste De Wargny, contemporain des faits, décrit dans son ouvrage de 1830 que[52] :
« Les uns croyaient cette défense illusoire, impraticable, impossible ; ils ne voulaient point répandre le sang inutilement, ils pensaient qu'il valait mieux se retirer, céder pour le moment à la loi de la force et de la nécessité, ne pas attirer sur Bruxelles les derniers malheurs et peut être la destruction, sans espoir ni chance de succès, attendre les événements au loin et essayer de faire soulever les campagnes, de harceler l'armée envahissante, etc. MM. Roussel et Grégoire déclarèrent qu'ils le tenteraient seuls, s'il le fallait et malgré tous et contre tous ! Ils entraînèrent toutes les opinions et tous les courages. Mais bientôt les bruits et les nouvelles s'accumulèrent avec les heures ; on grossissait à l'excès l'armée du Prince, on la disait en marche etc., et une seconde réunion eut lieu à minuit ; elle n'était plus composée comme la première ! MM. Roussel et Grégoire étaient alors aux avant-postes, et la plupart de ceux qui avaient délibéré avec eux à 6 heures du soir, étaient partis. Là il fut décidé, à l'unanimité qu'on ne se défendrait pas. »
Ainsi, Édouard Ducpétiaux, accompagné de Monsieur Éverard, membre de la garde bourgeoise, décide de se rendre au quartier-général du prince Frédéric afin de négocier les conditions de traitement des bourgeois une fois l'armée entrée en ville[53]. Tous deux partent le vers 18 h, mais sont arrêtés aux avant-postes, fait prisonniers et conduits à Anvers sans avoir pu approcher le prince[23].
Population civile
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La population bruxelloise qui n'a pas fui est divisée entre les « orangistes », favorables au roi Guillaume d'Orange, et les patriotes. Les luttes politiques entre les « modérés » de la commission de sûreté publique et les « radicaux » de la Réunion centrale mènent à l'anarchie dans la cité. Le conseil de Régence ne siège plus et le bourgmestre, Louis de Wellens, a également quitté la ville. L'hôtel de ville de Bruxelles est envahi par le peuple et les Liégeois le , tandis que la Garde bourgeoise est désarmée le lendemain et que la commission de sûreté est dissoute[54]. On essaye de former un gouvernement provisoire de Belgique, mais sans succès[55].
L'historien Robert Demoulin reprend les mots d'un chroniqueur pour dépeindre la situation le [56] :
« La régence n’existe plus ; ses autorités ont pris la fuite. La commission de sûreté est dissoute. L’hôtel de ville est banal, presque tout l’état-major a disparu. On ne voit plus d’hommes à cheval, les postes bourgeois sont abandonnés, on ferme les boutiques, les portes des riches se barricadent à l’intérieur, il n’y a pas de marché pour les provisions de bouche, les campagnards n’osent plus s’approcher des faubourgs ; on ferme les volets et les persiennes ; les riches se cachent dans leurs caves ; on ne voit plus de dames dans les rues, les églises sont fermées, les cloches sont mortes, la populace est armée jusqu’aux dents, des pelotons circulent dans les rues en criant : « mort aux traîtres ! » ; la terreur pénètre dans toutes les maisons ; les honnêtes gens craignent le pillage. Les royalistes dont la disparition est une profession de foi, craignent pour leur vie. La pâleur est sur toutes les figures ; la classe moyenne est consternée, et l’honnête artisan se groupe tristement au sein de sa famille en pleurs, qui leur demande du pain. »
À la veille des combats, de nombreux Bruxellois fuient la ville, s'exilant jusqu'aux provinces septentrionales pour certains. Auguste de Wargny raconte que[52] : « Ceux-là quittèrent Bruxelles dans la nuit, et surtout le matin au moment de l'approche des troupes ; ils s'éloignèrent beaucoup ; plusieurs d'entre eux, imitant l'exemple précédemment donné par les membres de la Commission de sûreté, passèrent même les frontières méridionales, et ne reparurent qu'aux cris de victoire ; un grand nombre de familles riches les suivirent ; on était heurté dans les rues par le transport des malles et des paquets ». Convaincus que l'armée entrerait pacifiquement en ville, la surprise de l'engagement d'une véritable bataille fait fuir davantage d'habitants, apeurés par les premiers coups de feu. Le journaliste Adolphe Levae écrit en ce sens[57] : « Hors d'état de le défendre (étant blessé à la main), n'étant investi d'aucune autorité, convaincu que toute résistance était impossible, puisqu'une poignée d'hommes, sans chefs, sans ordre, luttaient seuls contre des milliers d'ennemis, voyant les Portes de Schaerbeek, de Louvain et de Namur envahies, le Parc, toute la rue Royale, encombrée de troupes, n'ayant aucun moyen d'action sur la multitude, je quittai les murs de la ville vers 9 h 30 du matin, dans un moment où le feu était suspendu et qu'on parlait d'arrangement. »
Premières escarmouches
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Dès le , des affrontements ont lieu dans la périphérie de Bruxelles. Ce jour-là, des volontaires de la Réunion centrale, menés par Charles Niellon[58] et Pierre Rodenbach[59], effectuent des reconnaissances aux alentours de Louvain et de Tervuren et y rencontrent des troupes royales. Le , les gardes bruxellois en faction à la porte de Schaerbeek aperçoivent des cavaliers de l'armée patrouillant autour de l'enceinte de Bruxelles. Aussitôt, la garde bourgeoise effectue une sortie et accroche les hommes du 4e régiment de dragons légers[60]. Les combats se poursuivent aux alentours de Diegem et d'Evere où les grenadiers venaient établir un campement. On dénombre deux morts et plusieurs blessés du côté des combattants belges[61], en plus de six civils venus assister aux combats, tués par un tir d'artillerie de l'armée[62].
Le lendemain, à Diegem un détachement belge attaque la position des chasseurs à cheval et de tirailleurs dès 8 h. Après toute une journée d'escarmouches, le commandant hollandais, le baron van Coehoorn (nl), lance une charge militaire avec un escadron de lanciers et disperse les Belges, faisant une centaine de prisonniers[63]. On compte 3 morts et 5 blessés dans les rangs des patriotes. Le même jour, dans les environs de Zellik, une fusillade a lieu entre les hussards du colonel Walraven Elias Johan van Balveren, cantonnés à Asse[64] et un détachement de Belges, sortis par la porte de Flandre avec trois pièces d'artillerie. L'opération fait deux morts dans les rangs belges[65].
En tout, ces différents combats dans la périphérie bruxelloise font 15 morts, 38 blessés et 45 prisonniers ou déserteurs dans les rangs des Forces armées du royaume uni des Pays-Bas[66].
Déroulement
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23 septembre
modifierLe jeudi , 8900 hommes se dirigent vers Bruxelles, soit presque les trois-quarts du corps d'armée mobile, les autres restant en retrait, prêts à intervenir en cas de besoin. Vers 4 h du matin, des maraîchers et des vedettes avancées annoncent l'arrivée des troupes en se repliant précipitamment vers la ville, déclarant que l'armée arrive en plusieurs colonnes[67]. Certaines ont l'audace de s'avancer en jouant la musique de La Muette de Portici[68], opéra qui avait été l'élément déclencheur des émeutes d'août 1830 à Bruxelles et de la révolution belge. Très peu de défenseurs se trouvent alors aux portes de Bruxelles. Le Tournaisien Bruno Renard déclare[57] : « Dans la nuit du 22 au 23, il n'y avait peut-être pas 40 hommes qui veillassent et l'ennemi aurait pu prendre possession de la ville sans coup férir ; le matin, nous n'étions peut-être pas 300, décidés à la résistance, en dispersion sur une longue étendue. Il n'y avait ni chefs, ni pouvoir, ni plan arrêté, ni direction. ». Les premiers coups de tocsin sont sonnés vers 7 h[69], alertant la population bruxelloise de l'arrivée de l'armée et faisant accourir des renforts aux gardes postés sur l'enceinte de la ville.
Porte de Flandre
modifierL'assaut sur la porte de Flandre constitue l'une des deux diversions menées sur le bas de la ville de Bruxelles, avec celle de la porte de Laeken. Il est dirigé par le colonel Walraven Elias Johan van Balveren à la tête de 800 hommes issus[70] :
- Du régiment n°6 (nl) de hussards : le 3e escadron[71], commandé par le colonel Boekorven ;
- De la 5e afdeeling : le 1er bataillon, dirigé par le lieutenant-colonel Schenofsky[72].
L'attaque est lancée vers 8 h par le colonel Boekorven qui ne trouve initialement qu'une vingtaine d'hommes[69] qui font feu sur lui et ses troupes avant de se retirer[73]. Des bourgeois bruxellois interviennent et ouvrent la barricade aux troupes avant de leur offrir de la bière, pensant toute résistance impossible et accueillant favorablement la reprise de contrôle de la ville par l'armée et le retour de l'ordre public. Après avoir brièvement profité de l'accueil des bourgeois, les militaires s'enfoncent dans la rue de Flandre et s'avancent jusqu'à la rue du Rempart-des-Moines où ils trouvent la barricade érigée au croisement de la Rue du Marché aux Porcs, qui les arrête vers 9 h.
Les combattants belges commandés par le docteur André Dieudonné Trumper[74] essayent de parlementer et demandent à l'armée de se retirer. C'est alors que les hussards tentent de forcer le passage. En réponse, deux décharges partent de la barricade et mettent le désordre dans les rangs de la cavalerie, qui se replie pour faire place aux fantassins avançant au pas de charge. Ceux-ci parviennent à distance de tir de la barricade et ouvrent le feu à leur tour, les intervalles de leur recharge étant comblés par le service des quatre pièces d’artillerie restées non loin de la porte. Plusieurs volontaires sont tués mais les partisans belges ne se découragent pas et répondent par le feu ainsi qu'en chargeant à la baïonnette tandis que les femmes font pleuvoir des pavés, des meubles, de la chaux, du fer chauffé au rouge, même des carbonnades[75] et tout un tas d'objets divers sur les soldats depuis les fenêtres des maisons, transformant l'assaut en guérilla urbaine. L'infanterie tente de riposter mais les hussards positionnés devant eux, gênent leur tir. De nombreux soldats voyant l'affaire manquée s'enfuient dans les rues adjacentes et une partie de la troupe se débande. Les Belges les poursuivent jusqu'à Molenbeek, chargeant avec les armes récupérées aux soldats morts ou blessés[76]. L'imprimeur François Van Dooren, membre de la 3e section de la 1re compagnie de la garde bourgeoise de Bruxelles, se distingue notamment à la tête d'un peloton de volontaires en harcelant continuellement les soldats[77]. Pendant ce temps, les femmes rétablissent la barricade de la porte de Flandre sous les balles qui fusent encore[76].
L'armée recense 100 hommes hors de combat, dont 40 tués et 14 chevaux[76], sans compter les fuyards. Il y a également 30 prisonniers, dont le colonel Schenofsky et le major Van Borselen[78], qui sont conduits à la prison de l'Amigo[79]. Après de nombreuses pertes, le reste de l'armée se retire en désordre et passe le pont du canal Charleroi-Bruxelles, alors en construction, en direction d'Asse où elle reste jusqu'au dans le but de barrer la route à aux corps-francs de volontaires flamands qui viendraient défendre Bruxelles[76]. Elle perd d'ailleurs encore une vingtaine d'hommes tués par les paysans de la région qui les surprennent à marauder, alors que les blessés sont évacués vers Alost et Gand. Sur 47 blessés recensés à l'ambulance d'Alost, seuls 5 l'étaient réellement, les autres, démoralisés et refusant souvent de se battre contre leurs compatriotes, cherchaient une excuse pour être mis hors combat[80]. Côté belge, on dénombre 9 morts et 25 blessés.
- Une barricade dans la rue de Flandre.
- Retraite de l'armée dans la rue de Flandre.
- Déroute des soldats lors de l'attaque de la porte de Flandre.
Porte de Laeken
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La porte de Laeken, aussi appelée « porte Guillaume »[81] constitue le deuxième point d'entrée de l'armée par la ville basse, avec celle de la porte de Flandre. La colonne de 900 hommes dirigée par le général Clement de Favauge (nl) est composée[11] :
- Du 1er escadron de dragons légers no 4 ;
- Du 1er bataillon de la 9e afdeeling, commandé par le lieutenant-colonel Johan Ardesch ;
- D'une section de deux pièces d'artillerie de la batterie no 5, sous les ordres du capitaine van Nieuwkuik, provenant du 4e bataillon d'artillerie de campagne[82].
Il a pour ordre de laisser derrière lui 700 hommes à Vilvorde en cas de besoin (le 3e bataillon de la 9e afdeeling, les deux autres pièces de la batterie no 5 et 40 dragons[83]) ainsi que 2000 hommes à Malines, confiés au général Albert Dominicus Trip van Zoudtlandt (nl) et envoyés attaquer Louvain en même temps qu'une deuxième colonne venue de Maastricht sous les ordres du général Hendrikus Petrus Everts, le tout dirigé par le général Ghisbert Martin Cort Heyligers.
Côté belge, la porte de Laeken est placée sous le commandement de Jean-Désiré Montagney dit « Artot », un Français jusqu'alors corniste à l'orchestre particulier du roi Guillaume[84]. Elle est initialement défendue par une trentaine d'hommes dont une dizaine d'ouvriers auparavant débardeurs du canal de Willebroek et d'une vingtaine de paysans volontaires originaires de Sint-Renelde, accourus en renfort le soir du [44].
Arrivés devant la porte, le général de Favauge lance une charge de cavalerie qui est repoussée et lors de laquelle il voit son cheval être tué sous lui[85]. Avant de tenter un nouvel assaut, il décide de faire avancer son détachement du Korps Rijdende Artillerie (nl). Le lieutenant Van Dassel fait ouvrir le feu et détruit la grande porte, permettant aux soldats de la 9e afdeeling de s'y engouffrer. Ceux-ci sont reçus par un feu nourrit provenant des maisons voisines[79] mais parviennent à prendre l'une des trois grilles et à pénétrer dans la rue de Laeken, où une barricade belge les y attend et ouvre le feu. Plusieurs militaires sont blessés, dont le lieutenant-colonel Ardesch, qui reçoit une balle dans le dos avant qu'elle ne lui traverse les côtes et ne ressorte sur le côté[86], mais aussi le capitaine Georges-Ernest Muller[81]. Les Belges, pris dans un tir croisé provenant de la colonne entrée près du jardin botanique de Bruxelles, doivent se retirer aux Champs Élysées et dans l'établissement Belle-Vue, d'où ils continuent de tirer.
Voyant qu'il ne pourra pas progresser plus loin, le général de Favauge décide de faire retirer ses troupes et celles-ci repassent la Senne à l’aide d’un pont jeté sur le canal de Willebroek, puis rejoignent le gros de l’armée derrière le jardin botanique où elles campent jusqu'au . Lors de leur retraite, ils sont attaqués par les paysans de Laeken et ripostent en tuant deux bourgeois aux fenêtres près du pont de Laeken[87]. En tout, la colonne perd 4 officiers, 30 hommes et 10 chevaux lors de l'attaque[79], dont celui du général de Favauge[82]. Ils sont contraint d'en tuer quatre autres pour les manger, n'osant se rendre dans les villages pour obtenir de la nourriture, sous peine d'y être attaqués par les paysans[87].
Côté belge, on compte trois morts[88]. Artot décrit les évènements dans une lettre adressée au général Eenens, dont voici un extrait[89] :
« La porte était solidement clôturée par des arbres que l'on avait abattus sur le rond-point de la place, par des voitures, des madriers et une énorme quantité de pavés. Il n'y avait d'issue que par une petite poterne donnant à peine passage à deux hommes. À peine étions-nous derrière notre barricade, que le premier peloton des Hollandais fit irruption par la poterne en se bousculant de droite et de gauche. L'adjudant-major s'Jacob de Normandie, voulant faire acte de bravoure, monta à la grille de la poterne et en arracha notre drapeau national. Instantanément un coup de fusil partit de notre barricade et l'adjudant tomba. C'était un brave garçon du canal qui s'étant redressé sur la barricade avait lâché son coup de fusil en criant : « Dat ne zal, G... V..., niet waar zijn! » Au même instant la fusillade partit de notre barricade et jeta le désordre parmi l'ennemi qui se débanda.
L'artificier Baumont, entendant la fusillade, sortit avec quelques-uns de ses ouvriers d'une des petites rues qui donnent sur la chaussée de Laeken ; ils prirent les Hollandais en queue par quelques coups de fusil et alors le désordre et le sauve-qui-peut se produisirent de plus belle.
La chaussée était couverte de fusils, de sacs et de shakos. Nous sautâmes par dessus notre barricade et nous ramenâmes une quarantaine de prisonniers qui nous criaient : « Wij zijn ook Belgen ! wij zijn Noord-Brabanders, van Breda, s'Hertogenbosch, ... » Nous conduisîmes ces pauvres garçons, tous jeunes recrues de l'année qui tremblaient de peur, au cabaret de la Porte Verte, rue de Laeken, où nous leur fîmes boire quelques verres de faro. Les prisonniers furent conduits à la caserne des pompiers. Le soir même un des tambours prisonniers, à qui l'on avait mis une blouse, battait la générale une partie de la nuit dans la ville. C'était un garçon de Bruxelles.
Les Hollandais nous avaient attaqués avec un bataillon d'infanterie, un escadron de dragons et deux pièces d'artillerie dont ils nous envoyèrent deux ou trois volées de mitraille avant leur retraite définitive. »
Porte de Louvain
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La porte de Louvain constitue le flanc gauche de l'attaque principale, menée par la porte de Schaerbeek et est le deuxième point d'entrée de la ville haute. La colonne qui s'y dirige est constituée de 2500 hommes sous le commandement du général Jan Post, répartis comme suit[70] :
- Garderegiment Grenadiers en Jagers : le 2e bataillon de chasseurs ;
- Le 3e bataillon de la 5e afdeeling ;
- Le bataillon d'instruction ;
- Les régiments de cuirassiers no 3 et no 9 ;
- Le régiment de lanciers no 10 ;
- Artillerie : la batterie à cheval no 3.
Elle a pour objectif de faire la jonction avec la colonne à sa droite (porte de Schaerbeek) puis de prendre la porte de Namur et, de là, gagner le parc de Bruxelles et la place Royale[70], pour ensuite se diriger vers la Grand-Place de Bruxelles[90].
La colonne se met en route à 6 h depuis le village de Woluwe-Saint-Étienne puis s'approche en traversant Saint-Josse-ten-Noode où quelques coups de feu éclatent sans toutefois parvenir à la ralentir[91]. Elle se présente sur les hauteurs, près du cimetière, vers 7 h, mais attend l'arrivée des forces engagées sur sa droite, porte de Schaerbeek, pour lancer son attaque[92]. Alexis Capiaumont, montois d'origine mais qui est alors 1er lieutenant au 2e bataillon de chasseurs, raconte que[41] : « Le 23 septembre, à 7h 1/2 heures du matin, le colonel de Lescailles, suivi de plusieurs bons bourgeois que je pourrais nommer au besoin, est venu au devant de la colonne dont je faisais partie, à la hauteur du cimetière du faubourg de la porte de Louvain, pour nous réitérer la demande d’entrer dans la ville ; il nous donna des détails sur l’esprit, la résistance que nous devions éprouver, et, s’adressant à moi particulièrement, il me dit : « Auriez-vous peur? ils ne sont que six cents mauvais sujets des villes voisines, les bons bourgeois vous attendent, allez en avant, vous tardez trop ». »
La porte est prise assez rapidement par les cuirassiers et les lanciers, malgré quelques blessés graves, dont le lieutenant-colonel Louis Joseph Gantois et le lieutenant Alexis Capiaumont[93]. Une partie des défenseurs, dont de nombreux membre du corps franc liégeois de 1830, se retirent dans l'observatoire depuis lequel ils stoppent de leurs tirs l'avancée des dragons légers, qui perdent 40 hommes et 25 chevaux en quelques instants[94]. Les Liégeois soutiennent le siège du bâtiment pendant près de douze heures jusqu'à épuisement de leurs munitions. Le soir venu, dénombrant trois morts, ils quittent leur position par l'extérieur de la ville et reviennent dans Bruxelles le lendemain par la porte de Hal pour reprendre les combats[92].


Après avoir pris la porte de Louvain, le général Trip (nl), lance à ses hommes[95] : « En avant, mes enfants, au galop à la Grand-Place ! » La cavalerie se précipite dans la rue de Louvain mais, subissant le feu des tirailleurs belges aux fenêtres des maisons, notamment des Liégeois accourus depuis la caserne des Annonciades, la colonne change de tactique et se divise en deux. Une partie prend la direction la porte de Namur et l'autre de la porte de Schaerbeek pour renforcer le gros des troupes qui y mène l'attaque principale. L'objectif est de nettoyer les rues situées à gauche de la rue Royale (dans la direction du parc de Bruxelles) et de rejoindre les grenadiers du major Serraris et les hommes du capitaine Hardy. Ils sont arrêtés par une barricade de partisans dressée à la bifurcation de la rue Notre-Dame-aux-Neiges et de la rue de l'Abricot. Le bataillon d'instruction entre alors en scène et tente de rétablir les communications avec la colonne de la porte de Schaerbeek mais il est arrêté par une fusillade belge provenant de l'observatoire où une cinquantaine de combattants se sont amassés[96].
Vers 12 h, le major Nepveu lance une offensive sur la barricade de la rue de Namur et prend la tête du bataillon d'instruction pour s'emparer des maisons bordant la rue, en délogeant leurs défenseurs, tandis que le 3e bataillon de chasseurs en fait de même rue Verte et rue Bréderode. Il est arrêté à hauteur de cette-dernière par le feu trop nourri des patriotes belges[79]. Après son échec rue de Namur, il échafaude un nouveau plan pour prendre la place Royale en faisant passer cinquante de ses hommes par les souterrains du palais Royal pour débouler par la cathédrale Saint-Jacques-sur-Coudenberg, prenant les Belges à revers pour permettre aux troupes massées dans le parc d'opérer l'attaque principale. L'opération est menée à 16 h 30 mais repoussée par les insurgés retranchés dans les différents immeubles de la place, particulièrement la maison Couteaux, l'hôtel de Flandre et l'hôtel Belle-Vue[97].
La porte de Namur est, quant à elle, prise par l'infanterie de la 5e afdeeling qui pousse jusqu'au faubourg d'Ixelles, poursuivant les défenseurs qui sortent de la ville pour y revenir par la porte de Hal. Ils se retranchent dans la rue de Namur, où les combats sont incessants. Auguste de Wargny raconte[98] :
« Le feu cessa rarement pendant les 4 jours dans la rue de Namur. Plusieurs fois les Hollandais y avancèrent jusqu'à près de l'Athénée et de la Place-Royale, mais les pavés et les balles les forcèrent chaque fois de rétrograder avec grande perte. Ce fut là peut-être que le combat fut le plus sanglant. On y voyait sans cesse de nouveaux cadavres ; le sol était rougi de sang et les murs tellement criblés de balles et de boulets que plusieurs maisons durent être sur le champ étançonnées et devront être démolies. Dès ce premier jour au matin le brave Druwaert de Namur y fut blessé et laissé pour mort ; un intrépide et ancien sergent de la vieille garde y fut tué. »
Les soldats tentent également de prendre l'Athénée royal de Bruxelles (qui est à l'époque l'école militaire), mais en sont empêchés par les bruxellois retranchés dans les maisons avoisinantes[99]. Un autre détachement conduit par Jan Post se dirige vers la porte de Hal mais est arrêté sur le boulevard de Waterloo par les tirailleurs belges aux fenêtres des maisons et par deux canons bruxellois. Ceux-ci seront finalement attaqués et tenus au silence par une charge de cavalerie et d'artillerie.
Vers 15 h 30, les soldats mettent le feu à la caserne des Annonciades, l'ancien quartier-général des Liégeois. Les révolutionnaires les repoussent et parviennent à contenir l'incendie en sauvant les trois quarts de l'établissement et de ses réserves de poudre noire, alors aux mains des Belges[100].
Porte de Schaerbeek
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L'attaque principale est menée à la porte de Schaerbeek avec 4700 hommes sous les ordres du général Abraham Schuurman, auxquels s'adjoignent le chef d'état-major de l'armée, Jean-Victor Constant de Rebecque ainsi que le prince Frédéric en personne[70]. Les soldats proviennent initialement des unités suivantes[83] :
- Garderegiment Grenadiers en Jagers : les trois bataillons de grenadiers ;
- 9e afdeeling : 2e bataillon ;
- 10e afdeeling : les trois bataillons ;
- 11e afdeeling : 2e bataillon ;
- Régiment de dragons no 4 : deux escadrons ;
- Batteries d'artillerie à cheval no 1 et no 2, sous le commandement du major Charles Frédéric Krahmer de Bichin ;
- Regiment Genietroepen (nl) : deux caissons d'outils de pionniers.
L'objectif est de déferler sur la partie haute de la ville de Bruxelles par la rue Royale vers le parc et de prendre le palais des États généraux, le palais royal de Bruxelles puis la place royale. En effet, cette longue artère, large et rectiligne est propice à la manœuvre d'une armée, notamment de l'artillerie ou de la cavalerie. De plus, elle est encore peu bâtie à l'époque et offre des ravins donnant sur le bas de la ville, limitant les possibilités d'attaque des troupes lors de leur progression[101].
Les troupes approchent par Evere puis Schaerbeek sans rencontrer aucune résistance. Il n'y a alors que quelques volontaires qui veillent sur la porte. La cavalerie commence par reconnaitre les trois barricades avancées hors la porte, en chevaux de frise, qui sont alors très peu défenduess[102]. Jacques-Joseph Bergenhous écrira plus tard[57] : « Je jure devant Dieu et Patrie que le matin du 23, peu affrontèrent le premier choc. Nous n'étions que 8 à 10 à la Porte de Schaerbeek à 7 h 30 - 8 h. ». Avec le lancement de l'alerte par le tocsin, des renforts arrivent, portant ce nombre à quelques centaines, 120[103] à 400[104] selon les sources. Ils disposent de deux pièces de canons et sont dirigés par Pierre-Antoine Stieldorff[105], un membre de la Réunion centrale. Parmi eux se trouvent des combattants des corps francs organisés par Pierre Rodenbach et Charles Niellon (qui ont tous deux quitté la ville), des hommes du corps franc de Louvain arrivés la veille avec Adolphe Roussel et quelques irréductibles du corps franc liégeois de Charles Rogier, qui est le dernier à fuir au matin de l'attaque et qui, entendant les coups de canons indiquant la résistance belge, sera l'un des premiers à revenir.
Arrivée devant la porte, la colonne est accueillie par des tirs nourris provenant de la barricade dressée devant la grille de l'édifice. Constant de Rebecque fait alors amener l'artillerie et deux canons enfoncent les barricades et la grille à 8 h 30, c'est à cette occasion qu'il est blessé d'une balle reçue à la main, au même titre qu'Abraham Schuurman, blessé d'une balle à la jambe[106]. Au son des canons, la soixantaine de défenseurs bruxellois et renforcée par l'artillerie commandée par Ernest Grégoire et venue de la caserne des Annonciades[107], qui se porte sur les boulevards tandis que les tirailleurs se retranchent dans les premières maisons des rue Royale et de Schaerbeek, d'où ils ouvrent le feu sur les soldats, les tenant en respect dans un premier temps. Certains tentent des coups d'éclat, comme Stieldorff lui-même qui, accompagné de 25 combattants, parvient à sortir et s'emparer d'une pièce de canon, sous les balles[101]. Il est d'ailleurs blessé à cette occasion. Les grenadiers entrent alors en scène et vont jusqu'à charger à la baïonnette, permettant aux troupes d'avancer et de s'engouffrer en ville.


Les hommes du capitaine Hardy prennent rapidement la place d'Orange (aujourd'hui place Madou) tandis que ceux menés par le major Anthing arrivent au parc de Bruxelles, inoccupé, vers 9 h 30[108]. Le général Bylandt fait avancer 1800 hommes et 16 canons dans la rue Royale[103], artère rectiligne menant droit au parc de Bruxelles, mais leur progression est difficile : ils sont harcelés par les défenseurs qui les attaquent depuis les maisons et dressent une barricade au Treurenberg, coupant les communications avec la colonne de Jan Post qui attaque la porte de Laeken sur le flanc gauche. Deux compagnies de grenadiers sont envoyées dans la rue de Louvain mais, arrivés au coin de la rue de l'Orangerie, ils essuient un feu si intense qu'ils doivent rebrousser chemin. Les chasseurs Chasteler, dont fait partie Jenneval[109], l'auteur de La Brabançonne, les prennent au piège et ils décident de se rendre vers midi. 150 d'entre eux sont faits prisonniers et emmenés à la caserne des pompiers de Bruxelles[90]. On compte aussi une cinquantaine de prisonniers dans la rue Notre-Dame-aux-Neiges, que les soldats attaquent par place d'Orange, aujourd'hui place des Barricades, en tentant de rétablir la communication avec la colonne de la porte de Louvain[110]. L'artillerie belge est contrainte de reculer et ouvre le feu à la mitraille dans la rue Royale, tuant dix soldats avant d'être chargée et de devoir laisser un canon, les artilleurs s'échappant par la rue de l'Abricot (actuelle rue du Moniteur)[111]. Le reste de la batterie tente de défendre les palais en tirant depuis les jardins du roi, où elle tient une demie-heure avant de devoir abandonner sa position et se scinder en deux : une partie vers la porte de Namur, l'autre vers le boulevard de Waterloo[108].
L'armée prend aisément possession des palais, défendus par des membres de la garde bourgeoise de Bruxelles qui n'y sont présent que pour les protéger des pillages. Le palais royal est alors tenu par 45 hommes, tandis que le palais du prince d'Orange est surveillé par 15 bourgeois qui présentent leurs armes dès l'arrivée des troupes[112]. Tous sont désarmés et emprisonnés dans les caves, où il est question de les fusiller, projet empêché in extremis par le capitaine Hardy[113]. Le drapeau orange y flotte alors mais l'armée est arrêtée à l'entrée de la place Royale vers 9 h 30[91] par les volontaires belges retranchés derrière la terrasse du café de l'Amitié et dans l'hôtel Belle-Vue. Outre les Bruxellois et les Liégeois, on y trouve principalement les Namurois de Pierre Isidore Gillain et les Tournaisiens de Bruno Renard[114]. La place est un enjeu stratégique, verrouillant la descente de la rue Coudenberg vers le bas de la ville et l'hôtel de ville de Bruxelles, siège des meneurs belges et de l'état-major de la garde bourgeoise. Cependant, le prince Frédéric ordonne au colonel Klerck de se maintenir dans le parc et d'attendre le gros des troupes avant de poursuivre toute progression. Le 1er bataillon du Garderegiment Grenadiers en Jagers occupe alors le palais des États-Généraux tandis que le 3e prend possession du palais royal et le reste des troupes s'amassent dans l'allée centrale du parc[97]. La pause dans l'avancée, voulue par l'état-major, se révèle déterminante car elle permet aux patriotes belges de se déployer sur et autour de la place Royale et d'y amener 3 de leurs 6 canons dont les deux du célèbre Liégeois, Jean-Joseph Charlier dit « Jambe-de-Bois » qui tire sur les soldats à la mitraille. Quand la décision est finalement prise de continuer la marche vers la place, il est trop tard : celle-ci est trop bien gardée et toutes les tentatives échouent. La première est menée par le major Krahmer de Bichin, qui fait avancer ses trois pièces artillerie dans la rue Royale où il trouve la mort avec plusieurs autres de ses hommes, mis en pièces par les tireurs retranchés dans les maisons[115]. Les hommes de la 9e afdeeling tentent également leur chance mais sont repoussés à leur tour par la vingtaine de Belges retranchés derrière la barricade ou aux fenêtre des deux hôtels, les forçant à se réfugier dans le parc[116].
Réaction belge
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La nouvelle de l'attaque de l'armée se propage rapidement et fait accourir les premiers volontaires à la défense de la capitale. Leur moral est galvanisé par le bruit de la victoire de la porte de Flandre et de la porte de Laeken, et le moral change alors petit à petit de camp[117]. Les combattants affluent bientôt de partout et ils s'organisent peu à peu. Ils prennent conscience du verrou stratégique qu'est la place Royale et y font positionner leurs canons, dont ceux manœuvrés par le célèbre Jean-Joseph Charlier dit « Jambe-de-bois ». Ils érigent également une barricade à au croisement avec la place des Palais et la rue Royale. Un menuisier bruxellois, Thomas Hasselbouwer, y amène un drapeau belge qu'il fait fièrement flotter et qu'il va relever après que l'ennemi l'ait abattu à la mitraille, ce qui lui vaut une blessure par balle à la cuisse[118]. Auguste de Wargny en témoigne ainsi[119] : « On voyait sans cesse monter du bas de la ville, tantôt des petits corps, tantôt des hommes isolés, se dirigeant vers la Place-Royale ou vers celle de Louvain ; toutes les barricades, toutes les fenêtres se hérissaient de canons de fusils, et s'il devenait difficile, même pour des amis, de pénétrer dans la plupart des rues, on pouvait dire que cela était impossible pour des ennemis. »
État des lieux au soir du 23
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À la surprise générale, le bilan de la première journée de combats est très nettement à l'avantage des défenseurs de Bruxelles. Seules les deux attaques menées sur le haut de la ville (porte de Louvain et porte de Schaerbeek) sont des succès, mais très relatifs. Si l'objectif de la prise des palais (palais royal, palais des États-Généraux et palais du prince Frédéric) et du Quartier Royal est réussi, les troupes sont tenues en échec devant la place Royale et ne sont pas parvenues à progresser au-delà. Le chef d'état-major, le général Constant de Rebecque est lui-même blessé au cours d'une autre fusillade, ce qui désorganise l'état-major et désarçonne les autres généraux quant à la conduite à tenir[120]. Le bas de la ville est toujours aux mains des patriotes, dont l'hôtel de ville de Bruxelles, l'armée ayant été repoussée porte de Flandre et porte de Laeken. Le soir venu, les combats cessent et les troupes occupent le palais Royal et le parc de Bruxelles, où elles passent la nuit.
La nouvelle de l'attaque s'est propagée et des renforts se mettent en route depuis les alentours de Bruxelles tandis que trois messagers, Godefroid Nique, Jean Palmaert et Isidore Plaisant sont envoyés au sud du Brabant et dans le Hainaut pour en ramener des combattants. Dès le , on note l'arrivée de plusieurs corps francs de volontaires, dont un contingent de Wavre composé de 200 menés par Jean-Martin Lambeau[121]. Ceux-ci ne viennent pas les mains vides et apportent armes, munitions, poudre, vivres, etc. comme Jules de Rasse, arrivé de Tournai dans la nuit du au avec deux barils de poudre noire et de l'argent pour les volontaires[122].
Le bilan humain au soir du est considérable : l'armée déplore 80 morts et plus de 400 blessés[123]. Sur le seul trajet entre la porte de Schaerbeek et le parc de Bruxelles, 40 soldats sont tués et leurs cadavres, jonchant les rues, ne sont récupérés qu'à l'occasion d'une expédition nocturne deux jours plus tard[124]. De nombreux dommages collatéraux sont également à regretter, dont la mort de plusieurs civils bruxellois inncoents.
Négociations
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Dans l'après-midi, le prince Frédéric constate l'échec de l'opération et envoie le lieutenant Ravenne et le lieutenant-colonel Nicolas von Gumoëns parlementer avec les Belges mais ce-dernier est arrêté[125] et faillit être tué d'un coup de baïonnette, finalement reçu par un volontaire d'Opwijk, Albert Verlat[126]. Sauvé par l'intervention d'Anne François Mellinet[34], il est conduit à la caserne des pompiers de Bruxelles où il est emprisonné[127]. Mellinet revient le voir accompagné d'André Jolly et de Max Delfosse pour lui signifier l'impossibilité d'une soumission belge[128]. L'officier rend alors compte au prince en lui écrivant[129] : « Plusieurs personnes dont la plupart ont été chefs de section de la garde urbaine ont confirmé ce que j’ai observé et éprouvé moi-même, c’est-à-dire que l’animosité du peuple est très grande, et que le parti est pris de se défendre jusqu’à la dernière extrémité. Elles croyent que le seul moyen de faire cesser l’effusion de sang, de prévenir la dévastation de la ville de Bruxelles, qui affligerait Votre Altesse Royale et qu’elle désirait de prévenir en m’y envoyant, en un mot de faire cesser les hostilités, était de faire évacuer la ville par les troupes. »
Le prince répond : « J’étais venu, par l’ordre du Roi, vous apporter les nouvelles de paix et pour rendre à cette résidence l’ordre légal, qui seul peut arrêter le torrent des maux auxquels elle est en proie. Je m’étais attendu à votre sincère coopération, pour un but si éminemment favorable à tous vos intérêts. La journée qui vient de se terminer a vu des scènes déplorables qui navrent mon cœur ; cependant il vous est encore ouvert. Concourez avec moi au rétablissement de l’ordre et de la paix ; que la garde urbaine, immédiatement réorganisée, reprenne ses armes et fasse le service de la ville, de concert avec les troupes nationales ; que vos autorités légales resaisissent le pouvoir nécessaire à l’exécution des lois et alors, je m’engage à faire étendre sur les événements de ce jour, l’entier et généreux oubli d’un monarque qui ne veut que votre bonheur à tous et qui s’en occupe, dans ce moment, de concert avec les États Généraux. »
Des nouveaux pourparlers sont tenus le soir-même au quartier général de l'armée, transféré dans la maison du notaire Hermans à Schaerbeek[128], entre le prince et une députation de révolutionnaires menée par Emmanuel Van der Linden d'Hooghvorst et Feuillen de Coppin. Ceux-ci proposent au prince l'arrangement suivant[130] :
« Le Président et les membres de la Commission provisoire d’ordre public, à son Altesse Royale, le Prince Frédéric.
Les soussignés ont l’honneur de soumettre à son Altesse Royale les conditions auxquelles seules ils espèrent pouvoir faire cesser l’effusion du sang des habitants de Bruxelles :
- 1° Les troupes se retireront immédiatement à 6 lieues de Bruxelles et cesseront toute hostilité tant avec cette dernière ville qu’avec les autres villes du royaume ;
- 2° Oubli général du passé sans restriction aucune ; échange immédiat des prisonniers et otages ;
- 3° Réunion ordinaire des Etats Généraux dans une ville des provinces méridionales autre que Gand et Anvers.
Fait en séance de l’hôtel de ville le 23 septembre 1830 à 10 heures la nuit.
Baron Van der Linden d’Hooghvorst, F. A. Delfosse, Pourbaix, Jolly, F. de Coppin, Lippens, Vermeulen, Decock, J. Van Hoorde, secrétaire. »
Delfosse consigne la réaction de prince dans ses archives personnelles[130] : « Le prince Frédéric se montrait disposé à nous entendre sur plusieurs bases et nous retint, le général (d’Hooghvorst) et moi, pour en référer à son conseil et nous fit rappeler, deux heures après, pour nous déclarer, qu’après avoir revu les instructions du Roi, il lui était impossible de se rendre à nos exigences et qu’il fallait que nous fissions, nous, les démarches nécessaires pour amener nos compatriotes à la modération, ce qui était impossible. Aussi nous nous séparâmes après une nouvelle discussion en déclarant qu’au contraire nous nous trouverions dans la nécessité de redoubler nos efforts par plus de vigueur »
De son côté, le chef d'état-major de l'armée, le général Constant de Rebecque, blessé, déclare[97] : « L’affaire était manquée. Nous n’occupons le haut de la ville que d’une manière imparfaite et nos troupes sont trop peu nombreuses et trop inexpérimentées pour des opérations de vive force et pour se retrancher. »
24 septembre
modifierCombats
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Durant la nuit du au , l'armée manœuvre et achemine des renforts puisqu'elle contrôle les deux accès nord de la ville que sont les portes de Schaerbeek et de Louvain. Les grenadiers entrent dans des maisons, parfois encore habitées, donnant lieu à des actes de résistance, dont celui de Charles-Joseph Van de Cappelle qui tente, avec ses ouvriers, de s'opposer à l'occupation de son habitation mais est grièvement blessé[131]. On accuse alors les soldats d'avoir maltraité, violé, voire même tué des civils innocents[132]. Si des crimes ont bien été commis, nombreuses sont les rumeurs qui ont, plus tard, été démenties, comme celle de l'assassinat de Robert Stuart, 11e lord Blantyre, un civil anglais dont on dit qu'il aurait été égorgé de sang-froid alors que sa mort est due à une balle perdue, venant probablement d'un combattant belge, alors qu'il regarde l'armée progresser à sa fenêtre[133]. Toujours est-il qu'au petit matin, les « Hollandais » occupent les maisons et les bâtiments entourant les escaliers de la bibliothèque, celles de la rue Royale, de l'actuelle rue de la Loi (en face du parc de Bruxelles), de la rue de Namur, de la rue Ducale et de quelques rues de l'actuel quartier des Libertés[134]. Pendant ce temps, les Belges affichent partout la proclamation de la victoire de Louvain la veille[135], où l'armée n'est pas parvenue à entrer en ville, repoussée par le peuple, ce qui contribue à exalter l'ardeur et la confiance des Bruxellois, rejoint par de plus en plus de volontaires venus de province.
Les combats reprennent dès le matin à 8 h[136] avec pour objectif belge de reprendre les palais. Les insurgés tentent également une incursion par les escaliers de la bibliothèque, tandis qu'ils fortifient leur position autour de la place Royale en occupant les bâtiments alentours ainsi que la rue Montagne du Parc. Des tirailleurs d'élite sont retranchés aux fenêtres de l'hôtel Belle-Vue et harcèlent les soldats coincés dans le parc de Bruxelles, juste en face[137]. La fusillade est particulièrement intense autour des grilles vers 10 h avant de cesser une heure plus tard et de voir arriver quatre canons supplémentaires par les boulevards pour appuyer l'armée[138]. Les soldats établissent alors leur poste central dans le théâtre royal du Parc et dans le kiosque du Vauxhall vers 13 h. Vers 16 h, une forte averse de pluie interrompt les combats alors que la rumeur se répand dans l'armée que la place Royale est prise, ce qui se révèle être une ruse pour motiver les troupes. Les combats reprennent vers 17 h avant d'être à nouveau interrompus par une pluie battante une heure plus tard[139], qui mouille les cartouche et la poudre, empêchant de tirer.
Côté belge, après s'être emparés de plusieurs maisons dans la rue de Louvain, Juan Van Halen et une centaine d'hommes tentent un premier assaut sur le palais des États-Généraux, mais ils sont repoussés[140]. Vers 10 h, une vingtaine de combattants du corps des chasseurs Chasteler, dont Jenneval, s'emparent de l'athénée royal de Bruxelles[141]. Du côté de la rue de Namur, les volontaires d'Anderlecht, de Gosselies, d'Hal et d'Uccle, dirigés par le Français Anne François Mellinet, délogent les soldats des maisons qu'ils étaient venus occuper la nuit jusqu'au croisement de la rue Verte[142].
Un bruxellois habitant non-loin relate les combats autour du parc de Bruxelles[143] :
« il est 8 1/2 heures, le feu recommence aussi violemment qu’hier. A 10 heures, la mousqueterie est terrible dans la rue Royale et dans les contre-allées du Parc, du côté de ma rue. (...) A 11 heures, le feu s’éloigne du Parc, il est déjà dans la rue et sur la place Royale. A midi, il y a deux canons dans le Parc qui secondent la mousqueterie engagée : le feu est terrible. Je juge que les bourgeois sont de plus en plus audacieux, les canons font trembler les maisons, il en arrive encore deux pièces au grand galop dans le Parc. C’est à la vue et au bruit d’une formidable artillerie que j’écris. J’en ai la tête fendue, les canons font trembler mon pupitre. (...) Les trompettes sonnent encore ; l’action est de nouveau dans le parc, c’est un feu d’enfer, il ne ralentit pas d’un quart de seconde. La bataille de Waterloo n’a pas été aussi chaude et aussi bruyante. A 2 heures, l’action continue ; on dirait que le feu redouble, s’il pouvait toutefois redoubler. C’est un véritable roulement de feu d’artillerie et de mousqueterie, c’est comme le tonnerre dont les coups ressemblent à un terrible déchirement : c’est cent coups de fusils à la fois, à qui vaincra ou mourra. (...) A 4 heures, il tombe une averse à ne plus voir, ma rue est comme un étang. Je n’entends plus tirer que quelques coups d’intervalle à autre. A 4 1/2 heures, l’artillerie et la mousqueterie font de nouveau de nombreuses décharges ; je suis entre deux canons qui tirent encore et me déchirent les oreilles. On dirait qu’on veut détruire les maisons de la rue Royale où les bourgeois tirent par les fenêtres; le tocsin sonne toujours. (...) A 5 3/4 heures, encore plus d’acharnement. C’est pis que le plus terrible tonnerre, j’en deviendrai sourd. Mes voisins me crient de leur jardin : « Qu’allons-nous devenir? « et moi de répondre bien résigné : « S’il faut périr, pérons! » Le plancher se meut sous mes pieds ; je dois nécessairement croire que les borains qu’on attendait cette nuit sont arrivés avec des munitions. Nos bourgeois seuls n’auraient pu suffire. Il est 6 heures, nouvelle averse. Le tonnerre des combattants s’apaise. Je désire dormir aussi bien que la nuit dernière. Le tocsin redouble ; on tire encore d’intervalle à autre. »
Sur les conseils de Charles Rogier, Van Halen est nommé « général en chef » le soir-même, par la Commission administrative, fraîchement mise sur pied. Il se constitue un état-major avec, comme chef, Charles-Joseph Pletinckx[144] puis se met immédiatement à l'ouvrage en préparant un plan d'attaque nocturne du parc, où l'armée est retranchée. En guise de carte, il n'a à sa disposition qu'un « misérable petit avorton de plan de Bruxelles et des environs, arraché à un livre de deux penny, décrivant Mannekenpis et les autres beautés de la ville »[145]. Le plan est prêt peu avant minuit, mais les combattants volontaires qui campent sur la Grand-Place de Bruxelles refusent d'attaquer la nuit. Van Halen remet alors l'attaque au lendemain et en profite pour visiter les différents postes de garde.
État des lieux au soir du 24
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L'armée incendie 18 maisons près de la porte de Schaerbeek, dont 16 sont entièrement détruites[140]. En tirant des projectiles incendiaires vers les bureaux du Courrier des Pays-Bas, le manège de Bruxelles est touché et ravagé par un incendie ainsi que six maisons attenantes. Les soldats ouvrent alors le feu sur les pompiers bruxellois et les citoyens qui tentent d'éteindre le brasier, faisant trois morts et deux blessés[140].
Apprenant la résistance des défenseurs bruxellois de la veille, de nombreux corps francs de volontaires se forment le et affluent vers la capitale. Le plus fourni est celui de Nivelles, avec 160 hommes. On en trouve presque autant dans ceux de Charleroi, de Gosselies, et d'Hal, mais de nombreux autres, plus modestes, se mettent progressivement en chemin dès la réception de la nouvelle, grossissant toujours plus le nombre de combattants belges.
Au soir du deuxième jour de bataille, la Commission administrative, fraichement constituée, fait paraitre une publication qui annonce la victoire des Belges lors de l'attaque parallèle de Louvain la veille et intiment les Bruxellois à poursuivre l'affrontement[146].
« Braves patriotes , vous êtes les vrais enfants de la Belgique. Hier et aujourd'hui, vous avez prouvé à l'Europe que vous aussi vous étiez dignes de la liberté. Trois journées de combat ont immortalisé la population parisienne ; Bruxelles, aidée de ses amis et alliés d'autres villes, n'est pas restée au-dessous d'une si belle gloire.
Encore quelques courageux efforts et la victoire est à nous pour toujours. Les populations des communes environnantes arrivent pleines d'ardeur pour venger le sang Belge, et achever le triomphe de la liberté. Louvain victorieux vous promet son énergique et glorieuse bourgeoisie. Soyez donc pleins de confiance. Le découragement est au camp ennemi. La Providence a retiré tout courage à des sodlats Belges quii ne roguissent pas de souiller leurs drapeaux du pur sang de leurs frères.
Bourgeois de Bruxelles qui redoutez le pillage de vos maisons, savez-vous l'espoir criminel qu'on ne craint pas de faire circuler dans les rangs des oldats? Le pillage ! Prenez la ville, leur dit-on, et deux heures de pillage payeront vos efforts. Bourgeois de Bruxelles, redoublez donc de vigilance ; à vos barricades, redoutables fortifications, ajoutez de nouvelles barricades.
Des pavés lancés des fenêtres ont fait à moitié la révolution parisienne. Continuez aussi à tenir vos croisées garnies de ces redoutables projectiles , et que l'ennemi écrasé apprenne ce qu'il en coûte à venir attaquer dans son sein une population qui veut être libre.
Bruxelles, le 24 septembre 1830.
La Commission administrative : Baron Vanderlinden d'Hoogvorst. Rogier, avocat de Liège. Jolly, ancien officier du génie. »
Concernant le bilan humain, les belges déplorent la mort d'au moins 20 combattants et 60 blessés, tandis qu'ils estiment les pertes de l'armée à 200 soldats pour cette seule journée du [135]. Les atrocités commises sur les civils auraient commencées lors de cette première nuit d'occupation, mais beaucoup d'entre-elles ont été démenties par la suite[147]. Le prince Frédéric, quant à lui, n'a pas bougé de son quartier général de Schaerbeek, sidéré de constater l'échec de son armée et trompé par des rapports enjolivés de son état-major. Il aurait déclaré[148] : « Mais où prennent-ils donc leurs armes, leur poudre, leurs munitions ? Pourquoi ne fait-on pas taire cet infernal tocsin de Sainte-Gudule ? Je ne vois pas encore le drapeau orange flotter sur les tours ! Je réitère l'ordre d'occuper ce poste à tout prix! »
Mouvements politiques
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Apprenant avec surprise que le peuple bruxellois et les volontaires belges ont résisté à l'entrée de l'armée, les principaux meneurs de la révolution belge reviennent à Bruxelles après avoir envisagé la formation d'un gouvernement provisoire en exil[29]. Dès le matin du , sous la houlette de Charles Rogier, ils créent la « Commission administrative » afin de rendre un semblant d'autorité et d'union entre les chefs révolutionnaires[149]. Celle-ci organise la levée de fonds, l'inventaire, la répartition et l'acheminement des armes et des munitions ainsi que la publication des annonces officielles et l'envoi d'adresses aux autres communes pour demander les secours de tous les Belges[150]. Sa création est officialisée par la publication suivante[151] :
« Depuis deux jours, Bruxelles est dépourvue de toute espèce d'autorité constituée ; l'énergie et la loyauté populaire en ont tenu lieu, mais tous les bons citoyens comprennent qu'un tel état de choses ne peut durer sans compromettre la ville et le triomphe d'une cause dont le succès, dès hier, a été assuré. Des citoyens, guidés par le seul amour du pays, ont accepté provisoirement un pouvoir qu'ils sont prêts à remettre en des mains plus dignes aussitôt que les éléments d'une autorité nouvelle seront réunis ; ces citoyens sont MM. le baron Vanderlinden d’Hooghvorst, de Bruxelles ; Ch. Rogier, avocat, de Liége, et Jolly, ancien officier du génie. Ils ont pour secrétaires : MM. de Coppyn et Vanderlinden, de Bruxelles.
Bruxelles, 24 septembre 1830. »
Auguste Engelspach-Larivière s'efforce d'assurer la partie administrative et reçoit 10 000 florins néerlandais de la banque, qu'il utilise pour signer près de 483 bons d'achat pour des fusils, de la poudre ou encore le paiement de frais divers et variés[151].
Négociations
modifierÀ l'instar des discussions de la veille, de nouvelles tentatives de cessez-le-feu et de négociations ont lieu le . Comptant sur la ferveur catholique des combattants, il envoie d'abord le curé de Laeken mener les négociations, mais sans succès[152]. Dans la nuit, une nouvelle entrevue a lieu avec Emmanuel van der Linden d'Hooghvorst, Delfosse et Pourbaix, qui reçoivent la porposition suivante signée de la main du prince Frédéric[153] :
« Vivement affecté des événements affreux et imprévus qui viennent de se passer à Bruxelles, S. A. R. offre à ses habitants comme base préliminaire d’une franche réconciliation les conditions suivantes :
- ARTICLE PREMIER. — Amnistie pleine et entière, sans restriction aucune à tous ceux qui ont pris part aux derniers événements, y compris les étrangers à la ville, pour autant que ces derniers la quittent immédiatement et s’en retournent dans leurs foyers.
- ART. 2. — Le prince s’engage à employer toute son influence auprès de Sa Majesté pour obtenir la session ordinaire des États Généraux à Bruxelles, si le calme est rétabli pour cette époque.
- ART. 3. — Les anciens chefs de section sont priés de s’occuper sans délai de l’organisation d’une régence provisoire sous la sanction de son Altesse Royale.
- ART. 4. — Il y aura un échange immédiat des prisonniers et otages. »
Toutefois, bien que la proposition ait été ramenée à Bruxelles et communiquée à tous, elle demeure ignorée par les combattants[152].
25 septembre
modifierCombats
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Les combats reprennent vers 6 h, au son du tocsin qui alerte les combattants belges[154]. Les grenadiers lancent un premier assaut sur la place Royale, mais sont repoussés[155]. L'après-midi, Juan Van Halen établit son quartier-général dans l'hôtel du prince de Chimay, rue Royale, et met son plan d'attaque du parc de Bruxelles à exécution vers 16 h. Il voudrait d'abord s'emparer des bâtiments avoisinants mais, pour gagner la confiance et satisfaire à la hargne des meneurs révolutionnaires qui siègent à l'hôtel de ville[156], il lance une attaque frontale sur le parc. Son plan est le suivant[157] : « Trois colonnes devaient marcher simultanément sur trois points : celle de droite, confiée à Ernest Grégoire, devait arriver par la place Royale ; celle du centre, sous le commandement de Van Halen, par la Montagne du Parc, et celle de gauche, dont la conduite était réservée à Pletinckx, devait déboucher à la fois par la rue Royale, en venant par la rue de Louvain et en travers du palais des États Généraux, dont il devait tout d'abord, avant l'assaut général, déloger l'ennemi ». Toutefois, l'attaque échoue et les Belges reprennent leurs positions initiales. Le prince Frédéric est aperçu vers 15 h sur les boulevards près de la porte de Louvain, où il inspecte ses troupes. Des Belges, postés aux fenêtres des maisons, le mettent en joue mais n'osent pas tirer, par crainte de la vengeance que les soldats pourraient amener sur la ville[158]. Dans la soirée, Charles Pletinckx est fait prisonnier alors qu'il conduit la réponse écrite d'un négociateur envoyé plus tôt dans la journée par l'armée auprès du gouvernement provisoire de Belgique[159]. Il est conduit à Anvers où il reste prisonnier jusqu'au .
État des lieux au soir du 25
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Les positions au soir du demeurent sensiblement identiques à la veille, à quelques exceptions près, comme la reprise par les Belges de l'axe stratégique que représente les escaliers de la bibliothèque. Du côté des volontaires belges, on dénombre 120 tués ou blessés, tandis que du côté de l'armée, on compte une soixantaine de charriots évacuant les soldats vers les ambulances de la réserve[160]. Lui-même blessé, le général Constant de Rebecque repart à La Haye et fait un rapport de la situation[97].
Plusieurs meneurs belges reviennent à la capitale ce jour-là, comme Auguste van der Meere, qui reprend immédiatement les combats[161]. La Commission administrative, consciente de la nécessité de regrouper les forces belges sous un même commandant, décide de nommer Juan Van Halen comme « général en chef des forces actives en Belgique »[162] et de le convoquer à l'hôtel de ville de Bruxelles vers 23 h pour lui offrir cette proposition. Celui-ci accepte et répond par la missive suivante :
« Messieurs les membres de la commission administrative,
L'amour de la liberté, le devoir de défendre tant de familles dans la consternation, l'irritation dont mon âme est animée en voyant assassiner les habitants et brûler leurs foyers, m'ont fait sortir de l'obscurité dans laquelle je m'étais placé.
J'accepte avec l'orgueil d'un admirateur de la victoire du peuple contre des incendiaires et des dévasteurs, j'accepte, fier aujourd'hui du nom belge allié à celui d'un Espagnol libre, un commandement dont je suis loin de me croire digne. Dévouement et fraternité sincères. »
Mouvements politiques
modifierAvec le retour d'exil d'Alexandre Gendebien et de Sylvain Van de Weyer, la Commission administrative de Bruxelles s'auto-proclame « gouvernement provisoire de Belgique » dès le [163].
Négociations
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Le prince Frédéric envoie à deux reprises des missives à l'hôtel de ville de Bruxelles afin de convier Emmanuel van der Linden d'Hooghvorst à de nouvelles négociations, mais Charles Rogier s'y oppose[153]. Il fait répondre au prince[152] :
« Les habitants de Bruxelles et les étrangers qui s’y sont réunis, pour la défense de la liberté, ne réclament point de pardon. Ils ne peuvent donc accepter les conditions de son Altesse Royale. Le Peuple armé n’attend qu’un mot pour recommencer les hostilités, avec une énergie nouvelle et, dans les dispositions où il se trouve, nul ne peut se flatter de réprimer, une heure seulement, sa soif de vengeance. De nouveaux renforts approchent, le sang va de nouveau couler. Il dépend de son Altesse Royale d’en éviter l’effusion, si fatale à sa population et à la dynastie des Nassau, en retirant immédiatement les troupes à un rayon de huit lieues. Telles seraient les premières bases de tout arrangement ultérieur. »
Celui-ci accepte la proposition en écrivant en retour : « Son Altesse Royale le prince Frédéric des Pays-Bas consent à retirer les troupes hors de la ville, à condition que les hostilités cessent de suite et que l’on s’adresse à son Altesse Royale, pour concerter avec elle sur les moyens à prendre pour rétablir l’ordre et la tranquillité ». Mais la Commission administrative, sûre de son fait et enhardie par l'arrivée de volontaires de province, toujours plus nombreux, lui répond :
« Prince ! Le sang du peuple versé et l’incendie d’une partie de la ville ont rendu aujourd’hui tout traité bien difficile. L’exaspération de tous les esprits est telle en ce moment que nous ne pouvons répondre, que, ce qui serait convenu par nous, serait l’expression de la volonté générale. Toutefois, l’éloignement immédiat des troupes parviendrait peut-être à arrêter le massacre des soldats et à sauver la dynastie.
Bruxelles, 25 septembre 1830. Ch. ROGIER, Président. Baron VAN DER LINDEN D’HOOGHVORST. JOLLY. F. DE COPPIN, secrétaire, NICOLAY, secrétaire. »
26 septembre
modifierCombats
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Le matin du dimanche , le chef d'état-major de l'armée, le général Constant de Rebecque pense toujours la victoire possible à condition d'obtenir des renforts. Il envoie Friedrich von Gagern à Gand pour ramener le duc Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach afin de remplacer le général Abraham Schuurman pour commander l'infanterie. Il dépêche également le lieutenant de Nieuland vers le général Cort-Heiligers, qui venait de subir une défaite lors de l'attaque de Louvain, afin qu'il fasse couper les communications entre Bruxelles et Liége, avec ordre de s’avancer avec 7 bataillons d’infanterie, 1 batterie à pied et le régiment de dragons no 5. Il ordonne au colonel Van Balveren, qui campe toujours à Asse avec ses hommes après leur échec du à la porte de Flandre, d’envoyer un détachement de cavalerie pour empêcher les communications entre Bruxelles et Ath, qui s'est violemment soulevée en suivant l'exemple de nombreuses villes belges pendant les Journées de Septembre. Enfin, le chef d'état-major signe un ordre du jour demandant aux troupes retranchées dans Bruxelles, de tenir bon, leur annonçant l'arrivée rapide de secours[164].
Vers 9 h, les réserves de l'armée et la 15e afdeeling lancent une attaque sur deux lignes, soutenues par les troupes ayant passé une nouvelle nuit dans le parc de Bruxelles : l'une via la rue Royale en direction de la place éponyme, et l'autre via la rue Ducale vers le Vauxhall[165]. Juan Van Halen, organise la défense belge sur le même principe : le flanc gauche (rue Royale) est confié à Auguste van der Meere tandis que le flanc droit revient à Anne François Mellinet. Pendant ce temps, Van Halen et les volontaires de Fleurus occupent les bâtiments de la rue Montagne du Parc afin d'y commander la manoeuvre tandis que ceux de Leuze-en-Hainaut sont envoyés par la rue de Schaerbeek pour observer les mouvements de l'arrière-garde de l'armée près du Jardin botanique de Bruxelles[166].
Les belges tiennent le choc mais, vers 11 h, les troupes du parc, renforcées par celles de la rue Ducale, tentent une sortie vers la place Royale via la place des Palais. Elle est mise en échecs à trois reprises par les combattants retranchés derrière la barricade de la place Royale et dans l'hôtel Belle-Vue[167]. Vers midi, un incendie se déclare à l'hôtel Torrington, situé au no 6 de la rue de la Loi soit juste à côté du palais des États-Généraux. Plusieurs contre-attaques belges sont menées et certains volontaires parviennent à entrer dans le parc et à y récupérer des caissons et des munitions, comme Herman Kessels, commandant initialement l'artillerie, qui se met à la tête de 23 hommes, dont seulement six, lui inclus, reviennent en vie[168]. C'est lors de l'une de ces opérations, menée vers 16 h, que le baron Fellner, adjudant de Van Halen, trouve la mort en organisant les pelotons qui attaquent les bas-fonds du parc, dits de La Madeleine[169]. Une heure plus tard, une percée belge arrive jusqu'au Vaux-hall mais ne parvient toujours pas à prendre position dans le parc[170]. Les combats durent jusqu'à la tombée de la nuit, tout comme le bombardement de la ville par la batterie d'obusiers placée hors des murs, à Ixelles. Celle-ci est attaquée par les hommes de Charles Niellon, qui sortent par la porte de Hal dans la soirée, mais sont repoussés. Ils constatent toutefois des préparatifs dans l'armée qui « annoncent une prochaine retraite »[171].
État des lieux au soir du 26
modifierCe jour-là, seize maisons sont incendiés par l'armée après qu'elle en ait été délogée, tandis que les belges mettent le feu aux bâtiments voisins des palais pour faire fuir le reste des troupes qui y tiennent toujours position[170]. Le rapport du quartier-général belge indique :
« L'attaque générale du Parc disposée, dans cette matinée, par le commandant en chef, est commencée avec une telle vigueur, que le combat le plus sanglant s'engage, en cemoment dix heures, dans les maisons qui entourent le Parc : les boulets, les bombes et les obus volent de tous côtés.
L'ennemi abandonne les maisons et fuit vers le centre du Parc. Il a mis le feu aux bâtiments des états généraux avant de les évacuer. Le comte Vandermeeren dirige l'attaque des maisons de la gauche du Parc; le jeune Parent commande une batterie qui enfile déjà celle de l'ennemi placée au palais du prince d'Orange. Le commandant en chef Van Halen parcourt toute la ligne; il doit se trouver en ce moment au coin de la Montagne du Pare, où les tirailleurs, sous les ordres du capitaine Bouchez, ont fait des prodiges de valeur en se précipitant dans les maisons encore occupées par les soldats. »
Du côté de l'état-major de l'armée, les décisions du chef d'état-major, le général Constant de Rebecque, ne satisfont pas tout le monde. Plusieurs haut gradés tels que le général Trip (nl) ou le major Charles Nepveu décident de faire part de leurs inquiétudes au prince Frédéric. En effet, outre l'échec des attaques et l'arrivée massive de volontaires venus de province, les désertions se font toujours plus nombreuses au sein de l'armée et les soldats d'origine belge ne cachent plus leur volonté de défection. Ce jour-là, lors d'une inspection des positions à la porte de Louvain, le major Martens déclare ouvertement au Prince « qu’il lui répugnait de faire une guerre semblable, de voir répandre le sang de ses frères et de ses amis, de voir brûler et saccager sa ville natale, mais qu’il était prêt à tirer le sabre contre les ennemis du pays et qu’on pouvait l’envoyer aux Indes si on le jugeait convenable »[172]. Le lendemain il est arrêté et conduit en prison à Anvers. Le prince, très affecté par la tournure des évènements et profondément contre la violence, profite du départ à La Haye de son chef d'état-major, l'ardent général de Rebecque, et ordonne des préparatifs de la retraite de Bruxelles dans la soirée.
Mouvements politiques
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Félix de Merode arrive à Bruxelles et rejoint au gouvernement provisoire de Belgique qui officialise sa constitution dans la proclamation suivante[173] :
« GOUVERNEMENT PROVISOIRE.
Vu l'absence de toute autorité, tant à Bruxelles que dans la plupart des villes et des communes de la Belgique ;
Considérant que, dans les circonstances actuelles, un centre général d'opérations est le seul moyen de vaincre nos ennemis, et de faire triompher la cause du peuple belge.
Le gouvernement provisoire demeure constitué de la manière suivante :
MM. le baron Em. d'Hoogvorst ; Ch. Rogier ; le comte Félix de Mérode; A. Gendebien ; S. Vande Weyer ; Jolly ; J. Vanderlinden, trésorier ; baron F. de Coppin, J. Nicolaï, secrétaires.
Bruxelles, le 26 septembre 1830. »
27 septembre
modifierÉvacuation de l'armée
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Le prince Frédéric décide de faire évacuer ses troupes vers 3 h du matin. Le capitaine Charles Antoine de Bieberstein Rogalla Zawadsky du Garderegiment Grenadiers en Jagers relate l'opération dans la correspondance qu'il entretient avec sa femme. Il écrit une première lettre à minuit avant son départ, en disant[174] : « Nous nous retirons d'ici à 3 heures du matin. Nous ne pouvons plus y tenir plus longtemps. La Belgique est bien perdue pour les Nassau. Nous prenons la même position que nous avions en arrivant; mais je crois que nous n'y resterons guère, les paysans se soulevant partout. Adieu, chère amie, si j'échappe à ce carnage je serai bien heureux. » Le lendemain, arrivé à Diegem, il écrit :
« Diegem, 1 1/2 uur van Brussel, den 28 september 1830, s' morgens om 7 uur.
Chère Henriette,
Nous sommes sortis hier, comme te l'ai marqué, à 4 heures de Bruxelles, sans bruit et dans l'obscurité. Nous avons pris position en dehors de la ville et, dans l'après diné, nous sommes venus loger militairement dans ce village, où je me trouve avec toute ma compagnie chez un seul paysan. Comme elle a été dispersée partout, elle n'a pas beaucoup souffert, n'ayant perdu que dix hommes, tant blessés que prisonniers.
Je suis bien content d'être sorti de cette fosse meurtrière, où l'on était tué sans avoir vu son ennemi et si l'envie reprenait encore une fois au Prince d'y retourner, je remercie de cet honneur et me retire, car je ne veux pas voir de rechef un spectacle de désolation et pillage comme il eu lieu, quoique les soldats que j'ai commandés n'ont touché à rien et ont observé une stricte discipline. Que dira l'histoire d'une telle échauffourée ? (...) »
Les troupes ont en effet quitté la ville dans la nuit en direction de Schaerbeek puis ont été aperçues à Evere, Diegem, Peutie, Vilvorde et Cortenbergh[175]. De son côté, le prince écrit à son frère, le prince Guillaume afin de lui relater les faits de la nuit et les raisons de l'évacuation de l'armée du parc de Bruxelles[176] :
« Hors la porte de Scarrebecke, ce 27 septembre 1830 à 4 heures du matin.
Mon cher Guillaume,
Dans cet instant M. Engelen vient de me remettre votre lettre d’hier, et je m’empresse d’y répondre. Hélas, je ne peux que vous donner de mauvaises nouvelles, car depuis le départ de Constant notre situation s’est empirée au point que j’ai cru devoir donner l’ordre de retirer ce matin les troupes hors de Bruxelles pour prendre la position de Dieghem. Hier, vers le soir, les révoltés se sont portés en masse vers le parc, et y ont fait un feu si terrible que les troupes ne pouvaient plus tenir à l’intérieur, en même temps ils ont mis le feu au palais du Roi, dans la partie que j’occupe en jettant des petites balles enflammées depuis la maison d’accoté dont ils s’étaient rendus maître. Devant quitter le palais nous étions réduit à la défense de la rue Ducale et n’avions plus qu’un long boyau à occuper et maintenir, mais qui a une quantité d’issues sur le flanc, par lesquelles les troupes pouvaient être coupées. La position me parut donc devenir trop dangereuse pour la maintenir plus longtemps, sans risquer la perte entière des troupes.
Adieu, mes respects et amitiés à toute la famille et surtout mille choses amicales à Louise.
Communiquer tout ceci, je vous en prie en mon nom au Roi. Pour la vie,
Votre fidèle et dévoué
Fritz. »
Réaction belge
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Dans la pénombre de la nuit du dimanche au lundi , de nombreux mouvements de troupes sont signalés vers 2 h du matin du côté de la porte de Schaerbeek par les hommes en poste à la barricade du Treurenberg[177]. Les Belges croyant à une nouvelle attaque, ouvrent le feu à l'aveugle vers le parc de Bruxelles et la rue Royale dès 5 h, mais ils ne constatent aucune riposte. Les plus téméraires s'engagent alors dans le parc et n'y trouvent personne. Les mêmes reconnaissances sont poussées dans les palais et le constat est identique : l'armée a fui. Aussitôt, le drapeau de la Belgique est hissé au sommet de la tour Sainte-Gudule et son bourdon sonne à tue-tête[175], remplaçant le tocsin et achevant de réveiller les Bruxellois. Pendant ce temps, la propagande belge se met immédiatement à l'œuvre pour clamer une « victoire écrasante du peuple sur l'armée ». Celui-ci se livre alors à la vengeance contre les « orangistes » et incendie notamment la demeure de Ferdinand de Meeûs, accusé d'avoir pactisé avec l'ennemi lors de l'attaque[178]. De nombreux curieux affluent vers les lieux des combats pour constater les dégâts dont a souffert la ville et compter les centaines de cadavres qui gisent toujours au sol[179].
Juan Van Halen, général en chef des combattants belges, annonce officiellement la victoire dans cette adresse au gouvernement provisoire de Belgique[180] :
« Messieurs, l'ennemi, dont sans doute la chaude journée d'hier a complété le déplorable état de démoralisation, a senti l'impossibilité d'une plus longue résistance et vient d'abandonner nos murs. L'héroïque Bruxelles est libre. Le Parc et toutes les portes de la ville sont occupés par nos braves ; le major Palmaert, mon premier adjudant, est nommé gouverneur des palais.
Les faits remarquables qui ont signalé cette journée sont si nombreux et nos occupations en ce moment si multipliées, que, malgré la coopération de généreux amis et des officiers distingués qui m'entourent, je me vois pour l'instant dans l'impossibilité de vous donner tous les détails nécessaires sur ce glorieux événement. Dès que j'en aurai le loisir, l'un de mes premiers soins, comme de mes devoirs les plus chers, sera de vous faire connaître les services rendus par tant de courageux citoyens, dont plusieurs ont payé de leur sang cette mémorable victoire. Une des pertes les plus sensibles pour moi est celle de mon compagnon, baron Fellner, qui a péri en conduisant, l'épée à la main, un de nos détachements à l'attaque du bas-fond de la Madeleine, position si dangereuse et silongtemps disputée.
Une revue générale de nos forces actives aura lieu demain. »
Suites immédiates
modifier- Le une commission est nommée afin de recueillir les témoignages de dévouement et de bravoure dont ont fait part les patriotes belges lors des combats[181]. Elle est confiée à la présidence d'Ernest Grégoire et a pour but de recenser les actes donnant droit à une future récompense nationale, comme la Croix de fer, l'Étoile d'honneur de 1830 ou la Croix commémorative des volontaires de 1830, mais aussi d'inventorier les victimes nécessitant des secours et la liste des personnes décédées.
- Le le gouvernement provisoire de Belgique nomme une commission pour diriger et régulariser le service et la surveillance des hôpitaux et ambulances[182], sous la présidence du docteur Jean-François Vleminckx, médecin en chef. Celle-ci récolte les dons de la population à l'hôtel du gouvernement, rue du Chêne, et contacte les chefs des hôpitaux ou des ambulances particulières, ainsi que les propriétaires des maisons qui avaient recueilli les différents blessés afin de les recenser et d'en inventorier l'état.
Combattants
modifierOrigines
modifierFaits d'armes
modifier- La défense de la porte de Laeken le ;
- La déroute de la colonne de l'armée dans la rue de Flandre, prise au piège des tirs et des objets lançés des fenêtres par les Bruxellois ;
- Le siège de l'ancien observatoire royal de Bruxelles, tenu par les Liégeois pendant douze heures le [183],[184],[185] ;
- Les 150 prisonniers de la barricade de la rue de Louvain, notamment par Jenneval ;
- La prise et le maintien des Belges sur la place Royale ;
- Les combats des escaliers de la bibliothèque ;
- Un combattant de Wavre, monsieur Delescaille, placé sur les gouttières de l'hôtel Belle-Vue abat à lui seul une vingtaine de soldats retranchés dans le parc de Bruxelles[186].
Prisonniers
modifierArmée
modifierLes forces armées du royaume uni des Pays-Bas déplorent officiellement 495 prisonniers ou déserteurs, dont l'aide-de-camp du prince Frédéric, le lieutenant-colonel Nicolas von Gumoënset trois autres officiers supérieurs, en plus de 14 capitaines et lieutenants[187].
Révolutionnaires belges
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L'écrivain Auguste de Wargny recense 122 prisonniers parmi les révolutionnaires belges. Certains d'entre eux sont arrêtés et emprisonnés alors qu'ils se rendent auprès de l'état-major de l'armée pour négocier, comme Édouard Ducpétiaux et monsieur Éverard-Goffin[188], chef de section de la garde bourgeoise de Bruxelles, ou encore Charles-Joseph Pletinckx, le . Ils transitent d'abord par la prison de Schaerbeek puis de Vilvorde. Après la défaite de l'armée, ils sont conduits à Anvers sur le ponton La Delphine[189].
Le , le général en chef, Juan Van Halen, adresse la lettre suivante au comité central du Gouvernement provisoire de Belgique[190] :
« À MM. LES MEMBRES DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE.
Messieurs, je vous invite à faire connaître sans délai au quartier général du prince Frédéric, qu'il faut que MM. Ducpetiaux, Éverard et Pletinckx soient rendus demain matin à nos avant-postes, en échange de trois officiers supérieurs, à son choix, parmi nos prisonniers. J'informe le prince, que s'il ne fait pas cet échange de suite, tous ces officiers seront indistinctement fusillés demain avant neuf heures! Je crois devoir vous déclarer, Messieurs, que si ma demande, qui est appuyée par toute la brave nation belge, n'avait pas un prompt résultat, je prendrais sur-le-champ des mesures énergiques pour parvenir à mes fins. Veuillez me faire connaître votre résolution, afin que je puisse agir immédiatement.
Quartier général de Bruxelles, le 29 septembre 1830. Le commandant en chef des forces mobiles, JUAN VAN HALEN. »
Le gouvernement provisoire n'accepte pas la démarche de Van Halen, qui offre alors sa démission, ce qui est également refusé[191]. Les autorités belges envoient alors l'avocat De Gamond à Anvers dès le afin de négocier l'échange directement avec le prince Frédéric[192]. Celui-ci propose un échange de masse de tous les prisonniers des deux camps, ce qui est refusé par les Belges[193]. Finalement, ils seront libérés le [194] tandis que de nombreux autres prisonniers retrouvent la liberté au fur et à mesure de la libération des prisons, notamment celle de Vilvorde dès le [195] ou celle de Saint-Bernard (Boom) le [196].
Victimes
modifierArmée
modifierLes forces armées du royaume uni des Pays-Bas déplorent officiellement 536 morts et 868 blessés, incluant les escarmouches préalables du et autour de Diegem, Evere ou encore Laeken[66]. Elles dénombrent également la perte de 47 chevaux et de 5 bouches à feu avec leurs caissons. Parmi les officiers tués, on compte 2 colonels, 3 majors (dont Charles Frédéric Krahmer de Bichin), 14 capitaines et 29 lieutenants ou sous-lieutenants, dont certains « belges » restés fidèles à leur serment militaire, comme le capitaine Perot, originaire de Liège[66]. Quelques Officiers supérieurs sont également grièvement blessés, comme le général Jean-Victor Constant de Rebecque, le général Abraham Schuurman ou encore le colonel Louis Joseph Gantois[187].
Certaines unités de l'armée ont détaillé leurs pertes, par exemple :
- Garderegiment Grenadiers en Jagers : 53 morts[197]
- 10 dans le 1er bataillon de grenadiers
- 24 dans le 2e bataillon de grenadiers
- 11 dans le 3e bataillon de grenadiers
- 8 dans le 2e bataillon de chasseurs
Révolutionnaires belges
modifierDans son recensement officiel de 1831, l'écrivain Auguste De Wargny dénombre 430 tués (inclus dans les combats préalables du et dans la périphérie bruxelloise) et 1212 blessés[187]. Il dénombre également 1212 blessés dont 55 « amputés ou qui resteront estropiés ». Les sources d'époque mentionnent qu'un grand nombre d'entre-eux demandent à retourner au combat aussi vite que possible[198] et font état d'un patriotisme remarquable, y compris parmi les étrangers, comme le Français Isidore Meunier, originaire de Péronne, qui chante La Parisienne alors que le chirurgien lui ampute la jambe droite[199].
Il est à noter que 466 révolutionnaires volontaires sont inhumés dans la crypte du monument aux martyrs de la révolution de 1830, situé sur la place des Martyrs de Bruxelles[200]. On trouve 183 Bruxellois, 132 Flamands, 123 Wallons et 28 étrangers.
Parmi les révolutionnaires célèbres décédés lors des Quatre Jours de Bruxelles, on trouve :
- Le baron Philippe Fellner
Civils
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Les combats font 25 tués parmi les civils non-combattants, dont quatre femmes et 14 autres non-identifiés[201]. On dénombre également 47 blessés guéris, dont cinq identifiés formellement. Une scène particulièrement choquante est relatée par certains contemporains : parmi les nombreux morts amenés à l'hôpital Saint-Jean et laissés à la vue de tous afin de pouvoir être identités, se trouvent le corps d'une jeune fille d'onze ans, Louise Dumont, à côté de celui de sa mère, tous deux percés de coups de feu dans la rue d'Isabelle[202].
Parmi les victimes civiles notoires, on trouve :
- Robert Stuart, 11e lord Blantyre, tué le par une balle reçue au cou alors qu'il regarde par sa fenêtre ;
Secours
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Vu les combats préalables autour de la ville à partir du , les différents hôpitaux bruxellois sont rapidement saturés par l'afflux de blessés et de cadavres lorsque l'armée lance son attaque le . À l'époque, les principaux établissements de la ville sont l'hôpital Saint-Pierre de Bruxelles, l'hospice Saint-Jean ou l'hôpital militaire, situé rue des Minimes[203]. On note également le nouveau bâtiment du Grand Hospice de l'ancien Grand Béguinage de Bruxelles, qui accueille quelques blessés[199].
Pour prévenir les épidémies des mesures de salubrité publique doivent rapidement être prises. Ainsi, à l'hôpital Saint-Jean, Auguste Engelspach-Larivière, agent-général du gouvernement provisoire de Belgique, ordonne d'inhumer les soixante cadavres en état de putréfaction les plus avancés à 20 pieds de profondeur dans une arrière-cour de l'établissement, entre des lits de chaux vive[204]. À la fin des combats, le , il ordonne de faire enlever les cadavres qui gisent encore dans, et autour, du parc de Bruxelles, afin de les emmener au grand cimetière de la ville, situé hors de la porte de Louvain. On en ramasse 180, dont 126 militaires et 54 combattants belges, parmi lesquels seuls 83 peuvent être identifiés[205].
Ambulances
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Des ambulances se forment à divers points de la ville, le terme ne désignant, à cette période, non pas le véhicule que nous connaissons aujourd'hui, mais plutôt un poste de secours improvisé. La première est formée le vers midi par Monsieur Pellabon et le docteur Jacques-Paul Roger dans la maison d'un certain Maréchal-Bernard, rue Montage du Parc, soit au beau milieu des combats[206]. D'autres s'installent dans des maisons privées, comme dans celle du bourgmestre Louis de Wellens ou encore du ministre Pierre van Gobbelschroy[207]. Au soir, on en compte 7 et le lendemain 18[186], ce nombre grimpant à 27 les jours suivants[198]. Les médecins y soignent tant les combattants volontaires belges que les soldats de l'armée royale, dont certains se mutilent volontairement pour ne plus avoir à combattre[139]. Des docteurs bruxellois accueillent également des blessés à leur domicile et plusieurs d'entre-eux sont par la suite décorés de la Croix de fer pour leur dévouement et leurs actions de bienfaisance, comme Philippe Ansroul[208] ou Auguste Chantraine[209].
Parmi les différents organisateurs des ambulances, on trouvent également de simples civils comme monsieur De Marsais, négociant bruxellois qui met sur pied celle de la chapelle de la Madeleine, ou monsieur De Masière, qui dirige celle de la rue des Minimes[210]. Certaines d'entre-elles deviennent de véritables hôpitaux, comme celle de l'ancien hôtel du Gouverneur, rue du Chêne, où l'on amène les blessés issus des autres ambulances afin de concentrer les secours et de ne pas disperser les médecins[211]. parmi celles ayant accueilli le plus grand nombre de blessés, citons l'ambulance Sainte-Anne dans la chapelle de la Madeleine avec 76 blessés dont 12 morts, celle des Augustins avec 42 blessés dont 2 morts, ou encore celle de la rue des Minimes avec 41 blessés dont 16 morts[212].
Soignants
modifierDe nombreux médecins bruxellois ou étrangers se mettent au service des blessés dès l'attaque du , certains n'hésitant pas à quitter les hôpitaux pour se rendre directement au plus proche des combats, comme Pierre Vandevelde, qui quitte l'hôpital Saint-Jean pour œuvrer au milieu de la bataille, autour du parc de Bruxelles et est décoré de la Croix commémorative des volontaires de 1830 pour son action[213]. Outre les soignants, les pharmaciens participent massivement aux soins en livrant gratuitement des médicaments[214] comme monsieur Dams de Bruxelles[215], ou monsieur Poncelet, venu de Philippeville[208]. De son côté, la population apporte des vivres et un soutien logistique aux soignants, dont de nombreuses femmes venues prêter main forte, nettoyant les linges ou confectionnant de la charpie[211].
À l'instar des combattants, des médecins et chirurgiens accourent également bénévolement de province ou de l'étranger, dont plusieurs d'Alost et d'Enghien, trois de Mons, cinq de Namur et douze de Tournai[216]. Parmi eux, certains seront récompensés de la Croix de fer, comme Émile Drapier, venu de Charleroi[217], Hubert Gosse, venu avec les volontaires de Péruwelz[218], Emmanuel Leclercq, venu de Givry avec la caisse d'une collecte de fonds et après y avoir soulevé la population locale[219], Henri Leroy, venu de Soignies avec armes et volontaires le [220], Adolphe Loyens, de Wavre, Philippe Marcq, arrivé avec le corps-franc de Charleroi[221], le docteur Montigny, de Leuze-en-Hainaut[222], Auguste-Eugène Mussch, docteur à Hal[223], Hyppolyte Staquez, venu avec les volontaires de Binche[224] ou encore François Stievenart, chirurgien et accoucheur à Mons, accouru avec un charriot chargé de matériel médical et qui établit par la suite l'ambulance de la rue Royale[105]. À l'image de la considérable participation française à la révolution belge, on remarque plusieurs médecins venus de France, comme le docteur De Gardin, de Maubeuge[225], et une présence particulière de médecins parisiens, comme les docteurs Couder[226], Dardespienne[227] ou Decaisne[228]. Certains étant venus avec la légion-belge parisienne ou d'autres corps-franc organisés par la Société des amis du peuple.
D'autres médecins bruxellois s'illustrent à la création des ambulances, comme le docteur De Neufbourg[229], qui organise l'ambulance de la chapelle Sainte-Anne et celle de l'hôtel du Miroir avec le docteur Van Meerbeek[230], le docteur De Ridder, qui prend la direction de l'ambulance de l'hôtel du Gouvernement, rue du Chêne[122], le docteur Froidmont à l'ambulance de la chapelle de la Madeleine[231] ou encore le docteur Philippe Pousset qui établit l'ambulance de la rue Montagne de la Cour[232].
Certains médecins militaires se signalent également en faisant défection des rangs des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas, comme Félix-Émile Despret, médecin au 2e régiment d'infanterie, qui parcourt le champ de bataille autour du parc de Bruxelles pour relever les blessés et poursuivre ses soins à l'ambulance de la rue des Minimes[233], mais aussi Jean-Baptiste Grégoire, médecin-adjoint à l'hôpital militaire de Malines qui se porte à la capitale dès les premiers combats[234], ou encore Adolphe Limauge, médecin de bataillon à l'hôpital militaire de Bruxelles[235] qui est présent sur le place Royale, au cœur des combats, pendant les quatre journées et organise l'enlèvement des cadavres autour du parc la nuit [216].
Quelques soignants prennent également les armes et combattent eux-mêmes, comme l'infirmier Lambert Immers, blessé à la poitrine le [236], le frère Christoph Blanc, de l'hospice de Nivelles, blessé d'un coup de feu à la cuisse le [237], le docteur Feigneaux, blessé d'un coup de feu à la tête le même jour[30], le docteur Roger, organisateur de la première ambulance qu'il défend en ouvrant lui-même le feu depuis les toits de sa maison[59] ou encore le docteur Félix Van de Mortele, venu de Bottelare et membre de la première heure de la Réunion centrale[238]. L'un des plus célèbres demeure le docteur André Dieudonné Trumper qui, au matin du arrête la progression de l'armée dans la rue de Flandre et prend le commandement de l'une des barricades après l'échec des négociations qu'il mène. Certains trouvent d'ailleurs la mort au combat, comme le docteur Demelin, venu d'Ath et décédé de ses blessures le [216].
Même les prisonniers belges se lancent dans les soins, comme les membres de la garde bourgeoise de Bruxelles de faction pour surveiller le palais du prince héritier Guillaume, l'actuel palais des Académies, pris par l'armée dès le matin du , et qui sont enfermés dans les caves où ils soignent les soldats blessés, sous la surveillance du lieutenant-colonel Edmond Etienne Joseph Mathon[113]. Des blessés eux-mêmes deviennent des soignants, comme Charles-François Dekessel, atteint par une balle au bras dès le premier jour et qui se met ensuite au service de l'ambulance des Augustins[239].
Commission de secours et de récompenses
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Une « Commission des secours et de récompenses » est mise sur pied dès le par le gouvernement provisoire de Belgique afin de récolter et distribuer les médicaments et matériel aux blessés, mais aussi d'en dresser les listes. En effet, une aide financière se met en place pour les familles des blessés ou des tués, notamment les veuves.
Parmi ses précurseurs, on trouve un négociant de Valenciennes, monsieur Darteville-Tarquet[227], le docteur Guiette[240] ou encore le docteur Steurs, venu de Liège et qui reste plusieurs semaines à Bruxelles gratuitement[105].
L'objectif de la commission est aussi d'inventorier les faits d'armes afin d'organiser les récompenses honorifiques ou pécuniaires, telles que la Croix de fer, la Croix commémorative des volontaires de 1830 ou l'Étoile d'honneur de 1830. À ce titre, elle se choisit pour président le comte Ferdinand d'Andelot le [241], pour trésorier Pierre-Joseph Heyvaert[242], et pour médecin-chef le docteur Jean-François Vleminckx. Ils assistés entre autres de messieurs Crabbé[243], Depage[244], Demoor[245], Departz[244], Ducpétiaux (le père d'Édouard)[246], Guiette[240], Kiekepoost[247], Lauwers[248], Michiels[249], Pelseneer (Alexis et Guillaume)[250], Ranwet[251], Steurs[105], Verhulst[126] et Willaert[252], tous récipiendaires de la Croix de fer pour leur rôle dans cette commission. Leur travail est supervisé par Adolphe Levae, nommé « inspecteur des commissions réunies des secours et récompenses »[235].
« GOUVERNEMENT PROVISOIRE
Vu la nécessité de prendre de promptes mesures sur les soins que réclament les généreux défenseurs de nos libertés, blessés dans les mémorables journées des 23, 24, 25, 26 et 27 septembre,
ARRÊTE :
- 1) Ily aura une commission, spécialement chargée de la surveillance et de la direction des hôpitaux et ambulances, ainsi que de la distribution des secours.
- 2) Cette commission adressera tous les 3 jours à la commission de l'intérieur près le Gouvernement provisoire, un rapport détaillé sur l'état des hôpitaux et ambulances, ainsi que sur leurs besoins et les moyens d'y pourvoir. Ce rapport contiendra les noms, domiciles et professions des personnes blessées et les renseignemens qu'il aura été possible d'obtenir sur leurs familles et leur position domestique.
- 3) Elle se fera rendre, jour par jour, semblable rapport par les directeurs des hôpitaux et ambulances.
- 4) Cette commission sera également chargée d'organiser lescollectes à domicile et de recevoir les dons offerts par la bienfaisance publique.
- 5) Sont nommés membres de cette commission centrale : M M .Ranwet, père, pour l'hôpital du gouvernement ; Depage, fils, pour l'hôpital Saint-Jean ; Kieckevort, pour l'hôpital Saint-Pierre, et M. le docteur Vleminckx, comme médecin en chef attaché à ladite commission centrale.
Le comité de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté.
Bruxelles, le 29 septembre 1830.
Souscriptions et collecte de fonds
modifierDe nombreuses souscriptions ou collectes de fonds sont lancées un peu partout en Belgique et à l'étranger afin de venir en aide aux « blessés de Bruxelles ». Dans la banlieue, on note par exemple une collecte de 600 florins néerlandais le à Saint-Josse-ten-Noode[254]. Mais l'aide financière arrive également massivement de province, dont les contributions de Rebecq, Houtain-le-Val et Vlezenbeek sont les premières à parvenir à la capitale. Les grandes villes participent également, comme Bruges[255], mais également des villes encore sous contrôle des orangistes à ce moment, comme Anvers ou Maastricht.
L'étranger n'est pas en reste : une souscription est ouverte à Paris par Jean-François Tielemans qui collecte 16000 francs français[256], Rouen et Lille apportent 8000 et 10000 francs. Des fond affluent même de Londres et du Grand-Duché de Luxembourg[257]. En effet, dans la foulée de la participation luxembourgeoise à la révolution belge de 1830 et peu avant l'annexion du Grand-Duché de Luxembourg par la Belgique, on remarque entre autres, dans le « quartier allemand », les contributions des villes de Vianden, qui envoie 500 francs, Grevenmacher 455,03, Echternach 1400, Mondorf-les-Bains 65,83, Altwies 55, ou encore Rollingen qui rassemble 123,37 francs[258].
Certaines communes participent également de manière logistique ou humanitaire : on achemine ainsi à Bruxelles 100000 pains en dix jours, dont 1100 envoyés depuis le seul village de Morlanwelz, dans la province de Hainaut.
Conséquences
modifierDégâts
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Sociales
modifierBon nombre d'habitants ayant fui Bruxelles, reviennent en ville à la fin du mois de septembre ou courant octobre, retrouvant parfois leurs domiciles saccagés si pas incendiés ou démolis. Le taux de chômage grimpe en flèche, autant que le nombre de mendiants, alors que les vivres manquent[259]. Ainsi, le , l'administrateur général de la police de sûreté, Isidore Plaisant, fait publier à nouveau des lois répressives, notamment contre la mendicité[182].
Politiques
modifierLa résistance inattendue des révolutionnaires contre l'attaque de l'armée va conduire les meneurs belges à créer une commission administrative dès le , dans le but d'organiser la résistance. Elle sera l'anti-chambre de la création du gouvernement provisoire de Belgique dès le lendemain.
Le , les États généraux du royaume des Pays-Bas réunis à La Haye, votent la séparation administrative de la Belgique et des Pays-Bas, mais il est trop tard : les Belges, enhardis par leurs victoires successives lors des Journées de Septembre tant à Bruxelles qu'en province, finissent par proclamer unilatéralement l'indépendance de la Belgique le , puis décident de l'élection du Congrès national le . Celui-ci devient la première assemblée législative et constituante de la Belgique, chargée notamment d'élaborer la Constitution belge qui définit, entre autres, que le pays sera une monarchie constitutionnelle. En attendant la montée sur le trône roi des Belges, Léopold Ier, le Congrès nomme le premier chef de l'état belge, Érasme-Louis Surlet de Chokier, avec le titre de régent du Royaume de Belgique.
Militaires
modifierLes victoires, aussi surprenantes qu'inattendues, des volontaires belges finissent de propager le mouvement révolutionnaire à l'ensemble des grandes villes des Pays-Bas méridionaux lors des Journées de Septembre. En effet, de nombreuses communes avaient garanti l'envoi de renforts en cas d'attaque et tiennent leurs promesses en organisant des corps francs de volontaires qui marchent vers la capitale, mais aussi vers les nombreuses grandes villes où la révolte se militarise. Les forts et les différentes places militaires capitulent alors les unes après les autres, d'abord dans l'actuelle Wallonie puis en Flandre, bien aidés par la rébellion et la désertion massive des soldats d'origine belge.
Début octobre, la décision est prise de poursuivre l'armée régulière et de la chasser « jusqu'au delà du Moerdijk »[260], lançant la guerre belgo-néerlandaise sur trois grands axes : la campagne d'Anvers, la campagne des Flandres et la campagne du Limbourg. Au vu des défaites militaires successives, le prince Frédéric est remplacé par le duc Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach à la tête des forces armées du royaume uni des Pays-Bas.
La Brabançonne
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La Brabançonne, futur hymne national de la Belgique, voit ses paroles être modifiées à la suite de l'attaque de l'armée du prince d'Orange. Dans sa première version, écrite début septembre par Jenneval, le dernier couplet est on ne peut plus annonciateur :
(…)
Mais malheur ! si de l'arbitraire
Protégeant les affreux projets,
Sur nous du canon sanguinaire
Tu venais lancer les boulets.
Alors tout est fini, tout change,
Plus de pacte, plus de traité,
Et tu verrais tomber l'Orange
De l'arbre de la liberté.
En réaction à l'attaque, Jenneval écrit une nouvelle version de son œuvre, dont voici le premier couplet :
Qui l'aurait cru… de l'arbitraire,
Consacrant les affreux projets,
Sur nous de l'airain militaire,
Un Prince a lancé les boulets
C'en est fait ! Oui Belges tout change
Avec Nassau plus d'indigne traité
La mitraille a brisé l'Orange
Sur l'arbre de la Liberté
(…)
Réactions
modifierCauses de la défaite de l'armée
modifierStratégiques
modifierParmi les différentes causes stratégiques liées à l'incapacité de l'armée néerlandaise de s'emparer de Bruxelles, l'on trouve[261],[262] :
- Le manque de soutien et de préparation sérieuse de la manœuvre militaire, dont le fait de ne pas avoir encerclé la ville ou d'avoir laissé les communications aux Belges en délaissant la prise de la porte de Hal ou de la porte de Ninove, permettant ainsi l'arrivée croissante de volontaires venus en grand nombre de la province de Hainaut par le sud-ouest, ce qui aurait pu être aisément réalisé par la cavalerie, laissée sur les boulevards[263] ;
- Les différentes hésitations et temps d'arrêts marqués lors des premières heures, dont celui avant la première attaque sur la place Royale, nœud stratégique entre le haut et le bas de la ville, qui permet aux volontaires belges d'en assurer la défense et qui ne sera jamais être prise[264] ;
- La négligence des troupes de prendre position dans les bâtiments situés à droite du parc de Bruxelles, (côté rue Royale) où elles étaient retranchées, s'obstinant à contrôler le côté gauche (rue Ducale) pour tenter de garder une communication avec l'autre colonne venant de la porte de Louvain[265] ;
- L'inefficacité de prendre les Belges à revers lors de l'échec de l'attaque de la porte de Hal, au sud de la ville, dès le [266] ;
- Le manque de coordination entre les différents mouvements des diverses colonnes ;
- Le manque de préparation de l'armée face à une guérilla urbaine et le fait de s'y être embourbée alors qu'elle n'était pas taillée pour, comme l'a montré la retraite de la cavalerie qui ne parvient pas à manoeuvrer dans l'étroitesse de la rue de Flandre ;
- La lenteur de la mobilisation des troupes, qui se mettent en branle vers minuit pour n'arriver aux portes de la ville qu'au petit matin, trahissant des problèmes organisationnels majeurs[101] ;
- L'attaque, annoncée, de jour au lieu dune attaque surprise de nuit[102].
Humaines
modifier- Le manque de préparation des troupes à de réels combats, les Officiers ayant par exemple garanti aux soldats que les Bruxellois ne tireraient pas sur eux ;
- L'excès de confiance du prince Frédéric et de ses généraux, à qui tous les rapporteurs avaient garanti une démonstration de force et une victoire facile, appuyée de l'intérieur par la garde bourgeoise de Bruxelles, ce qui ne fut pas le cas ;
- Le moral de l'armée qui passe d'excellent avant l'attaque, à désastreux après les premiers constats d'échec[267],[262] ;
- Les désertions et défections majeures de nombreux soldats belges des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas[268] ;
- Les nombreux Officiers supérieurs et généraux blessés ou prisonniers, qui désorganisent la bonne marche des manoeuvres ;
Actions des insurgés belges
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- La préparation préalable du terrain avec l'érection de nombreuses barricades et postes de garde dans tout Bruxelles ;
- La résistance inattendue des volontaires belges qui se lancent dans une guérilla urbaine acharnée dans laquelle les troupes régulières sont nettement désavantagées ;
- La participation massive du peuple bruxellois, notamment aux combats de rue lorsqu'ils lancent pléthore d'objet sur les soldats depuis les maisons, ralentissant nettement leur progression ;
- La révolte de nombreuses villes et communes belges lors des Journées de Septembre, obligeant l'armée à y maintenir une garnison suffisante qu'elle ne peut envoyer en renfort à Bruxelles ;
- Le renfort de nombreux corps-francs et de volontaires isolés venus des Pays-Bas méridionaux et de l'étranger ;
- La mobilité et la réactivité des Belges, qui parviennent à renforcer rapidement les position attaquées et qui gardent et leur faible artillerie (six pièces) concentrée en un seul point à l'intérieur de la ville, dans la caserne des Annonciades[107], afin de pouvoir la déployer en une batterie au bon endroit au moment venu, comme sur la place Royale.
Représentations et utilisation
modifierDans les arts
modifier- Les Quatre Journées, opéra de François Van Campenhout[269], l'auteur des partitions de La Brabançonne ;
Dans la culture populaire
modifier- La victoire des Quatre Jours de Bruxelles fut initialement reprise pour célébrer les premières fêtes nationales belges, puis le fut choisi en 1975 comme date de la fête de la Communauté française de Belgique, mettant en avant les nombreux volontaires wallons venus défendre Bruxelles ;
Récits et témoignages
modifierCivils bruxellois
modifierDans ses Documents inédits sur la Révolution belge de 1910, Camille Buffin retranscrit le journal d'un bruxellois habitant non-loin de la place Royale. Il témoigne du vécu des civils lors des combats, comme ceux de la journée du lorsqu'il écrit[270] :
« Deux pièces de canon attelées de six chevaux sont conduites et ramenées au galop dans ma rue ; on cherche des positions pour les pointer ; ils tirent comme tous les diables presque sous mes fenêtres. Ma maison en tremble ; la fumée de la poudre couvre le Parc, ma rue et nos jardins ; à peine puis-je entendre le tocsin, qui ne cesse pas. (...) Si les arbres ne m’empêchaient pas de voir ! si je pouvais aller voir ce qui se passe ! Mais nous sommes menacés de voir tirer sur nous. Je suis sans pain ; j’ai heureusement des pommes de terre. Personne ne saurait rien nous apporter ; prenons patience. Je vais de mon pupitre à la persienne, à la fenêtre du grenier, dans mon jardin, pour me distraire, et je reviens à mon pupitre pour continuer ma narration ; ce sont tous mes loisirs. Depuis le 23, Mlle Depape, qui ne veut pas être raisonnable, s’occupe à se saisir dans le souterrain avec Narcisse : c’est bien un autre tonnerre que celui du ciel, qui lui fait si peur ! »
Armée
modifier- Le vers 17 h 30, un habitant recueille sept tirailleurs de l'armée dans sa maison près du parc de Bruxelles et l'un d'eux lui déclare[271] : « Ils nous tueront tous, ils tirent de toutes les fenêtres des maisons. Nous n’en viendrons pas à bout. » ;
- Le capitaine Charles Antoine de Bieberstein Rogalla Zawadsky du Garderegiment Grenadiers en Jagers parle des combats dans la correspondance qu'il entretient avec sa femme. Le , il lui écrit[272] : « Le carnage dans Bruxelles est terrible et le combat finira faute de combattants. On dit que 50.000 hommes ne suffiront pas à Bruxelles. Chaque maison est une forteresse et dans ce moment la ville brûle de tout côté. Il parait qu'on a juré la ruine de l'armée. (…) Chère amie, quelle horrible situation, mais que cela aille comme il veut, le pays est perdu pour toujours. Bruxelles est un second Missoloungi et cependant il n'y a pas de Turcs. A l'instant on dit que 12.000 Wallons font leur jonction. On craint beaucoup pour Malines même, qui n'est pas plus tranquille qu'il faut. »
Hommages
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- Un drapeau belge commémoratif est confectionné au format de l'époque (horizontal) avec l'inscription « Journées des 23, 24, 25, , Liberté Ordre Public ». Il est toujours conservé au musée de la ville de Bruxelles et est inscrit à l'inventaire du patrimoine mobilier de la ville[273].
- Le premier navire de la marine belge fut nommé Les Quatre Journées en hommage à la bataille[274].
Crypte et monument aux Martyrs
modifierRécompenses
modifierBibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Français
modifier- Camille Buffin, Documents inédits sur la Révolution belge, Bruxelles, Albert Dewit, (lire en ligne).
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; - Charles Terlinden, Documents inédits sur la Révolution de 1830 à Bruxelles et en province tirés des papiers du Lieutenant général Eenens., t. 125, Académie royale de Belgique., coll. « Bulletin de la Commission royale d'histoire », (lire en ligne) ;
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