Jean-Joseph Charlier
Jean-Joseph Charlier dit Jambe de Bois ou encore Charlier Jambe de Bois, né le à Liège et mort à Liège le , est un tisserand, et militaire belge célèbre pour avoir rejoint les volontaires de la révolution belge de 1830 dans le corps franc liégeois et pour ses actions décisives avec son canon lors de l'épisode des Quatre Jours, autour du parc de Bruxelles.
| Jean-Joseph Charlier | ||
Portrait de Charlier Jambe-de-bois, huile sur toile de Jérémie Delsaux, 1923 | ||
| Surnom | Jambe-de-bois | |
|---|---|---|
| Naissance | Liège, |
|
| Décès | (à 91 ans) Liège, |
|
| Origine | ||
| Allégeance | ||
| Arme | ||
| Grade | ||
| Années de service | 1813 – 1831 | |
| Conflits | Guerres napoléoniennes, révolution belge |
|
| Faits d'armes | Révolution belge (Quatre Jours de Bruxelles) | |
| Distinctions | Ordre de Léopold, Croix de fer, médaille de Sainte-Hélène (1857) |
|
| Autres fonctions | tisserand | |
| modifier |
||
Biographie
modifierJean-Joseph Charlier, né le à Liège (dans le quartier Sainte-Walburge), est le fils de Mathieu Charlier et de Gertrude Navarre. Il épouse, en premières noces, Anne-Marie Henriette Victoire Winand († en 1846) avec qui il a deux fils, dont Hippolyte Alexandre, une fille et, en secondes noces, Jeanne Capel.
Avant son enrôlement dans la Grande Armée de Napoléon, il exerce le métier de tisserand.
Guerres napoléoniennes
modifierEn 1813, il est incorporé, comme simple soldat, au 4e bataillon de la 1re compagnie du 69e régiment de ligne et participe entre 1813 et 1814 à la campagne d'Allemagne avec la division Souham (3e corps d'armée).
Après l'évacuation, par l'armée française, de la forteresse de Mayence le , les sources historiques secondaires deviennent moins fiables car parfois contradictoires à propos de Charlier. D'après l'historien Yves Moerman, il perd la jambe droite au cours de la bataille de Waterloo[note 2] tandis que le registre de l'état civil et militaire de l'armée du ministère de la Guerre indique dans la colonne des états de services « déserté le 5 mai 1814, blessure : néant »[1],[note 3].
Révolution belge
modifier

Lors de l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux, Jean-Joseph Charlier répond directement à l'appel de Charles Rogier du . Il se joint au corps franc de 250 Liégeois qui part, le [2], prêter main-forte aux insurgés bruxellois après avoir été à l'origine de l'enlèvement de deux canons — Marie-Louise et Willem — abandonnés par l'armée néerlandaise dans la caserne des Écoliers[note 4] en Outremeuse. La colonne des Liégeois parvient à Bruxelles le et s'empare des armes entreposées dans l'hôtel de ville. Le 12, Jean-Joseph, treize de ses camarades, Marie-Louise et Willem sont incorporés dans l'artillerie des révolutionnaires, sous le commandement d'Herman Kessels et d'Anne François Mellinet.
Le , les troupes néerlandaises attaquent Bruxelles entrent dans la ville par la rue de Flandre et sont définitivement arrêtées dans le parc de Bruxelles par la barricade installée entre la place de Lorraine et le parc. C'est sur cette barricade que Jean-Joseph et Willem ont pris position. Bien que n'étant pas artilleur, son rôle dans la future victoire est prépondérant ; déplaçant Willem à plusieurs reprises, il tire tantôt vers le parc, tantôt vers la place de Lorraine par laquelle les Néerlandais tentent de prendre la barricade à revers. Les combats durent du 23 à la nuit du pendant laquelle l'armée néerlandaise, profitant de l'obscurité évacue le parc et la ville laissant derrière elle 520 morts, 830 blessés et 450 prisonniers.
Rentré à Liège, il est nommé, par décret du Gouvernement provisoire capitaine d'artillerie en retraite en .
Bien qu'à la retraite, il aide le lieutenant général Nicolas Joseph Daine à établir la défense de Liège dans le secteur du plateau d'Ans lors de la campagne des Dix-Jours de 1831.
Polémique post mortem
modifierLorsqu'en 1878, l'église Sainte-Walburge est reconstruite, le cimetière qui l’entourait depuis le début du XVIIe siècle est déménagé au nouveau cimetière de Sainte-Walburge. Cependant, la tombe de la famille Charlier n'est pas transférée malgré les protestations de la famille qui réclame une nouvelle sépulture pour le valeureux canonnier à la jambe de bois. « Le capitaine Charlier n’a pas besoin de tombeau, car son nom restera gravé à jamais dans l’histoire » est la réponse des officiels communaux à cette requête.
Hommages et distinctions
modifierChanson
modifierSon action décisive lors des journées de septembre inspire un chansonnier dont l'histoire n'a pas retenu le nom :
Il partit ce matin de Liège
à cheval sur un canon.
Partout la foule qui l'assiège
lui dit : bonhomme où vas-tu donc ?
Je vais chasser à la canaille
et vaincre ou mourir pour nos droits.
Tant qu'il y aura de la mitraille
on verra la jambe de bois.
— inconnu, La Jambe de Bois
Il meurt, quelques jours avant son 92e anniversaire, le dans sa maison du no 10 de la rue Sainte-Walburge à Liège mais n'est déclaré comme tel que le à l'administration communale.
Souvenir
modifier

- Une pancarte commémorative fut apposée sur la façade de son ancienne demeure située à Liège, rue Pierreuse 126, par la société royale « les r'jettons di 1830 » le .
- La rue Jambe de Bois dans le quartier Sainte-Walburge à Liège perpétue sa mémoire.
- Son pilon et ses décorations sont conservés au musée de la vie wallonne.
- Le décret du Gouvernement provisoire signé Rogier, Gendebien et Jolly nommant Charlier au grade de capitaine d'artillerie en retraite est conservé au musée royal de l'armée et de l'histoire militaire.
Distinctions
modifierLes distinctions suivantes lui ont été attribuées :
- Chevalier de l'ordre de Léopold (Belgique) ;
- Croix de fer (Belgique) ;
Médaille de Sainte-Hélène (1792-1815) (1857).
Notes et références
modifierNotes
modifier- 1 2 Né durant la seconde restauration de l'ancien régime (1793-1795), Jean-Joseph Charlier est donc bien né en Principauté de liège.
- ↑ Yves Moerman admet cependant que « d’autres sources parlent d’Allemagne en 1813, voir en France en 1814 ».
- ↑ Sa « désertion » est actée pour la date du lendemain de l'évacuation de la forteresse de Mayence par l'armée française.
- ↑ La caserne des Écoliers est l'actuelle école supérieure des arts Saint-Luc
Références
modifier- ↑ « Jean Joseph Charlier, document état de service », sur Médaille de Sainte-Hélène (consulté le )
- ↑ Jean Stengers, op. cit., p. 185.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Paul Emond, Moi, Jean-Joseph Charlier, dit Jambe de bois, héros de la révolution belge, Bruxelles, Rideau de Bruxelles, (ISBN 978-2-87295-027-0, OCLC 36755447)
- René Henoumont, Charlier dit la jambe de bois : le canonnier liégeois de 1830, Bruxelles, Legrain, (OCLC 220299781)
- Jean-Joseph Charlier, Les journées de septembre 1830, ou Mémoire de Jean-Joseph Charlier, dit la Jambe Bois, capitaine d'artillerie en retraite, Liège, J.-G. Carmanne, (OCLC 32583860)
- Yves Moerman et Yann Deniau, 1815. Napoléon en campagne. Heure par heure dans l'ombre de l'Empereur, Bruxelles, Jourdan éditeur et diffuseur, (ISBN 978-2-87466-024-5, OCLC 717124718)
- Jean Stengers, « La Révolution de 1830 », dans Anne Morelli (dir.), Les Grands Mythes de l'histoire de Belgique, de Flandre et de Wallonie, Bruxelles, Éditions Vie ouvrière, 1995, (ISBN 978-2-87003-301-2), (OCLC 34247109)