Fidalgo
Fidalgo (au Portugal : fidalgo ; en Espagne : hidalgo) est un terme traditionnel de la noblesse portugaise, issu de l’expression filho de algo, qui signifie littéralement « fils de quelque chose » ou, dans son sens historique, « fils de quelqu’un ». Le terme est parfois traduit et cité en français par « noble », « gentilhomme » ou « seigneur », et désigne un membre de la noblesse, titré ou non.

Le mot fait référence à une personne dont les ancêtres s’étaient distingués par leurs exploits, leur position ou leur condition noble. À partir du XVe siècle, le terme fut introduit depuis la Castille dans le cadre d’une réforme centralisatrice de la Maison royale portugaise menée sous le règne du roi D. Afonso V. Cette réforme visait notamment à distinguer les chevaliers et les écuyers issus d’une noblesse héréditaire ou d’un lignage, de ceux qui ne bénéficiaient de titres qu’en vertu d’une faveur spéciale du souverain.
Le titre de fidalgo fut aboli après le renversement de la monarchie portugaise en 1910, fidalgo est également utilisé comme nom de famille au Portugal.
Origine, étymologie et évolution du concept de fidalgo
modifierL’origine du mot remonte au léonais fijodalgo, dont dériva le mot castillan hidalgo. Toutefois, le mot portugais fidalgo n’a pas le même sens que « hidalgo », comme on peut le constater en consultant l'étude de Juan José Leñero Ferrari. Selon cet auteur, la condition de fidalgo trouve son origine dans la liberté individuelle dont jouissaient les peuples cantabres et asturiens depuis l’époque romaine, un droit qui fut reconnu dans la péninsule Ibérique après la Reconquête, sous le commandement de Pélage premier roi des Asturies au VIIᵉ siècle. Être fidalgo, c’était être un homme libre : libre de payer ou non des impôts (« pechos »), de prêter ou non allégeance à qui il le souhaitait, et de pouvoir occuper n’importe quelle charge ou fonction, de la plus modeste à la plus élevée.
Il bénéficiait également de privilèges tels que l’inviolabilité de son domicile, le droit d’être jugé uniquement par ses pairs, l’exemption de l’obligation de loger des troupes et la possibilité de transmettre sa condition de fidalgo à ses enfants par la lignée masculine, par le sang, sans aucune autre condition. Les contribuables (« pecheros ») étaient des individus qui résidaient sur ces terres, mais qui ne descendaient pas des habitants d’origine, ayant suivi Pélage des Asturie. Ainsi, en Cantabrie, presque tous les habitants étaient des fidalgos (au XVIIIe siècle, 90 % de la population était composée de fidalgos, contre seulement 5 % en Andalousie). On trouvait donc des fidalgos dans toutes les conditions économiques et dans tous les métiers : cordonniers, maçons, tailleurs de pierre, bergers, bûcherons, riches propriétaires et même mendiants[1]
Au Portugal, la condition de fidalgo se transmettait par le père ou la mère qui la possédait. Les fidalgos bénéficiaient du privilège d’exercer exclusivement certaines professions (comme celles de juge, de conseiller municipal dans les villages ou les villes, de juiz de fora[note 1] et d’autres fonctions de la magistrature, de capitão-mor[note 2], d’alcaide-mor[note 3], entre autres), qui n’étaient pas accessibles aux roturiers. En revanche, l’exercice des métiers manuels leur était interdit, ces métiers étant ceux qui reposaient sur l’effort physique et ils perdaient leur condition de fidalgo s’ils les exerçaient. Il existait toutefois certaines exceptions, notamment lorsqu’ils étaient propriétaires de terres qu’ils pouvaient eux-mêmes travailler. De même, si les aléas de la fortune les réduisaient à la misère, certains « métiers neutres » pouvaient être exercés pour leur permettre de survivre sans perdre leur condition de fidalgo (par exemple : notaire, greffier, alcaide[note 4], meirinho[note 5], banquier, architecte, agriculteur sur ses propres terres, négociant en gros, pilote de tout navire, maître de navire, maître chargé d’enseigner la lecture, l’écriture et le calcul, professeur de philosophie, de rhétorique, de grammaire latine ou grecque, entre autres)[2].
Jusqu’au règne d’Alphonse III (1248-1279), qui acheva la conquête de l’Algarve, la noblesse portugaise ne connaissait pas encore les distinctions hiérarchiques qui s’imposeraient par la suite. Les deux termes fidalgo et rico-homem étaient alors employés pour désigner les nobles, qui étaient également les principaux propriétaires fonciers[3]. À l’origine, rico-homem renvoyait principalement aux fonctions administratives confiées à un noble, tandis que fidalgo désignait la qualité héréditaire de noble, ou, dans une terminologie plus ancienne, la « noblesse de parage »[4]. Il était principalement porté par des nobles de lignage, mais le roi pouvait faire d’un individu un rico-homem, soit en récompense de services rendus, en raison de sa valeur personnelle, ou même en échange d’un paiement. Au-dessous des homens ricos, on distinguait, par ordre décroissant, leurs vassaux : les infanções, les chevaliers (cavaleiros) et les écuyers (escudeiros). La catégorie inférieure des infanções, composée de personnes descendant de fidalgos par lignage, ne pouvait quant à elle être créée par décision royale. Elle bénéficiait d’un statut social et juridique comparable à celui des hidalgos castillans et des infanzones navarrais[5].
Il est toutefois nécessaire de comprendre que ce fidalgo générique, non titré, sous-entendait, dans le langage courant, l’idée de « noble de lignage ». C’est alors que la nouvelle expression fidalgo de linhagem (« noble de lignage ») remplaça progressivement l’ancien terme infanção, tombé en désuétude. Cette catégorie se transmettait par voie paternelle ou maternelle, contrairement à celle du fidalgo de solar conhecido, qui exigeait la preuve de la noblesse des quatre grands-parents du chef de la lignée ainsi reconnue. Le fidalgo de solar conhecido était celui qui vivait dans une maison portant des armoiries et qui en avait hérité de son père[6].
C'est pendant le règne de Jean Ier (1385-1433) que les termes rico homem et fidalgo ont fini par acquérir leurs sens définitifs. Comme une grande partie de la noblesse ne s'était pas rangée au côté de Jean Ier dans la crise portugaise de 1383-1385 et la guerre avec la Castille qui s'était ensuivi, elle avait perdu ses terres une fois que le nouveau roi avait pu assurer ses droits au trône. Jean Ier la remplaça sur le modèle du système anglais par une nouvelle noblesse constituée de familles auparavant non nobles. Le terme fidalgo s'appliqua en définitive à une catégorie analogue au « gentleman » anglais[7]. Au début du XVe siècle, le terme infanção sortit de l'usage et chevalier désigna finalement tous ceux qui se situaient en dessous des homens ricos. fidalgo commença à prendre de l'importance car, dans son sens de quelqu'un qui avait hérité de sa noblesse, il distinguait les chevaliers de vieille souche de la bourgeoisie en plein essor qui continuait à accéder à la chevalerie en travaillant au service de l'État[8].
Les armoiries nécessitaient l’autorisation du roi sans laquelle leur usage abusif constituait un crime sévèrement puni et exigeaient la preuve d’un lignage noble jusqu’aux arrière-grands-parents. Elles constituent ainsi une source historique importante pour tout édifice seigneurial qui en porte[9].
La noblesse des fidalgos dans la monarchie portugaise
modifierDans la monarchie portugaise, la condition de fidalgo constituait une catégorie sociale et juridique particulière. Ce n’est que sous le règne de Alphonse II (1185-1223) qu’un titre de fidalgo fut créé au Portugal, afin de distinguer les chevaliers et les écuyers de vieille noblesse, de ceux qui ne jouissaient de ces titres qu’en vertu d’une faveur royale récente[10]. Toutefois, sous le règne de Denis Ier, le terme fidalgo fut également employé, sans constituer encore un titre d’honneur et de noblesse, comme il le deviendrait à l’époque de Alphonse V. Après son règne, tous les rois créèrent des catégories formelles de fidalgos, inscrites dans les livres royaux et réparties en trois catégories de rang différent. Ces fidalgos appartenaient incontestablement à la noblesse héréditaire du royaume[11].
Les nouveaux fidalgos, qui n’étaient ni de lignage ni issus d’un solar et qui avaient accédé à la noblesse par faveur du souverain, étaient parfois appelés, de manière quelque peu dépréciative par leurs pairs, les fidalgos do Livro (« fidalgos du Livre »).
Il convient de noter que le remplacement progressif du concept d’infanção par celui de fidalgo prit beaucoup de temps. Ainsi, jusqu’à la jusqu’à la réforme du statut des "moradores" — des personnes attachées à la Maison royale — à la cour de Sébastien Ier de Portugal, aucun document ne mentionne la catégorie de fidalgo dans les livres royaux : elles y sont simplement désignées comme des chevaliers de la Maison royale[12].
Ce fut le roi Sébastien Ier qui ordonna la réforme du statut des chevaliers résidant à sa cour et inscrits dans le Livro das Moradias[note 6], grâce auquel ils recevaient une solde ainsi que de l’orge pour leurs chevaux. Il classa ces fidalgos en deux ordres de rang très différent[13]. Cette nouvelle classification, qui entra en vigueur à partir de la fin du XVIe siècle et figure dans le Regimento da Mordomia-Mor[note 7] du roi Sébastien Ier, répartissait les fidalgos en deux ordres hiérarchiques[14].
Au sommet de la hiérarchie se trouvaient les Fidalgos du Conseil, qui bénéficiaient des mêmes honneurs qu’un marquis et étaient des conseillers privés officiellement nommés par le roi pour siéger à son Conseil.
Venaient ensuite, par ordre d’importance, les grades suivants :
- 1er ordre
- 1er grade : Fidalgo Cavaleiro - (Fidalgo chevalier)
- 2e grade : Fidalgo Escudeiro - (Fidalgo-écuyer)
- 3e grade : Moço Fidalgo - (Jeune fidalgo ou Page fidalgo)
- 4e grade : Fidalgo Capelão, pour les ecclésiastiques - (Fidalgo-chapelain)
- 2e ordre
- 1er grade : Cavaleiro Fidalgo - (idalgo chevalier)
- 2e grade : Escudeiro Fidalgo - (Fidalgo-écuyer)
- 3e grade : Moço da Câmara - (Chambellan)
Il n’était pas rare qu’un Escudeiro Fidalgo du deuxième ordre accède au grade de Fidalgo Cavaleiro du premier ordre. Il devait toutefois franchir successivement tous les grades nobiliaires mentionnés[15].
Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, durant la période allant du début du libéralisme jusqu’à l’instauration de la République portugaise, seuls deux grades furent conservés : celui de Moço Fidalgo et celui de Fidalgo Cavaleiro[15].
Au-dessous de ces serviteurs de la Maison royale appartenant à la catégorie des fidalgos se trouvaient les autres serviteurs non nobles, inscrits dans les registres et exerçant des fonctions plus modestes, telles que celles de palefreniers, de portiers, de valets de chambre, etc. Les femmes pouvaient porter les désignations de Donas, Damas ou Açafatas.
Il convient enfin de noter que, dans le langage courant, le terme fidalgo pouvait être employé de manière générique pour désigner un noble de lignage ou un fidalgo de solar reconnue. Dans le contexte de la Maison royale, il désignait nécessairement les fidalgos du premier ordre. Ceux du deuxième ordre étaient simplement désignés comme chevaliers, écuyers ou pages de la Maison Royale.
Fidalgo de la Maison royale
modifierÀ la suite de la catégorie du fidalgo avec moradia, bénéficiant d’une solde pour résider dans la Maison de son seigneur et le servir, venait toujours la désignation de la Maison dans laquelle il servait : fidalgo cavaleiro da Casa Real (Fidalgo-chevalier de la Maison royale), abrégé en FCCR, ou moço da câmara' (Chambellan), par exemple.
Les Fidalgos da Casa Real étaient ceux qui étaient inscrits dans les Livros d’el-Rei (Livres du Roi) et qui avaient des obligations de service, recevant mensuellement, en contrepartie, une somme d’argent désignée sous le nom de moradia, ainsi qu’une quantité d’orge.
Pour être inscrits dans ces livres, ils devaient fournir quatre certificats : leur acte de baptême ; l’acte de mariage de leurs parents ; un certificat extrait du registre des grâces royales attestant que leur père ou leur grand-père bénéficiait déjà de ce statut ; le quatrième étant une attestation délivrée et jurée par deux fidalgos, confirmant leur identité, leur lieu de naissance et leur résidence, ainsi que leur filiation et celle de leurs parents et grands-parents, et attestant que leur père ou leur grand-père était déjà un Fidalgo da Casa Real, en plus d’autres conditions requises[16].
Les Fidalgos da Casa Real bénéficiaient de privilèges dont le simple fidalgo ne jouissait pas. L’un d’eux consistait à obtenir automatiquement le grade de cadet lorsqu’ils s’engageaient dans l’armée, sans avoir à fournir de preuve d’ascendance. Les autres fidalgos, en revanche, étaient obligés de prouver que, par leurs parents et leurs quatre grands-parents, ils possédaient une « noblesse notoire, sans réputation contraire » ; à défaut, ils n’auraient été que de simples soldats. Il en allait de même pour les gardes-marins et les aspirants garde-marins[17].
Au sein de la Fidalgia de la Maison royale, il était possible de passer de la catégorie la plus basse à la plus élevée, à condition de progresser grade par grade, par promotion. Toute faveur accordant la qualité de fidalgo comportait une somme versée au titre de la moradia, généralement fixée en fonction du grade accordé, ainsi qu’une certaine quantité d’orge par jour. Par exemple, la moradia d’un moço da Câmara s’élevait à 406 réis, tandis que celle d’un Fidalgo Cavaleiro, à l’autre extrémité de la hiérarchie, était généralement de 1 600 réis. Des moradias plus élevées indiquaient un statut supérieur pour le fidalgo qui en bénéficiait. En revanche, à partir d’une certaine époque, seuls les fidalgos qui exerçaient leurs fonctions à la Cour percevaient les moradias.
Dans l’ordre de la noblesse de la Maison royale, l’Écuyer-fidalgo se trouve en première place, le Jeune fidalgo ou Page fidalgo en deuxième place et le Chevalier-fidalgo en troisième place, selon ce que nous affirme António Caetano de Sousa (pt) dans l’Historia genealogica da Casa Real Portugueza[18],[13].
Pendant un certain temps, seuls ceux qui servaient le roi au Palais étaient désignés comme fidalgos com exercício (fidalgos en exercice). Cette appellation rendit plus recherchés certains statuts de rang inférieur, comme celui de Moço Fidalgo (Jeune fidalgo ou Page fidalgo), qui prit même, dans ces cas, le nom de moço fidalgo com exercício no Paço (Page fidalgo en exercice au Palais). Par la suite, cette désignation se généralisa à tous les nobles, y compris à ceux qui ne servaient plus au Palais royal[15].
Jouir du foro de fidalgo (« privilège de fidalgo ») signifiait avoir été fait fidalgo alors que son père ne l’était pas. Ce privilège pouvait être conféré par les princes et les infants ; toutefois, la création d’un fidalgo demeurait soumise à la sanction du roi[15].
La transmission de la qualité de fidalgo par filiation
modifierLa simple preuve d’être le fils légitime d’un père fidalgo suffisait pour acquérir cette qualité nobiliaire. C’est pourquoi on appelait filhamento l’acte par lequel cette distinction était accordée à une personne qui n’était pas le fils d’un père fidalgo[15]. Selon l’auteur cité ci-dessous, le filhamento et le foro de fidalgo étaient une seule et même chose. Cette pratique aurait été instaurée par la politique de Alphonse V afin de Modèle:CItation[19].
Toutes les qualités nouvellement conférées émanaient du Roi et constituaient une nouvelle grâce royale. Toutefois, le foro se transmettait également automatiquement par succession à tous les fils ou petits-fils légitimes, de sexe masculin, des fidalgos inscrits dans les registres royaux — le Livro das Matrículas da Casa Real[20], le Registo Geral de Mercês[21] ou, après 1755, le Mordomo-Mor (pt)[22]. Dans ce cas, conformément au Regimento da Mordomia-Mor (Règlement de la Grande Intendance de la Maison royale), le Mordomo-Mor inscrivait directement le demandeur dans les registres royaux, sans qu’il soit nécessaire de consulter le Roi. Cette consultation demeurait toutefois nécessaire lorsque les nouveaux fidalgos étaient les petits-fils, par la ligne maternelle, de précédents fidalgos jouissant du foro.
Le Regimento da Mordomia-Mor (Règlement de la Grande Intendance de la Maison royale) prévoyait également des situations particulières dans lesquelles des fils ou petits-fils illégitimes de fidalgos pouvaient être filhados, par exemple s’ils avaient servi en Afrique ou en Inde pendant une période déterminée.
Jouir du foro de fidalgo signifiait avoir été fait fidalgo alors que son père ne l’était pas. Bien que les princes et les fidalgos appartenant à de grandes maisons pussent créer des fidalgos dans leurs propres maisons, seul le Roi pouvait créer des fidalgos de la Maison Royal. La sanction du Roi était nécessaire pour accéder à cette catégorie, qui était la plus prestigieuse et la plus recherchée, même si les fidalgos créés dans les maisons de la Reine et des Infants jouissaient également d’un grand prestige, tout comme ceux qui étaient attachés à certaines grandes maisons seigneuriales, telles que la Maison des ducs de Bragance, la Maison des Ducs de Coimbra ou celle des Marquis de Vila Real (pt), entre autres.
Aux XVe et XVIe siècles, les ducs de Bragance et les capitaines d’Afrique avaient la prérogative de conférer le grade de chevalier, mais leurs nominations devaient être confirmées par le Roi, conformément au droit applicable, conformément aux Ordonnances du Royaume (pt), livre II, titre 60 des Ordonnances philippines. Toutefois, si le Roi ou un seigneur pouvait conférer le grade de chevalier, cela n’entraînait pas automatiquement l’octroi de la qualité de fidalgo lorsque celle-ci n’était pas préexistante. Il fallait alors prouver, par témoignages, la noblesse des quatre quartiers de l’intéressé (désignent les quatre branches généalogiques d’une personne); à défaut, celui-ci n’était qu’un fidalgo du Livre. Les Ordonnances du Royaume contiennent d’ailleurs de nombreux éléments intéressants concernant la noblesse et la condition de fidalgo[15].
Le 30 avril 1804, le Prince Régent, qui exerce la régence au nom de sa mère, la reine Marie Ire, décrète, par décret royal, que le titre de Senhoria, dames et messieurs, seraient étendus aux chambellans, dames et dames d’honneur[23]. Cette décision confirmait une mesure antérieure, prise dans les mêmes termes par Marie Ire et Pierre III le 21 mai 1777[24].
Évolution : de l’Ancien Régime à la monarchie constitutionnelle
modifierLa Révolution libérale portugaise de 1820 a pour conséquence la tenue d’élections pour les Cortes constituantes, dont les députés rédigent la Constitution de 1822[25].
Acceptée et jurée par le roi Jean VI, revenu du Brésil, cette Constitution abolit les privilèges de la noblesse en établissant que « La loi est égale pour tous. Il ne faut donc tolérer aucun privilège de juridiction dans les affaires civiles ou criminelles, ni aucune commission spéciale… », ainsi que « Tous les Portugais peuvent être admis aux emplois publics, sans autre distinction que celle de leurs talents et de leurs vertus », et encore que « Les emplois publics ne sont la propriété de personne. Leur nombre sera strictement limité à ce qui est nécessaire. Les personnes appelées à les exercer devront d’abord jurer de respecter la Constitution et les lois, d’être fidèles au Gouvernement et de remplir dûment leurs obligations ». Ainsi, à la lumière de ces principes, la Noblesse cesse d’avoir une importance économique et sociale[26].
Après la mort de Jean VI, en 1826, Pierre Ier monte sur le trône et promulgue la Charte constitutionnelle portugaise de 1826, qui remplace la Constitution précédente et rétablit l’ensemble des prérogatives et privilèges de la noblesse héréditaire. Toutefois, en 1828, la guerre civile portugaise éclate. Les absolutistes, dirigés par Michel Ier, sont vaincus lors de la bataille d'Asseiceira et signent la paix par les accords d'Evora-Monte en 1834. La majorité des nobles ayant soutenu les miguelistes[note 8], leur défaite entraîne leur bannissement politique et les affecte profondément. Leurs maisons se retrouvent lourdement endettées et financièrement ruinées, sans aucun soutien de la Couronne.
À partir de la chute définitive de la monarchie absolue, en 1834, avec les lois de Mouzinho da Silveira (en)[27], ou, selon certains, dans le prolongement du pombalisme ou, surtout, du libéralisme, une transformation significative se produisit, marquée par un élargissement considérable de la noblesse. On va même jusqu’à parler de « nobles de circonstance » (nobres de acaso), comme dans le cas du marquis d’Alorna (pt). Selon un projet de 1802, et au-delà des classifications juridiques, « la noblesse en général se divise en grandeur, noblesse ancienne et noblesse moderne »[note 9]. Le célèbre mot d’Almeida Garrett résume avec ironie cette évolution : « Fuis, voleur, on te fait baron ! — Où aller, si l’on me fait vicomte ? »[29].
Durant la Monarchie libérale, le deuxième ordre des fidalgos de la Maison royale est aboli. Le titre de fidalgo do Conselho (pt) est également maintenu pendant une courte période, avant d’être supprimé par José da Silva Carvalho[note 10] et remplacé par la désignation moderne de conseiller d’État. Jusqu’en 1910, subsistent les titres de Fidalgo Cavaleiro et de Moço Fidalgo, avec ou sans exercice, tandis que celui de Fidalgo Escudeiro est également aboli.
La grande différence entre les privilèges de la Maison royale après 1834 réside toutefois dans le fait qu’ils partagent désormais le destin des autres titres nobiliaires portugais. Jusqu’alors, ceux-ci étaient toujours accompagnés de la concession de biens, de revenus ou de la jouissance de propriétés de la Couronne. À partir de cette date, ils deviennent purement honorifiques et sont accordés moyennant le paiement de droits élevés par les bénéficiaires, ces revenus venant ainsi alimenter les caisses de l’État.
Dans le cas de la noblesse portugaise créée par les rois du Portugal jusqu’au 5 octobre 1910, les livres de matricules de la Maison royale ainsi que les archives de la Mordomia-Mor peuvent être consultés à l’Institut des Archives nationales, Torre do Tombo, à Lisbonne.
Voir aussi
modifierNotes et références
modifierNotes
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « fidalgo » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Le juiz de fora était un magistrat nommé par le souverain et envoyé dans une ville ou une municipalité où il n’était pas originaire. Cette origine extérieure devait garantir une certaine indépendance à l’égard des intérêts et des familles locales.
- ↑ Le capitão-mor était un officier supérieur chargé du commandement militaire d’une circonscription territoriale, notamment de l’organisation et de la direction des milices locales. Nommé ou confirmé par le souverain, il exerçait une autorité militaire sur les troupes de la circonscription et appartenait aux charges importantes de la hiérarchie militaire et administrative portugaise.
- ↑ L’alcaide-mor était le gouverneur et commandant militaire héréditaire d’une forteresse ou d’un château royal. Il était chargé de la défense de la place et détenait généralement une fonction de prestige, souvent associée à une juridiction et à des privilèges particuliers.
- ↑ Gouverneur ou le commandant d’une forteresse, d’un château ou d’une place fortifiée, chargé de sa défense et de sa garde au nom du souverain ou d’un seigneur.
- ↑ Le meirinho était un officier chargé de faire exécuter les décisions de justice et les ordres de l’autorité judiciaire ou royale. Il pouvait notamment procéder à des arrestations, à des saisies et à l’exécution de décisions judiciaires.
- ↑ Registre de la Maison royale dans lequel étaient inscrits les personnes attachées au service du souverain et qui recevaient une "moradia", une solde ou une allocation.
- ↑ Règlement de la Grande Intendance de la Maison royale qui définissait l’organisation, les compétences et le fonctionnement de la "Mordomia-Mor", ainsi que les règles relatives aux personnes attachées à la Maison royale.
- ↑ Partisans du roi absolutiste Michel Ier de Portugal au XIXe siècle.
- ↑ Document cité par José Norton dans Memórias Políticas do Marquês de Alorna[28].
- ↑ José da Silva Carvalho (1782–1856), homme politique et magistrat portugais, figure importante du mouvement libéral.
Références
modifier- ↑ (es) Juan José Leñero Ferrari, « La Hidalguía en el Pueblo Cántabro », sur anievas.org (version du sur archive.org).
- ↑ (pt) Luiz da Silva Pereira Oliveira, Privilegios da Nobreza, e fidalguia de Portugal ..., Na nova officina de João Rodrigues Neves, (lire en ligne)
- ↑ Oliveira 1806, p. 213-215.
- ↑ (en) Charles E. Nowell, A History of Portugal, New York, D. Van Nostrand, , p. 11, 23–24.
- ↑ (pt) Maria Teresa Campos Rodrigues, « Rico-homem », dans Joel Serrão, Dicionário de História de Portugal, vol. III : (ME-SIN), Lisbonne, Iniciativas Editoriais, , 897 p. (ISBN 9726611601), p. 647.
- ↑ Oliveira 1806, p. 225-226.
- ↑ Nowell 1952, p. 11, 23–24.
- ↑ (en) Daily Life in Portugal in the Late Middle Ages, Madison, University of Wisconsin Press, , 355 p. (ISBN 0-299-05580-9), p. 9.
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- ↑ Oliveira 1806, p. 219-220.
- ↑ Oliveira 1806, p. 217-220.
- 1 2 Dias Sanches 1970, p. 130.
- ↑ Oliveira 1806, p. 213-220.
- 1 2 3 4 5 6 (pt) « Fidalgo », dans Dicionário Histórico, Corográfico, Heráldico, Biográfico, Bibliográfico, Numismático e Artístico, vol. III, João Romano Torres, 1910-1915 (lire en ligne), p. 452-453.
- ↑ Oliveira 1806, p. 229-230.
- ↑ Oliveira 1806, p. 268.
- ↑ (pt) António Caetano de Sousa, Historia genealogica da Casa Real Portugueza, t. V : livre V (lire en ligne), p. 329
- ↑ Oliveira 1806, p. 220.
- ↑ (pt) Arquivo Nacional da Torre do Tombo, Inventario dos livros de matricula dos Moradores da Casa Real, (lire en ligne).
- ↑ (pt) « Registo Geral de Mercês », sur aatt.org (consulté le ).
- ↑ (pt) Regimento do Mordomo Mór da Casa Real, (lire en ligne).
- ↑ Livre IX du Registre du Secrétariat d’État aux Affaires du Royaume, p. 197, Imprimerie royale..
- ↑ (pt) José Rodrigo Dias Sanches, Os Sanches de Vila Viçosa, Lisbonne, , p. 130
- ↑ (pt) Manuel Amaral, « Cronologia do Liberalismo de 1820 a 1823 », sur arqnet.pt, (consulté le ).
- ↑ (pt) « Constituição Política da Monarquia Portuguesa de 1822 (articles 9, 12 et 13) », sur parlamento.pt (consulté le ).
- ↑ (pt) « Das reformas de Mouzinho da Silveira à estabilização do liberalismo », sur ensina.rtp.pt (consulté le ).
- ↑ (pt) Marquês de Alorna et osé Norton, Memórias Políticas do Marquês de Alorna, Lisbonne, Tribuna da História, (ISBN 978 972 8799 82 3).
- ↑ (pt) « Como são os nobres portugueses », Ipsilon, (lire en ligne, consulté le ).