Société du coq de combat

collectif d'artistes iranien
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La Société du coq de combat (en persan : انجمن هنری خروس جنگی) est un collectif d'artistes iranien créé en 1949 et active dans les années 1950.

Vouée à la promotion des arts modernes dans les domaines de la peinture, du théâtre, de la musique, de la poésie et de la littérature. Première société surréaliste d'Iran, elle publie la revue Khorus Jangi, qui contribue « de manière significative » au développement du surréalisme dans la littérature et les arts visuels iraniens.

Contexte

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L'écrivain Sadegh Hedayat (1903-1951).

Le surréalisme est d'abord introduit en Iran par la littérature, que Sadegh Hedayat intègre dans ses œuvres, en particulier avec La Chouette aveugle, écrit en 1936-1937 et publié en 1941[1].

Il fait ensuite son apparition dans les arts visuels dans les années 1940 et 1950[1]. Après la mort du célèbre peintre persan Kamal-ol-Molk (1852-1940), le mouvement d'art moderne marque symboliquement la fin d'une adhésion rigide à la peinture académique et le début de l'ouverture à l'art moderne et contemporain occidental[1],[2],[1]. L'École des Beaux-Arts de l'Université de Téhéran, fondée sur le modèle des Beaux-Arts de Paris et dirigée par André Godard, joue un rôle important auprès des étudiants intéressés par l’art moderne en proposant un enseignement radicalement différent de celui de Kamal-ol-Molk, poussant davantage à la création originale qu'à la copie de maîtres internationaux, même si le manque de professeurs qualifiés freine cette évolution[2],[3].

L'artiste Jalil Ziapour (en), revenu de Paris en 1948, veut moderniser l'art iranien tout en évitant que les jeunes artistes imitent aveuglément l'Europe. Il exhorte les peintres formés en Occident à préserver leur identité culturelle et à exprimer un message personnel. Convaincu de l’existence d’un « langage universel de la peinture », il prône une synthèse entre techniques modernes et héritage iranien. Face aux appels anciens à copier l’Occident, il défend la valeur vivante de la tradition visuelle persane et rappelle que l'art iranien a parfois inspiré, voire devancé, certaines innovations occidentales[1].

Histoire

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La Société du coq de combat (en persan : انجمن هنری خروس جنگی (Anjoman-e Honari-ye Khorus Jangi)) est fondée en 1949 par un « groupe rebelle d'écrivains et d'artistes surréalistes et avant-gardistes[1] » : les peintres Jalil Ziapour (en), Mahmoud Javadipour et Javad Hamidi (en)[4],[5] aux côtés de l'écrivain et musicien Gholam Hossein Gharib, du dramaturge Hassan Shirvani et du musicien Morteza Hannaneh[6]. Son siège est l’atelier de Ziapour, rue Takht-e-Jamshid à Téhéran.

Vouée à la promotion des arts modernes dans les domaines de la peinture, du théâtre, de la musique, de la poésie et de la littérature[1],[7], la société se rassemble lors de leur première réunion du groupe, qui se tient le , afin de discuter de l'importance du nom, de son symbolisme et de sa cohérence avec leurs objectifs. Dans la littérature persane, le coq (khorus) symbolise l'éveil : à l'aube, le coq, qui est l'agent de Bahman (divinité zoroastrienne), annonce l'arrivée de ce dernier et la venue de la lumière dans le monde. Le coq est aussi un symbole de l'âme de l'inspiration, du réveil brutal, dans la symbolique islamique. L'adjectif « combattant » ajoute à la qualité des artistes, qui se battent « pour [leur] existence, car aucune pensée ne peut s'établir sans un effort et un combat considérables ». Les artistes de la Société du coq de combat ont donc puisé dans leurs traditions pour développer une nouvelle pensée contemporaine[1].

Les réunions deviennent ensuite hebdomadaires[4]. Première société surréaliste d'Iran[8], le groupe déclare que le but de leur société est de « lutter contre le traditionalisme irréaliste de l'époque » et choisit un vers de Farrukhi Sistani comme devise : « L'histoire d'Alexandre est ancienne et est devenue un mythe ; apportez un message nouveau, car la nouveauté recèle une autre douceur[9]. »

Comme les Occidentaux et en particulier les artistes d'avant-garde parisiens, la Société du coq de combat publie un manifeste artistique et entretien des relations avec les académies des beaux-arts et des groupes d'artistes surréalistes européens. Cependant, selon Partha Mitter, les surréalistes européens ne tiennent pas compte des mouvements « périphériques »[1]. La Société du coq de combat rejette deux influences « répressives » : la propagande politique d'inspiration soviétique du parti Tudeh et le traditionalisme de l'école de Kamal-al-Molk et prône une approche surréaliste de la création, en acceptant que la démarche de l'artiste est avant tout personnelle. Le groupe est principalement porté par Jalil Ziapour, « porte-étendard de l'art moderne en Iran », qui est l'auteur de tous les essais sur la peinture du premier numéro de la revue Khorus Jangi, et qui a eu une grande influence sur l'art moderne et surtout l'art surréaliste en Iran[1].

Également connus en Iran sous le nom de « surréalistes de combat », les artistes de la Société ont une forte influence sur l'histoire moderne iranienne, malgré sa durée de vie de deux ans : ils inculquent la possibilité de travailler en collectif d'artistes, de ne plus agir individuellement ni dépendre du mécénat de l'aristrocratie[1].

La revue Khorus Jangi

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La société publie également une revue littéraire du même nom, Khorus Jangi (qui signifie coq de combat), dans laquelle sont publiées des textes surréalistes ou des critiques d'art. Jalil Ziapour en crée le logo[1]. La publication s'est faite suivant deux séries avant de disparaître. La première paraît en 1950 et compte cinq numéros, contenant chacun un essai sur la peinture, le surréalisme ou d'autres courants. La deuxième contient des articles sur l'art nouveau, et surtout le manifeste connu sous le nom de Sallākh-e Bolbol (litt. Le boucher du rossignol[a])[1].

Chaque numéro comporte entre 40 et 60 pages. La première série fait coexister des récits surréalistes avec la poésie de Nima Yushij, qui a « révolutionné la poésie iranienne en la libérant des contraintes séculaires de la métrique et de la rime classiques ». Après le cinquième numéro, Ziapour quitte Khorus Jangi pour lancer un autre magazine intitulé Kavir (Le désert), qui est finalement rapidement interdit par le gouvernement. Ziapour crée un nouveau magazine, Panje Khorus (La griffe du coq), qui lui aussi est vite arrêté[1].

Khorus Jangi est relancé en 1951 par l'écrivain et musicien Gholam Hossein Gharib, l'artiste et poète Hushang Irani, le peintre surréaliste Bahman Mohassess et Sohrab Sepehri notamment. Irani transforme la revue littéraire en revue moderniste radicale, ses auteurs se considérant des successeurs directs de Sadegh Hedayat, mort en . Irani, Gharib et Hassan Shirvani publient dans la revue un manifeste controversé, Sallākh-e Bolbol (Le boucher du rossignol[a])[1]. Foroutan retrouve dans ce manifeste de nombreux éléments de langage présents dans les manifestes occidentaux : une prédominance d'idéalisations romantiques et poétiques, l'oscillation continue entre l'ancien et le nouveau, le langage colérique, héroïque, violent et révolutionnaire, mais aussi des thématiques tirées de la religion, avec des références à l'adoration des idoles, etc. La composante surréaliste se trouve dans l'article 6 (sur 13), qui met en avant la profondeur psychologique de l'artiste[1].

Bien que de courte parution, la revue contribue « de manière significative » au développement du surréalisme dans les arts visuels iraniens[1]. Ayda Foroutan estime que la Société du coq de combat, à travers sa revue Khorus Jangi a cherché à transmettre l'héritage de Sadegh Hedayat, mais qu'il a pris ses propres libertés. Elle estime aussi que le « surréalisme » revendiqué par le collectif est probablement différent de celui qui est défini par les Occidentaux[1].

Membres

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Notes et références

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  1. 1 2 Le manifeste est publié en intégralité et en anglais dans l'article d'Ayda Foroutan[1].

Références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 Foroutan 2016.
  2. 1 2 (en) Marika Sardar et Maryam Ekhtiar, « Modern and Contemporary Art in Iran », sur metmuseum.org, Metropolitan Museum of Art, (consulté le ).
  3. Javed Ramezani, « احمد اسفندیاری، ما گذشته را از منظر حال می‌بینیم », sur avammag.com, Avam magazine (consulté le ).
  4. 1 2 (en) Nojan Medinei, « Ziapour, Jalil », Encyclopædia Iranica, sur iranicaonline.org, (consulté le ).
  5. 1 2 3 4 5 (en) Ahmad Hasan Dani, Chahryar Adle, Madhavan K. Palat et Anara Tabyshalieva, History of Civilizations of Central Asia, Unesco, (ISBN 978-92-3-103985-0, lire en ligne), p. 762.
  6. 1 2 3 4 (en) Hamid Keshmirshekan, Contemporary Iranian Art, Saqi Books, (ISBN 9780863567216).
  7. (en) Fereshteh Daftari et Layla S. Diba, Iran Modern, Asia Society, (ISBN 978-0-300-19736-5, lire en ligne), p. 67.
  8. (fa) صد سال داستان‌نویسی ایران ص. ۱۹۲ - ۱۹۷.
  9. (fa) صابر تهرانی، شهین. مجموعه سخنرانیهای هنری - تحقیقی زنده یاد استاد جلیل ضیاءپور. تهران: انتشارات اسلیمی، ۱۳۸۲.

Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Ayda Foroutan, « Why the Fighting Cock? The Significance of the Imagery of the Khorus Jangi and its Manifesto “The Slaughterer of the Nightingale” », Iran Namag-ایران نامگ, vol. 1, no 1, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article