Fort de Barchon
Le fort de Barchon est l'un des douze ouvrages semi-enterrés de la ceinture fortifiée de Liège, en Belgique. Il a été édifié entre 1888 et 1891 d'après les plans du général Henri Alexis Brialmont. Contrairement aux ouvrages français de l'époque (voir Séré de Rivières), le fort a été construit presque exclusivement en béton (non armé). Le fort a joué un rôle important tant pendant la Première que pendant la Seconde Guerre mondiale.
| Fort de Barchon | |
Entrée du fort. | |
| Coordonnées | 50° 40′ 21″ nord, 5° 41′ 26″ est |
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Architecture et situation
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Le fort de Barchon est situé entre les forts de Pontisse et d'Évegnée à environ 6,5 km au nord-est de la ville de Liège qui surplombe la rive droite la Meuse. Il a pour mission d'interdire le franchissement de la Meuse et de contrôler la route d'Aix-la-Chapelle, située à proximité sur la rive droite de la Meuse[1].
Il est un des grands forts de la position fortifiée de Liège. Les grands forts de Liège sont mieux pourvus en artillerie et en artilleurs qui font partie des troupes de forteresse relevant de l'armée d'active.
Le fort a la forme d'un triangle isocèle dont la base fait 300 mètres environ (les côtés font 235 m de long). Un fossé sec de 6 mètres de profondeur et de 8 mètres de largeur entoure le massif central de l'ouvrage qui, en 1914, concentre l'armement principal [2]. Le sommet du massif central est formé de 4 mètres de béton non armé alors que les parois, jugées moins exposées le sont de 1,5 mètre de béton[3]. Les forts conçus par Brialmont étaient prévus pour supporter un bombardement de canons de 210 mm, calibre le plus puissant à l'époque de leur conception. L'armement du fort de Barchon comporte, pour les cibles à distance, deux coupoles Grüsonwerke avec un obusier Krupp de 210 mm, une coupole Creusot avec deux canons de 150 mm et deux coupoles Châtillon-Commentry comportant deux canons Krupp 120 mm. Pour la défense rapprochée, il possède 4 tourelles Grüsonwerke à éclipse avec un canon de 57 mm. 8 canons de 57 mm à tir rapide disposés dans les coffres de contrescarpe équipent les casemates protégeant les fossés et la poterne[4],[5],[6]. Le casemate de tête, à la pointe du triangle, comporte deux niveaux ; cela permet de poursuivre la défense en cas d'obstruction des embrasures du premier niveau. Chaque casemate est équipée d'une embrasure supplémentaire pour accueillir un projecteur. En cas d'assaut ennemi, il reste la possibilité à la garnison du fort d'effectuer des sorties d'infanterie sur le terre-plein entourant le massif central.
Les canons utilisent de la poudre noire ayant le désavantage de produire des gaz asphyxiants se propageant dans les espaces confinés du fort[7].
Un personnel d'observation, parfois cycliste, est disposé sur les clochers des environs, les carrefours et points dominants et communique les informations par téléphone[8]. À Barchon, celui-ci se trouve à Blegny, Cerexhe-Houseux et dans le clocher de l'église de Magnée. Le phare à longue portée du fort lui permet de communiquer par signaux lumineux en morse avec les forts de Pontisse et d'Évegnée.

Histoire
modifierPremière Guerre mondiale
modifierEn , la garnison de Barchon composée d'environ 380 artilleurs et fantassins est sous les ordres du capitaine-commandant Hannefstingels[9].

Dès le , jour de l'entrée en guerre de la Belgique avec l'Allemagne, le fort de Barchon est approché par les détachements allemands de reconnaissance. C'est ainsi qu'il doit repousser des unités d'avant-garde des 27e et 34e brigades allemandes. De même, il canonne le 7e bataillon de chasseurs stationné à Mortroux[9].
Le lendemain au matin, il se retrouve sous le feu des batteries allemandes, préparatif à un assaut. Celui-ci se produit peu après. Au sommet du massif du fort, bien à l'abri des banquettes de tir, les fantassins belges répliquent et l'artillerie entre en jeu obligeant les Allemands à refluer. Un deuxième et un troisième assaut allemand sont de la même manière repoussés par les défenseurs. Les Allemands subissent de lourdes pertes alors que dans les rangs belges, on compte 8 morts et 27 blessés. Le fort subit ensuite un bombardement qui dure plusieurs heures. Au cours de cette journée, le fort perd toutefois ses postes d'observation à Blegny, Cerexhe-Houseux et dans le clocher de l'église de Magnée du fait de la présence à proximité d'Allemands. Le fort se retrouve quasiment aveugle[9].

Le au petit matin, le bombardement reprend avec intensité. Le commandant Hannefstingels apprend également le retrait de la 3e division belge qui assurait la défense des intervalles entre les forts. Le fort de Barchon se retrouve ainsi isolé[9].
Le , le bombardement s'intensifie et une deuxième batterie de quatre obusiers de calibre 210 mm prend à partie le fort. Un parlementaire allemand demandant la reddition de fort est repoussé et le bombardement reprend. À 15 h, toutes les coupoles de tir sont bloquées tandis que les gaz se répandent dans le fort. À l'issue d'un conseil de défense réunissant les officiers, il est décidé de capituler. Il est ainsi le premier fort de la Position Fortifiée de Liège à se rendre[9]. Le fort a compté de nombreux blessés et asphyxiés.
Entre-deux-guerres
modifierLe fort est considérablement amélioré et renforcé dans l'entre-deux-guerres. La modification la plus visible est une tour de 18 mètres de haut (visible de l'autoroute E40), qui sert à aspirer de l'air frais à une distance respectable du fort. La tour se trouve à quelques centaines de mètres à l'ouest du fort, auquel elle est reliée par un souterrain.
Seconde Guerre mondiale
modifierLors de la campagne des 18 jours, le fort de Barchon oppose une vive résistance aux assauts allemands. Du 10 au , le fort échange de nombreux tirs d'artillerie avec les Allemands qui répliquent par un bombardement continu de l'artillerie et de l'aviation (Junkers Ju 87 - Stukas)[10].

Situation actuelle
modifierLe fort est relativement bien conservé et un petit musée y est installé. Il est ouvert au public quelques jours par an. Les points forts de la visite : la tour d'aération (dont le dernier étage est encore accessible) et la coupole à obusier de 75 mm (au saillant II de l'escarpe), importée du camp militaire d'Elsenborn mais identique à celle qui s'y trouvait en 1940 (c'est d'ailleurs la seule coupole de 1940 encore en place dans un fort belge réarmé). Autre point fort : observer quelles modifications les Belges ont apporté au fort.
Parallèlement, le fort est un centre d'entraînement à l'escalade et à la spéléologie avec des parcours de cordes et des activités d'exploration souterraine.
Hommages
modifierUn mémorial a été érigé par l'amicale des amis de Barchon sur le site du fort.
Références
modifier- ↑ « Monument aux morts du Fort de Barchon », sur BEL- Mémorial (consulté le )
- ↑ Donnell, p. 52
- ↑ Donnell, p. 12
- ↑ Jean Puelinckx, « Fléron (fort de) », Index des fortifications belges, fortiff.be
- ↑ (en) Clayton Donnell, The Forts of the Meuse in World War I, Oxford, Osprey, , 64 p., poche (ISBN 978-1-84603-114-4, LCCN 2007275453), p. 32
- ↑ Jean-Claude Hoet, « Le fort de Fleron, 1914 & 1940 », La Position Fortifiée Liégeoise (P.F.L.)
- ↑ Donnell, p. 17
- ↑ Les forts d'Emines et de Cognelée, La Bruyère, Maison de la mémoire rurale. Syndicat d'initiative de La Bruyère, , p. 22-23
- 1 2 3 4 5 Jean Louis Lhoest et Michel Georis, Liège, août 1914, Paris, Presses de la Cité,
- ↑ « Fort de Barchon », sur Pays de Herve.be (consulté le )
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifier- Position fortifiée de Liège
- Bataille de Liège
- Évegnée, petit fort
- Fléron, grand fort
- Chaudfontaine, petit fort
- Embourg, petit fort
- Boncelles, grand fort
- Flémalle, grand fort
- Hollogne, petit fort
- Loncin, grand fort
- Lantin, petit fort
- Liers, petit fort
- Pontisse, grand fort
- Fort d'Aubin-Neufchâteau
- Fort de Battice
- Fort d'Ében-Émael
- Général Leman
