Fort de Pontisse

position fortifiée située à Herstal

Le fort de Pontisse, situé à Herstal, est un des 12 forts semi-enterrés composant la position fortifiée de Liège en Belgique. Il a été construit entre 1888 et 1891 selon les plans du général Brialmont, en béton non renforcé, nouveau matériau pour l'époque, plutôt qu'en maçonnerie. Les forts de la Meuse sont d'ailleurs les premiers édifices en béton de Belgique, et les premiers édifices militaires en béton d'Europe. Le fort est lourdement bombardé lors de la Première Guerre mondiale durant la bataille de Liège ainsi qu'au début de la Seconde Guerre mondiale. Il a été préservé et est devenu un refuge pour chauves-souris et peut être visité en été.

Fort de Pontisse
Image illustrative de l’article Fort de Pontisse
Entrée du Fort de Pontisse

Lieu Herstal
Fait partie de Position fortifiée de Liège
Type d’ouvrage fort
Construction 1888-1891
Architecte Henri Alexis Brialmont
Matériaux utilisés béton
Contrôlé par   armée belge
Guerres et batailles Bataille de Liège; Campagne des 18 jours
Coordonnées 50° 41′ 34″ nord, 5° 38′ 25″ est
Géolocalisation sur la carte : Belgique
(Voir situation sur carte : Belgique)
Fort de Pontisse

Situation et description

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Le fort est situé à Herstal, à environ 7 kilomètres au nord-est du centre de Liège. Il domine la vallée de la Meuse et le canal Albert en aval de Liège et se situe entre le fort de Liers à l'est et le fort de Barchon au sud-est.

Coupe d'un grand fort Brialmont.

Le fort de Pontisse est l'un des grands forts de la position fortifiée de Liège et est un des plus larges forts liégeois[1]. Les grands forts de Liège sont mieux pourvus en artillerie et en artilleurs faisant partie des troupes de forteresse et relevant de l'armée d'active. Le fort est de forme trapézoïdale irrégulière, contrastant avec la majorité des forts construits par le général Brialmont.

L'armement principal est concentré dans le massif central en béton qui protège le bureau de tir (centre nerveux du fort) ainsi que les magasins et les coupoles de tir. Le sommet du massif central est constitué de 4 mètres de béton non armé alors que les parois, jugées moins exposées le sont de 1,5 m de béton[2]. Au sommet du massif central, on trouve un phare à éclipse. L'armement du fort de Pontisse inclut pour les cibles à distance deux tourelles Grüsonwerke avec un obusier Krupp de 210 mm, une tourelle Creusot avec deux canons de 150 mm et deux tourelles Châtillon-Commentry comportant deux canons Krupp 120 mm. Pour la défense rapprochée, il possède quatre tourelles Grüsonwerke à éclipse avec un canon de 57 mm. Les canons utilisent de la poudre noire ce qui produisent des gaz asphyxiants se propageant dans les espaces confinés du fort[3]. Huit canons de 57 mm à tir rapide équipaient les casemates protégeant les fossés et la poterne[4].

Les forts conçus par Brialmont étaient prévus pour supporter un bombardement de canons de 210 mm, calibre le plus puissant à l'époque de sa conception[5].

Il y a aussi sur le fort une tourelle d'observation équipée d'un projecteur. La communication entre les forts voisins de Barchon et de Liers se fait au moyen de signaux lumineux. Un personnel d'observation est disposé sur les clochers des environs, sur les carrefours et points dominants et communique les informations par téléphone[6].

Un fossé de 6 mètres de profondeur et de 8 mètres de large entoure le fort. Les fossés sont défendus en enfilade par des canons à tir rapide de 57 mm disposés dans les coffres de contrescarpe[7]. Mis à part le fort de Loncin, les forts belges possèdent peu de provisions pour subvenir à l'intendance quotidienne d'une garnison en temps de guerre. De plus les latrines, douches, cuisine, morgue se trouvent dans la contrescarpe, une position intenable au combat. Cela aura d'importantes conséquences sur la capacité des forts à soutenir un assaut prolongé. La zone de service est placée directement en face des baraquements, qui s'ouvrent sur le fossé à l'arrière du fort (en direction de Liège), avec une protection moindre que les deux fossés latéraux[7]. L'arrière des forts Brialmont est plus légèrement défendu pour faciliter une recapture par les forces armées belges. On trouve aussi sur ce côté les baraquements et les communs, le fossé arrière permettant l'éclairage naturel et la ventilation. Au combat, les tirs d'artillerie rendaient le fossé intenable et les Allemands ayant pu passer entre les forts pouvaient les attaquer par l'arrière[8]. Particularité de Pontisse, ce fort construit sur un massif de schiste ne dispose pas d'un puits d'eau. Autre particularité, c'est le seul fort à ne pas disposer de morgue.

Prise d’air du Fort de Pontisse

En 1940, les canons sont remplacés par des fusils mitrailleurs. L'armement du fort se composait, en 1914, de deux coupoles de 120 mm, deux coupoles de 210 mm, une coupole de 150 mm et d'un phare à éclipse. Les quatre saillants disposaient aussi chacun d'une coupole de 57 mm à tir rapide, ces coupoles étaient les seules à éclipse avec celle du phare. En 1940, l'armement ne se compose plus que d'une coupole de 105 mm, et de quatre coupoles de 75 mm et d'une coupole mitrailleuses lance-grenades (Mi-Lg). La coupole phare quant à elle est remplacée par une cloche spéciale développée par la Fonderie Royale de Canons (F.R.C.).

Histoire

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Première Guerre mondiale

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Les forts de Liège

Le fort et sa garnison forte de 380 artilleurs et fantassins est sous les ordres du capitaine-commandant Speesen.

Dès le , le fort de Pontisse ouvre le feu sur un pont de nacelle construit au gué de Lixhe par la 34e brigade allemande du général von Kraewel. Aidé par des observateurs extérieurs au fort, le pont est détruit à trois reprises par les grosses coupoles de Pontisse faisant de nombreuses victimes dans les rangs allemands (dont le comte Arnim-Boitsenburg). Les observateurs ayant été repérés par les Allemands, le fort réplique avec parcimonie aux mortiers allemands de 210 mm qui le bombardent sur la rive droite de la Meuse grâce aux indications précises d'un avion Taube[9].

Les 5 et le , le fort continue à canonner avec succès la 34e brigade allemande lui infligeant de lourdes pertes. Dans la nuit du 5, il sème le désordre vers minuit dans les rangs de cette unité qui se concentrait à Hermée. Peu après, le fort est attaqué par trois compagnies du 90e régiment de fusiliers. Ils sont repoussés par le tir des canons de 57 mm qui tirent des boîtes à balle mais le fort perd son phare détruit par une rafale de mitrailleuses. Dans la journée du 6, le fort de Pontisse complète la défaite de la 34e brigade par des tirs efficaces[9]. Liège étant tombé le , le général Otto von Emmich offre la capitulation au fort de Pontisse qui la refuse. Les jours suivants se passent dans l'attente et l'isolement.

Mortier de 420 mm (Grosse Bertha).

Le au matin, les batteries allemandes établies à Saint-Remy pilonnent Pontisse et détériorent sa superstructure. D'autre batteries tirent de Cheratte, Wandre et d'ailleurs. Le matin du , les officiers constatent que les dégâts sont sérieux : le fossé est rempli de gravats, deux canons de 150 mm sont fortement endommagés, la protection du béton des coupoles est ébréchée rendant le réglage du tir des pièces impossible, les tourelles étant désaxées de ce fait. Le bombardement se poursuit pendant toute la journée. Le fort a toutefois l'occasion de riposter sur un rassemblement d'Allemands à Dalhem grâce aux indications des observateurs extérieurs. Une batterie allemande de 210 mm établie sur la route Warsage-Visé est ensuite détruite. La journée du 11 se passe ensuite dans le calme, offrant un répit aux serveurs des tourelles affectés par les gaz asphyxiants des pièces, les débris de fer et le bruit assourdissant des canons. La garnison reçoit en outre un message du général Leman qui manifeste sa satisfaction pour la belle résistance du fort[9].

Le , un furieux bombardement s'abat sur le fort, déchaussant les coupoles perçant les citernes et plongeant le fort dans l'obscurité tandis qu'un avion au-dessus du fort règle posément le tir des batteries,. Vers 17 h 30, une explosion d'une toute autre intensité se produit. Elle provient d'un projectile d'un des énormes mortiers de 420 mm type M (Grosse Bertha) qui a partir de ce moment pilonnent le fort[4],[10].

Projectile de 420 mm.

Le au matin, quatre obus de 420 mm s'abattent sur le fort qui est secoué par les puissantes déflagrations, qui arrachent les cuirasses et broient les servants des canons. Vu la situation désespérée du fort, le commandant décide vers midi d'hisser le drapeau blanc et les tirs allemands cessent[11]. La garnison est faite prisonnière avec les honneurs de la guerre, les officiers étant autorisés à garder leur sabre[9].

Durant l'occupation, les Allemands améliorent le fort en 1916 et notamment le système de ventilation, les sanitaires et font usage du béton armé.

Entre-deux-guerres

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Le fort est réoccupé par l'armée belge après l'armistice de 1918[12].

L'armement du fort de Pontisse est amélioré dans les années 1930 dans le cadre de la création de la position fortifiée de Liège. II qui était prévue pour dissuader une éventuelle incursion allemande à partir de la frontière belge[13]. Les canons de 57 mm sont remplacés par des mitrailleuses. En tant que fort le plus septentrional de la position, il avait pour tâche le support du fort d'Eben-Emael. Un bunker de flanquement est construit pour surveiller le ravin Laveau et servir de sortie de secours et de source de ventilation contrairement aux autres forts de Liège qui utilisaient une tour d'aération[14]. Le creusement du quadrilatère du nouveau fort sous l'ancien de 1888 est le plus profond des forts de la Meuse réarmés à 22 mètres sous terre.

Seconde Guerre mondiale

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En 1940, la garnison du fort comprend 223 hommes. Le commandant du fort est alors le capitaine-commandant Fernand Pire. À la suite de la prise du fort d'Eben-Emael situé à l'est par les Allemands le , Pontisse fournit un feu de soutien aux unités belges de campagne et aux forts voisins dans les jours suivants. Le fort se rend à son tour le à 13h45 après l'attaque aérienne qui détruit la tourelle de 105mm et endommage les tourelles de 75 mm. Le fort avait également épuisé toutes ses munitions[15].

Après la Seconde Guerre mondiale

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Pontisse est utilisé comme dépôt de munitions après la guerre par l'armée puis par la fabrique nationale. Il est dépouillé de ses équipements métalliques par un ferrailleur dans les années 1950[15]. Le fort est abandonné à partir de 1993, ce qui entraîne sa dégradation. En 2002, l'ASBL Fort de Pontisse rachète le site du Fort de Pontisse pour un Euro symbolique et l'assainit. Il organise des visites guidées du fort en été sur rendez-vous. L'ASBL gère également la partie émergée qui est une réserve naturelle servant de zone refuge à la faune et de zone tampon pour la flore dans un environnement très urbanisé. Les galeries profondes servent à la protection et à l'hibernation des chauve-souris, raison pour laquelle les galeries ne sont pas accessibles de mi-octobre à avril[16],[17].

Hommages

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Les Allemands ont surnommé le fort de Pontisse « Le fort du Diable » en raison de sa vigoureuse résistance. Après la capitulation du fort, un colonel d'infanterie allemande s'est adressé à ses hommes en ces termes : « Ces hommes sont morts pour leur pays. Ils ont fait leur devoir ! Prenez exemple sur eux ! »[9].

Références

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  1. ↑ Jean Puelinckx, « Flémalle (fort de) » [archive du ], Index des fortifications belges, sur fortiff.be via Internet Archive, fortiff.be.
  2. ↑ Donnell, p. 12
  3. ↑ Donnell, p. 17
  4. 1 2 Jean Puelinckx, « Pontisse (fort de) » [archive du ], Index des fortifications belges, sur fortiff.be via Internet Archive, fortiff.be.
  5. ↑ Donnell, p. 52
  6. ↑ Les forts d'Emines et de Cognelée, La Bruyère, Maison de la mémoire rurale. Syndicat d'initiative de La Bruyère, , p. 22-23
  7. 1 2 (en) Clayton Donnell, The Forts of the Meuse in World War I, Oxford, Osprey, , 64 p., poche (ISBN 978-1-84603-114-4, LCCN 2007275453), p. 32
  8. ↑ Donnell, p. 36
  9. 1 2 3 4 5 Jean-Louis Lhoest et Michel Georgis, Liège, août 1914, Paris, Presses de la Cité,
  10. ↑ Donnell, p. 51
  11. ↑ Jean Puelinckx, « Pontisse en aout 1914 » [archive du ], Index des fortifications belges, sur fortiff.be via Internet Archive, fortiff.be.
  12. ↑ Jean Puelinckx, « Pontisse en 1916 » [archive du ], Index des fortifications belges, sur fortiff.be via Internet Archive, fortiff.be.
  13. ↑ Donnell, pp. 55-56
  14. ↑ Jean Puelinckx, « Modernisation de Pontisse 1930... » [archive du ], Index des fortifications belges, sur fortiff.be via Internet Archive, fortiff.be.
  15. 1 2 Jean Puelinckx, « Mai 1940 à Pontisse » [archive du ], Index des fortifications belges, sur fortiff.be via Internet Archive, fortiff.be.
  16. ↑ « Présentation de l'asbl Fort de Pontisse », sur Fort de Pontisse (consulté le )
  17. ↑ « Fort de Pontisse »(Archive.org • Wikiwix • Que faire ?), Fort de Pontisse (consulté le )

Annexes

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Bibliographie

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  • (en) Clayton Donnell, The Forts of the Meuse in World War I, Oxford, Osprey Publishing, , 64 p. (ISBN 978-1-84603-114-4)
  • (en) J.E. Kauffmann et R. Jurga, Fortress Europe : European Fortifications of World War II, USA, Da Capo Press, (ISBN 0-306-81174-X)
  • Jean-Louis Lhoest et Michel Georis, Liège, août 1914, éd. Presses de la Cité, Paris, 1964.

Articles connexes

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Liens externes

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