Fort de la Crèche

batterie de côte achevée en 1879 près de Wimereux (Pas-de-Calais, en France)

Le fort de la Crèche est une batterie de côte de type Séré de Rivières dont la construction s'est déroulée vers 1879.

Fort de la Crèche
Image illustrative de l’article Fort de la Crèche

Lieu Wimereux
Fait partie de Système Séré de Rivières
Construction ≃ 1879 à 1944
Utilisation Batterie côtière
Utilisation actuelle Visites du site par une association
Appartient à Conservatoire du Littoral
Guerres et batailles Bataille de Boulogne (1940), opération Wellhit (1944)
Événements Déclassé en 1999
Site internet https://www.fortdelacreche.fr/
Coordonnées 50° 44′ 55,88″ nord, 1° 36′ 04,98″ est

Carte

Situé au sud de Wimereux, en arrière de la pointe de la Crèche, il fait suite à un système de défense napoléonien constitué du fort de Terlincthun, aujourd'hui détruit, et d'un fort en mer à l'extrémité de la pointe, dont il ne reste que les fondations.

Le camp napoléonien de Boulogne

modifier

Le fort de Terlincthun était une simple levée de terre ceinturée d'un mur de pierre construit par Napoléon Ier entre 1806 et 1808. Il n'en reste rien aujourd'hui.

Devant la pointe de la Crèche (Wimereux, Pas-de-Calais), se devinent encore les fondations du fort en mer, identique au fort de l'Heurt, édifié en 1803.

La batterie française

modifier
Façade de la caserne construite en 1879

.

En 1879 est achevé sur le site de la Crèche un fort type Séré de Rivières. Il ferme au nord un système de quatre forts avec :

Elles sont toutes bâties sur le même schéma (un casernement, un magasin à poudre, deux ou trois abris sous traverse, trois à six plateformes pour canon et un puits) et sont entourées d'un mur de pierre et d'un fossé sec. Ensemble, elles protègent le port de Boulogne-sur-Mer.

Pendant la Première Guerre mondiale, le fort est opérationnel pour défendre le port qui joue un rôle stratégique dans le ravitaillement et l'évacuation des blessés.

Entre les deux guerres, la batterie de la Crèche est modernisée. L'armement est remplacé par quatre canons de 194 mm modèle 1902 ayant chacun deux soutes à munitions. Le mur d'enceinte est partiellement démoli pour leur faire place. Un poste de contrôle de tir dans une casemate bétonnée est construit sur la pointe, en haut de la falaise.

Pendant la bataille de France, le fort est le théâtre de violents combats. La batterie est alors dirigée par le lieutenant de vaisseau René de Forton[1]. Le , la batterie est investie par des chars, malgré la destruction à bout portant d'un char léger et de deux auto-mitrailleuses. Le combat se poursuit alors avec des mitrailleuses et ce n'est qu'après deux heures de combat que les marins de la batterie, à court de munitions, se rendent.

Le contre-torpilleur Chacal est coulé au large du Portel alors qu'il tentait de stopper l'avancée allemande.

L'occupation allemande : les batteries Crèche I, II et III

modifier

La batterie Crèche I

modifier

En , la Kriegsmarine prend possession des lieux en affectant pour la batterie du fort de la Crèche un détachement du 240e groupe d'artillerie de marine sous le commandement du Korvetten-Kapitän Fritz Diekmann à Wimereux. Les quatre canons de 19,4 cm, endommagés par les combats de , sont réparés et camouflés pour éviter qu'ils ne soient repérés par l'aviation alliée. Le fort est désormais appelé Batterie Crèche I[2].

Plaque en acier d'un bunker pour mitrailleuse. Situé devant le fort et orienté vers Wimereux, il n'est pas visitable.
Le FK 648 derrière la casemate no 3, baptisé "Blücher" par l'occupant.

En arrière de chaque canon de Marine est construit, au début de la guerre, un bunker pour le personnel[3]. La batterie est alors protégée des raids alliés par des pièces antiaériennes britanniques et françaises.

En 1942, le fort est intégré au Mur de l’Atlantique, en s'inscrivant alors dans le caractère prioritaire du port de Boulogne en matière de fortifications. Plusieurs bunkers importants pour mitrailleuses ou pour canon antichar sont donc érigés autour du fort[3].

A partir de 1943, la menace d'un débarquement allié se fait de plus en plus oppressante, notamment avec l'augmentation des bombardements, toujours plus importants. Et c'est dans ce cadre qu'en 1944, une batterie de quatre pièces de 10,5 cm SK/C 32 vient remplacer les canons de la Marine française. Les anciennes plateformes sont alors détruites pour construire un bunker permettant de protéger le nouveau canon, et qui intègre les anciennes soutes françaises. Deux pièces de 19,4 cm sont conservées, mais un quatrième bunker, aujourd'hui détruit, prendra place sur la route de Terlincthun[3].

La casemate n°3, ayant remplacé un des canons de 19,4 cm.

La batterie Crèche II

modifier
Une des plateformes pour un 9,4 cm Vickers.

Au nord de la pointe, les Anglais ont abandonné une batterie de quatre pièces de 9,4 cm Vickers M 39 (e). Le 240e Groupe d'Artillerie de Marine reprend cette batterie pour se défendre contre les avions et les navires de guerre. Des encuvements pour les canons et des bunkers pour personnel sortent aussi de terre.

En 1944, les pièces vont être protégées par quatre Regelbau 671[4].

La batterie Crèche III

modifier

Les quatre pièces de 7,5 cm Mle 1897, installées derrière le fort en 1931 pour la défense-anti-aérienne, vont constituer la batterie Crèche III. Cependant, le une des pièces est installée à la jetée sud du port de Boulogne pour remplacer une un canon anglais qui manquait de munitions. Elle ne retournera jamais au fort de la Crèche[3].

La pointe

modifier
Le poste de direction de tir français, achevé en 1935. L'étage implanté par les Allemands a été détruit après-guerre.

Dès l'été 1940, le poste de direction de tir français est remis en fonction. Sur son toit, une petite pièce d'observation est ajoutée, sur laquelle sera implanté un télémètre. L'endroit se retrouve pourvu de Flak, d'abris légers, et un projecteur allemand d'un diamètre de 150 cm viendra remplacer le projecteur français. En avant du poste de direction de tir, un projecteur modifié pour repérer des navires sera implanté dès 1941, avec un bunker pour le protéger. La place va aussi recevoir des postes d'observation secondaires pour les batteries Todt, Friedrich August et Grosser Kurfürst[3].

Le Regelbau 611 de la batterie de verrouillage portuaire.

En 1943, une partie de la batterie de verrouillage du port est implantée sur le flanc sud de la pointe. Cette batterie, répartie de la gare maritime à la pointe de la Crèche, en passant par Nausicaà et le hameau du Moulin Wibert, sert à détruire une force alliée voulant prendre le port par la mer. Sur la pointe de la Crèche seront donc installées une pièce de 15,5 cm d'origine française dans un Regelbau 611, et deux autres pièces de 7,62 cm d'origine russe, dont l'une sera protégée par un Regelbau 669. Au même moment, un Regelbau 634 est implanté sur la pointe. En 1944, les deux Regelbauten de la batterie de verrouillage portuaire ainsi que le Regelbau 634 seront reliés par un même souterrain[3].

Dès 1942, les trois batteries Crèche ainsi que la pointe sont regroupées dans une même position. Codée Stützpunkt (position lourde) 01 La Crèche en 1943, elle sera renommée Arnika l'année suivante, avec le numéro 221. Le , l'effectif de cette position s'élèvera à 405 pour la Kriegsmarine et 25 pour la Heer[3].

Le fort est finalement pris lors des combats du 21 et par les Queen's Own Rifles, un régiment canadien.

De l'après-guerre à nos jours

modifier

Après-guerre, le site est laissé à la lassitude du temps, plusieurs ouvrages sont habités par des sans-domicile-fixe ou des ermites et une partie du fort, bien qu'appartenant toujours à la Marine, servira à la ferme proche et la plupart des ouvrages seront abandonnés, en proie à la nature qui reprend ses droits et au vandalisme.

Mais depuis 2002, l'Association du Fort de la Crèche restaure au fur et à mesure les différents ouvrages du site et propose désormais des visites guidées avec illustrations et photos d'époque. Cependant, la Crèche II et les bunkers de la pointe sont aussi victimes de la nature et de l'homme, puisque plusieurs ouvrages sont tagués ou sont tombés ces dernières décennies à la suite des éboulements fréquents de la falaise. La plupart des ouvrages de ces deux positions ont été fermés par le Conservatoire du Littoral, propriétaire des lieux, pour éviter tout accident.

Dignitaires de l'armée allemande passés sur le site de la Crèche

modifier
  • Hermann von Fischel (de), en tant qu'amiral commandant des côtes de la Manche, a visité plusieurs fois la batterie du fort de la Crèche sous l'Occupation ;
  • Fritz Todt s'est arrêté en voiture au nord de la pointe durant l'été 1940 ;
  • Wilhelm Marschall a inspecté le fort de la Crèche en [3] ;
  • Friedrich Frisius, en tant qu'amiral Seekommandant Pas-de-Calais, a inspecté plusieurs fois la place durant la Seconde Guerre mondiale ;

Notes et références

modifier
  1. Guy Bataille, Le Boulonnais dans la Tourmente. Tome I : la défaite de mai 40, Pierru,
  2. Alain Chazette, Forteresse Boulogne-sur-Mer, Histoire et Fortifications, .
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 Ben Muller, Festung Boulogne - Constructie und destructie, .
  4. « Vue aérienne ».

Voir aussi

modifier