Fra Pacifico

poète italien

Fra Pacifico (traduction littérale Frère Pacifique) ou frère Pacificus ou Rex Versuum, parfois identifié à Guglielmo Divini (Italie centrale - vers 1158-1230), est un poète italien des XIIe et XIIIe siècles, compagnon de François d'Assise, originaire de la Marche d'Ancône. Il introduit notamment l'ordre franciscain en France. Il a été béatifié par l'Église catholique et est fêté le [1].

Fra Pacifico
Image illustrative de l’article Fra Pacifico
Fra Pacifico
Date de naissance vers 1158
Lieu de naissance Marche d'Ancône
Date de décès vers 1230
Lieu de décès Région du Pas-de-Calais
Nom de naissance Guglielmo Divini
Nationalité italienne
Ordre religieux Ordre des Frères mineurs
Vénéré à Italie
Fête 10 juillet

Biographie

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Visions de Fra Pacifico

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Franciscain de la première heure, il est l'un des compagnons proche de François d'Assise. Les sources le décrivent comme un laïc, originaire de la Marche d'Ancône versé dans l'art du chant et de la poésie. Le titre de Rex versuum Roi des vers »), sous lequel il est connu dans le monde séculier, lui vient de ses talents poétiques reconnus[2].

Comme le note Thomas de Celano :

« On l'appelait « le Roi des vers » parce qu'il était le plus renommé des chanteurs […]. Bref, la gloire mondaine l'avait rendu si célèbre qu'il fut couronné avec grand honneur par l'Empereur » »

 Thomas de Celano , Deuxième Vie de saint François, chap. LXXII, p. 106.

Au vu du contexte biographique fourni par Thomas de Celano, la conversion de Fra Pacifico à la « règle franciscaine » peut être datée de 1212[2].

Les sources franciscaines indiquent qu'elle survint à la suite d'une vision mystique : une grande croix formée de deux épées étincelantes apparut à Pacificus au sein même de la figure de François, une scène décrite de manière lyrique par Jacopone da Todi :

« Frère Pacificus vit la croix aux deux épées / en toi, François angélique, digne de grands éloges »

 Lauda LXI, O Francesco povero, patriarca novello, vers 26-27.

. Cet épisode se serait déroulé au couvent des Clarisses de San Severino Marche, où le saint prêchait à l'époque. Le lendemain, François donna au converti le nom de « Pacificus », signifiant par là qu'il avait été « pacifié » à l'égard du monde et ramené « à la paix du Seigneur »[2]. Dans les sources franciscaines, l'aptitude aux visions mystiques est un trait caractéristique de fra Pacifico. Outre l'épisode de sa conversion, d'autres visions sont rapportées :

« Alors qu'il priait avec François dans l'église San Pietro di Bovara, près de Trevi, il vit un trône céleste vide et glorieux — qui, selon une voix, avait appartenu à un ange déchu et était réservé à François pour l'éternité. »

 In Speculum perfectionis, nos 1749-1750.

Un « Tau » multicolore, aux nuances rappelant celles du paon, apparut sur le front du saint[3].Alors qu'il priait à l'ermitage de Soffiano, près de Sarnano, il vit l'âme de frère Umile monter au ciel avant même le trépas de ce dernier[4].

Fra Pacifico et saint François d'Assise

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Divers épisodes décrivent l'intimité filiale unissant fra Pacifico et François d'Assis, dont le récit du saint le faisant mander aussitôt après avoir achevé le Cantique du Frère Soleil, afin qu'il puisse l'interpréter comme une lauda[5],[6].

Cet épisode témoigne de l'importance de Fra Pacifico au sein du cercle intime du saint et éclaire sur le rôle qu'il a probablement joué dans la révision et la rédaction dudit Cantique, composé alors que François était en mauvaise santé. Si la première rencontre entre fra Pacifico et saint François peut être datée de la fin de l'année 1212, alors qu'il était à Ancône et que François revenait de Syrie, la « vision de Bovara » se situe quant à elle au début de 1214, sachant que François a séjourné au château de Trevi à l'époque où celui-ci était en ruines[2].

En France

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Après sa conversion, Pacifico a probablement vécu en contact avec saint François jusqu'en 1217 lorsque lors du premier Chapitre général tenu à la Portioncule à la Pentecôte, saint François l'envoya prêcher en France[2].

Selon Bonaventure de Bagnoregio, le « bienheureux frère Pacifico » fut « celui qui introduisit le premier l'Ordre des Frères en France »[7].

La Leggenda Perugina écrite en 1638 rapporte que, François n'ayant pu obtenir l'autorisation du cardinal Ugolino pour se rendre lui-même en France « Il y envoya frère Pacifico ». Et Francesco Gonzaga note que :

« Frère Pacifico, qui fut le premier ministre en France, après être venu de la province de la Marche »

 Francesco Gonzaga, chronique, 1517, p. 285.

Il était de retour en Italie en 1223, année où il assuma la charge de visiteur général des Clarisses [8], y demeurant au moins jusqu'en 1225, année durant laquelle, il participa à la rédaction du Cantique.

Les sources indiquent qu'il mourut en France, non loin de Lens, vers 1230 (année qui, selon Gratien de Paris, marque la fondation de l'ordre franciscain sur le sol français)[9],[10].

Puisque, conformément à la règle franciscaine, les sources ne mentionnent pas le nom séculier de Pacifico, le désignant uniquement sous le titre de « Rex versuum », les connaissances des érudits sur sa vie antérieure à 1212 demeurent conjecturales.

Fra Pacifico et Guglielmo Divini

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L'identification traditionnelle avec Guglielmo Divini da Lisciano n'est pas confirmée. Cette théorie repose principalement sur des références à un certain Guglielmo Divini qui aurait été fait laureatus (poète couronné) par l'empereur Frédéric II, après avoir été conduit à la cour de Palerme à la suite de la visite d'Henri VI et de Constance de Sicile à Ascoli en . Les chroniques d'Ascoli[11]. relatent comment Guglielmo, aux côtés d'autres citoyens choisis, fut emmené de cette ville des Marches vers la cour impériale en reconnaissance de ses mérites littéraires, illustrés par la composition d'un poème à la gloire des souverains[12].

Dans un document de 1194, Constance qualifie Guglielmo Divini de : « Fidelis noster attendentes cum fidem et devotionem [13]. ». Selon François Antoine Marcucci (1766), bien qu'il ne cite aucune source primaire, lorsque les jeunes mariés Henri et Constance séjournèrent à Ascoli en 1187, un jeune poète originaire du village de Lisciano Niccone composa et récita un poème laudatif pour célébrer l'arrivée du couple impérial ; plus tard, ce même jeune homme devint disciple de François d'Assise sous le nom de « Pacifico ».

« Vuillielmo, devenu par la suite le poète Pacifico, qui entra dans les ordres et devint disciple de saint François à un âge avancé »

 Leopardi, 1936, p. 23.

D'après ce récit, frère Pacifico serait né vers 1158, et l'empereur qui le couronna Roi des vers aurait été le futur Frédéric II, fils de Constance, à la cour de Palerme. À en juger par les biographies de Frédéric, cet événement peut être situé vers 1209[14],[2].

On ne dispose d'aucune information concernant Divini, ni d'aucune preuve qu'il quitta la cour de Sicile pour retourner dans les Marches, durant la période s'écoulant entre son couronnement comme « Roi des Vers » à Palerme en 1209 et sa conversion à San Severino en 1212. Le rôle prééminent qu'il joua au sein du cercle littéraire de Frédéric laisse entrevoir un lien avec l'École sicilienne[2].

Si l'on accepte d'identifier le Rex versuum à Guglielmo Divini, Pacifico aurait eu environ 70 ans au moment de sa mort en France[2].

Aucun écrit attribuable à son activité poétique ne nous est parvenu. Toutefois, au-delà de son rôle de figure du premier mouvement franciscain, son importance historique réside dans son activité de poète-chanteur, confirmée par de multiples sources et dans le fait qu'il fut un auteur reconnu de textes lyriques en langue vernaculaire du centre de l'Italie, avant même que cette langue ne soit définie par la tradition de la littérature vernaculaire[2].

En outre, s'il doit effectivement être identifié à Guglielmo Divini, il aurait entretenu des relations personnelle tant avec Frédéric II qu'avec François d'Assise, jouant un rôle de trait d'union entre la littérature composée en Italie centrale aux XIIe et XIIIe siècles et l'École sicilienne. Son importance est liée au rôle qu'il a pu jouer dans la composition du Cantique de Frère Soleil[2].

À l'origine du Cantique du Frère Soleil

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Parce qu'il était poète et du fait de sa proximité avec François, d'aucuns pensent qu'il serait l'auteur du Cantique du Frère Soleil. Composé par François d'Assise lors de sa maladie au printemps 1225, Pacifique aurait largement aidé le malade dans la rédaction du Cantique. La structure élaborée du texte est, de l'avis même de Bonaventure, inhabituelle des écrits de François. Pacifique aurait donc été la « seconde main » dans sa composition[1], une main techniquement habile, qui aura donné sa forme poétique au Cantique tout en respectant l'inspiration de l'auteur.

Notes et références

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  1. 1 2 « Bienheureux Pacifique, Compagnon de saint François d'Assise (+ 1230) », sur nominis.cef.fr (consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (it) Cesare Cata', « Frate Pacifico », sur treccani.it, (consulté le ).
  3. Thomas de Celano, Seconde Vie de saint François, 693 ; Bonaventure de Bagnoregio, Légende majeure, 1079.
  4. Les Fioretti de saint François d'Assise, 1886, chap. XLVI.
  5. (it) Leggenda Perugina,
  6. (la) Speculum perfectionis, p. 100.
  7. Miscela Bonaventuriana, 2699.
  8. Oliger 1912, p. 419.
  9. (it) Leggenda Maggiore, 1078–1079
  10. (la) Compilatio Assisiensis, no 82, .
  11. Andreantonelli 1673, p. 288.
  12. Guglielmo Divini da Lisciano ovvero La Leggenda di Fra Pacifico, Luigi Cantalamessa, Capponi Editore.
  13. Franchi 1995, p. 174–175.
  14. Kantorowicz 1957, p. 20-22.

Bibliographie

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  • J.-B. Auberger, « Le Bienhereux Frère Pacifique, Rex versuum et compagnon de saint Francois » in Archivum Fraciscanum Historicum 92 (1999), p. 59–93 ;
  • Fontes Franciscani, a cura di E. Menestò - S. Brufani, Assisi 2005 Tommaso da Celano, Vita seconda di san Francesco, n. 82 (669), n. 106 (693), n. 122 (707), n. 126 (710), n. 137 (721); Id., Trattato dei miracoli, § 3 (828) ;
  • Bonaventura da Bagnoregio, Leggenda maggiore, capitolo IV, § 9 (1078-79), § 10 (1235), lezione IX (1347); Id., Miscela Bonaventuriana, § 3 (2699);
  • Leggenda Perugina, n. 23 (1570), n. 43 (1592), n. 82 (1638);
  • I Fioretti, capitolo XLVI (1886);
  • Speculum perfectionis, nos 1749-1750 ;
  • Thomas Tuscus, GestaImperatorum et Pontificum, § 1 (2677) ;
  • F. Gonzaga, De origine Seraphicae religionis Francescanae, Rome 1587, p. 285 ;
  • L. Wadding, Annales Minorum, ann. 1212, I, Lyon 1625-54, p. 150 ;
  • (la) S. Andreantonelli, Historiae Asculanae, vol. IV, Padoue,  ;
  • G. Panelli, Memorie degli uomini illustri e chiari in medicina del Piceno, Ascoli 1758, p. 8 ;
  • F.A. Marcucci, Saggio delle cose ascolane e de’ vescovi di Ascoli nel Piceno, Teramo 1766 ;
  • Panfilo da Magliano, Storia compendiosa di san Francesco e de’ Francescani, Roma 1874-76, I, p. 261-263 ;
  • U. Cosmo, Frate Pacifico Rex Versuum, in Giornale storico della letteratura italiana, XXXVIII (1901), p. 1-40 ;
  • (la) L. Oliger, De origine Regolarum ordinis s. Clarae, in Archivum Franciscanum Historicum, V, , p. 419 ;
  • C. da Pesaro, Beato Pacifico Re dei Versi, in Picenum Seraphicum, IV (1918), p. 121-169 ;
  • C. da Pesaro, Il re dei versi [fra Pacifico da Lisciano]: Spunti critico-storici, Pesaro 1932 ;
  • B. Leopardi, Un denaro vescovile, Fermo 1936 ;
  • N. Mancini, Guglielmo da Lisciano, Fra Pacifico, Re dei versi, in L’Italia francescana, XXX (1955), p. 242-246 ;
  • (en) E. Kantorowicz, Frederick the Second. 1194-1250, Londres, , p. 20-22 ;
  • (it) A. Franchi, Ascoli imperiale da Carlo Magno a Federico, no XIII, Ascoli Piceno, , p. 174-175 ;
  • M. Massignani, Fra’ Pacifico rex versuum in Esculum e Federico II. L’imperatore e la città: per una rilettura dei percorsi della memoria, Atti del convegno di studio…, Ascoli Piceno… 1995, a cura di E. Menestò, Spoleto 1998, p. 163-180 ;
  • C. Catà, Con l’alloro sotto il saio. Ipotesi su Fra Pacifico, Re dei Versi in Picenum Seraphicum. Rivista di studi storici e francescani, XXV (2006-08), p. 355-395.

Liens externes

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