Francesco Paolo Michetti

peintre italien

Francesco Paolo Michetti, né le à Tocco da Casauria et mort le à Francavilla al Mare, est un photographe et un peintre italien.

Francesco Paolo Michetti
Francesco Paolo Michetti.
Naissance
Décès
Période d'activité
Nom de naissance
Francesco Paolo Eustachio Michetti
Nationalité
Italienne
Activité
Formation
Institut des beaux-arts de Naples
Maître
Conjoint
Annunziata Cermignani (d) (de à )Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web
Œuvres principales
Procession du Corpus Domini
Le Vœu
La Fille de Iorio
signature de Francesco Paolo Michetti
Signature.

Formé à l'institut des beaux-arts de Naples auprès de Domenico Morelli, il expose au Salon de Paris à partir de 1872. Sa Procession du Corpus Domini, primée à Naples en 1877, puis Le Vœu, présenté à Rome en 1883, consacrent sa réputation en Italie ; tous deux suscitent aussi des critiques.

Installé à Francavilla al Mare, il réunit autour de lui un cercle d'artistes et d'écrivains, dont Gabriele D'Annunzio, qu'il accueille à partir de 1885 dans un ancien couvent. Il présente La Fille de Iorio à la première Biennale de Venise, en 1895. Après l'Exposition universelle de 1900, où ses deux grandes toiles passent inaperçues, il ne peint plus de grands formats et pratique aussi la photographie et le cinéma. Il est nommé sénateur du royaume en 1909.

Biographie

modifier

Origines et formation

modifier

Francesco Paolo Michetti naît à Tocco da Casauria le , fils de Crispino Michetti, directeur de la fanfare du village et compositeur amateur, et d'Aurelia Terzini[1],[2],[n 1]. Après la mort prématurée de son père, il travaille encore enfant comme apprenti chez un forgeron, puis suit sa famille à Chieti après le remariage de sa mère[1].

En 1864, à treize ans, il demande au conseil provincial de Chieti une aide pour étudier le dessin, sans l'obtenir. En 1868, une bourse de 30 lires par mois de la même administration lui permet de s'installer à Naples[1],[n 2]. Grâce à son ami Eduardo Dalbono, il s'inscrit à l'institut des beaux-arts, où il suit les cours de Domenico Morelli[1],[3]. Il fréquente l'atelier de Filippo Palizzi et se lie avec Giuseppe De Nittis et Marco De Gregorio, membres du groupe appelé école de Resina[1].

En 1869, à la suite de problèmes de discipline et d'une impatience à l'égard de l'enseignement académique, il quitte temporairement l'institut et retourne dans les Abruzzes. Il séjourne de plus en plus souvent à Francavilla al Mare, où il s'établit en 1878[1].

En 1871, il décide de partir pour Paris, après avoir conclu, par l'intermédiaire de De Nittis et du collectionneur Beniamino Rotondo, un contrat avec le marchand Reutlinger, qui lui assure une mensualité de 200 lires et l'accès aux Salons[1]. Il expose au Salon de 1872, notamment le Retour du pâturage, puis à ceux de 1875, avec La Récolte des olives dans les Abruzzes, aujourd'hui perdue, et de 1876[1],[3]. Ses envois retiennent l'attention d'Adolphe Goupil, avec qui il collabore ensuite[1].

Fortuny

modifier

En 1874, il rencontre à Naples le peintre espagnol Mariano Fortuny, installé à Portici. Selon Michele Di Monte, sa palette s'éclaircit alors, les passages de virtuosité se multiplient, et son réalisme s'oriente vers le pittoresque[1]. Il acquiert cependant rapidement, selon la Treccani, une autonomie de style[3].

Corpus Domini

modifier

En 1877, la Procession du Corpus Domini, présentée à l'Exposition nationale des beaux-arts de Naples, lui vaut le premier prix de peinture, doté de 4 000 lires, et sa nomination comme professeur honoraire de l'institut des beaux-arts de Naples[1],[4]. Le tableau divise la critique : Adriano Cecioni juge Michetti un « copieur de Fortuny »[1].

Francavilla

modifier

En 1878, il s'installe à Francavilla al Mare, dans une maison louée à Tommaso Cermignani, son futur beau-père. Il y reçoit ses amis, dont le musicien Francesco Paolo Tosti et le sculpteur Costantino Barbella[1]. Sur le conseil de Barbella, il s'essaie à la terre cuite, et présente une sculpture à l'Exposition universelle de 1878[1].

Intéressé par l'art japonais, il envisage la même année d'enseigner à l'Académie de Tokyo, sur la chaire laissée vacante par Antonio Fontanesi ; seule l'intervention du roi Humbert Ier empêche son départ[1]. En 1879, il fait construire un atelier sur le littoral de Francavilla, détruit pendant la Seconde Guerre mondiale[1].

En 1880, Gabriele D'Annunzio, alors âgé de dix-sept ans, rejoint le cercle de Michetti ; leur amitié ne s'interrompra pas[1],[5].

Le Vœu

modifier

Le Vœu (Il voto), toile de sept mètres sur deux mètres cinquante, est présenté à l'Exposition internationale des beaux-arts de Rome en 1883[1],[n 3]. Il représente la fête de saint Pantaléon à Miglianico, où les fidèles accomplissent un vœu de pénitence en léchant le sol de l'église jusqu'à la statue du saint[1]. L'Art Institute of Chicago conserve une étude au pastel pour le tableau[6].

La critique se divise de nouveau. Cecioni et, plus modérément, Nino Costa et Camillo Boito lui reprochent de trahir les idéaux du vérisme ; D'Annunzio, Francesco Netti et Primo Levi saluent au contraire l'union d'éléments réalistes et d'un idéalisme religieux[1]. Le tableau est acheté 40 000 lires par le ministère de l'Instruction publique et se trouve à la Galerie nationale d'art moderne de Rome[1],[4].

Le couvent

modifier

Le , il achète à la commune de Francavilla un ancien couvent du XVe siècle, qui devient son habitation et son atelier, et où il accueille ses hôtes[1],[3]. D'Annunzio y écrit Il piacere, en 1888, et Il trionfo della morte, en 1894[1].

En 1887, il présente treize œuvres à l'Exposition de Venise ; plusieurs sont achetées par l'État pour la Galerie nationale d'art moderne, et trois par la maison royale[1].

Le , il épouse Annunziata Cermignani, qui lui donne en mai un fils, Giorgio ; naissent ensuite Aurelia, en 1889, et Alessandro, en 1891[1]. La même année, le roi Humbert Ier lui commande son portrait et celui de la reine Marguerite[1].

Expositions internationales

modifier

Il expose à Vienne en 1888, à Berlin en 1891, avec 325 œuvres, à Munich en 1891 et en 1894, à Anvers en 1894, à Düsseldorf et à Londres en 1904[1].

La Fille de Iorio

modifier

À la première Biennale de Venise, en 1895, il présente La Fille de Iorio (La figlia di Iorio)[1],[7]. Selon le témoignage de D'Annunzio, le sujet lui vient d'une scène vue avec le poète sur la place de Tocco da Casauria : une jeune femme poursuivie et provoquée par des moissonneurs[1],[8]. Après une première version à l'huile, le tableau est repris à la tempera, selon un procédé à base de glycérine de son invention, dont la mauvaise tenue a altéré les couleurs[1].

Le tableau est acheté à Venise par Ernest Seeger pour la Galerie nationale de Berlin ; l'État italien le rachète en 1932, et il est exposé au palais du gouvernement de la province de Pescara[1],[n 4]. D'Annunzio reprend le sujet dans sa tragédie La Fille de Iorio, écrite en 1903 ; la même année, il demande à Michetti d'en concevoir les décors et les costumes pour la représentation à Milan[1],[7].

Exposition universelle de 1900

modifier

À l'Exposition universelle de Paris, en 1900, il présente deux grandes toiles peintes à la tempera, Les Serpents et Les Estropiés, inspirées de la fête de saint Dominique à Cocullo et du pèlerinage des infirmes au sanctuaire de Casalbordino[1],[4]. Elles passent pratiquement inaperçues et restent invendues ; exposées en 1927 à la Galerie nationale d'art moderne et achetées par le ministère, elles sont aujourd'hui conservées au musée Michetti de Francavilla[1],[n 5].

Selon Michele Di Monte, la critique a souvent vu dans cette déception la raison principale de son éloignement de la peinture au profit de la photographie et du cinéma. Il ne peint plus de grands formats, mais continue à réaliser de petites peintures, des esquisses, des dessins, des pastels et des tempera[1].

Illustration et philatélie

modifier

En 1895, la société Arti et Amicitiae lui commande six scènes du Nouveau Testament pour la Bible par les plus grands artistes du monde entier, dite « Bible d'Amsterdam » ; insatisfait, il ne montre ses dessins qu'en 1902[1]. En 1905, l'administration postale émet un timbre de quinze centimes d'après l'un de ses dessins, le premier timbre italien réalisé en taille-douce[1].

Distinctions

modifier

Il est membre de l'Académie Pontaniana de Naples en 1896 et de l'Académie de Saint-Luc en 1903[1]. Le , il est nommé sénateur du royaume ; sa nomination est validée le , et il prête serment le [9],[1]. Il est décoré de l'ordre de la Couronne d'Italie[9].

Dernières années

modifier

Sa dernière participation à une exposition publique date de 1910 : à la IXe Exposition internationale d'art de Venise, il présente quinze paysages des Abruzzes, à la tempera, dans une salle qui lui est réservée[1].

En février 1929, il contracte une bronchopneumonie lors d'un séjour à Casoli, chez sa fille Aurelia. Ramené à Francavilla al Mare, il y meurt le [1],[9].

Photographie et cinéma

modifier

En 1966, Raffaele Delogu découvre dans sa maison de Francavilla un fonds de photographies, de dessins et de pastels[1]. Selon M. Miraglia, citée par Michele Di Monte, Michetti a classé ses photographies en trente sections, et il considérait la photographie comme une forme d'expression autonome, à l'égal de la peinture. Accusé de copier des photographies, il réservait souvent cette pratique à ses proches[1].

Le musée d'Orsay a présenté en 2001, dans son exposition consacrée à D'Annunzio, une photographie de Michetti de 1888, D'Annunzio en peignoir sur la plage de Francavilla, conservée au musée d'histoire de la photographie Fratelli Alinari de Florence[10].

Il photographie notamment, en 1907, la pêche au thon à Acireale. Dans les années 1910, il passe au cinéma ; son long métrage Volti d'Abruzzo, tourné de 1923 à 1925, est perdu, et il ne reste que quelques fragments tournés à Rome et un court documentaire[1].

Réception

modifier

La critique de son temps est partagée, des débats sur le Corpus Domini à ceux sur Le Vœu[1]. La critique ultérieure a réduit la portée de son œuvre, dont le pittoresque descriptif des coutumes avait suscité un enthousiasme jugé excessif[4]. Ses grandes toiles sont décrites comme répondant au besoin d'échapper à la froideur de la peinture d'histoire et de la peinture académique[3].

Collections

modifier

Ses œuvres sont conservées notamment à la Galerie nationale d'art moderne de Rome, au musée de Capodimonte, à la chartreuse San Martino de Naples et au musée Michetti de Francavilla al Mare[1],[3],[4]. Hors d'Italie, le musée d'Orsay conserve un Paysage des Abruzzes, donné en 1917, et une Petite paysanne portant une cruche et caressant un mouton[11],[12]. La National Gallery of Art de Washington conserve des dessins, des pastels et des eaux-fortes, l'Art Institute of Chicago Printemps et Amour, de 1878, et le Fitzwilliam Museum de Cambridge une étude[13],[6],[14].

Œuvres

modifier
Sélection
DateŒuvreLieu de conservation
Autoportrait de jeunesseChartreuse San Martino, Naples[3]
1877Procession du Corpus DominiCollection particulière, Rome[3],[4]
1878Printemps et AmourArt Institute of Chicago[6]
1880-1883Le VœuGalerie nationale d'art moderne, Rome[1],[3]
1882Satan chevauche et mène le monde, fusain et craieNational Gallery of Art, Washington[13]
La PastourelleMusée de Capodimonte, Naples[4]
1895La Fille de Iorio, temperaPalais du gouvernement de la province, Pescara[1],[n 4]
1900Les Serpents, temperaMusée Michetti, Francavilla al Mare[1],[n 5]
1900Les Estropiés, temperaMusée Michetti, Francavilla al Mare[1]
Paysage des AbruzzesMusée d'Orsay, Paris[12]

Galerie

modifier

Notes et références

modifier
  1. ↑ Les sources divergent sur la date de naissance : 4 octobre 1851 selon le Dizionario biografico ; 4 août 1851 selon le Système archivistique national ; 2 octobre 1851 selon le répertoire et la commémoration du Sénat, dont la fiche indique aussi, dans ses données d'état civil, le 10 février 1851.
  2. ↑ La Treccani en ligne situe son arrivée à Naples en 1867.
  3. ↑ La Treccani en ligne et l'Enciclopedia De Agostini le datent de 1880-1883.
  4. 1 2 Le Dizionario biografico le situe aussi à la bibliothèque provinciale de Pescara ; la Treccani en ligne et l'Enciclopedia De Agostini à la mairie de Pescara. Le site touristique de la région des Abruzzes indique que le tableau reçoit le premier prix de la Biennale de 1895, et qu'il est acheté par Seeger en 1896.
  5. 1 2 La Treccani en ligne et l'Enciclopedia De Agostini situent ces deux tableaux à la mairie de Francavilla al Mare.

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 (it) Michele Di Monte, « Michetti, Francesco Paolo », sur Dizionario biografico degli italiani, Treccani, (consulté le ).
  2. ↑ (it) « Michetti, Francesco Paolo, pittore, fotografo (Tocco da Casauria 1851 - Francavilla al Mare 1929) », sur Sistema archivistico nazionale, Ministero della Cultura (consulté le ).
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (it) « Michétti, Francesco Paolo », sur Enciclopedia on line, Treccani (consulté le ).
  4. 1 2 3 4 5 6 7 (it) « Michétti, Francésco Pàolo », sur Sapere.it, De Agostini (consulté le ).
  5. ↑ (it) « Francesco Paolo Michetti (1851-1929). Pittore » [PDF], sur Portale cultura, Regione Abruzzo (consulté le ).
  6. 1 2 3 (en) « Francesco Paolo Michetti », sur Art Institute of Chicago (consulté le ).
  7. 1 2 (it) « La figlia di Iorio di Gabriele D'Annunzio e Francesco Paolo Michetti » [PDF], sur Idomeneo, Università del Salento (consulté le ).
  8. ↑ (it) « Michetti, d'Annunzio e la passion d'amore : la figlia di Jorio », sur Abruzzo Turismo, Regione Abruzzo (consulté le ).
  9. 1 2 3 (it) « Scheda senatore MICHETTI Francesco Paolo », sur Senato della Repubblica (consulté le ).
  10. ↑ (en) « Gabriele d'Annunzio (1863-1938) », sur Musée d'Orsay (consulté le ).
  11. ↑ « Francesco Paolo Michetti (1851-1929) », sur Musée d'Orsay (consulté le ).
  12. 1 2 (en) « Paysage des Abruzzes », sur Musée d'Orsay (consulté le ).
  13. 1 2 (en) « Francesco Paolo Michetti », sur National Gallery of Art (consulté le ).
  14. ↑ (en) « Michetti, Francesco Paolo, 1851–1929 », sur Art UK (consulté le ).

Voir aussi

modifier

Bibliographie

modifier
  • (it) Ugo Ojetti, « Artisti contemporanei : F. P. Michetti », Emporium, vol. 32,‎ , p. 403-428.
  • (it) M. Miraglia, F. P. Michetti fotografo, Turin, .
  • (it) F. Di Tizio, Francesco Paolo Michetti : nella vita e nell'arte, Pescara, .
  • (it) Michele Di Monte, « Michetti, Francesco Paolo », dans Dizionario biografico degli italiani, vol. 74, Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana, .

Articles connexes

modifier

Liens externes

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :