Francis Caron
Francis Caron, né le à Marles-les-Mines et mort le à Rouen, est un surveillant pénitentiaire français. Affecté à la maison d'arrêt de Rouen, il est mortellement blessé par un détenu particulièrement signalé alors qu'il contrôle le barreaudage de sa cellule.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture | |
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activité |
| Distinctions |
|---|
Biographie
modifierNé le à Marles-les-Mines (Pas-de-Calais), Francis Caron obtient un CAP d'ajusteur-mécanicien puis entre dans l'administration pénitentiaire en qualité d'élève surveillant en 1977, à l'âge de 21 ans[1].
Il commence sa carrière à la maison d'arrêt de Dieppe, où il est « un jeune agent sérieux et dévoué qui a de l'autorité sur les détenus, et est apprécié des gradés et des collègues », jusqu'à sa fermeture en 1990, puis est muté à la maison d'arrêt Bonne-Nouvelle de Rouen. Avec son ancienneté, il obtient le grade de surveillant principal le .
En 1991, il reçoit une lettre de félicitations du directeur de l'Administration pénitentiaire « pour avoir fait preuve de perspicacité et de conscience professionnelle » lors d'un incident en détention[1]. Sa hiérarchie indique dans ses notations successives « travail sérieux, discrétion et efficacité »[1].
Agression mortelle
modifierLe samedi vers 13 heures, alors qu'il effectue, seul, le sondage des barreaux de la cellule no 7 de la division 2, occupée par le détenu Stéphane Delabrière, celui-ci se lève de son lit et lui assène plusieurs coups avec un couteau de fabrication artisanale avant de s'emparer de la barre de sondage en fer et de lui frapper la nuque à de nombreuses reprises. Le détenu sort ensuite sur la coursive, s'exclame « Je viens de tuer le maton » et appelle lui-même les autres surveillants en renfort[2]. En détention préventive pour deux meurtres, Stéphane Delabrière faisait partie des 25 détenus particulièrement signalés (DPS) présents à Rouen et avait prémédité son acte[3].
Admis à l'hôpital Charles-Nicolle dans le coma, Francis Caron succombe à ses blessures deux jours plus tard, le [2]. Âgé de 36 ans, il était marié et père de trois enfants[1].
Obsèques
modifierSes obsèques se déroulent le en l'église de Derchigny, près de Dieppe, devant plus de 500 surveillants venus de la France entière[4].
La messe est célébrée par Christian Nourrichard, vicaire général du diocèse de Rouen, Marie-Paul Mascarello, aumônier général des prisons, et l'abbé Michel Potajesuk, curé de la paroisse[4]. Son éloge funèbre est prononcé par le garde des Sceaux Michel Vauzelle, en présence de Jean-Claude Karsenty, directeur de l'Administration pénitentiaire[5].
À l'issue de la cérémonie religieuse, le ministre lui a remis les insignes de chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume[4].
Son cercueil, porté par six surveillants de la maison d'arrêt de Rouen et recouvert du drapeau tricolore, est inhumé dans le cimetière du village[4].
Conséquences de sa mort
modifierLe , les surveillants de Rouen, rejoints en cours de journée par ceux de Loos-lez-Lille et de Douai, organisent une opération « prison morte ». Après la mort de Francis Caron en fin d'après-midi, les quatre principaux syndicats de surveillants pénitentiaires appellent à un mouvement national de protestation[6]. Le , les établissements du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie ainsi que plusieurs prisons de région parisienne sont bloqués. Le mouvement s'étend jusqu'au , date à laquelle les surveillants du dernier établissement bloqué, la maison d'arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone, reprennent le travail[7].
À la demande du ministre de la Justice, le directeur de l'Administration pénitentiaire entame un dialogue avec les organisations syndicales autour de la sécurité dans les établissements. Les syndicats réclament notamment la réouverture des quartiers de haute sécurité (QHS) supprimés quelques années plus tôt[7].
Jean-Claude Karsenty se rend à Rouen où il annonce que le sondage des barreaux s'effectuera désormais à deux surveillants. Il décide également que les détenus considérés comme dangereux et ceux condamnés à de longues peines seront transférés vers d'autres établissements.
Francis Caron était le dernier fonctionnaire pénitentiaire à être tué dans l'exercice de ses fonctions avant l'attaque mortelle d'un convoi transportant un détenu, survenue le 14 mai 2024 au péage d'Incarville, au cours de laquelle un surveillant et un officier ont été tués par les assaillants[8]. Francis Caron est l'unique agent pénitentiaire à avoir été tué « pour rien », c'est-à-dire que son assassin avait pour seul mobile « l'envie de tuer », Delabrière ne cherchait pas à s'évader comme c'est le cas dans tous autres situations où les agents ont été tués[9].
Hommages
modifierLe , le lendemain de sa mort, Francis Caron est cité à l'ordre de la Nation par le Premier ministre Pierre Bérégovoy. La citation indique à son propos « fonctionnaire courageux et dynamique, d'un dévouement absolu et d'une profonde conscience professionnelle » et précise qu'il a été « victime du devoir, dans l'accomplissement du service qui lui avait été confié »[10].
La 180e promotion de surveillants pénitentiaires, sortie de l'École nationale d'administration pénitentiaire en 2011, choisit Francis Caron comme nom de baptême[11].
La cellule dans laquelle il a reçu les coups mortels est depuis fermée et conservée comme un tombeau-hommage[12].
Sa mort est relatée dans Bonne-Nouvelle : Histoire de la prison de Rouen, écrit par Jean-Pierre Machain, agent pénitentiaire et Historien de la la maison d'arrêt de Rouen, en 2019[13].
Le livre L'affaire Delabrière - Autopsie d'un crime et d'une crise pénitentiaire, écrit également par Jean-Pierre Machain, paru en 2025, rend plus largement hommage à Francis Caron[9].
Décoration
modifier
Chevalier de la Légion d'honneur avec citation à l'ordre de la Nation, à titre posthume ()[14].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 « Il y a 27 ans… Francis Caron, surveillant mortellement agressé à la prison de Rouen »
, sur Actu Forces De l’Ordre, - 1 2 Michel Henry, « «Pour moi, c'était l'odeur de la mort...» A 25 ans, Stéphane Delabrière comparaît aux assises de Rouen pour trois meurtres. », Libération, (lire en ligne
) - ↑ Direction de l'Administration pénitentiaire, Mémoire et témoignages pénitentiaires, Paris, DAP, , 30 p. (lire en ligne)
- 1 2 3 4 « https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000723850 », Le Monde, (lire en ligne
) - ↑ Véronique Sousset, Fragments de prison : histoires vécues, Le Cherche midi, , 185 p. (ISBN 2749171709)
- ↑ « Après la mort d'un gardien à Rouen Les syndicats de surveillants de prison lancent un mouvement de protestation », Le Monde, (lire en ligne
) - 1 2 Gilles Perrault (dir.), « Après la mort d'un surveillant à Rouen : vague de révoltes contre la prise d'otages matonale », Rebelles - mensuel de contre-information des prisonnier(e)s en lutte, Alliance des prisonniers en lutte, no 36, , p. 4-6 (lire en ligne [PDF])
- ↑ Arthur Deshayes, « Agents pénitentiaires : déjà un mort en 1992 à Rouen, de nombreux cas d’agressions en Normandie », France 3 Normandie, (lire en ligne
) - 1 2 Jean-Pierre Machain, « L'affaire Delabriere - Autopsie d'un crime et d'une crise pénitentiaire »
, sur Editions Skjalmö, - ↑ Citation à l'ordre de la Nation
- ↑ École nationale d'administration pénitentiaire, « Liste des noms des promotions baptisées »
[PDF], sur enap.justice.fr, - ↑ Frédéric Durand, « À Rouen, la Prison Bonne-Nouvelle aimerait ouvrir son propre musée », Le Parisien, (lire en ligne
) - ↑ Thomas Schonheere, « "Bonne Nouvelle", le livre qui raconte l'histoire de la prison de Rouen », France Bleu Normandie, (lire en ligne
) - ↑ Ordre de la Légion d'honneur - Décret du 20 août 1992 portant nomination
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Jean-Pierre Machain (préf. Jacques Tanguy), Bonne-Nouvelle : Histoire de la prison de Rouen, L'Echo des vagues, , 220 p. (ISBN 2918616346)
- Jean-Pierre Machain, L'Affaire Delabrière : Autopsie d'un crime et d'une crise pénitentiaire, Skjaldmo, , 132 p. (ISBN 9782493958143)