Français de papier
Français de papier est une expression xénophobe controversée, issue de l'extrême droite[2], souvent opposée à Français de souche. Elle désigne les personnes ayant récemment acquis la nationalité française, c'est-à-dire immigrés ou descendants d'immigrés, lorsque leur volonté de s'intégrer ou de s'assimiler à la culture française est mise en cause.

Définition
L'expression « Français de papier »[3] est généralement opposée à l'expression identitaire « Français de souche » désignant, parmi les personnes de nationalité française, celles qui selon la définition ethnique, le droit du sang et l'appartenance linguistique et culturelle, formeraient un groupe indigène en France, européen, sans ascendance étrangère[4]. Dans un contexte polémique, l'opposition entre « Français de papier » et « Français de souche » sert à mettre en cause l'égalité devant la loi définie par l'article 1er de la Constitution de la France, le droit du sol et le droit international, qui ne discriminent pas les citoyens d'après l'origine de leur nationalité française (par naissance ou par naturalisation), leur lieu de naissance, leur langue maternelle, leurs origines et traditions culturelles.
« Français de papier » servait, dans l'entre-deux-guerres, à désigner les nouveaux naturalisés, notamment juifs, par les courants nationalistes et d'extrême droite, en particulier l'Action française[5]. Cette catégorisation entraîna pendant le Seconde Guerre mondiale les politiques de dénaturalisation du régime de Vichy[5] (loi du portant révision des naturalisations). Après-guerre, le Front national (FN) propose de supprimer toute notion de droit du sol dans le droit français[5] et son président, Jean-Marie Le Pen, reprend l'expression « Français de papier » en [3],[6].
Selon le journaliste Alain Gresh, « Français de papier » est également une expression employée par les fonctionnaires de l'administration française chargés des naturalisations. Pour le sociologue Geoffroy de Lagasnerie ces fonctionnaires définissent comme de futurs « Français de papier » les étrangers « qui souhaitent devenir citoyens français pour des motifs instrumentaux : les aides sociales, le niveau de vie, la facilité de voyager, etc.), sans manifester un attachement sincère à leur pays d'accueil, sans se sentir honorés à l'idée d'intégrer la communauté nationale[7]. »
Controverses
Pour le chercheur Jean-Yves Camus, cette notion est liée à la thèse d'extrême droite du « grand remplacement » dont l'une des idées principales est « qu'une partie de la population française n'est pas vraiment française. Ce ne seraient des Français que sur le papier ». Pour Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales à l'OCDE, il est fallacieux de faire l'amalgame entre les immigrés et leurs enfants dont une partie provient d'unions mixtes et qui « sont Français et ont été éduqués à l'école de la République »[8].
Selon Renaud Dély, directeur de rédaction au Nouvel Observateur, le concept est repris par Nicolas Sarkozy lors de son discours de Grenoble en quand il évoque qu'« il est quand même invraisemblable que des jeunes gens de la deuxième, voire de la troisième génération, se sentent moins Français que leurs parents ou leurs grands-parents. » Pour lui, ce concept de « Français de papier » et de « Cinquième colonne » qui vient de Patrick Buisson montre le rapprochement sur certaines idées sécuritaires et migratoires entre le Front national et l'UMP[9].
Jean-Christophe Cambadélis, alors premier secrétaire du Parti socialiste, considère en que le projet entre autres du FN d'« exiger que « les Français de souche » soient mieux traités que les « Français de papier » (en terme d'accès à l'emploi, aux prestations sociales...), c'est créer les conditions d'une guerre civile entre les communautés »[10]. Selon lui c'est un phénomène nouveau de créer deux catégories de Français, créant « un régime qui n'est pas national-socialiste tel qu'il existait dans les années 1930 mais c'est un régime d'apartheid »[11].
Lors de son premier grand meeting en tant que candidate Les Républicains pour l'élection présidentielle de , Valérie Pécresse fait réagir en employant ce terme dans les premières minutes de son allocution[12],[13]
Bruno Retailleau, alors président du groupe Les Républicains au Sénat, a apporté son soutien à Valérie Pécresse après l'usage par cette dernière de l'expression « Français de papier ». Sur son compte Twitter, il a déclaré : « Certains s'offusquent de l'expression "Français de papier". Oui, il y a des citoyens français qui ont demandé leur naturalisation et qui disent « Nique la France » tout en touchant les allocations. Qui peut dire que cela n’existe pas ? Stop au déni et à l’hypocrisie[14],[15]. »
Notes et références
- ↑ Claire Zalc, chap. 7 « Dénaturalisés, et après ? », dans Dénaturalisés : Les retraits de nationalité sous Vichy (texte remanié de Des relations de pouvoir ordinaires : les dénaturalisations sous Vichy (mémoire d'habilitation à diriger des recherches en histoire), Paris, École normale supérieure, ), Paris, Seuil, coll. « L'Univers historique », , 388 p. (ISBN 978-2-02-132642-0, DOI 10.3917/ls.zalc.2012.01
), p. 229–257 (lire en ligne
). - ↑ Adel Miliani et William Audureau, « Comment des expressions issues de l'extrême droite comme « grand remplacement » ou « Français de papier » se sont glissées dans le débat public »
, Les Décodeurs, Le Monde, 15 janvier 2024 à. - 1 2 Marc-Olivier Bherer, « « Français de papier », une formule xénophobe au service de la division de la nation »
, Le Monde, (consulté le ). - ↑ (en) James Minahan, One Europe, Many Nations : A Historical Dictionary of European National Groups, Westport (Conn.), Greenwood Publishing Group, , XVII-781 p. (ISBN 0-313-30984-1, présentation en ligne), p. 769
- 1 2 3 (en) Rogers Brubaker, Citizenship and Nationhood in France and Germany, Cambridge, Harvard University Press, , XII-270 p. (ISBN 0-674-13178-9, 0-674-13177-0 et 978-0-674-02894-4), p. 113 (lire en ligne
) et Rogers Brubaker, « De l'immigré au citoyen : Comment le jus soli s'est imposé en France, à la fin du XIXe siècle », Actes de la recherche en sciences sociales, no 99 « Migrations et minorités », , p. 3–25 (DOI 10.3406/arss.1993.3058, lire en ligne). - ↑ Christiane Chombeau, « Le rassemblement du Front national à Carpentras a réuni moins de monde que prévu »
, Le Monde, (consulté le ). - ↑ Alain Gresh, « D'excellents Français… », Nouvelles d'Orient, blog du Monde diplomatique, (consulté le ).
- ↑ AFP, « Jean-Marie Le Pen converti à la thèse du "Grand remplacement" », L'Express, .
- ↑ Renaud Dély, La Droite brune : UMP-FN, les secrets d'une liaison fatale, Paris, Flammarion, coll. « Flammarion enquête », , 269 p. (ISBN 978-2-0812-8601-6).
- ↑ Bastien Bonnefous et Françoise Fressoz, « Cambadélis aux députés PS : « Calmons-nous ! » », Le Monde, .
- ↑ AFP, « Cambadélis : le FN au pouvoir serait «le chaos en France» », Libération, (version du sur archive.org).
- ↑ Ivanne Trippenbach, « « Français de papiers » : Valérie Pécresse reprend le refrain de l'extrême droite »
, Le Monde, (consulté le ). - ↑ Romain Herreros, « Au Zénith, Valérie Pécresse mise sur les clins d'œil à l'extrême droite pour se relancer », sur Le HuffPost, (consulté le ).
- ↑ « Désinfox. "Français de papier", une expression d'extrême droite? », Le Progrès, (consulté le ).
- ↑ « Désinfox. "Français de papier", une expression d'extrême droite? », Le Dauphiné libéré, (consulté le )
Annexes
Bibliographie
- Sergueï Shikalov, Français de papier, Paris, Seuil, coll. « Libelle », , 62 p. (ISBN 978-2-02-159725-7 et 978-2-02-159726-4, lire en ligne
). - Niandou Touré, « « Français de papier », ou la mobilisation par la droite « républicaine » d'une rhétorique de disqualification « nationale » », Migrations Société, no 194, , p. 3–11 (DOI 10.3917/migra.194.0003, lire en ligne).