François-Joseph Westermann
François-Joseph Westermann, né le à Molsheim (Alsace), guillotiné le à Paris, est un général de brigade de la Révolution française, resté célèbre pour les atrocités qu'il fit commettre lors de la guerre de Vendée.
| François-Joseph Westermann | ||
Portrait du général François-Joseph Westermann, miniature de Jean-Baptiste Jacques Augustin, 1793. | ||
| Surnom | Le boucher de la Vendée[1],[2] | |
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| Naissance | Molsheim |
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| Décès | (à 42 ans) Paris |
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| Origine | Français, Alsacien | |
| Allégeance | ||
| Arme | cavalerie | |
| Grade | Général de brigade | |
| Années de service | 1767 – 1794 | |
| Conflits | Guerres de la Révolution française Guerre de Vendée |
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| Faits d'armes | Prise des Tuileries Bataille de Parthenay 1re Bataille de Moulin-aux-Chèvres 1re Bataille de Châtillon 2e Bataille du Moulin-aux-Chèvres 2e Bataille de Châtillon Bataille de Cholet Virée de Galerne Bataille de Croix-Bataille Bataille d'Entrammes Bataille de Dol Bataille du Mans Bataille de Savenay |
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Biographie
modifierFamille
modifierD'origine incertaine, sa date de naissance varie entre 1751 et 1765 selon les sources. Il est fils d'un procureur, petit-fils de Jacobée Westermann, fournisseur de l'armée en chevaux.
Entré au service en 1767 dans le régiment d'Esterhazy hussards, il quitte ce dernier deux ans plus tard pour intégrer la gendarmerie, où il devient sous-officier en 1773. Il quitte ensuite la vie militaire pour regagner sa province natale et servir, à partir de 1787, comme écuyer auprès du comte d'Artois[3]. Il est sans emploi lorsque débute la Révolution dont il embrasse la cause en venant à Paris en 1789, puis en fréquentant les Jacobins d'Alsace, qui le font nommer en 1790 greffier de la municipalité de Haguenau.
Actions au début de la Révolution française
modifierDe retour à Paris, il prend part à la Journée du 10 août 1792 en prenant la tête de la garde-nationale du Faubourg-Saint-Antoine, et est le premier à forcer l'entrée aux Tuileries en plaçant des canons devant toutes les portes, puis en massacrant les gardes suisses. Il est nommé adjudant-général par le Conseil exécutif dont le chef était Danton qui l'envoie, après les massacres de septembre, en mission secrète auprès de Dumouriez à l’armée du Nord. Arrêté après la trahison de celui-ci, il vient protester devant la Convention et est relaxé le .
Nommé général de brigade le (26 floréal de l'an I), il est aussitôt affecté comme commandant en chef de l’armée des côtes de La Rochelle. Le (30 prairial de l'an I) pourtant, c’est Marat qui, à la Convention nationale, le dénonce comme « agent de Dumouriez » et pour « ses exactions en Belgique, pour soulever les Belges contre nos armées et anéantir leur réunion ».
Actions en Vendée
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Le , Westermann, à la tête de 4 000 hommes, enfonce les forces vendéennes du général Lescure à Parthenay, puis mène un raid au cœur du territoire insurgé[4]. Le 2 juillet, il incendie le bourg d'Amailloux, ainsi que le château de Lescure, et déclare qu'il fera de même à toutes les localités qui fourniront des hommes à l'armée insurgée[5]. Il explique ensuite que sa stratégie vise à exercer sur l'ennemi une « terreur » suseptible de « mettre les bons en insurrection contre les mauvais »[5]. Le , il prend Châtillon-sur-Sèvre après la bataille du Moulin-aux-Chèvres, puis il fait incendier le château de la Durbelière, propriété de Henri de La Rochejaquelein[4]. Cependant, l'armée vendéenne contre-attaque deux jours plus tard avec 25 000 hommes et écrase l'armée de Westermann à Châtillon[4]. Le général ne s'échappe qu'avec 300 de ses 6 000 hommes, tous les autres étant tués ou faits prisonniers[4].
Après ce désastre, Westermann est convoqué à Paris par la Convention nationale qui le revoit devant le tribunal militaire de Niort[4]. Il est cependant acquitté, le tribunal jugeant sa conduite à Châtillon « digne des plus grands éloges » et renvoyé à ses fonctions, « tant à cause de sa fermeté » que de « ses principes d'humanité »[4].
En août, Westermann préconise de « ne faire nulle grâce aux prisonniers »[5].
Le 11 octobre, Westermann reprend Châtillon-sur-Sèvre, siège du Conseil supérieur de la Vendée, qui est incendiée et dont les habitants sont massacrés[6],[7]. Le 17, il participe à la bataille de Cholet et se lance à la poursuite des Vendéens après leur défaite[8]. Ses troupes s'emparent dans la soirée de Beaupréau et massacrent les 400 à 800 blessés vendéens soignés dans l'hôpital de la ville[8].

Lors de la Virée de Galerne, Westermann commande la cavalerie de l'armée républicaine et fait preuve d'une grande agressivité contre les forces vendéennes. La nuit du 24 au 25 octobre, malgré une nette infériorité numérique, il tente une attaque contre l'armée vendéenne à Laval mais il subit une lourde défaite lors de la bataille de Croix-Bataille[9]. Le 26, il participe à la bataille d'Entrammes, qui s'achève par une nouvelle déroute pour les forces républicaines[9]. Le 20 novembre, il reprend la ville de Pontorson et y massacre les blessés vendéens laissés sur place[10]. Le lendemain, il attaque les Vendéens à Dol-de-Bretagne, mais son offensive est repoussée par La Rochejaquelein[11]. Le 27 novembre, il demande au Comité de salut public de lui envoyer de l'eau-de-vie empoisonnée à l'arsenic « pour en finir avec les rebelles »[12].
Lancé à la poursuite de l'armée insurgée qui tente de regagner la Vendée, Westermann reprend La Flèche le 10 décembre où il déclare que ses troupes ont « tué et massacré » 100 hommes dans la ville et 600 autres dans les environs[13]. Le 12 décembre, il mène un assaut nocturne sur la ville du Mans qui contribue à la victoire des républicains[14]. L'armée vendéenne est ensuite détruite le , à la bataille de Savenay.
Après la bataille de Savenay, Westermann aurait écrit une lettre contenant le passage suivant, resté célèbre :
« Il n’y a plus de Vendée, citoyens républicains. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et dans les bois de Savenay. Suivant les ordres que vous m'aviez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes, qui, au moins pour celles-là n'enfanteront plus de Brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J'ai tout exterminé[15],[2]. »
L'authenticité de cette lettre est cependant mise en doute par l'historien Alain Gérard, qui la considère comme une invention de l'historien légitimiste Jacques Crétineau-Joly[Note 1].
Après la bataille de Savenay, Westermann prend le prétexte de problèmes de santé pour se rendre à Paris et se glorifier de la défaite des Vendéens devant la Convention nationale[17]. Il déclare à cette occasion que « la Vendée est détruite, qu'en peu de temps on a exterminé jusqu'au dernier des 80 000 combattants qui restaient »[17]. En janvier 1794, le général Louis Marie Turreau, le nouveau commandant en chef de l'Armée de l'Ouest, conteste ces affirmations et dénonce Westermann au ministre de la guerre pour abandon de poste[17],[Note 2]. En février, Barère accuse Westermann d'avoir réarmé les rebelles et fait croire que la guerre était terminée[18]. Le 4 mars, au club des cordeliers, Hébert s'en prend également à Westermann, « ce monstre couvert d'opprobre », qu'il assimile à Beurnonville et à Dumouriez[19].
Mort
modifierLe , sur un rapport de Couthon, Westermann et Philippeaux sont inclus dans la « conspiration » de Danton, Fabre d'Églantine et Desmoulins[20].
Lors de son procès, Danton nie être lié à Westermann : « On me parle aussi de Westermann, mais je n’ai rien eu de commun avec lui ; je sais qu’à la journée du 10 août, Westermann sortit des Tuileries, tout couvert du sang des royalistes, et moi je disais qu’avec 17 000 hommes, disposés comme j’en aurais donné le plan, on aurait pu sauver la patrie[21]. »
Condamné à mort, Westermann est guillotiné avec les dantonistes le [16].
Une rue à Pantin ainsi qu'un bateau de croisière sur le Rhin portent le nom de celui qui fut surnommé « le boucher de la Vendée ». Une rue portant son nom à Paris a disparu pour laisser place à l'actuel square du Docteur-Grancher.
Œuvre
modifier- Général de brigade Westermann, Campagne de la Vendée, Paris, De l'imprimerie, rue du Théâtre-Français, , 42 p. (lire en ligne)
Au cinéma
modifier- Danton (1983) d'Andrzej Wajda, joué par Jacques Villeret.
Notes
modifier- ↑
« Sauf erreur, le premier à donner ce texte est l'historien légitimiste Jacques Crétineau-Joly, qui non seulement ne cite pas ses sources mais qui, selon la mode du temps, ne s'embarrasse pas d'en inventer, pourvu qu'elles fassent vrai. Cet écrivain profond autant que partisan, et qui a le sens de la formule, serait donc jusqu'à preuve du contraire l'auteur de la fameuse déclaration de Westermann. Sans parler de ceux qui, y compris récemment, vont jusqu'à lui attribuer une cote d'archives — introuvable —, il est piquant de constater combien ont été abusés par un texte plus vrai que nature, comme si l'ensauvagement des révolutionnaires allait désormais de soi[16]. »
- ↑
« Je ne puis me dispenser, citoyen ministre, de te dénoncer Westermann qui a quitté son armée, qui a quitté son poste sans m'en prévenir[17]. »
— Lettre du général Turreau au ministre de la guerre Jean-Baptiste Bouchotte, le
« J'ai la juste mesure des services qu'a rendu Westermann. Et je sais les apprécier ainsi que lui. Il atteste que « la Vendée est détruite, qu'en peu de temps on a exterminé jusqu'au dernier des 80 000 combattants qui restaient ». Quoiqu'à l'époque du 18 nivôse [7 janvier], on avait détruit jusqu'au dernier des rebelles en état de combattre et, depuis ce temps-là, plus de 6 000 brigands ont été pris et tués, depuis ce moment, seulement en deça de la Loire, on en arrête encore tous les jours, et je suis convaincu que plusieurs se sont joints aux Chouans que le général Beaufort, comme je te l'ai marqué, est chargé d'exterminer[17]. »
— Lettre du général Turreau au ministre de la guerre Jean-Baptiste Bouchotte, le
Références
modifier- ↑ Émile Gabory, Les Guerres de Vendée, Robert Laffont, 1912-1931 (réimpr. 2009), p. 317.
- 1 2 Gérard 1999, p. 23.
- ↑ Georges Six, Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire (1792-1814), t. 2, Paris, Librairie Georges Saffroy, (lire en ligne), p. 569-570.
- 1 2 3 4 5 6 Gras 1994, p. 53-55.
- 1 2 3 Gérard 1999, p. 148.
- ↑ Maudet et Aumond 2023, p. 115-117.
- ↑ Gras 1994, p. 82-83.
- 1 2 Gras 1994, p. 89.
- 1 2 Gras 1994, p. 99-100.
- ↑ Victor Ménard, « Les Vendéens dans le département de la Manche (suite) », dans Mémoires de la Société académique du Cotentin (archéologie, belles-lettres, sciences et beaux-arts), t. XV, Avranches, Imprimerie Alfred Perrin, , 264 p. (lire en ligne), p. 30
- ↑ Gras 1994, p. 100-108.
- ↑ Gérard 2013, p. 97 et 101.
- ↑ Fournier 1984, p. 189.
- ↑ Gras 1994, p. 113.
- ↑ Jacques Crétineau-Joly, Histoire de la Vendée militaire, t. II, H. Plon, (lire en ligne), p. 4
- 1 2 Gérard 2013, p. 563.
- 1 2 3 4 5 Gérard 2013, p. 281 et 288-292.
- ↑ Gérard 1999, p. 403.
- ↑ Gérard 1999, p. 422.
- ↑ Gérard 1999, p. 424.
- ↑ La Patrie en danger (Danton).
Voir aussi
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Bibliographie
modifier- Émile Fournier, La terreur bleue, Albin Michel, , 283 p. (ISBN 978-2-226-01985-1).

- Alain Gérard, Par principe d'humanité... : La Terreur et la Vendée, Fayard, , 589 p.

- Alain Gérard, Vendée : les archives de l'extermination, Centre vendéen de recherches historiques, , 684 p.

- Yves Gras, La Guerre de Vendée (1793-1796), Economica, , 192 p. (ISBN 978-2717826005).
. - Xavier Maudet et Bernard Aumond (préf. Jean-Clément Martin), Patriotes et crimes de guerre en Vendée militaire : le district de Châtillon 1789-1799, Nueil-les-Aubiers, Claude Le Mastin, , 412 p.

- Théodore Rieger, « François Joseph Westermann », dans Nouveau Dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 40, p. 4201