François Bernès-Cambot

François Bernès-Cambot, né le à Pau[1] et mort le à El Bibane (en), est un sergent des troupes coloniales, mort pour la France à 24 ans lors de la guerre du Rif.

François Bernès-Cambot
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Biographie
Naissance

Pau, France
Décès
(à 23 ans)
Poste d'El Bibane, Maroc
Époque

XXe siècle

Entre-deux-guerres
Nationalité
Française
Allégeance
IIIe République française
Autres informations
Membre de
Armée de Terre française
Arme
Infanterie coloniale
Unité

4e RIC RICL 14e R.T.S.

1er R.T.S. (8e cie)
Grade militaire
Sergent
Conflit

Campagne de Cilicie

Guerre du Rif
Distinction

Légion d'honneur

Croix de guerre des T.O.E.

Biographie

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Enfance

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Né à Pau, François Bernès-Cambot est le troisième enfant d'une fratrie de quatre. Deux de ses grands frères sont tombés durant la Première Guerre mondiale. Il grandit à Livron, village de Basse-Pyrénées (actuelles Pyrénées-Atlantiques) jusqu'à ses dix-neuf ans, où il s'engage dans l'armée[1].

Carrière dans la « Coloniale »

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Fin du siège d'Aïntab (actuelle Gaziantep), auquel a participé Bernes-Cambot dans le Régiment d'Infanterie Coloniale du Levant.

En 1920, il contracte un engagement au 4e Régiment d'Infanterie Coloniale (RIC), basé à Toulon[1]. Il sert dans l'Armée du Levant, au Liban et en Syrie que la France dirige par le biais d'un mandat de la Société des Nations (SDN). Cela implique qu'il a intégré l'un des deux bataillons, formé en , pour constituer le Régiment d'Infanterie Coloniale du Levant, à partir des 4e et 8e RIC en garnison à Toulon.

Dans ce cadre, de à , il participe aux sièges d'Aïntab. Son comportement au combat lui vaut son accession au grade de caporal[1], contre les forces turques lors de la Campagne de Cilicie (aussi appelée guerre franco-turque). Sévèrement étrillé, le RICL est dissous le .

Une fois son séjour achevé, Bernès-Cambot est transféré au 14e Régiment de Tirailleurs Sénégalais (RTS), basé à Mont-de-Marsan (département des Landes, Nouvelle-Aquitaine aujourd'hui) depuis 1922. Pendant son service à la caserne Bosquet, « ses remarquables qualités foncières et son aptitude au commandement lui permettent de se placer bien vite parmi les meilleurs gradés du régiment »[1] selon l'École nationale des sous-officiers d'active (ENSOA). Le , il est nommé sergent[1].

Guerre du Rif

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C'est en que Bernès-Cambot reçoit son affectation au Maroc[1].

Les maréchaux Lyautey et Pétain, responsables successivement des opérations sur le terrain.

Depuis 1921, les insurgés des montagnes du Rif, dirigés par Abdelkrim, se sont lancés dans la révolte contre le pouvoir chérifien et le protectorat colonial espagnol. Les autorités françaises craignent une extension de la « dissidence » dans les zones qu'elles contrôlent (par exemple, la tribu des Senhadja razzie en territoire français, avant d'être vaincue lors de la bataille de Bou Halima, de mai à ), et se préparent à « l'attaque prévisible » d'Abdelkrim (ainsi, le maréchal Lyautey dans sa « Note d'ensemble sur la situation politique et militaire au Maroc » au gouvernement, en décembre 24). C'est en que commence « réellement » le conflit pour la France[2].

François Bernès-Cambot sert à la 8e compagnie du 1er RTS[1], en tant que commandant « d'un poste isolé au sommet du djebel el-Bibane, à 60 kilomètres au nord de Fès »[1] (ENSOA). Le sergent dirige deux sous-officiers européens et vingt-cinq tirailleurs[1]. Le poste est renforcé en hommes et en fournitures le [1], face à l'approche d'une troupe rifaine qui les encercle le 16[1].

Le , le poste tient bon face à un ennemi supérieur en nombre, qui attaque avec ardeur[1]. Bernès-Cambot indique à son capitaine, qui suit depuis l'observatoire de Trafant le combat, qu'il est blessé et que le moral de ces hommes est excellent. Le 14 : échec d'une tentative du général Colombat de percer le siège. Ce n'est que le 13 qu'il parvient à ravitailler le poste ; la garnison « se présente impeccablement »[1] (ENSOA), après vingt-sept jours de siège[1].

Blessé deux fois, le sergent refuse le rapatriement qu'on lui propose, comme les tirailleurs. « [...] depuis plus de huit jours tous les hommes sont rationnés à un quart de litre d'eau par jour et à une maigre ration de nourriture »[1] (ENSOA). Dans le même temps, la garnison de Dar Rémik s'est jointe à celle de Bibane : l'effectif se porte à trois sergents (dont Bernès-Cambot), cinq soldats européens et quarante-huit sous-officiers et soldats à titre indigène[1]. Max Schiavon parle, dans La guerre du Rif, de « 60 tirailleurs sénégalais aux ordres du sergent Bernès-Cambot »[2].

À noter que Bernès-Cambot acquiert une belle réputation dès la fin du mois de mai, par sa résistance. Max Schiavon indique aussi que la raison de l'assaut rifain est que leur chef « Abdelkrim, qui a subi de nombreux échecs locaux depuis un mois, a besoin de succès pour raffermir la confiance de ses partisans »[2]. C'est dans l'ensemble de cette stratégie que s'inscrit aussi l'attaque sur le poste de Pol Lapeyre[2].

Statue de Bernès-Cambot à Livron.

Le général Colombat et ses troupes se replient ensuite, et le lendemain, les assauts recommencent, sans succès malgré les pertes rifaines. Après cinquante et un jours de siège, le poste est bombardé dès l'aurore du . 12 h : les attaques débutent, sans discontinuer. 14 h : dernier message optique du sergent « Poste fichu - Adieu ». 16 h : fin de la résistance, le dernier obus rifain est tiré et 2 000 hommes (selon toutes les sources) envahissent le poste[1].

L'ENSOA achève comme suit son récit :

« Lorsque en septembre suivant, [les] tirailleurs marocains pénètre[nt] dans le poste reconquis, un spectacle d'une grandeur tragique s'offre [à leurs] yeux [...] : tous les cadavres des héroïques défenseurs gisent à leur poste de combat, laissés par les Rifains à l'endroit même où ils avaient lutté jusqu'à la mort. »[1]

Hommages

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  • Croix de la Légion d'honneur à titre posthume[1].
  • Croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs (deux citations à l'ordre de l'Armée)[1].
  • Sa citation à l'ordre de l'Armée, à titre posthume : « [Bernès-Cambot] avait su faire passer dans l'âme de ses hommes l'énergie indomptable qui l'animait. »[1]
  • Une rue de Fès porte son nom, qui longe le marché et relie le boulevard Poeymirau à la rue du Marché[3].
  • Une stèle inaugurée le , construite sur le lieu de la bataille avec les pierres du poste : « Ici, le sergent Bernès-Cambot, sept autres Français et quarante-cinq sénégalais du 1er R.T.S. ont donné leur vie pour la France. »[3]
  • Une statue, sculptée par Ernest Gabart et fondue par Grandhomme-Andro dans sa commune natale de Livron (Béarn), à un square éponyme (bordure de la D640). La plaque à l'avant indique :

« Armée coloniale / Bernès-Cambot / Sergent 5e R.T.S. / Commandant le poste de Bibane, encerclé une première fois pendant 13 jours et blessé deux fois au cours des attaques ennemies, demanda au moment où il fut délivré à conserver le commandement de son poste. Encerclé une deuxième fois par 2 000 Rifains, pris sous le feu de deux canons, assailli nuit et jour, tint tête avec ses 40 tirailleurs sénégalais à tous les assauts le 5 juin. L'ennemi exaspéré par cette résistance indomptable, ayant amené le canon à 300 mètres du poste, l'ayant submergé sous un flot humain le sergent Bernès-Cambot combattit jusqu'à la mort sans défaillance, sans hésitation et fit passer dans l'âme de tous ses hommes l'énergie indomptable qui l'animait puis qu'ils furent tous massacrés à leur place de combat en même temps que lui modèle de bravoure, d'abnégation, admirable comme soldat. Admirable comme chef, il a poussé l'idée du devoir jusqu'au sacrifice et il mérite que son nom reste dans l'Histoire. Chevalier de la Légion d'honneur / Croix de guerre des T.O.E. avec palme »

Trois tirailleurs sénégalais sont à ses pieds, allongés et semblant mourants. Ces statues ont eu pour modèle de véritables tirailleurs, qui furent pour cela mutés de Tarbes au 18e Régiment d'Infanterie de Pau, selon le site communal. Une plaque sur le côté indique de plus : « Monument élevé le / 25 septembre 1927 à la / mémoire du sergent BERNES-CAMBOT tombé / glorieusement à BIBANE / (MAROC) Le 5 juin 1925 / à l’âge de 24 ans. »

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 Alain, « SERGENT François BERNES-CAMBOT PARRAIN DE LA 164e PROMOTION de l'École Nationale des Sous-Officiers d'Active » Accès libre [PDF], sur Les Amis du Musée - Le Chevron, (consulté le )
  2. 1 2 3 4 Max Schiavon, La guerre du Rif : Maroc, 1925-1926, Paris, Perrin, , 464 p. (ISBN 978-2-262-08759-3, lire en ligne), p. 120
  3. 1 2 Georges Michel, « Rue BERNES-CAMBOT » Accès libre, sur Amicale des anciens de Fès, (consulté le )

Bibliographie

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  • Max Schiavon, La guerre du Rif, Paris, Perrin, 2021, 464 p.
  • Erwan Bergot, La Coloniale, du Rif au Tchad, Paris, PUF, 1982, 263 p.
  • Marie Baulny-Cadilhac, François Bernès-Cambot, du Béarn au Maroc, histoire d'un soldat 1901-1925, Orthez, Les Presses d'ICN, 2017.