Françoise Laurent
Françoise Laurent, âgée de 20 ans au moment des faits, est une servante de la famille Pommereau en Nouvelle-France durant la première moitié du XVIIIe siècle. Reconnue coupable de vol auprès de ses employeurs[a],[1],[2], elle est condamnée à la pendaison et incarcérée à la prison du palais de l’intendant à Québec le 26 octobre 1750. En raison de la vacance du poste de bourreau de la colonie à la suite du décès de son dernier exécuteur, le 28 décembre 1750[3], son exécution est suspendue.
Fille du tambour-major de Montréal, Guillaume-Antoine Laurent[3], elle se lie d’amitié avec son voisin de cellule[b], Jean Corolère[4],[1]. Ce dernier est incarcéré le 2 juin 1751 pour une durée d’un an à la suite de sa participation à un duel, une pratique interdite en Nouvelle-France par un édit royal[1],[5]. En Nouvelle-France, une personne condamnée à la peine capitale peut échapper à l’exécution grâce aux « lettres d’abolition, de rémission et de pardon », obtenant ainsi un pardon des hautes autorités judiciaires[2]. Une autre possibilité réside dans l’acceptation de la charge de bourreau pour un homme, ou, pour une femme, le mariage avec un exécuteur des hautes œuvres[3],[4].
Le 17 août 1751, Jean Corolère demande au Conseil supérieur de commuer sa peine en lui attribuant le poste d’exécuteur des hautes œuvres (bourreau)[1] afin de remplir le poste vacant. Sa demande est acceptée et il est libéré sans avoir à purger les quelque dix mois de peine restants. Le lendemain de sa libération, il présente une seconde requête dans laquelle il supplie le Conseil[6] :
« de vouloir lui accorder en mariage la nommée Françoise Laurent fille détenue aux prisons royales de cette ville…Le Conseil accepte et décharge Françoise Laurent des condamnations contre elle dans le cas seulement où elle contractera mariage avec le dit Jean Corolline [Jean Corolère] exécuteur de la haute justice. »
Le 19 août, après avoir obtenu de l’évêque la dispense des trois bans, Jean Corolère épouse Françoise Laurent à la chapelle du palais de l’Intendant[1]. À la suite de ce mariage, Jean Corolère exerce ses fonctions d’exécuteur pendant une durée inconnue. Après la pendaison d’un faux-monnayeur le 29 avril 1752, le couple disparaît des archives[2].
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- 1 2 3 4 5 Chabot-Scrosati 2025.
- 1 2 3 Lacroix 2002.
- 1 2 3 Lachance 2003.
- 1 2 3 Marsan 2014.
- ↑ Binet 2025, p. 93.
- ↑ « Arrêt du Conseil déchargeant Françoise Laurent, de la sentence rendue le 12 mars 1751, à condition qu’elle épouse Jean Corollaire, maître des hautes œuvres (bourreau) », sur Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Advitam (consulté le ) Notice : TP1,S28,P17306, 18 août 1751 ; pièce provenant du Registre no 37 des arrêts rendus au Conseil supérieur de Québec sur les matières criminelles (4 juin 1730 au 29 décembre 1759)
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC (BAnQ), 1751. Demande faite en ce Conseil par Jean Corolline détenu prisonnier ès prisons royales de cette ville… de lui accorder la place de maître des hautes œuvres [en ligne]. Fonds Conseil souverain, Notice : TP1,S28,P17306. 18 août 1751. Registre n° 37 des arrêts rendus au Conseil supérieur de Québec sur les matières criminelles (4 juin 1730 au 29 décembre 1759). Disponible à l’adresse : https://advitam.banq.qc.ca/notice/412231.
- BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC (BAnQ), 1751. Arrêt du Conseil déchargeant Françoise Laurent, de la sentence rendue le 12 mars 1751, à condition qu’elle épouse Jean Corollaire, maître des hautes œuvres (bourreau) [en ligne]. Fonds Conseil souverain, Notice : TP1,S28,P17306. 18 août 1751. Registre n° 37 des arrêts rendus au Conseil supérieur de Québec sur les matières criminelles (4 juin 1730 au 29 décembre 1759). Disponible à l’adresse : https://advitam.banq.qc.ca/notice/412231.
- Charlène Binet, Histoire appliquée du duel en Nouvelle-France au XVIIIe siècle, Chicoutimi, Université du Québec à Chicoutimi, , 137 p., Mémoire de maîtrise en histoire (lire en ligne)
- Lydia Chabot-Scrosati, « Portraits de sept bourreaux en Nouvelle-France », sur Le Journal de Québec,
- Thomas Lacroix, « Jean Corolère », sur dubuc-landry.ca,
- André Lachance, Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, (lire en ligne), « Jean Corolère »
- Jean-Sébastien Marsan, « Abécédaire insolite de la Nouvelle-France amoureuse et lubrique », Revue Argument, vol. 16, no 2, , p. 178-186
- Société royale du Canada, Mémoires et comptes-rendus de la Société royale du Canada, Ottawa, Société royale du Canada, (lire en ligne)