Fred Forest
Fred Forest, né le à Mascara (Algérie) et mort le , est un artiste français.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 93 ans) |
| Nationalités | |
| Activités | |
| Formation | |
| Mouvement |
Artiste du multimédia et des réseaux, Fred Forest est un des pionniers de l'art vidéo (dès 1967) puis du Net.art (1996). On lui doit aussi la paternité des « expériences de presse » (interventions sur les mass médias : presse écrite, radio, TV [1972]). Docteur d'État à la Sorbonne, professeur en sciences de l'information et de la communication, Fred Forest crée en France, dès 1968, les premiers environnements interactifs utilisant l'informatique et la vidéo. Il a su aussi intégrer dans sa démarche artistique beaucoup de supports de communication : presse écrite, téléphone, fax, radio, télévision, cinéma, vidéo, câble, journaux lumineux et électroniques, robotique, réseaux télématiques et, bien sûr, toutes les possibilités du web.
Fred Forest est cofondateur de deux mouvements artistiques, l'Art sociologique (1974) et l'Esthétique de la communication (1983).
Biographie
modifierNé en 1933 à Mascara en Algérie française[1],[2],[3], le parcours de Fred Forest est pour le moins atypique puisqu'il est d'abord (employé non titularisé qui attend qu'un poste permanent devienne vacant) aux PTT, vendant des timbres au guichet, puis contrôleur des postes et télécommunications[3],[2],[1] (de 1954 à 1971). Il a en parallèle une pratique artistique.
D'abord peintre, puis dessinateur satirique pour les journaux Combat et Les Échos, dès le milieu des années 1960, Fred Forest oriente sa pratique artistique vers le champ des nouveaux médias et des technologies de la communication. Pionnier de l'art vidéo en France dès 1967, il utilise la vidéo lors peu exploité dans les milieux artistiques français[1], et conçoit des environnements participatifs et interactifs en utilisant des dispositifs associant informatique et vidéo. Il fait aussi des médias un terrain d'expérimentation[1]. Tour à tour, il intègre à ses œuvres et actions la presse écrite, la radio, le fax, le minitel, le téléphone, l'ordinateur, les écritures électroniques, la robotique, les réseaux télématiques puis Internet et, au XXIe siècle Second Life.
Les années 1970
modifierEn 1972, il publie son tout premier « Space Media » dans le journal Le Monde, en l’occurrence un espace blanc intitulé 150 cm2 de papier journal, offrant aux lecteurs de ce journal une surface nue pour s'exprimer, qu'il projette ensuite d'exposer[1].
En 1973, il réalise plusieurs actions spectaculaires dans le cadre de la biennale de São Paulo qui lui valent le prix de la Communication et son arrestation par le régime militaire.
En , il fonde avec Jean-Paul Thénot et Hervé Fischer le collectif d'art sociologique (1974-1980), mouvement faisant l'objet d'un manifeste publié dans le journal Le Monde[4]. L'art sociologique se veut être une pratique qui emploie certaines méthodes de la sociologie (enquêtes, documentaires, etc.) afin de questionner les rapports complexes entre arts et sociétés. Il s'agit pour ce collectif de détourner les modes de communication et de diffusion de l'information selon une méthode de la perturbation : renvoyer au spectateur une image de son conditionnement, le faire participer[4], l'inciter à se réapproprier les médias et à porter sur eux un regard critique et contestataire.
Les années 1980
modifierEn 1983, à Salerne (Italie), il crée en collaboration avec Mario Costa le Groupe international de recherche de l'esthétique de la communication[2], dont il se fait le théoricien[2]. Fred Forest publie le Manifeste de l'esthétique de la communication et réalise un travail de thèse sur l'art sociologique et l'Esthétique de la communication, dont la soutenance, en 1985, se voit transformée en performance vidéo.
L'objectif des performances/actions de Fred Forest est de montrer en quoi les nouvelles technologies de communication et de transmission d'information modifient notre rapport au réel, à la réalité, au temps et à l'espace, faisant appel à des notions telles que l'ubiquité, l'immédiateté, le temps réel, les réseaux ou l'action à distance.
Il est le fondateur du webnetmuseum.org. Prix de la communication de la biennale de São Paulo (1973), il représente la France à la Biennale de Venise en 1986 et à la documenta 8 à Cassel en 1987[5]. Il se voit décerner le Laser d’or au Festival des arts électroniques de Locarno, puis le grand prix de la ville de Locarno pour une œuvre multimédia diffusée par RSI, la télévision suisse de langue italienne. Il enseigne en département Art à l'École Nationale Supérieure d'Art de Cergy.
Les années 1990
modifierEn , il met en vente, en première mondiale, une œuvre numérique Parcelle/Réseau à l’hôtel Drouot[3].
En , il crée une installation spectaculaire, le Centre du Monde, qui fonctionne en relation avec Internet, à l’espace Cardin de Paris.
En , il se marie sur Internet avec l'artiste Sophie Lavaud et, à cette occasion, ils créent et mettent en œuvre un programme de réalité virtuelle[3].
Fred Forest est également connu pour sa lutte contre les dysfonctionnements des systèmes institutionnels et marchands de l'art contemporain, notamment par les poursuites judiciaires pour manque de transparence qu'il a lancées contre le Centre Georges-Pompidou à Paris, à propos de ses acquisitions, poursuites entreprises dans les années 1990.
Professeur émérite en sciences de l'information et de la communication à l'université de Nice - Sophia Antipolis, Fred Forest a assuré au milieu des années 1990 une série de séminaires sur le thème des liens entre arts et technologies.
Les années 2000
modifierEn , il réalise à Paris une vente aux enchères, sous forme d’un site Internet, d'une série de monochromes numériques.
En , il réalise avec le Bass Museum de Miami dans le cadre d'Art Basel Miami Beach le premier happening planétaire sur Internet. De mai à , le Paço das Artes de Sao Paulo consacre une rétrospective à son œuvre. Présentation de son travail au Musée National d'art du Canada à Ottawa et réalise une performance au LABO.
L'ensemble de son œuvre, rejoint le patrimoine national au titre du dépôt légal en , sous forme d'une convention signée avec l'INA (Institut national de l'audiovisuel) consultable à la BnF (Bibliothèque nationale de France). Il est, avec Maurice Benayoun, l'un des deux artistes d'art contemporain à bénéficier d'un telle convention, de son vivant[6].
Du au , il organise la Biennale de l'An 3000, une biennale alternative et critique de la 27e biennale officielle de São Paulo, implantée dans le MAC (Musée d'art contemporain de São Paulo). Une biennale numérique, planétaire, participative et démocratique, qui a pour support l'espace virtuel d'Internet et des milliers à Toronto.
Du au , la Slought Foundation de Philadelphie lui consacre une exposition rétrospective ; la New York University, la Penn University et l'université du Connecticut l'invitent à donner une série de conférences sur son nouveau concept d'Œuvre-système invisible.
En , il présente à la galerie Christian Depardieu de Nice son projet du « Territoire expérimental et laboratoire social » sur Second Life. En décembre de la même année, il organise, avec le professeur Mario Costa, le colloque international Artmédia X à la BnF et à l'INHA[7].
En , dans le cadre de l'année de la France au Brésil, il réalise cinq expositions personnelles au MAC, à l'USP et l'école de communication de l'université de São Paulo, à l'université de Porto Alegre et de Brasilia[8]. En , il réalise deux actions à New York, au Gershwin Hotel et à la White Box, organisées par Ferdinand Corte.
La pratique artistique de détournement que Fred Forest mène depuis toujours constitue une réflexion critique sur l’art, la communication, leurs codes, leurs fondements idéologiques, symboliques et esthétiques.
Les années 2010
modifierEn 2010, Fred Forest présente une installation, The Trader's Ball, à la galerie LE LAB à New York. Il y partage son point de vue sur la crise financière en invitant les passants à danser avec lui dans Second Life sur un air de musique hip-hop. L'installation montre une scène de danse à l'aide de mannequins aux tee-shirts arborant le mot « Trader » et le monde virtuel sur des écrans plasma[9].
En 2011, il présente une installation Internet Flux et reflux la caverne d'Internet au Centre d'art LE LAIT d'Albi. Au cours d'une résidence de six mois à New York, il réalise une série de performances et d'expositions, Sociological Walk à Brooklyn, Le m2 invisible à Anthology Film Archives, The conversation au MoMA, une exposition à la Galerie Chusifritos, des conférences à Agency Unlimited, une lecture au MIT (Massachusetts Institute of Technology) à Boston, un débat l'AC Institute de New York. Enfin, il est invité pour présenter l'ensemble de son travail au Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg dans le cadre de Cyberfest.
Les années 2020
modifierMort
modifierFred Forest meurt le à l'âge de 93 ans[1],[10],[11]. Il l'annonce lui-même dans un message que son fils a transmis à l'AFP : « J'ai grâce à la complicité affectueuse de mon fils Adrien le plaisir de vous annoncer ma propre disparition », se disant « adulé par beaucoup, méprisé par certains et ignoré par le plus grand nombre. »[1],[10]. Il est inhumé à Anserville dans l'Oise[10].
Expositions
modifierAnnées 2000
modifier- 2001 Sortie des territoires conservatoire des arts plastiques et de la scène, Fresnes
- 2002 Exposition " l'Eau qui coule " dans le cadre du Festival International d'art vidéo Casablanca
- Le Planéto, exposition collective Campus Europe universités de Strasbourg, de Lyon 2 et de Paris 13
- 2003 Arborescences 3, Aix-en-Provence
- 2004 Exposition Emoçion-Artifis + conférence, Itau cultural, Sao Paulo
- 2005
- Exposition rétrospective Fred Forest Paço das Artes commissaire Priscila Arantes/ Daniela Bousso
- Exposition Images-mémoire, Ministère de la culture, Paris.
- Digital street corner au Bass Muséum pour Miami Beach Basle
- 2006
- Biennale de l'an 3000 au MAC de Sao Paulo
- 2007
- Slought Foundation, Philadelphie, États-Unis
- Rétrospective vidéo Fred Forest et colloque, avec Mario Costa, Louis José Lestocart, Annick Bureaud, José Jimenez, institut Cervantès, Paris
- Exposition personnelle institut Cervantès, Paris
- Exposition personnelle, Sarajevo, Galerie 10 M2
- 2008
- Exposition personnelle, galerie Christian Depardieu, Création sur Second Life, Nice, avril
- Exposition personnelle, galerie Entropyart, Création sur Second Life, Naples, mai
- Création, La corrida, Seconde Life, produite par ferdinand(corte)™, Flying Art Networks et Le Manif dans le cadre de Nîmérix, Volet Immatériel de la biennale européenne d'art contemporain, Nimes, juin-juillet
- TEK Muséum Los Angeles, Second Life, journée de l'ICOM
- 2009
- The Experimental Center of The Territory, The Gershwin Hôtel puis White Box, New York, présenté par ferdinand(corte)™, juin
- Exposition du territoire sur Second Life, Mac Sao Paulo, pour l'Année de la France au Brésil
- Exposition Fred Forest à l'UNESP de Sao Paulo pour l'inauguration de sa galerie commissaire Milton Sogabe;
Années 2010
modifier- 2010
- Installation Ego Cyberstar à la Flux Factory, New York, avec Residency Unlimited, juin
- The Trader's Ball à la galerie LE LAB, New York, présenté par ferdinand(corte)™, juin
- 2011
- Exposition Flux & reflux, la caverne d'internet, juillet-octobre, centre d'art le LAIT, Albi, France
- 2012
- Rétrospective l'Homme média No 1 CDA Enghien-les-Bains
- Performance contestataire dans le cadre de Vidéo Vintage Centre Pompidou, Paris
- Performance au MoMA The conversation
- Conférence avec Ruth Erickson au MIT Boston
- Sociological walk Brooklyn avec Ruth Erickson
- 2013
- Soirée Nomade Fondation Cartier pour l'art contemporain présenté par Ruth Erickson et Paul Ardenne
- 2014
- Performance au MoMA Sociological walk with Google Glass
- Publication Lui ou l'appel des éléphants, L'Harmattan, Paris
- Visite sur le Territoire du M2 " d'Alain Seban, président du Centre Pompidou, Paris
- 2015
- " Médias en partage ", Espace virtuel en ligne Jeu de Paume avec Maud Jacquin et Ruth Erickson
- Invité par l'Université Paris 2 au Colloque international « L'information et le devenir de l'art »
- Participe avec une installation originale à l'exposition du ZKM et de l'AdK de Berlin « consacré à « Vilem Flusser et les arts »
- 2017
- Retrospective Fred Forest au Centre Pompidou[12]
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 Emmanuelle Jardonnet, « L’artiste Fred Forest annonce sa propre mort à 93 ans », Le Monde,
- 1 2 3 4 Joséphine Bindé, « Fred Forest, pionnier fantasque de l’art vidéo et du net art, est mort à 93 ans », Beaux Arts Magazine,
- 1 2 3 4 « Fred Forest, empêcheur de créer en rond », Le Monde,
- 1 2 « Darmau Frédéric. Art et sociologie/art sociologique », Raison présente via Persée, no 179, 3e trimestre 2011, p. 77-79 (DOI 10.3406/raipr.2011.4327, lire en ligne)
- ↑ « Disparition de Fred Forest, pionnier de l’art vidéo et agitateur », Le Journal des arts,
- ↑ « Ina THEQUE - Les fonds numérisés du CnC/Les fonds cinéma de l'Ina », sur www.inatheque.fr (consulté le )
- ↑ Présentation du colloque..
- ↑ Après avoir lancé, à son propre compte, l'année de la France au Brésil par une conférence de presse à Itau Cultural, à la suite du conflit qui l'oppose à Culturesfrance.
- ↑ Pour alimenter le débat sur le Web, il fera réaliser par Martin Lenclos un reportage multimédia de l'événement (ou Coverage3D) présentant un décor fictif dans lequel la galerie LE LAB se retrouve au beau milieu de Wall Street.
- 1 2 3 « Disparition «J’ai le plaisir de vous annoncer ma propre disparition» : l’artiste français Fred Forest est mort », Libération, .
- ↑ La rédaction, « « J’ai le plaisir de vous annoncer ma propre disparition » : Fred Forest, artiste et professeur émérite à l’université de Nice fait part de son décès à l’âge de 93 ans », Nice-Matin, (consulté le )
- ↑ « Fred Forest », sur centrepompidou.fr (consulté le )
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Art Sociologique-vidéo, 10/18, UGE, Paris, 1977
- Bourse de l'imaginaire, bourse du fait-divers. Expérience de presse conçue et présentée par Fred Forest, Centre Georges Pompidou/Éditions du Territoire, 1982, (ISBN 9782980012006)
- Pour un art actuel. L’art à l’heure d’Internet, éd. L'Harmattan, Paris, 1998
- Fonctionnements et dysfonctionnements de l’art contemporain : un procès pour l’exemple, éd. L'Harmattan, 2000
- Repenser l'art et son enseignement, éd. L'Harmattan
- De l'art vidéo au Net Art, éd. L'Harmattan, 2004 (ouvrage qui retrace les principales œuvres et actions de Fred Forest de 1967 à 2003)
- L'Œuvre-système invisible, éd. L'Harmattan, 2006
- Art et Internet, éd. Du Cercle d'Art, 2008 (ISBN 9782702208649)
- Une vie en 100 portraits, Éditions incognito, 2010 (ISBN 9782953354522)
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressource relative à la littérature :
- Ressource relative à la recherche :
- « Fred Forest » sur l'encyclopédie audiovisuelle de l'art contemporain
- (mul) Le Web Net Museum, dont Fred Forest est le fondateur, un musée-action qui présente des expositions en ligne et fonctionne comme un centre de recherche
- Site officiel de Fred Forest
- Traders Ball by Fred Forest mini site créé avec Martin Lenclos/Coverage 3D
- Blog de Fred Forest
- Il était une fois... mon ami Fred Forest ! par Gérard Diaconesco