Front Deutscher Äpfel

Le Front Deutscher Äpfel (FDÄ, en français : Front des pommes allemandes), souvent abrégé en Apfelfront (« Front des pommes »), est une organisation satirique allemande constituée à Leipzig en 2004. Il parodie des partis d'extrême droite, particulièrement le Parti national-démocrate d'Allemagne (NPD, Nationaldemokratische Partei Deutschlands), dont il reprend l'esthétique, le vocabulaire, les rituels et les structures, tout en appliquant leur discours nationaliste et xénophobe à l'arboriculture fruitière : c'est désormais la pureté du verger allemand qu'il s'agirait de défendre contre les fruits étrangers[1].

Front Deutscher Äpfel
Logo de l'organisation
Drapeau du Front Deutscher Äpfel
Situation
Type Organisation satirique
Siège Leipzig (Saxe, Allemagne)
Langue Allemand

Site web apfelfront.de

Né comme une intervention ponctuelle en marge d'une manifestation néonazie, le mouvement devient en une décennie une institution de la contre-culture antifasciste allemande, avec des sections locales dans plusieurs Länder, une déclinaison hongroise, des alliances avec le parti satirique Die PARTEI et un ouvrage de synthèse publié pour ses dix ans[2].

Contexte

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Le FDÄ naît en réaction directe à la percée électorale du NPD en Saxe. Lors des élections législatives régionales de 2004 en Saxe, le 19 septembre 2004, le NPD conduit par Holger Apfel obtient 9,2 % des voix et douze sièges au Landtag de Saxe, son meilleur résultat électoral. Le parti d'extrême droite dispose dès lors d'un groupe parlementaire régional important et d'une tribune publique durable. C'est dans ce climat, à Leipzig, qu'un petit groupe de jeunes gens décide de répondre non par la contre-manifestation classique, mais par la parodie[3].

Le nom de l'organisation est un jeu de mots sur le patronyme d'Holger Apfel (Apfel signifiant « pomme » en allemand), homme politique du NPD notamment connu pour ses positions révisionnistes concernant la Seconde Guerre mondiale[4],[1]. Holger Apfel préside le groupe NPD au Landtag de Saxe de 2004 à 2013, puis le parti au niveau fédéral de novembre 2011 à décembre 2013.

Autour de ce nom s'est développée toute une mythologie parodique. Les membres se saluent par un « Heil Boskop ! », du nom d'une variété de pomme très répandue en Allemagne, et l'idéologie du mouvement est baptisée « boskopisme ». Le site du mouvement évoque ainsi une « communauté populaire boskopiste » (boskopistische Volksgemeinschaft), détournant le concept nazi de Volksgemeinschaft[5].

Programme et rhétorique

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Revendications

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L'organisation se présente comme une « initiative nationale » dirigée contre l'envahissement étranger (Überfremdung, terme central du vocabulaire d'extrême droite) du patrimoine fruitier allemand, et contre les fruits tombés qui traînent au sol. Le jeu de mots repose sur l'adjectif allemand faul, qui signifie à la fois « paresseux » et « pourri » : les fruits tombés sont donc aussi bien des fainéants que des déchets, parodie transparente du discours sur les « parasites » sociaux[6].

Ses revendications centrales, calquées sur le programme anti-immigration de l'extrême droite, sont au nombre de trois[6] :

  1. mettre fin à l'« altération » des vergers allemands par la greffe d'espèces étrangères, parodie du discours sur le métissage ;
  2. fermer les frontières aux fruits exotiques, mot d'ordre résumé par le slogan « Grenzen dicht für Fremdobst! » (« Frontières fermées aux fruits étrangers ! ») ;
  3. éliminer les fruits tombés et pourris, qu'il s'agit de réduire en compote.

Détournement du discours du NPD

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Les slogans employés par le NPD, et notamment par Holger Apfel, comme « Grenzen dicht! » (« Fermez les frontières ! »), sont repris par le FDÄ de manière outrancière, mais détournés vers l'arboriculture et la transformation des fruits, afin de rendre ridicules les déclarations politiques d'origine et leurs auteurs[1]. Le procédé est celui de la sur-identification : plutôt que de contredire l'adversaire, le FDÄ pousse sa logique jusqu'à l'absurde.

Le mouvement pousse le mimétisme jusqu'à se présenter comme la seule véritable force nationale. Il refuse d'abandonner la défense de la pomme allemande contre les agrumes à des groupuscules qu'il qualifie de « pseudo-nationaux », comme le NPD ou l'Union populaire allemande (DVU), parodiant ainsi les querelles de légitimité qui divisent l'extrême droite allemande. Selon la taz, le mouvement annonçait aussi que les « traîtres », à savoir le « fruit tombé brun » du NPD, seraient livrés sans délai au pressoir[7].

Langage

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Le mouvement imite également les codes linguistiques de l'extrême droite allemande en ligne. À l'instar des sites nationalistes qui s'efforcent de n'employer que des mots d'origine allemande, la page d'accueil (Homepage) devient la Heimseite, le site web la Weltnetzseite (« page du réseau mondial ») et le forum de discussion le Brett (« tableau »). Les termes anglais étant parfaitement intégrés à l'allemand courant, ces équivalents forcés apparaissent xénophobes, ou au moins ridicules, dans un contexte informatique. Le site pousse la logique jusqu'à son bandeau de consentement, qui traduit les cookies par Kekse (« biscuits »)[8]. Son manifeste reprend par ailleurs la rhétorique de certains nationalistes, en annonçant une « crise des nations » et en appelant à un « réveil des peuples »[9],[10].

Organisation

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Structure

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En référence à l'organisation des partis d'extrême droite passés et actuels, le FDÄ se divise en sous-groupes :

  • une organisation de jeunesse, Nationales Frischobst Deutschland (NFD, Fruits frais nationaux d'Allemagne) ;
  • une organisation féminine, Bund weicher Birnen (BWB, Union des poires douces), dont le nom fait écho au Bund Deutscher Mädel du régime nazi ; Birne (« poire ») désigne familièrement la tête, et l'expression eine weiche Birne haben (« avoir une poire douce ») signifie « être tout à fait stupide » ;
  • de nombreuses sections locales appelées Gaue, en référence aux circonscriptions territoriales du parti nazi dirigées par des Gauleiter.

La direction du mouvement reprend elle aussi une terminologie empruntée au Troisième Reich : le fondateur est désigné comme le « Führer » de la Front, et Max Upravitelev y porte le titre de « ministre de la Propagande »[11].

Effectifs

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Selon la Sächsische Zeitung, le FDÄ compte 15 membres en juin 2005 et le NFD 25[12]. Le mouvement revendique lui-même plus de 500 membres, et davantage encore de sympathisants. En 2010, la taz indique qu'il est soutenu par 15 groupes locaux répartis dans toute l'Allemagne[7]. Le site officiel recense notamment des sections à Bamberg, en Franconie, à Halle, à Königs Wusterhausen, dans l'arrondissement du Pays-de-Nuremberg et en Saxe-Anhalt[13].

Histoire

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Fondation (2004)

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L'organisation est fondée à la suite de la campagne et des élections au Landtag de Saxe du 19 septembre 2004[3]. Son fondateur est Alf Thum. Le groupe réuni autour de lui ne se définit pas comme étant de gauche, mais comme « non-droite » (Nicht-Rechte), et ses membres se considèrent davantage comme des artistes cherchant à rompre avec le rituel convenu manifestation/contre-manifestation. Cette distance revendiquée vis-à-vis de la gauche militante est essentielle à la stratégie du mouvement : il ne s'agit pas d'opposer un camp à un autre, mais de retourner contre l'extrême droite ses propres codes.

Premières actions (2004-2008)

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Militants du FDÄ à Gräfenberg, le 18 août 2007.

Depuis sa fondation, l'organisation est présente lors de la plupart des grandes marches du NPD et des néonazis, notamment en Allemagne de l'Est. Sa première apparition a lieu le 3 octobre 2004, jour de la fête de l'Unité allemande, lors d'un rassemblement du NPD à Leipzig qui a finalement pu être empêché. Suivent notamment le 13 février à Dresde, la manifestation du 1er mai déclarée par le militant néonazi hambourgeois Christian Worch, le 1er octobre 2005 à Leipzig et le 8 mai 2005 à Berlin[3]. Les dates ne doivent rien au hasard : le 13 février correspond à l'anniversaire du bombardement de Dresde, instrumentalisé chaque année par l'extrême droite, et le 8 mai à la capitulation allemande de 1945.

Lors de la contre-manifestation du 1er mai 2006 à Leipzig, la presse remarque les militants à leur chant de ralliement, qui demande ce qui donne sa force à la jeunesse allemande pour répondre en chœur : « Apfelsaft! » (« du jus de pomme ! »)[3]. Le slogan donne plus tard son titre à un article du Spiegel[14].

Le FDÄ participe également aux festivals politiques pour la jeunesse organisés par le gouvernement fédéral, « Berlin 05 » et « Berlin 08 », et figure parmi les contre-manifestants opposés à la marche du NPD du 1er mai 2008 à Hambourg-Barmbek. Le 18 août 2007, le mouvement intervient sur la place du marché de Gräfenberg, en Haute-Franconie (Bavière), dans le cadre de la contre-manifestation « Gräfenberg ist bunt » (« Gräfenberg est multicolore »).

Par provocation, l'organisation invite publiquement les informateurs de l'Office fédéral de protection de la Constitution à infiltrer ses rangs, arguant qu'il s'agit d'une étape indispensable pour tout groupement nationaliste digne de ce nom, et la suite logique du fichage de ses brassards par les services de police. Cette demande parodie les nombreuses affaires d'infiltration du NPD par les services de renseignement, qui avaient notamment fait échouer une première procédure d'interdiction du parti devant la Cour constitutionnelle fédérale en 2003[réf. nécessaire].

Extension géographique

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Malgré les critiques et les fréquentes confusions avec de véritables militants d'extrême droite, le mouvement gagne en popularité et des sous-groupes locaux se forment. Une section importante apparaît dès août 2006 en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, en réaction à l'entrée du NPD au Landtag de ce Land. D'autres groupes suivent en Bavière, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dans le Brandebourg et en Hesse. L'expansion suit ainsi la carte électorale de l'extrême droite : chaque nouvelle implantation du NPD suscite une section locale du FDÄ[15].

Le CD « Rebellion am Obstmarkt » (2010)

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En 2010, le FDÄ produit un CD destiné à être distribué gratuitement dans les cours d'école, sur le modèle de ce que pratique alors le NPD, intitulé Rebellion am Obstmarkt (« Rébellion au marché aux fruits »). Le NPD distribuait en effet des CD de musique d'extrême droite aux abords des établissements scolaires pour recruter parmi les adolescents ; le FDÄ détourne exactement ce procédé[7].

Le disque rassemble 19 titres de différents groupes, dont une contribution de Sebastian Krumbiegel, chanteur des Prinzen. Tous les textes dénoncent la violence d'extrême droite. Les organisateurs, âgés de 19 à 21 ans, se sont associés aux associations Exit Deutschland, Kein Bock auf Nazis, Laut gegen Nazis et Gesicht zeigen!, ainsi qu'au musicien Tibor Sturm[7].

Le CD est volontairement conçu pour être confondu, au premier regard, avec un produit de l'extrême droite : ses couleurs, sa facture et sa typographie imitent un CD comparable du NPD. Le second regard doit inciter les élèves à accueillir avec esprit critique les « cadeaux » qu'on leur distribue. Les organisateurs justifient cette démarche par le fait que les néonazis sont devenus plus difficiles à identifier : ils s'emparent de thèmes sociaux, s'habillent en noir comme les antifascistes et se disent autonomes, ce qui séduit une partie de la jeunesse. La distribution est prévue pour la rentrée scolaire dans les différents Länder[7].

Alliance avec Die PARTEI et « Operation Bundestagswahl » (2013)

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Le FDÄ se déclare proche de Die PARTEI, le parti satirique dont le nom complet signifie « Parti pour le travail, l'État de droit, la protection des animaux, la promotion des élites et l'initiative démocratique de base », et appelle à le soutenir.

Lors des élections fédérales allemandes de 2013, le FDÄ s'allie avec Die PARTEI dans le cadre de l'« Operation Bundestagswahl » (en français : l'opération élection fédérale), durant laquelle ils organisent plusieurs manifestations contre l'extrême droite allemande[16],[17]. Dans la logique parodique du mouvement, c'est le « Führer » du FDÄ qui aurait lui-même ordonné la tenue du scrutin afin de démontrer au monde l'inutilité des élections pour une véritable communauté boskopiste ; ses militants reçoivent la consigne de voter pour Die PARTEI le 22 septembre 2013[18]. Le site annonce que cette décision est renouvelée conjointement par Max Upravitelev et Martin Sonneborn, fondateur de Die PARTEI[11].

Le 14 septembre 2013, le FDÄ appelle à participer au rassemblement « Karneval der Kulturen in Köpenick » (« Carnaval des cultures à Köpenick »), organisé par Die PARTEI, pour procéder avec la Front hongroise de l'ail à la « récolte définitive » du siège du NPD à Berlin[19]. Les initiales de l'événement, « KKK », renvoient au Ku Klux Klan, et le siège fédéral du NPD se trouvait alors dans le quartier berlinois de Köpenick[réf. nécessaire]. L'appel, adressé directement au NPD, lui reproche son « faux nationalisme » et présente le boskopisme comme la seule véritable « alternative pour l'Allemagne »[19], clin d'œil au parti Alternative pour l'Allemagne fondé quelques mois plus tôt.

Au soir de l'élection, le FDÄ annonce une victoire de Die PARTEI avec 99,82 % des voix, pastiche des scores des régimes autoritaires, et proclame dans la foulée l'« Operation Europawahl 2014 » en vue des élections européennes[17].

La « conférence COMPOST » (2013)

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Le 23 novembre 2013, le FDÄ organise à Schkeuditz, près de Leipzig, une « conférence COMPOST » consacrée à la famille, aux faits et aux « pommes de terre réfractaires à l'intégration ». Il s'agit d'une parodie de la conférence du magazine Compact, que le FDÄ présente comme une « contrefaçon »[20]. Le choix de la pomme de terre illustre l'humour du mouvement : ce tubercule d'origine sud-américaine, devenu symbole de la cuisine allemande, y est présenté comme un « étranger » mal intégré.

Dans son bilan de l'année 2013, le mouvement affirme avoir engagé, avec Die PARTEI et la Front hongroise de l'ail, le « processus de dissolution définitif » du NPD[5].

Déclinaison hongroise : la Front hongroise de l'ail

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En 2011 apparaît en Hongrie une organisation comparable, la Front hongroise de l'ail (Magyar Fokhagymafront). Elle est fondée par Ármin Langer, qui déclare s'être inspiré du groupe satirique de Leipzig. Selon lui, le groupe se moque de toute forme de fondamentalisme en exagérant le langage des partis politiques, pour montrer à quel point ils se ressemblent ; il a par exemple rejoué, lors de la fête nationale hongroise du 15 mars, les meetings qui auraient dû avoir lieu si une tempête de neige ne les avait empêchés[21].

Dès mars 2011, le FDÄ publie un message de salutations adressé à ses « camarades » hongrois, dont la lutte est décrite comme dirigée contre l'invasion de l'ail chinois, jugé « inférieur » et « étranger à l'espèce »[22]. Les deux mouvements collaborent activement depuis 2012[23], collaboration dont est notamment issu le collectif politico-artistique DADA Budapest[24]. Au printemps 2013, les militants hongrois accueillent le FDÄ sur la place des Héros de Budapest ; cette action donne lieu au film Sturm auf den Heldenplatz[5].

Le 9 octobre 2014, les deux Fronts manifestent ensemble à Leipzig « pour une Hongrie vraiment nationale », à l'occasion de la visite du président hongrois János Áder. Le discours prononcé ironise sur la Hongrie, présentée comme un « partenaire fiable de la cause nationale depuis 1941 », en référence à l'alliance du régime de Miklós Horthy avec le Troisième Reich, et sur le « bric-à-brac folklorique » du gouvernement de Viktor Orbán[25]. La date n'est pas neutre : le 9 octobre est à Leipzig l'anniversaire de la grande manifestation de 1989, étape décisive de la chute du régime est-allemand[réf. nécessaire]. Ármin Langer compte par ailleurs parmi les contributeurs de l'ouvrage consacré au FDÄ en 2014[26].

Financement participatif et ouvrage (2014)

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En 2014, le mouvement lance sur la plateforme Startnext une campagne de financement participatif baptisée, par jeu de mots, « Operation Krautfunding » ; les contributeurs peuvent obtenir en contrepartie des affiches sérigraphiées, des brassards ou des drapeaux[13]. La campagne contribue au financement du livre publié en novembre de la même année (voir plus bas).

Après 2014

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Le site du mouvement reste actif au moins jusqu'à la fin de l'année 2015 ; il annonce notamment une collaboration avec le magazine Klebstoff et invite ses lecteurs à lui adresser leurs « lettres de haine »[8]. La nature et l'ampleur de l'activité du FDÄ au-delà de cette période ne sont pas documentées par des sources secondaires.

Esthétique et tenue

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Discours d'un militant du FDÄ à Gräfenberg, le 18 août 2007.

Certains membres se présentent en costume noir, ce qui leur fait revendiquer le titre de « black bloc le mieux habillé, le plus fraîchement douché et le plus élégant de tous les temps ». Ils portent au bras gauche un brassard rouge frappé d'une pomme noire dans un cercle blanc, qui rappelle fortement le brassard à croix gammée de l'époque nazie[2]. Le drapeau du mouvement reprend les mêmes couleurs rouge, blanc et noir. Le reste de la mise en scène est à l'avenant : discours saccadés, attitude martiale et prétention à incarner la seule vraie « force nationale », le tout au service d'un contenu purement ironique[7].

Cette mise en scène constitue une réponse à l'appropriation par les militants d'extrême droite de codes et de vêtements issus de la gauche ou de l'anti-impérialisme, comme le keffieh ou les t-shirts à l'effigie de Che Guevara.

Stratégie et place dans la satire antifasciste

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Le FDÄ s'inscrit dans une tradition allemande d'usage de l'humour contre l'extrême droite, mais s'en distingue en imitant l'adversaire au plus près plutôt qu'en s'en moquant de l'extérieur. En 2011, le Spiegel consacre un dossier à ces initiatives, citant notamment les brassards à la pomme ; les chercheurs interrogés jugent la méthode efficace, tout en mettant en garde contre la tentation d'en surestimer les effets[1].

Le mouvement peut être rapproché d'autres projets européens d'activisme artistique contemporains, comme le projet suisse OLAF, lancé en 2010 pour subvertir la campagne de l'Union démocratique du centre sur l'initiative pour le renvoi des étrangers criminels, et qui a lui aussi vu certains sympathisants de la droite radicale prendre sa parodie au premier degré[27].

Réception et critiques

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Confusions

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Échange entre militants du FDÄ et forces de police à Gräfenberg, 2007.

Les apparitions du FDÄ provoquent fréquemment un trouble initial, les symboles et les drapeaux n'étant pas immédiatement identifiables comme parodiques[7]. Le 25 juillet 2006, la chaîne publique MDR illustre ainsi un article sur le NPD par une photographie de l'Apfelfront, légendée « Le NPD veut se défaire de son image de cogneurs » ; l'erreur est signalée et l'image retirée[réf. nécessaire]. Ce type de méprise illustre la loi de Poe, selon laquelle une parodie d'extrémisme est difficile à distinguer de l'original sans indication explicite. Sur les forums en ligne, des internautes continuent de se demander si les revendications du mouvement sont sérieuses, alors que l'outrance est évidente à y regarder de plus près.

Critiques

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Des critiques jugent ces actions contre-productives, estimant que certains participants se complaisent dans un « fascisme de costume » (Kostümfaschismus) et que les symboles fascistes finissent par l'emporter sur la parodie. Le mouvement répond que ses déguisements visent justement à montrer que les néonazis ne se reconnaissent plus nécessairement à leurs couleurs, symboles et tenues traditionnels, puisqu'ils imitent désormais jusqu'aux codes vestimentaires des autonomes, et qu'il s'agit d'attirer l'attention du public sur ces évolutions par l'irritation[7].

Réception dans l'extrême droite

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Selon l'hebdomadaire Jungle World, le terme « Apfelfront » est repris dans les milieux d'extrême droite eux-mêmes pour désigner, de manière péjorative, la ligne de « radicalité sérieuse » (seriöse Radikalität) que Holger Apfel tente d'imposer au NPD en tant que président du parti[28]. Le sobriquet inventé par les satiristes devient ainsi une arme dans les querelles internes du parti qu'ils parodient.

Postérité du personnage éponyme

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Holger Apfel démissionne de la présidence du NPD le 19 décembre 2013[29], puis quitte le parti et renonce à son mandat au Landtag de Saxe en janvier 2014[30]. Le FDÄ n'a pas manqué de s'approprier la trajectoire de son homonyme : quelques mois plus tôt, il raillait le NPD en affirmant qu'avoir choisi un président portant le nom du mouvement, « en signe de bonne volonté », ne suffisait pas[19]. Le NPD change par la suite de nom pour devenir Die Heimat en 2023[réf. nécessaire].

Ouvrage

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En novembre 2014, les éditions Fruehwerk publient le « livre du mouvement », dirigé par Max Upravitelev, membre de longue date du FDÄ[31]. L'ouvrage retrace la manière dont une intervention ponctuelle est devenue une institution dotée de ramifications internationales ; il se veut à la fois manuel documentaire, chronique du mouvement et guide pratique de la mise en scène satirique, et interroge le rapport entre politique et satire[2]. Y contribuent notamment Alain Bieber, Dieter Daniels, Veronika Darian, Leo Fischer, Ármin Langer, Martin Sonneborn et Alf Thum. Parmi les auteurs, Dieter Daniels est professeur d'histoire de l'art et de théorie des médias à la Hochschule für Grafik und Buchkunst Leipzig depuis 1993[26].

Distinctions

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  • 2008 : Disque d'or contre l'extrême droite (Goldene Schallplatte gegen Rechts), décerné dans le cadre du festival Berlin 08[32].
  • 2014 : nomination au prix en ligne CIVIS, prix européen des médias pour l'intégration[33].

Filmographie

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  • Boskopismus, de Witja Frank.
  • Sturm auf den Heldenplatz, de Tom Rodig, consacré à l'action de 2013 à Budapest.
  • Operation Buchdruck, signé du pseudonyme « Linni Riefenstáhl », clin d'œil à la cinéaste du régime nazi Leni Riefenstahl, consacré à la genèse du livre de 2014.

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 (de) Benjamin Schulz, « Humor gegen rechts. Quatsch mit brauner Soße », Spiegel Online,‎ (lire en ligne).
  2. 1 2 3 (de) « Front Deutscher Äpfel – Das Buch zur Bewegung », sur Fruehwerk Verlag (consulté le ).
  3. 1 2 3 4 (de) Florian Steglich, « Satire gegen Rechtsradikale: Ein Apfel für die Nazis », Spiegel Online – Unispiegel,‎ (lire en ligne).
  4. ↑ (en) « Dresden parliament in uproar at neo-Nazi outburst », The Guardian,‎ .
  5. 1 2 3 (de) « Die Front Deutscher Äpfel erklärt 2013 für beendet! », sur apfelfront.de (consulté le ).
  6. 1 2 (de) « Flieger der Front Deutscher Äpfel » [PDF], sur apfelfront.de (archive) (consulté le ).
  7. 1 2 3 4 5 6 7 8 (de) Andreas Speit, « „Front Deutscher Äpfel“: Parodie gegen rechts », Die Tageszeitung,‎ (lire en ligne).
  8. 1 2 (de) « Front Deutscher Äpfel – Nachrichten aus dem Führerhauptquartier », sur apfelfront.de (consulté le ).
  9. ↑ Site du FDÄ : The Front Manifesto (en), consulté le 21 décembre 2013.
  10. ↑ Site du FDÄ : Front Manifest (de), consulté le 21 décembre 2013.
  11. 1 2 (de) « Beiträge der Apfelfront (page 7) », sur apfelfront.de (consulté le ).
  12. ↑ (de) Sven Näbrich, « Verbunden mit der deutschen Rundfrucht », Sächsische Zeitung,‎ (lire en ligne).
  13. 1 2 (de) « Operation Krautfunding erfolgreich! », sur apfelfront.de, (consulté le ).
  14. ↑ (de) Kathrin Hedtke, « Neonazi-Parodie: Was gibt der deutschen Jugend Kraft? Apfelsaft, Apfelsaft! », Spiegel Online – Schulspiegel,‎ (lire en ligne).
  15. ↑ (de) Carlo Schindhelm, « Die Apfelfront in Bamberg », sur Deutschlandfunk, .
  16. ↑ Site du FDÄ : Operation Bundestagswahl: Erfolg steht bevor!, consulté le 20 décembre 2013.
  17. 1 2 (de) « Operation Bundestagswahl: PARTEI siegt! », sur apfelfront.de (consulté le ).
  18. ↑ (de) « Operation Bundestagswahl », sur apfelfront.de (consulté le ).
  19. 1 2 3 (de) « Operation Bundestagswahl: Heraus zur Erntezeit! », sur apfelfront.de (consulté le ).
  20. ↑ (de) « Beiträge der Apfelfront (page 6) », sur apfelfront.de (consulté le ).
  21. ↑ (de) « „Wir überspitzen die Sprache der Parteien“ », sur ostpol, (consulté le ).
  22. ↑ (de) « Grußwort der Front Deutscher Äpfel an die Front Ungarischen Knoblauchs », sur Magyar Fokhagymafront, (consulté le ).
  23. ↑ (de) Lisa Altmeier, « Proteste gegen Orbán: Ungarn verlässt der Widerstand », Zeit Online,‎ (lire en ligne).
  24. ↑ (de) « DADA in Budapest 2013 », sur brimboria.net.
  25. ↑ (de) « Knoblauch und Apfel, vereint für ein wahres Ungarn! », sur apfelfront.de, (consulté le ).
  26. 1 2 (de) « Front Deutscher Äpfel ([[International Standard Book Number|ISBN]] [[Spécial:Ouvrages de référence/978-3-941295-13-1|978-3-941295-13-1]]) », sur Lehmanns Media (consulté le ).
  27. ↑ (de) « Beissende Ironie: Wie Satiriker auf populistische Kampagnen reagieren », sur SRF Kulturplatz, .
  28. ↑ (de) « Von Anders zu Zschäpe. Wie Neonazis über die Mordserie des NSU diskutieren », Jungle World, no 47,‎ (lire en ligne).
  29. ↑ (de) Justus Bender, « NPD-Chef Holger Apfel tritt zurück », Frankfurter Allgemeine Zeitung,‎ (lire en ligne).
  30. ↑ (de) « Apfel tritt aus NPD aus », sur tagesschau.de.
  31. ↑ (de) Ralf Julke, « Zehn Jahre Chronik: Buch der Front Deutscher Äpfel », sur Leipziger Internet Zeitung, .
  32. ↑ (de) « NPD erfolgreich verappelt – Goldene Schallplatte gegen Rechts », sur webmoritz, .
  33. ↑ (de) « CIVIS Medienpreis für Integration: 25 Radio-, Fernseh- und Onlineprogramme nominiert », sur ARD, .

Bibliographie

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Liens externes

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