Frégate aigle-de-mer
Fregata aquila
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Aves |
| Ordre | Suliformes |
| Famille | Fregatidae |
| Genre | Fregata |
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VU D2 : Vulnérable
La Frégate aigle-de-mer (Fregata aquila) est une espèce d'oiseaux de la famille des Fregatidae, endémique de l'île de l'Ascension et de l'île Boatswainbird, dans l'Atlantique.
Elle se reproduisait historiquement sur l'île de l'Ascension, jusqu'à ce que l'occupation humaine de l'île à partir du XIXe siècle ne fasse chuter sa population, principalement à cause de la prédation par les chats domestiques importés. Jusqu'en 2012, elle ne se reproduisait plus que sur l'île Boatswainbird, un îlot à 250 m de là. Un programme de restauration écologique de l'île de l'Ascension, avec l'éradication des chats errants, permet à la Frégate aigle-de-mer de recoloniser l'île.
Description
modifierDimensions et plumage
modifierLa Frégate aigle-de-mer est un grand oiseau, avec des ailes longues et étroites et une queue fourchue. L'espèce présente un dimorphisme sexuel[1]. Chez le mâle, le plumage est globalement noir, avec des reflets iridescents, verts et violets, sur la tête et les plumes du manteau. Ses pattes, son bec et ses paupières sont noirs. Il possède un sac gulaire rouge vif, qu'il gonfle lors de la parade nuptiale[2],[1]. La femelle est noire ou brun foncé, avec des reflets roux sur le cou et la poitrine. Ses pattes sont rose ou corail, son bec et ses paupières sont bleu pâle[1]. Les juvéniles ont un plumage assez similaire à celui des femelles, avec la tête, le cou, la poitrine et l'abdomen blanc, et ont également les paupières et le bec bleu pâle[2],[1]. Le plumage du mâle, qui contient beaucoup de mélanine, est résistant à l'abrasion[3]. À l'inverse, le plumage des femelles et le premier plumage des juvéniles est plus fragile. L'abrasion cause souvent une ligne pâle à l'avant de l'aile, voire peut faire pâlir complètement le plumage des juvéniles[3].
Son bec est long, aiguisé, avec le bout crochu[1]. Les tarses sont courts et souvent cachés par les plumes, aussi bien au sol qu'en vol[1].
- Mâle adulte avec son poussin.
- Femelle adulte.
- Juvénile.
Espèces ressemblantes
modifierLe mâle adulte peut être très difficile à distinguer du mâle de la Frégate superbe (Fregata magnificens). La femelle, en revanche, est la seule de toutes les Frégates à ne pas avoir la tête blanche[2].
Distribution et habitat
modifierLa Frégate aigle-de-mer a une aire de répartition limitée à deux îles isolées de l'Atlantique : l'île de l'Ascension et l'île Boatswainbird, à environ 250 m au nord-est[2],[4]. À partir de 1815, début de l'occupation humaine de l'île de l'Ascension, elle disparaît localement à cause des chats domestiques (Felis catus) importés par les colons[5]. Pendant près de 200 ans, l'espèce reste limitée à une seule colonie, au sommet de Boatswainbird, un îlot rocheux de 3 hectares et 104 m au-dessus du niveau de la mer[5]. La Frégate aigle-de-mer recolonise l'île de l'Ascension depuis 2012[2].
Elle préfère les terrains légèrement inclinés, avec des promontoires et des creux où ses pattes peuvent s'accrocher, laissant les terrains trop plats au Fou brun (Sula leucogaster) et au Fou masqué (Sula dactylatra)[6]. L'île Boatswainbird est balayée par un vent constant, dont la Frégate aigle-de-mer a besoin pour voler. Elle est capable de s'envoler et se poser presque à la verticale et de manoeuvrer entre les rochers[6]. En revanche, par temps trop calme, elle peut avoir du mal à s'envoler[6].
Elle cherche généralement sa nourriture dans un rayon de 400 à 600 km autour de l'île de l'Ascension, bien que des suivis satellites aient permis d'enregistrer certains individus le long des côtes brésiliennes[2].
Écologie et comportement
modifierAlimentation
modifierLa Frégate aigle-de-mer est un oiseau marin qui se nourrit à la surface. Elle chasse principalement des poissons volants (Cypselurus, Hirundichthys (en), Exocoetus volitans), ainsi que des jeunes Tortues vertes (Chelonia mydas) venant d'éclore[2].
Reproduction
modifierComme d'autres espèces d'oiseaux tropicaux, la Frégate aigle-de-mer n'a pas une période de reproduction fixe et peut se reproduire toute l'année[4]. Cependant, le succès reproducteur est plus élevé à certaines périodes. En général, la reproduction commence à partir de mai, augmente graduellement jusqu'à atteindre un pic en octobre, puis décline pour être quasi-nulle entre janvier et février[7],[2]. Le mâle peut se reproduire chaque année, mais la femelle ne se reproduit que tous les deux ans[8].
Durant la parade nuptiale, le mâle gonfle son sac gulaire[2]. Le nid est très simple, généralement constitué de quelques matériaux rassemblés (surtout des os et des plumes), et ne laisse aucune trace au bout de quelques heures lorsqu'il n'est plus utilisé[1]. Le couple pond un seul œuf. Les échecs de couvées sont nombreux et le succès reproducteur est faible : seul 50% des couvées réussissent[2],[4]. Les oeufs sont couvés pendant 44 jours, puis les poussins, environ 50 jours après l'éclosion, peuvent se déplacer de quelques mètres autour du nid[5]. Ils prennent leur envol au bout de 180 jours[9].
Statut de conservation
modifierStatut et effectifs
modifierLa population totale est difficile à estimer et compte de nombreux individus non reproducteurs. Les estimations ont grandement varié depuis les années 1960 et certaines se sont montrées erronées par la suite[10]. Une étude de 2008, basée sur un recensement méthodique et des analyses statistiques, conclut que les estimations retenues dans les années 1980 et 1990 étaient largement inférieures à la réalité[10]. En 2018, l'UICN estime le nombre de femelles matures à un peu plus de 9000, en se basant sur des données du début des années 2000[2]. En extrapolant ces données, l'UICN estime qu'il pourrait y avoir entre 17 000 et 21 000 individus matures, pour une population totale de 25 000 à 32 000[2].
La Frégate aigle-de-mer est classée comme espèce vulnérable par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) depuis 2000. Elle était considérée comme menacée en 1988 et en danger critique de 1994 à 2000[2]. Ce statut était basé sur une sous-estimation de la population, qu'on pensait comprise entre 1 000 et 2 500 couples seulement contre plus de 10 000 oiseaux en 1963[10]. Des estimations réactualisées ont montré que l'espèce n'est pas en déclin, ce qui a permis de lui donner le statut vulnérable, justifié par sa population réduite et sa présence sur une très petite aire de répartition. Après l'éradication des chats errants de l'île de l'Ascension en 2006, l'oiseau a recolonisé cette île, où il avait largement décliné[2].
Menaces
modifierL'espèce a largement décliné à cause de la chasse et de la prédation par des espèces invasives, principalement le Rat noir (Rattus rattus) et les chats errants, causant sa disparition totale en tant qu'oiseau nicheur sur l'île de l'Ascension. Après le programme d'éradication des chats mené sur l'île de 2002 à 2006, l'oiseau a mis plusieurs années avant de s'y réinstaller. En 2012, deux premiers couples nicheurs y sont observés[2].
La Frégate aigle-de-mer pourrait être vulnérable aux captures accidentelles par des engins de pêche, bien que cela n'ait pas été documenté en détails[2],[10]. Des palangriers opèrent dans son aire de répartition, sans qu'on connaisse l'impact potentiel de ceux-ci sur l'espèce. La pêche intensive pourrait indirectement diminuer sa capacité à se nourrir, car la Frégate aigle-de-mer a besoin que des grands poissons prédateurs, comme le thon, fassent remonter les petits poissons dont elle se nourrit à la surface[10],[2].
L'espèce est hautement vulnérable aux événements stochastiques (comme des événements climatiques extrêmes) sur l'île de Boatswainbird, où elle se reproduit en majorité[2]. L'espèce dépend d'un très petit espace pour nicher, ce qui augmente la compétition pour les nids, mais cette compétition réduit le succès reproducteur[10]. Certains mâles seuls peuvent voler leurs nids à des couples installés. Une trop grande compétition peut pousser plus de couples à se reproduire à des périodes moins adaptées, notamment entre janvier et février, causant plus d'échecs des couvées[10].
Mesures de conservation
modifierL'île Boatswainbird est protégée en tant que sanctuaire pour l'avifaune[2].
Sur l'île de l'Ascension, une législation stricte encadre la stérilisation des chats domestiques et l'import de nouveaux chats afin de protéger la faune locale. En 2016, 50% de sa zone économique exclusive est transformé en sanctuaire marin, ce qui y interdit la pêche internationale[2].
La Frégate aigle-de-mer se laisse facilement approcher[1]. Lors d'une étude menée entre 1957 et 1959, les oiseaux se montraient peu farouches, mais s'éloignaient de leurs nids pendant 10 à 30 minutes après avoir été manipulés[1]. Les juvéniles sont curieux des humains, ils les observent et peuvent attraper leurs cheveux ou leurs chapeaux[11]. En 2008, lors d'un recensement des nids sur Boatswainbird, les scientifiques ont pu manipuler les oiseaux en train de couver sans qu'ils s'éloignent de leurs nids. Les poussins âgés d'au moins 50 jours commencent à se déplacer autour du nid, et les ornithologues peuvent alors leur insérer une puce électronique à l'arrière du cou afin de les identifier par la suite[5].
Taxonomie
modifierClassification
modifierSelon la classification de référence du Congrès ornithologique international (version 15.1)[12], basée sur une étude phylogénétique de 2022[13], la Frégate aigle-de-mer fait partie de la famille des Fregatidae et ne comprend pas de sous-espèce.
Elle est décrite par Carl von Linné en 1758[12].
Noms et étymologie
modifierSon nom binominal est Fregata aquila[12].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Stonehouse et Stonehouse 1963, p. 410.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 UICN, consulté le .
- 1 2 Stonehouse et Stonehouse 1963, p. 411.
- 1 2 3 Ratcliffe, Pelembe et White 2008, p. 300.
- 1 2 3 4 Ratcliffe, Pelembe et White 2008, p. 301.
- 1 2 3 Stonehouse et Stonehouse 1963, p. 409.
- ↑ Ratcliffe, Pelembe et White 2008, p. 303.
- ↑ Ratcliffe, Pelembe et White 2008, p. 301-302.
- ↑ Ratcliffe, Pelembe et White 2008, p. 302.
- 1 2 3 4 5 6 7 Ratcliffe, Pelembe et White 2008, p. 305.
- ↑ Stonehouse et Stonehouse 1963, p. 417.
- 1 2 3 Congrès ornithologique international, version 15.1.
- ↑ (en) Filipa M. S. Martins, Raquel Godinho et Luís Palma, « Cores, edges and beyond: insights into the phylogeography of frigatebirds with a focus on ultraperipheral and endemic populations », Conservation Genetics, vol. 23, , p. 1011-1025 (DOI 10.1007/s10592-022-01466-2).
Annexes
modifierBibliographie
modifier- (en) Norman Ratcliffe, Tara Pelembe et Richard White, « Resolving the population status of Ascension Frigatebird Fregata aquila using a ‘virtual ecologist’ model », Ibis, vol. 50, no 2, , p. 300-306 (DOI 10.1111/j.1474-919X.2007.00778.x).

- (en) Bernard Stonehouse et Sally Stonehouse, « The Frigate Bird Fregata aquila of Ascension Island », Ibis, vol. 103b, no 3, , p. 409-422 (DOI 10.1111/j.1474-919X.1963.tb06763.x)
Liens externes
modifier- (en) Congrès ornithologique international : Fregata aquila dans l'ordre Suliformes (consulté le )
- (fr + en) Avibase : Fregata aquila (+ répartition) (consulté le )
- (en) Zoonomen Nomenclature Resource (Alan P. Peterson) : Fregata aquila dans Suliformes
- (fr) CITES : taxon Fregata aquila (sur le site du ministère français de l'Écologie) (consulté le )
- (en) NCBI : Fregata aquila (taxons inclus)
- (en) UICN : espèce Fregata aquila (Linnaeus, 1758) (consulté le )