Fusain

branche de saule ou de fusain d'Europe carbonisée en vase clos, et utilisée en arts graphiques

Le fusain est une branche de saule ou de fusain d'Europe carbonisée en vase clos, destiné au dessin.

Bâtonnets de fusain naturel (saule).

Le fusain donne des traits et des aplats noirs d'une densité facile à moduler et qui s'effacent sans difficulté, ce qui en fait un instrument classique pour l'apprentissage et pour l'esquisse. Il permet un grand nombre de repentirs et de corrections. Le dessin au fusain se reporte, inversé, sur un support en contact avec le papier et s'estompe facilement. Ces facilités favorisent un ouvrage moins précis que le dessin au crayon, et qui se conserve mal, à moins qu'on l'ait fixé par une vaporisation de vernis[1].

Dessin au fusain

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Historique

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Dans l'art préhistorique, le trait de fusain délimite les contours d'une forme et l'estompe confère à la figure peinte des effets de mouvement et de relief[2]. Son usage à partir de branche de conifères remonte au moins à 36 000 ans, selon la datation effectuée à partir des dessins de la grotte Chauvet[3].

Si beaucoup d'artistes depuis la Renaissance ont utilisé le fusain (Léonard de Vinci, Verrocchio, Dürer, Pontormo), peu d'œuvres ont été préservées, hormis celles de Carrache, du Baroche, de Reni ou Dominiquin[réf. nécessaire]. Le mot fusain ou fusin, comme instrument de dessin, est attesté en français depuis 1704[4]. Les artistes le désignaient aussi sous le nom de charbon de Garais[5].

Cependant, pour Karl Robert, « l'essor du fusain remonte à 1847 ou 1848 (p. 8). »[6]. Cet usage n'est pas sans rapport avec le goût de l'époque pour le rendu des lumières[7]. Plus que les crayons, la pierre noire, la sanguine, en effet, le fusain se prète aux aplats et au rendu du modelé (p. 10).

Classiques (Prud'hon) et Romantiques (Delacroix, Goya) s'en servent pour leurs esquisses.

Les post-impressionnistes en font un usage plus approfondi, tels Degas, Redon et surtout Seurat, qui réalisa au fusain des dessins (série des 'Noirs') et de nombreuses études préparatoires à ses œuvres pointillistes, travaillant la composition par aplats de valeurs pour indiquer les volumes sans avoir recours à la ligne et analysant les jeux d’ombre et de lumière.

Auguste Allongé est un des maîtres du fusain au XIXe siècle. Il enseigne le dessin au fusain et publie en 1873 un traité qui fut traduit en plusieurs langues[8].

Technique

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Porte-mine de fusain.

Si l'outil initial consiste à utiliser du charbon de bois, sa conception évolue progressivement et semble déjà très codifiée selon le descriptif de Cennino Cennini : utiliser de petits rameaux de saule découpés en bâtonnets longs d'une paume et, après avoir été séchés, les placer dans une marmite scellée et le cuire à basse température pendant une nuit[9].

Friable et facile à effacer, il convient spécifiquement à tracer des esquisses, des études en vue de la composition de peintures[9]. C'est au fusain que les peintres tracent sur la toile le dessin destiné à recevoir la peinture. L'excès de poudre s'enlève d'un coup de chiffon et laisse un dessin léger dont la trace disparaitra sous la couleur. Les traces laissées par le fusain naturel peuvent être enlevées ou atténuées avec une gomme mie de pain, gomme la mieux adaptée, puisqu'elle n'étale pas le carbone très poudreux.

Il est depuis le XIXe siècle l'outil de dessin le plus simple et le plus courant car il est bon marché et permet d'obtenir des noirs très profonds, des tracés précis, fins ou au contraire très larges, selon la technique de l'artiste.

Conservation des dessins

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La marque du fusain sur le support est fugace, ce qui a l'avantage de permettre repentirs et corrections, mais oblige, pour conserver un dessin au fusain, à utiliser un fixatif, afin d'éviter que le carbone s'étale ou disparaisse, lorsqu'un objet touche le support. Autrefois, on enduisait l'envers du papier fixé sur un châssis avec un vernis fluide, qui fixait les particules de fusain en passant à travers le papier[10]. Il existe aujourd'hui des produits en bombe ou en flacons (à utiliser avec un petit vaporisateur à bouche). On peut utiliser de la laque pour cheveux mais, n'étant pas destinée à cet usage, elle peut entraîner des désagréments comme, à terme, le jaunissement de la feuille.

S'il n'est pas encadré, le dessin au fusain sur papier sera conservé entre deux feuilles de papier cristal.[réf. nécessaire]

L'effacement des traits est la cause principale de la perte d'un grand nombre d'œuvres réalisées avec cette technique. Le fusain, trempé dans de l'huile de lin pendant un certain temps, permet d'obtenir du fusain gras qui permet de fixer définitivement le tracé. Cette technique donne un résultat semblable au pastel à l'huile[9].

Fabrication du fusain

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Karl Hagemeister, Saule, v. 1911.

Le bois le plus utilisé aujourd'hui est le saule car il permet une grande variété de diamètres, une homogénéité de tendreté et une bonne densité de noirs. D'autres arbres peuvent servir : fusain d'Europe bien sûr, bouleau, épicéa (en Finlande), tilleul mais aussi noyer, figuier, prunier, myrte (en Grèce) ou romarin (en Italie) et buis.

Des imitations de fusain proviennent d'arbres divers : les branches plus épaisses sont coupées dans leur longueur pour imiter la taille de fusains. On reconnait un fusain naturel à l'anneau entourant son rond central (marque de son âge : un an)[réf. souhaitée].

Préparation

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Le dessinateur le fabriquait autrefois lui-même. La recette de Cennino Cennini est simple : lier les baguettes et les placer dans un pot fermé que l'on porte au four du boulanger[1].

Les procédés industriels sont similaires : il s'agit de fabriquer un charbon de bois par pyrolyse en chauffant sans apport d'oxygène.

Catégories

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Selon la partie de la branche dans laquelle il a été découpé, les bâtonnets peuvent être de différentes grosseurs/diamètres : fin ou mignonette (2-3 mm), moyen ou petit buisson (4-6 mm), gros ou moyen buisson (7-9 mm), très gros ou gros buisson (12-14 mm) jusqu'à géant pour la scénographie (16-24 mm).

Le fusain peut être plus ou moins tendre, selon le degré de cuisson. Comme pour le crayon mine, dur, il laisse moins de trace, mais peut marquer le papier, et à l'opposé, tendre, il le noircit.

Fusain compressé

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Il existe également du fusain compressé ou comprimé : plus dur, il se compose de poudre de fusain mélangée à un liant. Il est plus difficile à effacer. Il se trouve soit en bâtons, soit dans des crayons-fusains.

Annexes

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Le mot « fusain »

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Le mot « fusain » (XIIe XXIe siècle), dont une variante passée est « fusin » (XVIIIe XIXe siècle), est tiré du latin fusago, fusaginis[11].

Calendrier républicain français

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Le poète Fabre d'Églantine avait prévu, parmi les noms remplaçant le saint catholique du jour, dans le calendrier usuel, celui de Fusain pour le 26e jour du mois de floréal, correspondant au du calendrier grégorien pour les années non bissextiles[12].

Bibliographie

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Sur les autres projets Wikimedia :

  • Karl Robert, Le fusain sans maître, Paris, (lire en ligne)
    Ouvrage dédicacé à Allongé, maître de l'auteur, qui explique que la plupart des ouvrages sur le fusain sont incomplets « ou envisageant le sujet au point de vue de la manière de faire d'un seul artiste, qui en est l'auteur, manquent souvent des explications les plus simples, et qu'on croit toujours y trouver ; ce qui tient, selon nous, non au défaut de savoir de l'auteur, mais bien au contraire à ce qu'étant artiste, et passé maître, il ne se rend pas compte des difficultés qu'éprouvent les commençants», critique implicite à l'ouvrage d'Allongé paru l'année précédente.

Notes et références

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  1. 1 2 André Béguin, Dictionnaire technique du dessin, MYG, , 2e éd., p. 252
  2. Henri Delporte, L'image des animaux dans l'art préhistorique, Picard, , p. 168-170.
  3. Franck Daninos, « Noir - De la couleur à la matière », Sciences et Avenir - La Recherche, no 927, , p. 44
  4. Comme instrument propre à marquer une peinture sans l'abîmer en vue de la copie par mise au carreau, dans Claude Boutet, Traité de mignature, Paris, , 3e éd. (lire en ligne), p. 4.
  5. Thomas Corneille, « Charbon », dans Le Dictionnaire des arts et des sciences de M. D. C. de l'Académie françoise, t. 1, Paris, (lire en ligne).
  6. Citant p. 33 Maxime Lalanne, Le fusain, Paris, Berville, , 30 p., réédité en 1875.
  7. Pierre Pinchon, La lumière dans les arts européens 1800-1900, Paris, Hazan, .
  8. Auguste Allongé, Le fusain, Paris, Meusnier, , réédité chez Laurens en 1891 et 1907.
  9. 1 2 3 Antonella Fuga, Techniques et matériaux des arts, Hazan, (ISBN 978-2-7541-1004-4, lire en ligne), p. 12-14
  10. Robert 1874, p. 44.
  11. fusain (fusago), sur Le Trésor de la Langue Française Informatisé
  12. Ph. Fr. Na. Fabre d'Églantine, Rapport fait à la Convention nationale dans la séance du 3 du second mois de la seconde année de la République Française, p. 26.