Félix Douay

général français

Félix Douay, de son nom complet Félix-Charles Douay, né le 14 août 1816 à Paris et mort le 4 mai 1879 dans la même ville, est un général de division français.

Félix Charles Douay
Le général Félix Douay entre 1859 et 1864
Fonctions
Commandant (en)
6e corps d'armée
-
poste créé (d)
Commandant (en)
7e corps d'armée
-
Commandant (en)
50e régiment d'infanterie
-
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Félix-Charles DouayVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Allégeances
Activités
Période d'activité
Fratrie
Parentèle
Autres informations
Grade militaire
Conflits
Lieu de détention
Distinctions

Engagé à seize ans dans la marine comme simple soldat, il sert aux Antilles, puis en Algérie, à Rome, en Crimée, en Italie et au Mexique, où il commande une division du corps expéditionnaire et critique vivement le commandement du maréchal Bazaine. Aide de camp de Napoléon III, il commande le 7e corps d'armée pendant la guerre franco-allemande de 1870 et est fait prisonnier à Sedan. En 1871, à la tête du 4e corps de l'armée versaillaise, il est le premier à entrer dans Paris lors de la répression de la Commune de Paris. De 1873 à 1879, il commande le 6e corps d'armée à Châlons-sur-Marne. Il est grand-croix de la Légion d'honneur.

Il est le frère cadet du général Abel Douay (1809-1870) et le neveu du colonel Charles d'Autane (1787-1830).

Biographie

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Origines et famille

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Naissance et parents

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Félix-Charles Douay naît le 14 août 1816, rue de Sèvres, dans l'ancien 10e arrondissement de Paris[1],[2],[note 1].

Son père, Charles-Louis-Barthélemy Douay, est né le 23 août 1772 à Amiens, dans une famille d'artisans. Soldat au régiment de Barrois de 1790 à 1792, puis engagé aux volontaires de la Somme en 1793, il gagne l'épaulette en Vendée, où il est blessé et cité. Il passe ensuite presque toute la période du Consulat et de l'Empire à l'armée d'Italie, où il devient chef de bataillon, et prend part en 1815 au blocus de Sélestat[3]. À la naissance de Félix, il est chef de bataillon, major de la légion des Basses-Alpes, chevalier de Saint-Louis et officier de la Légion d'honneur[1]. Resté au service sous la Restauration, il prend sa retraite en 1834[3]. Veuf, il meurt le 16 juin 1856 à son domicile parisien, 6 rue Oudinot[4].

Sa mère, Alix-Charlotte d'Autane[note 2], est la fille de Jean-Charles-François d'Autane, seigneur d'Allons et officier des grenadiers royaux, émigré en Piémont en 1791, et d'Abel-Jeanne-Marie-Magdelaine de Bardonenche[5], nièce d'Antoine-René de Bardonenche (1721-1783), évêque de Vence[6],[7],[8] ; c'est « une Provençale, fille d'émigrés »[3]. Elle épouse Charles-Louis-Barthélemy Douay à Vérone, pendant le séjour de celui-ci en Italie ; le mariage est ménagé par une noble dame de la ville, la comtesse Mosconi[9],[3]. Elle meurt à Paris en juillet 1826 et est inhumée le 20 juillet au cimetière du Montparnasse, dans la concession perpétuelle acquise à cette occasion, où son fils Félix sera lui-même enterré[10],[note 3] ; son mari occupe alors un emploi sédentaire à Paris[2].

Frères et sœur

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Il a au moins une sœur et deux frères, tous plus âgés que lui[3],[2] :

Par sa mère, il est le neveu du colonel Charles d'Autane (1787-1830), tué à Toulon en 1830 par l'un de ses sergents[15].

Mariage et descendance

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Le 5 mars 1859, à Paris, il épouse Élisa Lebreton, fille du général Eugène Casimir Lebreton (1791-1876), député d'Eure-et-Loir et questeur de la Chambre des députés[16],[17]. Née à Paris le 18 août 1834, elle a été l'une des correspondantes d'Alfred de Vigny[18].

Ils ont une fille, Félicie-Élisa, née à Paris le 29 novembre 1860[19] et morte en 1952[20]. Le 10 juin 1885, à la mairie du 8e arrondissement de Paris, et le lendemain, religieusement, à la nonciature apostolique[21], elle épouse Charles Walewski (1848-1916), alors capitaine au 76e régiment d'infanterie de ligne[19],[20], fils du comte Walewski, ministre des Affaires étrangères de Napoléon III ; diplomate, puis officier de la Légion étrangère et de l'infanterie, il est un temps officier d'ordonnance du maréchal de Mac Mahon[16]. Ils n'ont pas d'enfants[20].

Débuts dans la marine et aux Antilles (1832-1843)

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À seize ans, il s'engage dans la marine, comme simple soldat[12],[22] : volontaire à la 2e division des équipages de ligne le 16 décembre 1832, il est fourrier en 1834, puis passe dans les régiments de la marine en 1835[14]. Il sert en 1833 à bord du vaisseau Orion, puis, de juillet 1834 à juillet 1835, à bord du brick Le Lutin[23].

Affecté au 1er régiment de la marine en novembre 1835, il sert en Martinique jusqu'en janvier 1837, puis en Guadeloupe jusqu'en août 1843[23], où il rejoint son frère Abel[12]. Sergent-major en 1837, adjudant en 1838, il est promu sous-lieutenant le 10 octobre 1838, passe au 1er régiment d'infanterie de marine en 1839 et devient lieutenant le 8 octobre 1840[14]. Par ordonnance royale du 3 janvier 1843, il est promu au choix, hors tour, capitaine adjudant-major au 1er régiment d'infanterie de marine[24], en garnison à Brest[25],[1],[note 4].

Algérie et Rome (1843-1853)

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Passé dans l'infanterie de ligne, il est affecté comme capitaine au 32e régiment d'infanterie de ligne le 8 février 1845[1],[note 5] et sert en Algérie de mars 1845 à juin 1848[1],[23].

En 1849, capitaine de voltigeurs au 32e de ligne, il prend part à l'expédition de Rome[26],[27]. Pendant le siège, après l'assaut de la villa Pamphili, il tue en combat singulier un officier garibaldien qui défendait sa batterie[28],[29]. Lors de l'assaut du 30 juin, sa compagnie, en tête de l'attaque, escalade le mur d'Aurélien et pousse jusqu'aux abords de la villa Spada, quartier général de Garibaldi[27] ; il y reçoit un coup de baïonnette à l'avant-bras gauche et une légère blessure au bras[1],[23]. Il est promu chef de bataillon au 22e régiment d'infanterie légère le 26 juillet 1849, puis passe au 68e régiment de ligne le 20 janvier 1850[14].

Il sert de nouveau en Algérie de 1850 à 1853[23]. Chef de bataillon au 68e de ligne, il est fait chevalier de la Légion d'honneur par décret du 10 décembre 1851, au titre de l'armée d'Afrique ; il compte alors dix-neuf ans de service, dix-neuf campagnes et deux blessures[16],[30].

Guerre de Crimée (1853-1856)

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Portrait du général Félix Douay entre 1855 et 1859

Nommé lieutenant-colonel le 14 janvier 1853 au 20e régiment de ligne, alors stationné en Algérie dans la division de Constantine et commandé par le colonel de Failly[31], il passe au 2e régiment de voltigeurs de la Garde impériale le 6 mai 1854[14]. Il sert à l'armée d'Orient d'avril à juin 1854, puis d'avril à décembre 1855[1],[23]. Cité à l'ordre du jour de l'armée le 28 mai 1855 pour sa conduite dans les combats de nuit du 22 au 24 mai devant Sébastopol, il est nommé colonel du 50e régiment de ligne par décret du 26 juin 1855, en remplacement du colonel Raguet de Brancion, tué à l'ennemi[32], puis colonel du 2e voltigeurs de la Garde le 11 août[14],[23]. Cité de nouveau à l'ordre général de l'armée le 17 août 1855 pour sa « conduite particulièrement brillante » au combat de la Tchernaïa, la veille[23], il est promu officier de la Légion d'honneur le 22 août 1855[16]. Lors de l'assaut de Malakoff, le 8 septembre, il intervient à la tête d'un bataillon de voltigeurs de la Garde, sous les ordres du général de Failly[33],[34]. En janvier 1856, avec d'autres généraux et officiers de l'armée de Crimée, il est nommé compagnon honoraire de l'ordre du Bain par le gouvernement britannique[35],[36] ; les insignes leur sont remis lors d'une cérémonie à l'hôtel de l'ambassade britannique à Paris[36]. Un décret impérial du 26 avril 1856 l'autorise à accepter et à porter cette décoration, de 3e classe[16],[37].

Campagne d'Italie (1859)

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Dernier et victorieux assaut français sur le château de Solférino (Carlo Bossoli), 1864.

Pendant la campagne d'Italie, le 3 juin 1859, veille de la bataille de Magenta, il tient avec deux bataillons de son régiment le pont de Paragnana, au sud de Turbigo, et repousse un bataillon autrichien qui tente de le surprendre[38],[39] ; il combat le lendemain à Magenta[26],[40]. Promu général de brigade le 10 juin 1859, il commande à partir du 16 juin la 1re brigade de la 2e division (Ladmirault) du 1er corps[14]. Le 24 juin, à Solférino, il mène la colonne de droite de la division et pénètre, après un violent combat, dans le village même de Solférino, de concert avec la division Bazaine[41],[42] ; légèrement blessé à la cuisse, il a deux chevaux tués sous lui[1],[23]. Son beau-père, le général Lebreton, le recherche alors parmi les blessés[43]. Son frère Gustave-Paul est tué dans la même bataille[13]. Il est fait commandeur de la Légion d'honneur par décret du 15 juillet 1859, le même jour que son frère Abel[16],[44].

Inspecteur général du tir (1859-1862)

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De retour en France, il est nommé par décision impériale du 17 août 1859 au commandement de la subdivision de la Somme, à Amiens, ville natale de son père[45]. Il commande ensuite la 2e brigade de la 3e division d'infanterie du camp de Châlons en 1860, avant d'être nommé, par décision du 2 octobre 1860, inspecteur général du tir, un emploi de nouvelle création[14],[46]. À ce titre, il ouvre le 1er avril 1861 les cours de l'École normale du tir de Vincennes, destinée aux officiers d'infanterie de l'armée de terre et de la marine[47]. Il passe pour un spécialiste de l'armement et des feux de l'infanterie[26],[27],[48].

Expédition du Mexique (1862-1867)

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Expédition française au Mexique

Arrivée et siège de Puebla (1862-1863)

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Nommé le 15 mars 1862 au commandement d'une brigade du corps expéditionnaire du Mexique[14], avec les fonctions de commandant en second, il arrive au Mexique le 16 mai 1862, au moment où le général de Lorencez se replie de Puebla sur Orizaba[49]. Le 10 novembre 1862, il reçoit le commandement provisoire de la 2e division d'infanterie ; il est promu général de division dans ce même commandement le 14 janvier 1863[14]. Le général Forey a alors pour divisionnaires Douay et Bazaine[50]. Douay occupe Amozoc lors de la marche sur Puebla, en mars 1863[51]. Avec Bazaine, il pousse Forey à attaquer la ville sans attendre, mais celui-ci choisit d'en faire le siège en règle[50]. Le 18 avril 1863, Forey lui confie la direction des attaques[52] ; le 25 avril, il lance l'assaut contre le pâté de maisons de Santa Inés, puis l'arrête et fait reprendre le feu de l'artillerie[53],[54],[55].

Opérations dans l'intérieur et le Nord (1863-1867)

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À la fin de 1863, sa division marche de Toluca sur Querétaro, puis il poursuit pendant trois jours les troupes du général José López Uraga (en)[56]. Au début de 1864, Bazaine, quittant Guadalajara, lui confie le commandement supérieur de la région nouvellement occupée[57]. Douay occupe Zacatecas le 6 février, puis arrive le 25 février à Guadalajara[58]. Élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur le 13 mars 1864[16], il part le 15 octobre de Guadalajara vers le sud, contre les troupes d'Uraga et d'Arteaga, et gagne Colima, puis Morelia[59]. Le 25 décembre 1864, il est cité à l'ordre général du corps expéditionnaire pour « l'habileté dont il a fait preuve dans la conduite des opérations de la campagne du Sud contre les troupes du général Ortéaga »[1],[23].

Malade, il rentre momentanément en France au début de 1865 avec un congé de convalescence[60],[61] et revient au Mexique en juillet[61]. Le 1er juillet 1865, il prend le commandement de la 1re division d'infanterie du corps expéditionnaire[14] et le premier des grands commandements territoriaux, dont le chef-lieu est San Luis Potosí[62]. Il est en outre inspecteur général de l'infanterie au Mexique en 1865 et 1866[23]. À San Luis Potosí, il reçoit le général confédéré Joseph O. Shelby, réfugié au Mexique avec ses hommes après la guerre de Sécession, qui lui propose de lever un corps de volontaires américains au service de Maximilien ; Douay transmet l'offre à Mexico[63]. Le 15 février 1866, il porte son quartier général à Matehuala[64] ; au milieu de l'année, il se trouve à Saltillo, capitale du Coahuila, et sa division fait alors tampon entre les États-Unis et les insurgés mexicains[65]. En octobre 1866, il poursuit la cavalerie républicaine au-delà de Matehuala[66].

Conflit avec Bazaine

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Dès l'arrivée de Douay au Mexique, le général de Lorencez, violemment critiqué par des correspondances que reproduit la presse française, est persuadé, « à tort ou à raison », que la plus hostile émane de Douay[67].

Dès 1864, un officier de l'état-major note que « depuis longtemps le général Douay et le général en chef sont en contradiction »[68]. Plus ancien divisionnaire du corps expéditionnaire et successeur éventuel de Bazaine, il mène contre le maréchal une campagne très vive, par la parole et par l'écrit, et envoie à Paris des correspondances qui ne le ménagent guère[69]. Une partie de ces lettres, retrouvée après 1870 dans les papiers de l'Empereur, est publiée en 1872[70],[note 6]. Le 16 février 1866, il écrit ainsi que « Son Excellence se carre dans ses vastes projets qui sont le sublime de l'absurde »[71] ; le 27 novembre 1866, il accuse le maréchal de sacrifier « l'honneur du pays et le salut de ses troupes dans d'ignobles tripotages »[71],[69],[72],[note 7]. Peu après, en recevant une lettre du ministre de France, Alphonse Dano, mentionnant une somme de 8 000 piastres à la destination inconnue, il insinue qu'elle est « personnelle au Maréchal », qui le relève vertement[69]. Les historiens sont partagés sur ces accusations : la publication ultérieure de la correspondance confidentielle de Napoléon III et du maréchal Randon a servi à les contester[69], tandis que d'autres y voient la preuve d'une méfiance justifiée envers Bazaine[71].

Douay quitte le Mexique au début de 1867[72] et rentre en France le 24 mars[23].

Aide de camp de l'Empereur (1867-1870)

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Il commande la 4e division du camp de Châlons à partir d'avril 1867, puis, le 16 août 1867, la 1re division d'infanterie du 1er corps d'armée, à Paris[23]. Reconstituée le 15 septembre 1867, cette division comprend la brigade Aymard (18e bataillon de chasseurs à pied, 51e et 62e régiments d'infanterie) et la brigade Clinchant (81e et 95e régiments)[73]. Par décret du 4 avril 1868, rendu sur la proposition du ministre de la Maison de l'Empereur, il est nommé aide de camp de l'empereur Napoléon III[74], tout en conservant ce commandement. En 1869, ces troupes tiennent garnison à la caserne de Babylone, à la caserne Napoléon et dans les forts de Vanves, de Montrouge, d'Ivry et de Bicêtre ; le quartier général de la division est rue de Babylone[75]. Chaque année de 1867 à 1870, il est aussi inspecteur général d'infanterie[23]. L'Empereur apprécie particulièrement son caractère et ses capacités militaires, et sa correspondance privée lui est souvent soumise[76].

Guerre franco-allemande (1870-1871)

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De Belfort à Sedan

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Le 17 juillet 1870, il reçoit le commandement du 7e corps de l'armée du Rhin[23], le dernier formé, qui se réunit autour de Belfort[77],[78]. La presse voit alors en lui « un des plus brillans divisionnaires de l'armée du Mexique »[79], « un soldat de fortune » entré « dans la carrière le sac sur le dos »[26]. Après la défaite de Wissembourg, où est tué son frère Abel, il envoie une partie de ses troupes au maréchal de Mac Mahon, menacé à Wœrth par le prince royal de Prusse : seule la division Conseil-Dumesnil arrive à temps pour prendre part à la bataille de Frœschwiller-Wœrth, le 6 août[77],[80],[81].

Estampe anonyme représentant les chefs de l'armée de 1870 avec Félix Douay (à droite au milieu)

Concentré à Mulhouse, le reste du corps reçoit le 7 août l'ordre de couvrir Belfort ; Douay se replie aussitôt, et la fausse nouvelle d'un passage du Rhin par l'ennemi provoque une véritable panique dans les colonnes, réunies le lendemain autour de Belfort[82],[83]. Ce repli, exécuté « avec une hâte excessive », est considéré comme « son heure de faiblesse »[83],[84].

Le 7e corps rejoint ensuite, par Reims, l'armée de Châlons, qui marche vers la Meuse[77],[78]. Le 29 août, Douay modifie l'itinéraire fixé par Mac Mahon et fait camper ses troupes à Oches, décision qui ralentit sa marche et que les historiens militaires tiennent pour une faute lourde de conséquences[85],[86]. Le 30 août, pendant la bataille de Beaumont, la division Conseil-Dumesnil est surprise en marche par les Bavarois ; le 7e corps, qui n'intervient que fortuitement dans la bataille, passe la Meuse en aval, à Remilly, dans la nuit, et atteint Sedan le 31 août vers cinq heures du matin[87],[88].

Sedan et captivité

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À Sedan, ses trois divisions occupent le plateau qui s'étend de Floing au calvaire d'Illy, où Douay fait élever des épaulements pour ses batteries et creuser des tranchées-abris[89],[90]. Au maréchal, qui refuse de « s'enfermer dans des lignes » afin de rester libre de manœuvrer, il objecte que l'ennemi ne lui en laissera pas le temps[89],[91]. Le 1er septembre, pendant la bataille de Sedan, le 7e corps reste d'abord inactif ; vers midi et demi, Douay s'aperçoit que le 1er corps a abandonné le Calvaire d'Illy, mais la position, réoccupée, est définitivement perdue vers deux heures[92],[90]. Chargé par le général de Wimpffen de couvrir une tentative de percée vers Carignan, il répond qu'il ne peut plus que se retirer « sans déroute » du champ de bataille[93],[90]. Plus ancien divisionnaire présent, il signe le 2 septembre le procès-verbal du conseil de guerre qui précède la capitulation[94],[95]. Wimpffen estime qu'il « a tenu ses positions avec intelligence, sans conviction d'un résultat favorable »[96].

Il rend compte de la bataille dans un rapport daté du 3 septembre[90], et dépose plus tard devant le conseil d'enquête sur les capitulations[91], puis, en février 1875, devant la cour d'assises de la Seine, au procès intenté par Wimpffen au journaliste Paul de Cassagnac[97]. Prisonnier de guerre le 2 septembre 1870, il est interné à Coblence[98],[99] et rentre de captivité le 20 mars 1871[23].

Commune de Paris (1871)

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Il se met à la disposition de Thiers au moment de l'insurrection du 18 mars[77]. Le 20 avril 1871, il prend le commandement du 5e corps de l'armée de Versailles, puis, le 24 avril, celui du 4e corps[1],[23], formé des divisions Berthaut et L'Hérillier et chargé des attaques de la rive droite, face au Point-du-Jour et à Auteuil[100],[101]. Le 21 mai, renseigné par un civil, Ducatel, il avertit le maréchal de Mac Mahon ; ses troupes, précédées de deux compagnies du 37e de ligne, entrent les premières dans Paris par la porte de Saint-Cloud, au début de la Semaine sanglante[101],[100],[77],[102].

Dans les jours suivants, le 4e corps occupe le palais de l'Industrie et l'Élysée, prend la caserne de la Pépinière, l'église Saint-Augustin, la mairie du 9e arrondissement, l'Opéra, la rue Royale et la Madeleine[103] ; la division Berthaut s'empare du Palais-Royal et se porte sur les Tuileries et le Louvre « pour préserver des flammes les richesses artistiques » du musée[104]. Le corps atteint ensuite les boulevards du Temple et Beaumarchais et bombarde, depuis la Bastille, la mairie du 11e arrondissement[105]. Pour le général du Barail, les exécutions sommaires sont alors particulièrement nombreuses « dans la sphère d'action du 4e corps » et du 2e[106], tandis que l'écrivain Maxime Du Camp, hostile à la Commune, estime qu'il fut « un

des mieux méritants de cette longue bataille »[107]. Après les combats, Paris est partagé en quatre commandements militaires, dont l'un lui revient[108] ; à ce titre, il fait afficher fin mai et début juin 1871 les ordres de remise des armes par les habitants et d'interdiction de la vente du pétrole[109].

Commandement du 4e corps (1871-1873)

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Élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur le 18 juillet 1871, il en reçoit les insignes le 21 août des mains du maréc

hal Mac Mahon, devant les troupes assemblées à Villeneuve-l'Étang, où campe le 4e corps[1],[110]. En septembre 1871, autorisé par le gouvernement à se rendre en Angleterre pour affaires de famille, il rend visite à l'ancien empereur Napoléon III, en exil ; la démarche, très commentée dans la presse, fait courir le bruit d'une conspiration bonapartiste[77],[111]. À partir de 1872, il préside à Vincennes la commission chargée d'expérimenter de nouveaux modèles de fusil[112], qui retient finalement celui de l'ingénieur belge Beaumont et celui du capitaine Gras[113].

En février 1872, il est le témoin du prince Georges Bibesco, son ancien aide de camp, dans le duel à l'épée qui oppose celui-ci au colonel prince Paul de Bauffremont[114],[115]. En mars, Bauffremont, qui s'estime offensé par une lettre du général publiée dans une brochure de Bibesco, lui envoie à son tour ses témoins[116],[117] ; Douay est représenté notamment par l'escrimeur Alphonse Féry d'Esclands[117],[118]. Aucune rencontre n'est rapportée, et Bauffremont affirme en juillet que le général a refusé de se battre[119],[note 8].

Commandement du 6e corps et inspection (1873-1879)

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Membre du Comité de défense à partir du 11 juin 1873, il reçoit le 28 septembre 1873 le commandement du 6e corps d'armée, à Châlons-sur-Marne, auquel s'ajoute le 16 août 1874 celui de la 4e (puis 6e) division militaire[23],[note 9]. Au camp de Châlons, il fait conduire des expériences qui démontrent « l'énorme efficacité des feux de l'infanterie »[120] ; c'est sur sa proposition que des officiers supérieurs d'infanterie y sont envoyés pour les suivre[121].

Le général Félix Douay, gravure de Richard Brend'amour (1831-1915), publiée en 1895-1896.

Son ralliement à la République passe pour tiède, et son nom est associé au complot militaire présumé de 1877[122]. En janvier 1879, le ministre de la Guerre, le général Gresley, veut retirer leur commandement à plusieurs commandants de corps d'armée ; le maréchal de Mac Mahon, président de la République, refuse, puis démissionne. Par décret du 11 février 1879, signé par son successeur, Jules Grévy, Douay est mis en disponibilité, comme le duc d'Aumale et les généraux Deligny, Montaudon, Bataille, du Barail et Bourbaki ; le général Clinchant le remplace au 6e corps[122],[123]. Le même jour, il est nommé inspecteur général de corps d'armée[23]. Son inspection couvre les trois premières régions militaires[124].

Mort et obsèques (1879)

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Son épouse meurt à Paris le 11 avril 1879[18]. Atteint depuis deux mois d'une maladie que l'on attribue à sa campagne du Mexique et qui lui cause de violentes douleurs néphrétiques[120],[34],[121], Félix Douay meurt le 4 mai suivant, au 19 rue Oudinot[125], dans la maison de santé des frères de Saint-Jean-de-Dieu, où il était alité depuis quelque temps[23],[126],[note 10].

Par autorisation exceptionnelle, son corps est exposé en chapelle ardente dans la maison de santé[127]. Ses obsèques sont célébrées le mercredi 7 mai 1879 en l'église Saint-François-Xavier, en présence d'un représentant du président de la République, du ministre de la Guerre, le général Gresley, des maréchaux de Mac Mahon et Canrobert, des ducs d'Aumale et de Nemours et de nombreux généraux[128],[129],[127]. Il reçoit les honneurs militaires dus à un commandant de corps d'armée mort hors de son territoire[130],[127]. Son cheval de bataille, Saïda, suit le corbillard ; le deuil est conduit par les deux fils de son frère Abel, en présence de sa fille[128],[129].

Il est inhumé le même jour au cimetière du Montparnasse, dans la 1re division, dans le modeste caveau proche du rond-point où reposent depuis 1826 les membres de la famille Douay, et où il ne restait plus qu'une place[131],[127],[128],[132]. Sur sa tombe, le maréchal Canrobert rappelle qu'il avait pris pour devise Res et non verba et qu'il était parti de « la simple giberne du soldat » pour devenir commandant en chef ; il évoque « le fidèle compagnon de nos joies et de nos douleurs françaises » et le vœu, qu'il lui avait confié, de mourir comme ses deux frères, tués à l'ennemi[128],[127].

Distinctions et honneurs

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Décorations

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Citations

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  • Ordre du jour de l’armée d’Orient du 28 mai 1855 : « pour s’être fait particulièrement remarquer dans les combats de nuit du 22 au 24 mai 1855 devant Sébastopol »[1].
  • Ordre général de l’armée du 17 août 1855 (n° 21) : « pour sa conduite particulièrement brillante dans le combat du 16 août 1855 sur la Tchernaïa (Crimée) »[1].
  • Ordre général du corps expéditionnaire du Mexique du 25 décembre 1864 : « pour l’habileté dont il a fait preuve dans la conduite des opérations de la campagne du Sud contre les troupes du général Ortéaga »[1].

Postérité

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Jugements des contemporains

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La presse salue en lui « un de nos plus vaillants et de nos plus honorables officiers généraux »[133], tandis que la presse bonapartiste souligne qu'il est « resté attaché de cœur » à la cause impériale[134],[135]. Les nécrologies le décrivent comme « une des plus belles figures de l'armée », de grande taille, aux manières simples, plein de sang-froid au combat, et comme « un des meilleurs tireurs de notre armée », qui a donné aux exercices de tir « des développements inconnus jusqu'à ce jour »[34]. Maniant la carabine et le chassepot « avec une adresse peu commune », il lui arrive souvent, sur le champ de bataille, de faire lui-même le coup de feu avec ses hommes[28].

Historiographie et littérature

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Dès 1872, le prince Georges Bibesco, officier supérieur attaché à l'état-major du 7e corps, consacre à la campagne de celui-ci un ouvrage dans lequel il justifie notamment le repli sur Belfort décidé par son chef le 7 août 1870[136].

Émile Zola ouvre La Débâcle (1892) au camp de Mulhouse, parmi « tout ce que le général Félix Douay avait avec lui du 7e corps d'armée » ; le roman suit ensuite la retraite sur Belfort décidée par le général, puis la marche de l'armée de Châlons jusqu'à Sedan[137].

Iconographie

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Notes et références

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  1. ↑ Le Larousse du XXe siècle et, à sa suite, le Dictionnaire biographique du département du Doubs de Max Roche le font naître à tort à Besançon (Bulletin du Centre d'entraide généalogique de Franche-Comté, n° 89, 2002) ; les nécrologies de L'Univers illustré (10 mai 1879) et du Monde illustré (17 mai 1879) le font déjà naître à Besançon, en 1818.
  2. ↑ Son acte de naissance la nomme « Alix Marie Antoinette d'Autane » ; l'état des services de son frère Gustave-Paul donne Marie-Charlotte-Alix (Rampal, p. 253).
  3. ↑ Rampal (p. 247) la fait mourir en 1818.
  4. ↑ L'état des services de son dossier de la Légion d'honneur porte « 2e régiment d'infanterie de marine » ; l'ordonnance publiée au Moniteur universel et les Annales maritimes et coloniales indiquent le 1er régiment.
  5. ↑ Rampal (p. 254) imprime « 2e régiment d'infanterie de ligne » ; l'état des services du dossier de la Légion d'honneur porte « 32e de ligne ».
  6. ↑ Ces lettres sont adressées à son frère Abel selon La Dépêche (14 juin 1872) ; Welschinger les dit adressées à son père.
  7. ↑ Blanchot cite la même formule dans une lettre du 10 décembre 1866.
  8. ↑ La notice consacrée à Féry d'Esclands dans le Dictionnaire national des contemporains parle pourtant d'un « duel » entre les deux hommes.
  9. ↑ Vapereau date cette nomination du 28 octobre 1873 ; le Journal officiel du 30 septembre 1873 l'annonce pourtant déjà.
  10. ↑ Sa fiche de la Légion d'honneur porte « décédé le 5 mai 1879 », date reprise par La Grande Encyclopédie (t. 14, p. 997), qui le fait aussi naître le 24 août 1816, et par d'autres notices ; l'acte de décès, ses états de services publiés et l'avis mortuaire publié par la famille (La Liberté, 6 mai 1879) donnent le 4 mai. Le Moniteur universel du 6 mai 1879 le fait mourir « dans la nuit du 4 au 5 mai », tout en précisant qu'il a succombé à trois heures du matin. Sa mort avait déjà été annoncée à tort le 30 avril (Le Temps, 5 mai 1879 ; Moniteur universel, 6 mai 1879).

Références

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  132. ↑ Philippe Landru, « Montparnasse (75) : tombeaux remarquables de la 1ère division », sur Cimetières de France et d'ailleurs, (consulté le )
  133. ↑ Le Temps, n° 6592, 9 mai 1879, p. 1.
  134. ↑ L'Ordre de Paris, 6 mai 1879, p. 2.
  135. ↑ Le Courrier d'Angers, 8 mai 1879, p. 2.
  136. ↑ Georges Bibesco, Campagne de 1870. Belfort, Reims, Sedan : le 7e corps de l'armée du Rhin, Paris, Henri Plon, (lire en ligne), page de titre et 24-29
  137. ↑ Émile Zola, La Débâcle, Paris, G. Charpentier et E. Fasquelle, (lire en ligne), première partie, chapitres I et II
  138. ↑ « F. Douay : capitaine au 32e ligne (Rome 1849) », sur Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France (consulté le )
  139. ↑ Henri Béraldi, « Exposition des œuvres militaires de Raffet », Gazette des beaux-arts, 3e période, vol. 7,‎ , p. 360 (lire en ligne)
  140. ↑ (en) « Félix-Charles Douay », sur National Portrait Gallery (consulté le )
  141. ↑ « Recueil de portraits-cartes de visite par Carjat, lettre D », sur Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France (consulté le )

Bibliographie

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Archives

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  • Archives nationales, dossier de Légion d'honneur de Félix Charles Douay, cote LH/795/45, lire en ligne.

Ouvrages

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  • Roman d'Amat (dir.) et R. Limouzin-Lamothe (dir.), Dictionnaire de biographie française, t. XI : Des Planches-Duguet, Paris, Letouzey et Ané, , p. 639-640
  • Charles Blanchot (préf. comte de Moüy), Mémoires : L'intervention française au Mexique, vol. 3, Paris, Émile Nourry,
  • Paul Bondois, Histoire de la révolution de 1870-71 et des origines de la troisième République (1869-1871), Paris, A. Picard et Kaan,
  • Charles Adrien Gustave de Conegliano, Le Second Empire. La maison de l'empereur, C. Lévy, (lire en ligne), p. 329-330
  • Paul Gaulot, L'Expédition du Mexique (1861-1867) : d'après les documents et souvenirs de Ernest Louet, payeur en chef du corps expéditionnaire, vol. 2, Paris, Société d'éditions littéraires et artistiques, Paul Ollendorff,
  • Auguste Rampal, « Autane, un arrière-fief des Baronnies et ses seigneurs du XIIe siècle au XIXe siècle », Provincia, vol. 6,‎ , p. 216-256 (lire en ligne)
  • Michel Wattel et Béatrice Wattel (préf. André Damien), Les Grand'Croix de la Légion d'honneur : De 1805 à nos jours, titulaires français et étrangers, Paris, Archives et Culture, (ISBN 978-2-35077-135-9), p. 150

Voir aussi

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