Gang de Zemun

organisation mafieuse serbe

Le gang de Zemun ou clan de Zemun est une organisation mafieuse serbe implantée dans le quartier de Zemun à Belgrade, active à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Outre le trafic de stupéfiants, le clan a à son actif plusieurs dizaines d'homicides, d'enlèvements et de crimes divers.

Gang de Zemun
Date de fondation année 1990
Fondé par Dušan Spasojević, dit "Duća" ou encore "Šiptar"
Lieu Zemun
Territoire Drapeau de la Serbie Serbie
Nombre de membres +100
Activités criminelles
  • Trafic de stupéfiants
  • Meurtres
  • Enlèvements
  • Trafic d'armes
  • Corruption
  • Enlèvement
  • Extorsion

Le gang de Zemun est également impliqué dans plusieurs attentats politiques, tels que l'enlèvement et homicide d'Ivan Stambolić, ancien président de la république de Serbie, ainsi qu'une tentative d'assassinat contre Vuk Drašković. Ils sont aussi responsables de l'assassinat du Premier ministre serbe Zoran Đinđić.

Le gang est connu pour entretenir des liens étroits avec les autorités de l'État à son apogée, notamment l'Unité des opérations spéciales (JSO) ou le Département de la sécurité de l'État.

Histoire

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Fondation

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En 1993, Dušan Spasojević, ancien footballeur de faible niveau, arrive à Belgrade en provenance de sa ville natale de Retkocer, près de Medveđa, dans le sud de la Serbie. La proximité de Retkocer avec le Kosovo vaut à Spasojević le surnom de « Šiptar » (« l'Albanais »), bien qu'il soit d'origine serbe. Lors de son voyage à Belgrade, il est accompagné de son ami d'enfance et futur associé, Mile Luković, surnommé « Kum » (« le Parrain »). Mile Luković est originaire de Donji Gajtan, près de Medveđa, et a précédemment travaillé comme gardien de prison à Pristina. À leur arrivée à Belgrade, les deux hommes se retrouvent rapidement impliqués dans un vol de voiture[réf. nécessaire].

En 1995, la police de Belgrade arrête les deux trafiquants alors qu'ils tentent de voler une voiture civile garée devant un hôpital militaire. L'opération est menée par un certain « Peca », et les cibles sont des personnes venant rendre visite à des proches blessés à l'hôpital. En raison des guerres de Yougoslavie qui déchirent la région, ces visites sont nombreuses. Ils opèrent vraisemblablement sous le contrôle ou en coopération avec le clan de Surčin (un quartier de Belgrade), le plus grand groupe organisé de voleurs de voitures du pays. En 1997, Dušan Spasojević et Mile Luković abandonnent le trafic de voitures pour se lancer dans le trafic de drogue à Karaburma, dans la banlieue de Belgrade. Après une nouvelle arrestation, ils deviennent des informateurs de la police. Le père de Luković découvre alors que son fils était un trafiquant de drogue et se suicide[1],[2].

Dušan Spasojević et Mile Luković se rapprochent ensuite rapidement du chef du clan de Surčin, Ljubiša Buha. Les deux hommes utilisent ses nombreuses relations à leur avantage et établissent leur base d'opérations dans le quartier de Zemun, au nord-ouest de la ville, relativement proche de Surčin. Officiellement, ils sont toujours considérés comme des membres du groupe de Surčin, mais deviennent progressivement de plus en plus autonomes dans leurs opérations. Durant cette période, Sretko Kalinić dit « La Bête » en raison de sa longue liste de victimes, rejoint le groupe de Spasojević en tant que tueur à gages en chef. Parmi ses méthodes figurent les tirs au volant d'une Audi grise (surnommée « l'Audi de la Mort » par les médias) et, dans au moins un cas, le broyage de la victime dans un hachoir à viande[3]. Le groupe prend définitivement ses distances avec Ljubiša Buha après qu'il a décidé de revenir dans la légalité et de créer une entreprise de construction routière, appelée Defense Road.

Apogée

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Le gang de Zemun gagne en importance après la chute de Slobodan Milošević et voit alors arriver dans ses rangs de nombreux vétérans de l'Unité des opérations spéciales (JSO), aussi appelés Bérets rouges, parmi lesquels le commandant de l'unité, Milorad Ulemek dit « Legija ». Ces personnes ont une formation militaire, une expérience de la guerre et des liens avec des éléments des services secrets yougoslaves, l'UDBA (rebaptisés Agence de sécurité et de renseignement ou BIA après 2001). En , 700 kg d'héroïne sont découverts dans un coffre-fort loué par Beobanka à la BIA, dans le centre de Belgrade. Ce stockage illégal n'a jamais été expliqué ni même évoqué par les autorités[4]. En 2001, le clan de Zemun organise des « sessions d'entraînement spéciales » avec le BIA, leur fournissant en échange des informations sur les insurgés albanais du Kosovo[4].

En 2001, le clan enlève plusieurs hommes d'affaires influents, parmi lesquels Milija Babović et Miroslav Mišković, largement considérés comme les hommes d'affaires les plus puissants de Serbie à l'époque ; le groupe exige des millions de rançon. Dans les deux cas, Milorad Ulemek propose son aide à la police, en sa qualité officielle, tout en transmettant des informations privilégiées au clan : ainsi, lorsqu'il découvre que la famille de Babović a rapidement et facilement collecté la rançon, il conseille aux membres du clan d'en exiger davantage. Finalement, tous les otages sont libérés, certains après avoir été violentés et torturés[5].

Alerté par ces enlèvements de plus en plus audacieux, le ministre de l'Intérieur, Dušan Mihajlović, ordonne la création d'une unité au sein de la police chargée de l'infiltration du gang de Zemun, dirigée par l'agent expérimenté Mile Novaković. Son unique mission est d'arrêter les auteurs des enlèvements[6].

Lors de leur voyage à Paris, Dušan Spasojević et Mile Luković sont arrêtés par la police française pour possession de faux passeports[6]. Extradés vers la Serbie, ils passent plusieurs mois en détention, avant d'être finalement libérés, malgré les protestations de plusieurs hauts responsables de la police serbe[7].

Le gang forme ensuite la « brigade du pied-de-biche », composée d'une cinquantaine de mineurs ou de jeunes délinquants de différents quartiers de Belgrade, dont la tâche principale est de harceler, d'extorquer et de torturer les toxicomanes qui doivent de l'argent au clan de Zemun[8],[9]. Bien que le pied-de-biche soit leur arme principale, ils utilisent toutes sortes d'armes contondantes pour menacer leurs victimes. Le groupe est contrôlé par Dušan Krsmanović et Milan Jurišić, les associés de Dušan Spasojević.

Ce dernier fait en parallèle construire une villa avec un centre commercial adjacent dans la rue Šilerova, une zone relativement pauvre du quartier de Zemun. Construite pour environ 8,5 millions de Deutsche Marks, elle est entourée de murs de 7 mètres de haut et abrite une piscine olympique avec des sédiments marins, ainsi que des chaises tapissées de fourrure de poney[10]. La villa comporte également une chambre de torture au sous-sol, mais le clan évite généralement d'y enfermer des otages[11].

En 2002, le gang de Zemun tente d'assassiner Ljubiša Buha à deux reprises : une fois devant son entreprise, Defense Road, à Belgrade, et une autre durant ses vacances à Istanbul[12]. Cette dernière tentative incite Buha à se rendre en voiture jusqu'à l'ambassade de Serbie à Ankara où il propose d'aider les autorités en tant que témoin assisté. Il est transféré dans un lieu sûr où il fait ses révélations en présence du procureur de l'État serbe et de l'unité de police dirigée par Novaković.

Durant la période d'instabilité qui commence avec les guerres de Yougoslavie et se termine avec l'assassinat du Premier ministre Zoran Đinđić en , les liens entre la mafia serbe et le gouvernement sont évidents[Pour qui ?] et la corruption est endémique dans la plupart des branches de l'État, des gardes-frontières aux forces de l'ordre[réf. nécessaire].

2003 : Déclin du gang de Zemun

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Le , Zoran Đinđić est assassiné par l'ancien membre de l'Unité des opérations spéciales (JSO) Zvezdan Jovanović. Le gouvernement lance alors l'opération Sabre, un plan majeur de lutte contre le crime organisé, qui conduit à plus de 10 000 arrestations. Les revenus des centres commerciaux de Novi Beograd, lieux fréquentés par les gangsters, chutent de plus de 20 % à l'issue de l'opération[13]. Milan Sarajlić, le procureur adjoint de l'État de Serbie, est arrêté et avoue être à la solde du clan de Zemun[14]. La JSO est dissoute le [15]. Dušan Spasojević et Mile Luković sont tués par la police lors d'un assaut contre leur planque dans le village de Meljak près de Belgrade, le . Selon la version officielle, les deux hommes ont été tués lors d'un échange de tirs avec la police, mais cette thèse est contestée par de nombreuses personnes, dont l'avocat serbe Toma Fila (en)[16],[17]. La villa de la rue Šilerova est démolie peu de temps avant.

En 2006, il est révélé que Dušan Spasojević était un indicateur du leader ultranationaliste serbe Vojislav Šešelj, à qui il a transmis des informations sur des meurtres très médiatisés commis en Serbie, décrits dans les deux livres de Šešelj, dans lesquels il désigne Spasojević sous le pseudonyme de Laufer[18].

Reformation du clan de Zemun

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Après une période de tranquillité relative, les groupes organisés de Zemun et des environs reprennent leurs activités. Le , la police serbe arrête plus de 500 personnes lors de la plus vaste opération antidrogue jamais menée dans le pays[19]. En , la police argentine arrête cinq trafiquants de drogue serbes et saisit 492 kilogrammes de cocaïne à Buenos Aires. Les itinéraires de la drogue partent d'Uruguay et d'Argentine vers l'Afrique du Sud, avant de passer par le nord de l'Italie, la Turquie et le Monténégro[20].

Les experts serbes du crime organisé estiment que 10 000 personnes font partie des cinq principaux groupes criminels organisés opérant dans le pays[21]. Un colis de 5 kilos de cocaïne est intercepté en provenance du Paraguay et quatre Serbes sont arrêtés. Ces arrestations s'inscrivent dans le cadre de l'opération Guerrier des Balkans, une affaire internationale de trafic de drogue impliquant principalement le « nouveau » clan de Zemun. Le chef de ce nouveau réseau est Željko Vujanović[22],[23].

Références

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  1. (sr) Marko Lopušina, « U popularnom CZ-u su ležali Ljuba Zemunac, Arkan, Skole, Voja Amerikanac, Dafina, Ceca, a danas su tu Cvjetin, Legija, Zvezdan, Nenad Opačić i mnogi drugi članovi zemunskog klana. », sur novine.ca, (consulté le )
  2. (sr) « NASTANAK I HIJERARHIJA ZEMUNSKOG KLANA! Šiptar i Kum krali su sirotinju, a onda su počeli da SEJU SMRT! Spasojević je vikao: MI SMO NAJBOLJI... ALI SVI SU BILI U PARANOIČNOM STRAHU! », Kurir, (consulté le )
  3. (sr) « NAJBRUTALNIJI PLAĆENIK ODBIJA RAZGOVOR Sretko Kalinić nije hteo da priča o UBISTVU U BUDVI », sur Blic.rs, (consulté le )
  4. 1 2 (en) Dejan Anastasijevic, « Organized Crime in the Western Balkans », sur files.ethz.ch (consulté le )
  5. (sr) « "BILI SU BRUTALNI, ŽELEO SAM DA ME UBIJU" Sve jezive otmice poznatih biznismena surovog ZEMUNSKOG KLANA », sur Blic.rs, (consulté le )
  6. 1 2 (sr) Duga Devetka, « Kako je zemunski klan otimao bogataše (5. deo): Pun gepek maraka za otkup Miškovića, ludovanje po Evropi, pa hapšenje u Parizu » [« Comment le clan Zemun a volé les riches (partie 5) : Un coffre rempli de timbres pour la rançon de Mišković, une folie à travers l'Europe, puis une arrestation à Paris »], sur bulevar.net (consulté le )
  7. (sr) « ZEMUNCI SU MAFIJAŠKI PREPISIVAČI! ŠOKANTNO! Šiptar i Kum ukrali ideju od okorelih italijanskih krimosa i OTELI 50 MILIONA €! », Kurir, (consulté le )
  8. (sr) « Slučaj "Pajser brigade" 20 godina pred sudom », sur 021.rs, (consulté le )
  9. (sr) « Da li ste čuli za "Pajser brigadu" - surovost ovih mladih Zemunaca ostavlja bez teksta (VIDEO) », sur sd.rs, (consulté le )
  10. (sr) « (FOTO) PERVERZIJE I BAHANALIJE U ŠILEROVOJ: Političari se baškarili u koži od ponija! EVO ŠTA SE DEŠAVALO IZA KAPIJA ČUVENE KUĆE », Kurir, (consulté le )
  11. (sr) « OVO SU TAJNE ODAJE ZEMUNSKOG KLANA! U podrumu zdanja u Šilerovoj zemunci zatvarali i mučili otete ljude i delili pare! VIDEO », Kurir, (consulté le )
  12. (sr) « Politika: Legija i Šiptar hteli da ubiju Čumeta », sur BalkaniYUm.TV, (consulté le )
  13. (en) « Belgrade Journal; For Partying Mobsters, the Morning After: Prison (Published 2003) », The New York Times, (lire en ligne, consulté le )
  14. (en) Vesna Peric Zimonjic, « Serbian prosecutor admits being on gangster payroll » [archive du ], The Independent, (consulté le )
  15. (en) « Serbia Disbands Police Unit of Suspect in Prime Minister's Death », The New York Times, (lire en ligne, consulté le )
  16. (sr) Danica Ćuruvija, « SAZNALO SE GDE SU SNIMCI I MILIONI IZ ŠILEROVE Ubistvo je NAMEŠTALJKA: Šiptara i Kuma šminkali CRVENOM FARBOM (UZNEMIRUJUĆI FOTO) », sur alo.rs, (consulté le )
  17. (sr) Milan Marković, « KO JOŠ BEŽI SA PUŠKOMITRALJEZOM?! Toma Fila otkriva šta se zaista desilo kobnog dana u Meljaku! », sur sd.rs, (consulté le )
  18. (sr) « Šešelj’s alleged ties with Zemun Gang revealed », sur B92.net (consulté le )
  19. (en) « Op Balkan Warrior suspect extradited », sur B92.net, (consulté le )
  20. (en) « Serbia: Drug busts will have 'little impact' on mafia », sur Adnkronos, (consulté le )
  21. (en) « Serbia: Cheap drugs and corruption fuels mafia expansion » [archive du ], sur Adnkronos, (consulté le )
  22. (en) « Serbia: Four arrested for cocaine smuggling », sur Adnkronos, (consulté le )
  23. (en) « Balkan Warrior expanded to two new suspects », sur B92.net, (consulté le )

Liens externes

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