Garet el Djenoun
Le garet el Djenoun (en arabe : قارة الجنون , en tamasheq Oudane) est un sommet du massif du Tefedest, rattaché au massif du Hoggar (Ahaggar en tamasheq), dans le sud de l’Algérie. Son altitude est de 2 330 mètres. Sa première ascension fut réalisé le , par Raymond Coche et Roger Frison-Roche[2].
| Garet el Djenoun | ||
Vue du garet el Djenoun. | ||
| Géographie | ||
|---|---|---|
| Altitude | 2 330 m[1] | |
| Massif | Tefedest (Hoggar) | |
| Coordonnées | 25° 04′ 51″ nord, 5° 24′ 58″ est[1] | |
| Administration | ||
| Pays | ||
| Wilaya | Tamanrasset | |
| Daïra | Tazrouk | |
| Ascension | ||
| Première | par Roger Frison-Roche et Raymond Coche | |
| Voie la plus facile | Président et Mouflon | |
| Géologie | ||
| Roches | Granite | |
| Géolocalisation sur la carte : Algérie
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||
Toponymie
modifierLe toponyme associe un terme saharien employé pour désigner un relief rocheux (garet) et le pluriel de djinn (djenoun), d’où une interprétation fréquente en « montagne des génies »[3]. Des variantes graphiques (Djenoun/Djenoune) se rencontrent dans la littérature et les ressources cartographiques, en lien avec les pratiques de translittération.
Géographie
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Situation
modifierLe garet el Djenoun se situe au cœur du Sahara central, dans la partie septentrionale du massif du Tefedest (Hoggar) à 250 km au nord de Tamanrasset et à environ 1 300 kilomètres au sud d'Alger. Il relève administrativement de la wilaya de Tamanrasset, dans le secteur de Tazrouk[4].
Son isolement relatif au sein du massif, combiné à un relief abrupt, explique qu’il ait souvent été décrit comme un objectif difficile et logistiquement contraignant dans les récits de terrain et de déplacement sahariens[5].
Topographie
modifierL’altitude du garet el Djenoun est de 2 330 mètres et sa proéminence de 1 067 mètres[1].
Géologie
modifierLe garet el Djenoun appartient au socle précambrien du Hoggar, marqué par des épisodes de déformation, de métamorphisme et de magmatisme associés notamment à l’orogenèse panafricaine. Des travaux géochronologiques ont discuté l’évolution polycyclique du bloc Amsinassène–Tefedest, en lien avec l’histoire tectonique régionale[6].
Des approches plus récentes mobilisent télédétection, géophysique aéroportée et observations de terrain afin de préciser l’évolution structurale du terrane du Tefedest et de ses zones de cisaillement majeures[7].
Environnement
modifierLes reliefs d’altitude du Hoggar sont classiquement considérés comme des espaces-refuges à l’échelle saharienne, où persistent des éléments floristiques relictuels. L’arbuste Myrtus nivellei (myrte saharien) a notamment fait l’objet d’analyses portant sur la diversité et la structuration génétiques dans ces milieux montagnards arides[8].
La région du Tefedest a également été documentée par des collectes naturalistes et des synthèses faunistiques, qui signalent des observations d’espèces sahariennes dans le secteur[3],[9].
Histoire
modifierArchéologie
modifierLe garet el Djenoun fait partie d'une région riche en vestiges préhistoriques holocènes, notamment des habitats néolithiques et des structures en pierre sèche interprétées comme funéraires ou rituelles. Des prospections ont révélé des outils lithiques capsiens et ibéromaurusiens, ainsi que des indices d'élevage ancien dans le bas Mertoutek voisin, reliant ces occupations aux pasteurs sahariens anciens[10].
Le massif du Tefedest abrite près de 150 stations d'art rupestre datant du Néolithique ancien et avancé, avec peintures et gravures illustrant chasseurs, troupeaux et scènes rituelles, témoignant d'une néolithisation progressive dans un environnement aride en évolution depuis 12 000 ans. La thèse de Smaïl Iddir (2013) documente spécifiquement le peuplement holocène du bas Mertoutek, combinant fouilles, datations C14 et analyses techno-typologiques pour retracer dynamiques pastorales et culturelles autour du pic[11].
Exploration et récits
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Le garet el Djenoun a occupé une place particulière dans certains récits et reportages[précision nécessaire] en raison de son isolement, de la rudesse des conditions (chaleur, rareté des points d’eau, portage), des contraintes d’acheminement du matériel et des croyances locales.
La première ascension du garet el Djenoun eu lieu le , par Raymond Coche et Roger Frison-Roche, dans le cadre de l’expédition alpine française au Hoggar[12]. Après une approche en méharée dans un secteur très reculé, ils gravissent la face en style alpin de l’époque, avec cordes de chanvre et pitons rudimentaires, en suivant vires, fissures et cheminées dans une paroi impressionnante pour l’époque, avant de gagner le sommet puis de redescendre par le même versant. L’isolement, la méfiance des guides touaregs envers cette montagne « taboue » et l’engagement technique donnent à cette ascension une dimension à la fois sportive et quasi mystique, que Frison‑Roche reprend ensuite dans ses récits sahariens, notamment dans L’Appel du Hoggar et ses Carnets sahariens[13]. Cette expédition saharienne est l’un des grands épisodes fondateurs de la carrière d’explorateur de Frison‑Roche[2]. L'ascension est répétée le par Raymond Coche, Roger Frison-Roche et le photographe et réalisateur Pierre Ichac.
En 1957, les alpinistes français P. Assante, C. Aulard et J. Bertraneu réalisent la première ascension confirmée du garet el Djenoun, surmontant ses faces raides jugées inaccessibles. Cette escalade se déroule dans le contexte tumultueux de l'Algérie pré-indépendance, avec des archives limitées disponibles dans les bibliographies historiques sur l'exploration saharienne. Leur succès défie les avertissements touaregs et marque une étape dans l'alpinisme du Hoggar, après des tentatives antérieures comme celle de Roger Frison-Roche en 1935.
La même année, les voies Président et Mouflon sont réunies sous le nom Président et Mouflon ; elles ont été ouvertes le par Dubois, Gardinier, Leblanc et de Vivie. Cette voie normale bien balisée part du col est, emprunte un défilé avec deux rappels finaux et convient à un large éventail d’alpinistes pour accéder au sommet[14].
À l'instigation du cinéaste Jacques Ertaud, Pierre Mazeaud et Lucien Bérardini partent en pour le Hoggar. Leur objectif : la première ascension de la Takouba (2 150 m), une aiguille rocheuse d’environ 100 m accolée au flanc oriental du garet el Djenoun, ce qui en fait un sommet directement adjacent au grand plateau sommital. Lucien Bérardini effectue en tête les passages en escalade libre, Pierre Mazeaud ceux en escalade artificielle. Leur entreprise couronnée de succès est filmée par les caméras de l'équipe de Jacques Ertaud[13].
Plusieurs voies d'escalade sont ensuite ouvertes par des expéditions internationales[2], dont la voie Direct Medica (7b+), sur l'éperon de la Takouba par Daniel Du Lac, en 2009[15]. Il déloge de leur emplacement les deux pitons de rappel plantés par Pierre Mazeaud quarante-trois ans plus tôt. De retour à Paris, il se rend à la Fondation Charles-de-Gaulle, présidée par Mazeaud, pour lui rapporter les deux pitons[13].
Notes et références
modifier- 1 2 3 « Garet el Djenoun », sur www.peakbagger.com (consulté le )
- 1 2 3 « Garet El Djenoun / Oudane », sur www.camptocamp.org (consulté le )
- 1 2 « Reptiles, batraciens et poissons du Sahara central recueillis par le Prof. Seurat », Bulletin du Muséum national d’histoire naturelle, vol. 4, no 1, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Garet el Djenoun », sur PeakVisor (consulté le )
- ↑ René Chudeau, Missions au Sahara, Tome II, (lire en ligne)
- ↑ Y. Vialette et G. Vitel, « Geochronological data on the Amsinassene-Tefedest Block (Central Hoggar, Algerian Sahara) and evidence for its polycyclic evolution », Precambrian Research, vol. 9, nos 3–4, , p. 241–254 (DOI 10.1016/0301-9268(79)90005-6)
- ↑ M. Amara, A. Bendaoud et M. Hamoudi, « Geological Evolution of the Tefedest Terrane a Recorder of a Polycyclic Pan-African Amalgamation (Central Hoggar, Algeria): Evidence from Airborne Geophysics, Remote Sensing and Field Study », dans On Significant Applications of Geophysical Methods, Springer Nature Switzerland, coll. « Advances in Science, Technology & Innovation », (DOI 10.1007/978-3-030-01656-2)
- ↑ Migliore J, Baumel A, Juin M, Fady B, Roig A, Duong N et Médail F, « Surviving in mountain climate refugia: new insights from the genetic diversity and structure of the relict shrub Myrtus nivellei (Myrtaceae) in the Sahara Desert », PLOS ONE, vol. 8, no 9, , e73795 (DOI 10.1371/journal.pone.0073795)
- ↑ « Les mammifères sauvages d’Algérie – Répartition et biologie de la conservation », sur IPBES (consulté le )
- ↑ Gertrude Engljaehringer, Roland Kraml et Mark Milburn, « Gedanken über einige Steinmonumente der Sahara », Antiquités africaines, vol. 22, , p. 11–28 (DOI 10.3406/antaf.1986.1122, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Préhistoire de l’Ahaggar (Algérie). L’art rupestre de la Téfedest », sur Hominides, (consulté le )
- ↑ (fr-CH) Thomas Dulac, « Escalade dans le Hoggar algérien. Entre ergs et regs », sur Club Alpin Suisse CAS, (consulté le )
- 1 2 3 « Le Hoggar à mains nues », sur Le Figaro, (consulté le )
- ↑ « Garet El Djenoun / Oudane : Président et Mouflon », sur www.camptocamp.org (consulté le )
- ↑ « Qui sommes-nous ? », sur Odysseus (consulté le )
Annexes
modifierBibliographie
modifier- René Chudeau, Missions au Sahara. Tome II, (lire en ligne)
- Y. Vialette, G. Vitel, « Geochronological data on the Amsinassene-Tefedest Block (Central Hoggar, Algerian Sahara) and evidence for its polycyclic evolution », Precambrian Research, vol. 9, nos 3–4, , p. 241–254 (DOI 10.1016/0301-9268(79)90005-6)
- M. Amara, A. Bendaoud, M. Hamoudi, et al., « Geological Evolution of the Tefedest Terrane a Recorder of a Polycyclic Pan-African Amalgamation (Central Hoggar, Algeria): Evidence from Airborne Geophysics, Remote Sensing and Field Study », dans On Significant Applications of Geophysical Methods, Springer Nature Switzerland, coll. « Advances in Science, Technology & Innovation », (DOI 10.1007/978-3-030-01656-2)
- J. Migliore, A. Baumel, M. Juin, B. Fady, A. Roig, N. Duong, F. Médail, « Surviving in mountain climate refugia: new insights from the genetic diversity and structure of the relict shrub Myrtus nivellei (Myrtaceae) in the Sahara Desert », PLOS ONE, vol. 8, no 9, , e73795 (DOI 10.1371/journal.pone.0073795)
- Gertrude Engljaehringer, Roland Kraml, Mark Milburn, « Gedanken über einige Steinmonumente der Sahara », Antiquités africaines, vol. 22, , p. 11–28 (DOI 10.3406/antaf.1986.1122, lire en ligne)
- Roger-Frison Roche, Garet el Djenoun, 1960, édité pour la société Shell d’Algérie.
- Thomas Dulac, Escalade au Sahara, massif du Hoggar, 216 pages, (ISBN 978-2952356602).
- Bernard Pierre et Claude Aulard, Escalades et randonnées au Hoggar et dans les tassilis, 264 pages, Editions Arthaud, 1985 (EAN 9782700305425).
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Garet El Djenoun / Oudane sur camptocamp.org
- « Tefedest (page de ressources) », sur CREAP
- « Préhistoire de l’Ahaggar (présentation éditeur) », sur Presses universitaires du Midi