Georges Pâques
Georges Pâques, né le à Chalon-sur-Saône et mort le à Boulogne-Billancourt, est un résistant et haut fonctionnaire français. Pendant la période de la guerre froide, il révèle aux Soviétiques des renseignements fondamentaux touchant à l'organisation de l'OTAN. Le procureur requiert la peine de mort pour trahison, espionnage au profit de l'URSS, Pâques ayant avoué avoir transmis des informations concernant la politique de sécurité nationale de à (affaire Georges Pâques). Condamné à perpétuité le , sa peine est commuée en 20 ans de prison en 1968. Il est aussi déchu de la Légion d’honneur.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 79 ans) Boulogne-Billancourt |
| Sépulture |
Cimetière de l'ouest de Chalon-sur-Saône |
| Nom de naissance |
Georges Jean Louis Pâques |
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activité | |
| Conjoint |
Madame Viviana |
| Condamné pour | |
|---|---|
| Condamnation |
Biographie
modifierJeunesse et études
modifierGeorges Pâques naît le à Chalon-sur-Saône, de Charles Pâques et Pauline Deroussin, dans une famille d'artisans[1],[2].
Après des classes préparatoires littéraires, il est admis à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1935, au treizième rang du classement du concours, section lettres. Il y côtoie Georges Pompidou[3],[4].
Il y est considéré comme volontairement solitaire et orgueilleux[2].
Animé de profondes convictions catholiques, il suit les conseils du directeur de l'école, Célestin Bouglé, qui lui conseille en 1935 de se spécialiser en italien plutôt qu'en anglais. Il suit ainsi des études d'italien, est envoyé en Italie avec une bourse de l'école, et est reçu à l'agrégation d'italien[5].
Parcours professionnel
modifierEn 1940-1941 il enseigne à Nice, qu'il quitte en 1941 pour le lycée de Rabat. Après le débarquement allié en Afrique du Nord, en , il s'engage dans l'armée du général Giraud et s'établit à Alger où il retrouve son ancien condisciple Pierre Boutang. Il s'exprime à la radio pour la Résistance sous le pseudonyme de René Versailles, aux côtés d'André Labarthe[1],[6].
Pâques devient directeur de cabinet au ministère de la Marine en 1944-1945, puis au ministère d'État chargé des affaires musulmanes. En 1944, se trouvant à Alger, il est recruté par son mentor, le médecin Imek Berstein, ancien des Brigades internationales de la guerre d'Espagne, et mis en contact avec un conseiller d'ambassade de l'URSS, Alexandre Gouzovski. S'il confie à Gouzovski ses opinions politiques au début de leur relation, les bavardages deviennent de plus en plus importants et il se met à transmettre des renseignements à l'officier traitant russe. Il devient un espion pour l'URSS[2].
Il travaille ensuite au ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme en 1946-1948 puis à la Santé publique. Il dirige la revue La Production française de 1950 à 1954[7].
Il échoue aux élections législatives de 1951 à Chalon-sur-Saône, aux côtés du républicain indépendant André Moynet, ancien pilote à l'escadrille Normandie-Niémen[8].
Chef de cabinet du secrétaire d'État à la Marine marchande de 1953 à 1958, il est conseiller technique dans divers ministères par la suite. Il passe à cette époque « pour un homme intègre et sérieux, volontiers cynique, résolument antimarxiste, un intellectuel de droite, chrétien et favorable à l'Algérie française[9] ».
C'est à l'arrivée du général de Gaulle en 1958 que sa carrière prend un nouveau tournant. Il sert dans le cabinet de Louis Jacquinot au service de l'information de l'état-major de la Défense, puis devient directeur d'études à l'Institut des hautes études de la Défense nationale (IHEDN) de à [2].
Il entre au service de presse de l'OTAN, à partir d', sur la recommandation de Georges Gorse, secrétaire d'État aux Affaires étrangères de 1961 à [1].
Arrestation et jugement
modifierLe Georges Pâques est arrêté par la Direction de la Surveillance du territoire devant son lieu de travail à la Porte Dauphine (siège de l'OTAN). Il reconnaît devant Marcel Chalet qu'il a été recruté par les Soviétiques. Pris de scrupules soudains, il craint de ne pouvoir accéder aux sacrements religieux du fait de sa trahison ; Chalet fait venir un prêtre de la Madeleine qui reçoit sa confession au milieu d'une cour intérieure du service de renseignement. Libéré par cette confession, il répond à toutes les questions du service[10].
Le procès s'ouvre le devant la cour de sûreté de l'État. Lors de son procès, il déclare : « Je suis un homme pacifique. Je n'aime pas les Soviétiques, mais je suis également convaincu que les Américains, en raison de leurs conceptions très primaires, sont de dangereux fauteurs de guerre. J'ai donc pensé que pour éviter un conflit international, aboutissant fatalement à une catastrophe mondiale, il était indispensable de rétablir les forces en présence. Voilà le mobile qui n'a jamais cessé de m'animer[11] ! ».
Le procureur de la Cour de sûreté de l'État Caron requiert contre lui la peine de mort pour trahison. La cour lui reconnaît des circonstances atténuantes et le condamne pour trahison à la perpétuité le , cette peine étant commuée en 1968 en vingt ans de prison. Il est également déchu de son grade dans l'ordre de la Légion d'honneur[12],[13],[14].
L'agent du KGB passé à l'Ouest et par qui toute l'affaire a commencé, Anatoli Golitsyne, aurait déclaré que ces espions infiltrés par le KGB dans les services français seraient « ses saphirs », comme des pierres précieuses, d'où la désignation du dispositif par « réseau saphir » (et le titre Topaz du roman d'espionnage de l'Américain Leon Uris qui s'en est inspiré)[15].
Fin de vie
modifierPâques bénéficie d'une grâce réduisant sa peine à vingt ans de réclusion, décidée par le président Charles de Gaulle en . Il est totalement gracié en par Georges Pompidou, son ancien condisciple de la rue d'Ulm, devenu président de la République[16].
Libéré, il obtient un emploi au CEFAC, un organisme économique public situé au 99 boulevard Malesherbes, où il est directeur des études. Cela suscite un scandale de la part de journaux de droite[2].
Il meurt le à Boulogne-Billancourt et repose au cimetière de l'ouest de Chalon-sur-Saône[17],[18],[19].
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- 1 2 3 Hugues Moutouh et Jérôme Poirot, Dictionnaire du renseignement, Place des éditeurs, , 1401 p. (lire en ligne).
- 1 2 3 4 5 Bruno Fuligni (dir.), Dans les archives inédites des services secrets, Paris, Folio, (ISBN 978-2070448371)
- ↑ Michel Winock, Le temps de la guerre froide : du rideau de fer à l'effondrement du communisme, Seuil, , p. 275.
- ↑ Pierre Levergeois, J'ai choisi la D.S.T.: Souvenirs d'un inspecteur, Flammarion (réédition numérique FeniXX), (ISBN 978-2-403-00150-1, lire en ligne)
- ↑ Jérémie Dubois, L'enseignement de l'italien en France (1880-1940): Une discipline au cœur des relations franco-italiennes, UGA Éditions, (ISBN 978-2-84310-368-1, lire en ligne)
- ↑ André Labarthe est suspecté d'avoir entretenu des liens avec les services de renseignements soviétiques dès 1940, peut-être même avant cette date.
- ↑ Paul Veyne, « Naïvetés et noblesse de la trahison », L'Histoire, no 81, , p. 15.
- ↑ (Wolton 1986, p. 169)
- ↑ Paul Veyne, « Naïvetés et noblesse de la trahison », L'Histoire, no 81, , p. 16.
- ↑ Jean Guisnel, Au service secret de la France, Paris, Éditions Points, 531 p. (ISBN 978-2-7578-5509-6 et 2757855093, OCLC 988751503, lire en ligne).
- ↑ (Wolton 1986, p. 175).
- ↑ Michel Winock, Le temps de la guerre froide : du rideau de fer à l'effondrement du communisme, Seuil, , p. 283.
- ↑ https://www.lemonde.fr/archives/article/1964/07/09/l-avocat-general-demande-la-peine-de-mort_2141917_1819218.html
- ↑ « La Cour de sûreté a condamné Georges Pâques à la détention criminelle à perpétuité », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Gilles Perrault, Checkpoint Charlie, , 352 p. (ISBN 978-2-213-64477-6, lire en ligne), p. 94.
- ↑ Paul Veyne, « Naïvetés et noblesse de la trahison », L'Histoire, no 81, , p. 22.
- ↑ « Relevé des fichiers de l'Insee », sur matchid.io (consulté le ).
- ↑ (en) « Georges Paques, 79, French NATO Aide Jailed for Espionage », The New York Times, (lire en ligne
, consulté le ). - ↑ « DÉFENSE Diplomate condamné pour espionnage au profit du KGB en 1964 Georges Pâques est mort », Le Monde, (lire en ligne).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Charles Benfredj, L'Affaire Georges Pâques - Side Step, Ed. Jean Picollec, 1993.
- Bernard Hautecloque, "Georges Pâques. Un haut-fonctionnaire au service des Soviétiques" p.515-542 in Nuova antologia militare, n° 20, .
- Georges Pâques, Comme un voleur, Julliard, Paris, 1971
- Thierry Wolton, Le KGB en France, Paris, Grasset, coll. « Le Grand Livre du mois. Club express », , 310 p., 25 cm (ISBN 2-246-34151-5 et 978-2-246-34151-2, BNF 34902098)
- Pierre Assouline, Une question d'orgueil, le roman d'une trahison, Gallimard, oct. 2010 (version extrêmement romancée et inexacte)[réf. nécessaire]
Articles connexes
modifierÉmissions de Radio
modifier- Amaury Chardeau, « L’espionnage sur écoute (1/4) : Georges Pâques, agent de la paix et du KGB »
[audio], sur Radio France, France Culture, LSD, la série documentaire, , 55 minutes.
- Fabrice Drouelle, « Georges Pâques - L’espion français du KGB. Affaires sensibles »
[audio], sur Radio France, France Inter, Affaires sensibles, , 54 minutes.