Germaine Berton
Germaine Berton, née le à Puteaux (Seine)[1] et morte le à Paris[2], est une militante syndicaliste et anarchiste française.
(photographie d'identité judiciaire).
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Germaine Jeanne Yvonne Berton |
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Le , elle assassine Marius Plateau, directeur de la Ligue d’Action française et de sa branche militante les Camelots du roi. Sa cible première était Léon Daudet, l'une des figures politiques majeures de l'Action française, qu'elle ne parvient pas à trouver. Elle déclare à la police avoir voulu venger Jean Jaurès et Miguel Almereyda et protester contre l’occupation de la Ruhr[3].
Le , elle est acquittée par le tribunal, sans doute grâce aux talents de son avocat, Henry Torrès.
Biographie
modifierEnfance
modifierGermaine Jeanne Yvonne Berton est née à Puteaux le , dans une famille issue du milieu ouvrier. Son père, Arsène Berton (1870-1918), est un mécanicien, républicain et franc-maçon, admirateur de Jaurès et anticlérical[4]. Sa mère, Jeanne Vrillaud (1874-?), est une institutrice congréganiste, pieuse. Germaine est proche de son père, qui l'emmène voir Jaurès et a des relations difficiles avec sa mère. Adorant jouer avec ses camarades masculins, elle monte à l'école une pièce de théâtre sur le procès de Louis XVI.
Lorsqu'elle a dix ans, en 1912, Germaine et sa famille s'installent à Tours. Elle est une bonne élève et passe son brevet de l'enseignement primaire supérieur. Elle intègre ensuite l'École des Beaux Arts de Tours, où elle reçoit le premier prix du dessin à vue. Elle est contrainte de quitter l'école quand son père meurt, et devient alors ouvrière.
Elle est marquée par la Première Guerre mondiale[4]. À treize ans, elle tombe amoureuse d'un soldat, tué au combat, et tente de se suicider en se jetant dans la Loire. Elle développe à ce moment un profond sentiment antimilitariste.
Débuts professionnels et militantisme
modifierGermaine Berton travaille d’abord comme ouvrière dans une usine américaine d'équipement[5]. Elle s'engage dans le mouvement syndical : l'Union des syndicats d'Indre et Loire, les comités syndicalistes révolutionnaires, la section du comité de défense sociale de Tours. La police établit des rapports sur elle, indiquant qu'elle prône la violence lors de ses prises de parole. Elle est recrutée dans les ateliers de chemin de fer de Tours et entre en contact avec des militants de la CGT et des cheminots, meneurs du mouvement syndical. Elle intègre alors les comités de défense syndicalistes.
En 1918, elle participe à la reconstitution du syndicat des Métaux à Tours. Elle est ensuite renvoyée de l’usine Rimailho de Saint-Pierre-des-Corps pour son action syndicale. Elle y est surnommée « La vierge noire » par son supérieur hiérarchique.
En 1920, elle est secrétaire adjointe du comité syndicaliste révolutionnaire de Tours. Brièvement adhérente au PCF, elle écrit plusieurs articles virulents dans Le Réveil d’Indre-et-Loire[6].
En 1920, elle part pour Paris de juin à septembre. Elle y vend des journaux pour survivre tant bien que mal et tente de réunir des fonds pour lancer une revue intitulée De l'acte individuel à l'acte collectif[5]. Elle défend alors l'idée de l'action directe afin d'assouvir la vengeance sociale.

Elle rejoint l'Union anarchiste de Paris, puis le groupe des anarchistes individualistes du quatorzième arrondissement. Les anarchistes individualistes s'opposent au travail salarié et forment un mouvement dispersé[5]. Elle écrit des articles à charge dans plusieurs journaux, exprimant encore des positions antimilitaristes et révolutionnaires. Son article dans le journal communiste Le Réveil fait particulièrement réagir car elle y lance des appels à la désertion : « La France, cette marâtre ignoble qui envoie ses fils crever sur les champs de carnage, est à l'heure actuelle le pays le plus militarisé du monde entier. La république, cette salope au mufle barbouillé de sang pourri, craint que les Français n'entendent les clameurs révolutionnaires du peuple russe (…) Déserte et n'obéis pas[5],[7]. » La police mentionne sa présence au café La Rotonde à Montparnasse, un supposé repaire d'anarchistes. Le , au commissariat du Pré-Saint-Gervais, elle annonce avoir perdu ou s'être fait voler ses papiers d'identité, qui auraient d'après elle été déposés dans ce commissariat à son attention. Mécontente d'être éconduite, elle gifle le secrétaire du commissaire de police et est condamnée, le , à trois mois de prison et 25 francs d'amende[4]. Elle est incarcérée à la prison Saint-Lazare et se trouve dans la même cellule que Madame Bermain de Ravisi[6].
Elle fréquente Louis Lecoin, anarchiste notoire, qui l'héberge avec sa compagne Marie Morand. Elle est employée au Libertaire où elle effectue des tâches administratives. Elle en est chassée pour y avoir subtilisé des lettres, des mandats et de l'argent.
Face à des difficultés financières, elle commence à voler (avançant l'argument « d'égalisation des conditions ») et à contracter des dettes qu'elle ne rembourse pas. À partir de 1922, elle ne travaille plus, connait des difficultés de santé, et avorte dans des conditions difficiles. Elle tombe amoureuse d'un jeune anarchiste prénommé Armand qui, appelé à l'armée, se suicide pour ne pas y aller. Cet évènement ravive son antimilitarisme et la conduit à préparer un coup contre l'Action française, dont Léon Daudet est l'un des membres influents[5].
Les Camelots du roi font office de service d'ordre de l'Action française. Germaine Berton considère qu'il y a un lien entre les activités de l'Action française et la montée du fascisme. L'Action française soutient également Poincaré dans son projet d'occupation de la Ruhr en 1923. Berton considère que Léon Daudet est responsable de l'assassinat de Jaurès. Elle commence à imaginer des plans pour l'assassiner, mais finit par prendre pour cible Marius Plateau.
Ses idées et mettent en avant l'importance de l'égalité et de l'antimilitarisme dans ses actions.
Elle milite également dans le comité de Défense des marins de la mer Noire[3].
Assassinat de Marius Plateau
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Le , elle assassine le secrétaire de la Ligue d'Action française Marius Plateau de cinq coups de revolver au siège de l’Action française à Paris[8]. Elle visait d'abord un dirigeant plus influent du mouvement nationaliste, comme Charles Maurras ou Léon Daudet, mais c'est Plateau qui est finalement victime de son attentat. Germaine Berton tente ensuite de se suicider pour échapper aux poursuites. À la police venue l’arrêter, elle déclare qu’elle a voulu venger Jaurès, Almereyda et protester contre l’occupation de la Ruhr[3].
Elle est emprisonnée pendant 11 mois à Saint-Lazare jusqu'à l'ouverture de son procès. À cette occasion elle fait la rencontre de Sœur Marie-Claudia. La religieuse lui avoue ses doutes sur sa propre foi et elles entament une correspondance à partir d' : « J'ai su dompter mon cœur à 16 ans et à 26 j'en suis incapable. Deux grandes puissances se réveillent, se révoltent de rester inactives : le cœur et l'intelligence ! Pourquoi Dieu rejette-il toutes mes demandes ? À quoi bon alors sacrifier un cœur, une nature ardente comme la mienne ? »[non pertinent]. Gagnée à la cause de Germaine Berton, elle quitte les ordres en novembre pour rejoindre les amis de Germaine, mais la rencontre échoue et elle retournera au couvent, sur les conseils de son beau frère[9].
Le procès de Germaine Berton est très médiatisé et suscite un grand intérêt, un assassinat politique commis par une femme étant rare et suscitant des fantasmes dans la presse qui évoque notamment l'image d'une « Vierge rouge »[10]. Elle est défendue par Henry Torrès qui plaide l'acquittement, réclamant le même traitement que Raoul Villain, assassin de Jean Jaurès, acquitté quatre ans plus tôt : « Acquittez-la pour tout ce qu'elle représente d'abandon d'elle-même et de misère, acquittez-la comme vous aviez acquitté Villain. Paix pour tous. Il faut que celle-ci aille rejoindre Villain dans l’oubli et dans l'apaisement »[11]. Bien qu'ayant revendiqué son crime, elle est acquittée le [12].


Durant la période du procès, le journal anarchiste Le Libertaire organise une campagne de solidarité pour soutenir Germaine Berton, et plusieurs militants anarchistes connus comme l'écrivaine Séverine assistent au procès. Le numéro 210 ( - ) du journal n’hésite pas à parler de « l’héroïque Germaine Berton ». Dans la même parution, les surréalistes prennent également la défense de la jeune anarchiste. Dans le numéro de de Littérature, Louis Aragon soutient totalement son geste, précisant que, face à un groupe qui menace la liberté, un individu peut « recourir aux moyens terroristes, en particulier au meurtre, pour sauvegarder, au risque de tout perdre, ce qui lui paraît [...] précieux au-delà de tout au monde »[13]. Son portrait — entouré de photos de 28 membres et proches du groupe — fait également l’objet d’un photomontage publié dans le numéro du de La Révolution surréaliste avec cet épigraphe de Baudelaire : « La femme est l'être qui projette la plus grande ombre ou la plus grande lumière dans nos rêves »[13]. Germaine Berton a été, selon l'expression du biographe d'André Breton Mark Polizzotti, « la première anti-héroïne surréaliste » à l'instar de Violette Nozière[14], incarnation de « la Révolution et de l'amour » selon l'expression de Breton rapportée à l'époque du procès par sa femme dans une lettre[13].
L'Action française dénonce lors du procès un complot « germano-bolchéviste »[15] ; l'historienne Fanny Bugnon souligne que les royalistes ont tenté de s'appuyer sur le fait que Germaine Berton soit une jeune femme pour donner du crédit à l'hypothèse d'une machination des « agents de l'Allemagne, des Soviets et de la Finance internationale »[15] dont elle n'aurait été que l'exécutante manipulée[16]. L'Action française appelle en ce sens ses partisans à se mobiliser dès l'annonce de la mort de Marius Plateau. Les Camelots du roi vandalisent ainsi l'imprimerie du journal républicain et pacifiste L'Œuvre le soir même de l'assassinat[17] et plusieurs milliers de royalistes défilent à l'occasion des funérailles[18]. Le verdict du procès est dénoncé comme un « crime du jury » dans L'Action française[19].
Le geste de Germaine Berton a de grandes conséquences pour l'Action française puisque Marius Plateau souhaitait à l'époque restructurer la ligue[4].
Acquittement et nouvelle arrestation
modifierAprès son acquittement, Berton entreprend une tournée de conférences. En 1924, elle est accueillie au sein du groupe anarchiste d'Aimargues, chez Laurent Lasgoute[20],[21]. Le — à la suite de bagarres suscitées par l’une de ses conférences à Bordeaux — Germaine Berton est à nouveau arrêtée. Condamnée à quatre mois de prison et 100 francs d’amende, elle est internée au fort du Hâ. Refusant la détention, elle entame une grève de la faim pendant huit jours et doit être transportée à l’hôpital Saint-André le ; elle cesse la grève le 31. Durant cette période, Germaine Berton souffre de troubles mentaux et tente à plusieurs reprises de se suicider[22]. Le journal Le Libertaire évoque l'amour qu'elle aurait porté à Philippe Daudet, mort l'année précédente, pour expliquer son geste[22].
Après cet épisode, Germaine Berton semble avoir abandonné ses activités militantes. Elle ne fréquente plus les milieux anarchistes. Elle se marie à Paris, le [23], avec Paul Burger, artiste-peintre né à Java en 1888, avant de le quitter en 1935 pour vivre dans le 15e arrondissement de Paris avec René Coillot, un imprimeur. Elle ne fait plus parler d'elle jusqu'en 1942, lorsqu'elle absorbe volontairement une forte dose de Véronal ; elle meurt à l'hôpital Boucicaut à l'âge de 40 ans[24], quatre jours après la mort de Léon Daudet[9].
Notes et références
modifier- ↑ « Acte de naissance n°257 p66/152 », Archives départementales des Hauts-de-Seine (consulté le )
- ↑ « acte de décès n°2701 p6/31 », Archives de Paris (consulté le )
- 1 2 3 Jean Maitron, Guillaume Davranche, Anne Steiner, « BERTON Germaine [Dictionnaire des anarchistes] », sur maitron.fr, 23 mars 2014, dernière modification le 1er octobre 2022.
- 1 2 3 4 Séverine Liatard, « Histoire des Anarchies (2/4) : « Ce n’est pas rien de tuer un homme » ou le crime politique de Germaine Berton », France Culture, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 4 5 « Histoire des Anarchies (2/4) : « Ce n’est pas rien de tuer un homme » ou le crime politique de Germaine Berton », France Culture, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 Collectif Sarka-SPIP, « BERTON Germaine, Jeanne, Yvonne - Dictionnaire international des militants anarchistes », sur militants-anarchistes.info (consulté le ).
- ↑ Germaine Berton, « À bas la France militariste », Le réveil, .
- ↑ « Une jeune fille de vingt ans a tué hier M. Marius Plateau », L'Humanité, (lire en ligne).
- 1 2 Pierre-Alexandre Bourson, Le Grand secret de Germaine Berton : la Charlotte Corday des anarchistes, Editions Publibook (ISBN 978-2-7483-7337-0, lire en ligne)
- ↑ « Germain Berton, meurtrière de Marius Plateau fait le récit de son crime », Le Matin, (lire en ligne).
- ↑ « Procès de Germaine Berton : M. Henry Torrès présente la défense de l'accusée », La Presse, (lire en ligne).
- ↑ Fanny Bugnon, « Germaine Berton : une criminelle politique éclipsée », Nouvelles Questions Féministes, Éditions Antipodes, vol. 24, no 3, , p. 68–85 (ISSN 0248-4951, DOI 10.3917/nqf.243.0068, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 Marguerite Bonnet, André Breton. Naissance de l'aventure surréaliste, Paris, Libraire José Corti, , 452 p. (OCLC 1508299784), p. 270-271.
- ↑ Mark Polizzotti et Jean-François Sené, André Breton, Paris, Gallimard, coll. « NRF Biographies », , 842 p. (ISBN 978-2-07-073298-2), p. 446
- 1 2 « Une balle allemande a tué Marius Plateau », L'Action française, (lire en ligne).
- ↑ « Germaine Berton, l’anarchiste qui voulait « venger Jaurès » », sur retronews.fr, (consulté le ).
- ↑ « Exploits royalistes », L'Humanité, (lire en ligne).
- ↑ « Funérailles de Marius Plateau », L'Action française, (lire en ligne).
- ↑ « Le crime du jury », L'Action française, (lire en ligne).
- ↑ « LASGOUTE Laurent, Julien [Dictionnaire des anarchistes] – Maitron » (consulté le )
- ↑ Daniel “Rolf” Dupuy [1946-2025, « LASGOUTE, Laurent, Julien : Né à Aimargues (Gard) le 27 juin 1893 — mort le 8 novembre 1960 — Ouvrier agricole — Aimargues (Gard) », sur militants-anarchistes.info, Dictionnaire international des militant·e·s anarchistes (DIMA) (consulté le )
- 1 2 « L’anarchiste qui a « vengé Jaurès » en tuant un Camelot du roi », sur RetroNews - Le site de presse de la BnF, (consulté le ).
- ↑ « Acte de mariage n°1922 p 9/31 », Archives de Paris (consulté le )
- ↑ « Germaine Berton s'est donné la mort », Le Matin, (lire en ligne).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Germaine Berton, anarchiste et meurtrière : son procès en cour d'assises, 18- ([présenté par] Francis Démier, Daniela Gallingani, Brigitte Lainé... [et al.] ; dessins et croquis d'audience de Louis Hanny), Paris, Direction des services d'Archives de Paris, , 290 p. (ISBN 978-2-86075-024-0).
- Pierre-Alexandre Bourson, Le grand secret de Germaine Berton : la Charlotte Corday des anarchistes, Publibook, (ISBN 978-2-7483-4371-7, lire en ligne).
- Fanny Bugnon, « Germaine Berton : une criminelle politique éclipsée », Nouvelles Questions féministes, vol. 24, no 3 « Les logiques patriarciales du militantisme », , p. 68-85 (ISSN 0248-4951, e-ISSN 2297-3850, lire en ligne
). - Marc Hédrich, Les Acquittements scandaleux des Années folles. Quand le crime impuni devient erreur judiciaire, éditions Michalon, 2024 (ISBN 9782347003470) [présentation en ligne].
- Frédéric Lavignette, Germaine Berton : une anarchiste passe à l'action, Paris, L'Échappée, , 283 p. (ISBN 978-2-37309-060-4, présentation en ligne).
- Frédéric Thomas, « Frédéric Lavignette, Germaine Berton. Une anarchiste passe à l’action, Paris, L’échappée, 2019 »
, sur Dissidences : le blog [en ligne], (consulté le ).
- Frédéric Thomas, « Frédéric Lavignette, Germaine Berton. Une anarchiste passe à l’action, Paris, L’échappée, 2019 »
Article connexe
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative à la vie publique :
- « Le procès de Germaine Berton, la femme qui voulait venger Jaurès », Franck Ferrand raconte, Radio Classique, .
- « 24 décembre 1923 : Germaine Berton, acquittée pour ne pas en faire une martyre », sur paris-luttes.info, .
- Notice biographique dans le Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social.
- Notice biographique dans le Dictionnaire international des militants anarchistes.