Gilbert de Bournat

administrateur colonial

Gilbert Marie Jean de Bournat, né le à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), mort le à Valensole (Alpes-de-Haute-Provence)[1], est un administrateur colonial, aviateur militaire et homme politique français.

Gilbert de Bournat
Fonction
Gouverneur de Saint-Pierre-et-Miquelon
-
Titre de noblesse
Comte (d)
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activités
Aviateur militaire, administrateur colonialVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Distinctions

Administrateur colonial de carrière, il est gouverneur de Saint-Pierre-et-Miquelon (1936-1941) pendant la Seconde Guerre mondiale, fidèle au régime de Vichy et à l'amiral Georges Robert. Il est arrêté par les Forces navales françaises libres lors du ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon à la France libre le 24 décembre 1941.

Il est par la suite candidat vichyste, en 1945, pour être député de Saint-Pierre-et-Miquelon au sein de la première Assemblée nationale constituante, sans succès.

Biographie

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Origines familiales et jeunesse

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Gilbert de Bournat naît à Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône, le . En 1915, alors qu'il n'a que 18 ans, il s'engage durant la Première Guerre mondiale en tant que volontaire. Blessé en vol le 2 octobre 1918, il est démobilisé en 1919.

Il obtient alors la médaille commémorative de la bataille de Verdun ainsi que la Croix de guerre 1914-1918.

Études et début de carrière

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Après des études de droit et l'obtention d'un doctorat, il se dirige vers le ministère des Colonies, arrivant rue Oudinot en 1921. Il fera carrière dans diverses administrations coloniales, notamment au Tchad, au Congo et au Gabon en Afrique-Équatoriale française (AEF), mais aussi au Maroc.

Gouverneur de Saint-Pierre-et-Miquelon

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Il retourne à Paris en 1936, avant de postuler, puis d'être nommé par décret du président de la République Albert Lebrun au poste de gouverneur de la colonie de Saint-Pierre-et-Miquelon, où il succède à Georges Barrillot et sera remplacé par Émile Muselier en décembre 1941[2]. Il arrive sur l'archipel avec l'ambition d'améliorer les conditions de vie des habitants[3].

Pendant la Seconde Guerre mondiale

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Après l'armistice du 22 juin 1940 et l'occupation partielle de la France par l'Allemagne nazie, Gilbert de Bournat, alors gouverneur de l'archipel, décide d'adhérer à la France de Vichy, suscitant l'inquiétude des Alliés. À quelques encablures, Terre-Neuve, qui dépend alors de l'Empire britannique, est entré en guerre avec l'Allemagne le 3 septembre 1939, puis le Canada, le 10 septembre 1939 : pour eux, c'est un territoire potentiellement hostile auquel ils se retrouvent soudainement confrontés à leurs portes[4].

L'archipel se trouve néanmoins dans une situation difficile : les îles dépendent des subventions venant de métropole. Il dut ainsi négocier avec les Américains afin d'en obtenir, financées par les réserves d'or françaises, alors mandaté par l'amiral Georges Robert, commandant en chef de l’Atlantique-Ouest et haut-commissaire de France aux Antilles, à Saint-Pierre-et-Miquelon et en Guyane[5].

À cette époque, le Canada, avec l'aval des États-Unis, prépare un projet de débarquement afin d'occuper Saint-Pierre-et-Miquelon, prétextant que les autorités vichystes de Gilbert de Bournat diffusaient la propagande du régime via le puissant poste émetteur radio de Saint-Pierre, et étant particulièrement inquiet de la présence dans le port de Saint-Pierre de l'aviso Ville d'Ys de la marine de guerre de l'Armée d'armistice française[6].

Du 17 au 20 juillet 1940, le gouverneur de Bournat reçoit une délégation composée du commissaire aux finances de Terre-Neuve J. Hubert Penson et du commandant J. W. Rouër Roy de la Marine royale canadienne qui souhaitent obtenir une garantie de l'administrateur français que les îles ne seraient pas utilisées par l'Allemagne nazie ainsi que de discuter du rôle du Ville d'Ys et des relations de Gilbert de Bournat avec le gouvernement de Vichy. Gilbert de Bournat rassure les représentants canadiens et terre-neuviens et assure qu'il les informera de toute activité ennemie dans la région, mais refuse l'intégration du Ville d'Ys à la Marine royale canadienne. Le 6 août 1940, l'accord Greenslade-Robert règle les relations franco-américains sur la base d'un statu quo dans la région[7]. Le 9 septembre 1940, Gilbert de Bournat décide d'envoyer l'aviso Ville d'Ys à Fort-de-France, en Martinique, diminuant l'inquiétude des Canadiens. Selon le vice-consul britannique à Saint-Pierre-et-Miquelon, les autorités vichyste de Gilbert de Bournat auraient fait face à la défiance de la population, majoritairement pour la France libre, envers la présence du navire de guerre vichyste Ville d'Ys dans la colonie[4].

Au printemps 1941, le Canada et Terre-Neuve commencent à s'inquiéter du contrôle vichyste de Gilbert de Bournat sur la colonie de Saint-Pierre-et-Miquelon, voyant la France de Vichy collaborer militairement avec l'Allemagne nazie. Un inspecteur de la Gendarmerie royale canadienne (GRC), Oscar Larivière, est alors envoyé par le Canada pour « tenter de cerner les intentions de l'administrateur » Gilbert de Bournat, de sonder la population locale et rapporter « tout signe d'activité ennemie ». Le 22 mai 1941, le Comité mixte canadien de planification publie un mémorandum exhortant à l'élaboration de plans militaires pour renverser l'administration vichyste du gouverneur de Bournat grâce à une force de débarquement composée d'une compagnie d'infanterie du régiment des Fusiliers de Sherbrooke (Québec), transportés sur deux corvettes depuis Sydney, en Nouvelle-Écosse.

Le 28 mai 1941, les autorités militaires canadiennes commencent à élaborer un plan stratégique, visant notamment à prendre le contrôle de la ville de Saint-Pierre afin de neutraliser l'administration du gouverneur de Bournat, puis de s'emparer de la station de transmission radio, des bureaux administratifs, de la résidence du gouverneur, puis de la gendarmerie ou encore de la douane. Quelques jours après, l'inspecteur Larivière publie son rapport, estimant que près de 90 % des habitants de l'archipel étaient de fervents partisans de la France libre, malgré les efforts de dissuasion du gouverneur vichyste[4]. En [8], le général de Gaulle envoie l'amiral Émile Muselier au Canada dans le but de préparer une opération sur l'île. Le 15 décembre, l'amiral Muselier se rend à Ottawa, depuis Halifax, où il était arrivé à bord de quelques navires de guerre des Forces françaises libres détachés à la Force d'escorte locale de l'Ouest à Saint-Jean de Terre-Neuve[4]. Malgré l'attaque de Pearl Harbor par l'Axe et de la déclaration de guerre de l'Allemagne aux États-Unis le 11 décembre 1941, le statu quo est confirmé par les accords Horne-Robert le 17 décembre 1941[7]. Le même jour, de Gaulle ordonne à Muselier de rallier l'archipel au plus vite, craignant que les Canadiens ne tentent de prendre le contrôle de l'émetteur radio de Saint-Pierre-et-Miquelon. Le 23 décembre 1941, les corvettes Aconit, Alysse et Mimosa, ainsi que le sous-marin Surcouf avec l'amiral Muselier pour officiellement regagner Saint-Jean de Terre-Neuve, mais changent de cap pour Saint-Pierre-et-Miquelon. Le 24 décembre 1941, les marins armés débarquent, prennent possession de l'ensemble des bâtiments gouvernementaux et de communication, en seulement vingt minutes[4].

Les fonctionnaires de Vichy se rendent immédiatement et l'administrateur Gilbert de Bournat est arrêté[4],[9].

Il sera remplacé par l'amiral Émile Muselier, qui, lui-même, nommera Alain Savary, gouverneur de l'archipel quelques heures plus tard[10]. À la suite d'un plébiscite organisé dans l'archipel le 25 décembre, 98,2 % des votants déclarent choisir la France libre plutôt que la collaboration avec les puissances de l'Axe[4].

Gilbert de Bournat est alors prisonnier durant une cinquantaine de jours sur l'un des navires du port de Saint-Pierre. Il est finalement embarqué avec son épouse Suzanne à bord du Roselys, destination Londonderry, en Irlande du Nord, puis l'Angleterre. Prisonnier encombrant pour les Forces françaises libres, il lui ait donné la possibilité de se rendre à Vichy. Il est de retour en France début février 1942[11].

Après la Seconde Guerre mondiale

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En octobre 1945, alors vichyste, Gilbert de Bournat se présente lors des élections constituantes à Saint-Pierre-et-Miquelon, exilé à Grand Bank, à Terre-Neuve, étant interdit de séjour par l'administration locale de l'archipel. Obtenant 26,61 % des voix, il est battu par Henri Debidour de l'UDSR, qui l'emporte avec 47,53 %[12].

Gilbert de Bournat décède le à Valensole, dans les Alpes-de-Haute-Provence[1].

Publications

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  • Gilbert de Bournat, Le coup de Saint-Pierre, Paris, , 216 p. (lire en ligne)

Décorations

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Notes et références

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  1. 1 2 « Gilbert de Bournat (1896-1981) », sur data.bnf.fr (consulté le )
  2. ↑ Marc Albert Cormier, « Gilbert de Bournat : introduction, origines et son arrivée aux îles [1/6] », sur GrandColombier.com, (consulté le )
  3. ↑ « Alcool, contrebande et crise de la pêche : l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon dans l’entre-deux-guerres - Outre-mer La 1ère », sur Saint-Pierre et Miquelon La 1ère (consulté le )
  4. 1 2 3 4 5 6 7 « ‘A Tempest in a Teapot’: - Canadian Military Planning and the St. Pierre and Miquelon Affair, 1940-1942 », sur journals.lib.unb.ca (consulté le )
  5. ↑ « Saint-Pierre-et-Miquelon libéré », sur www.lhistoire.fr (consulté le ).
  6. ↑ (en) Winston Churchill, The Second World War, Plon, 1948-1954 ; rééd. La Deuxième Guerre mondiale, Le Cercle du Bibliophile, 12 vol., 1965-1966, tome sixième, « La grande alliance – L'Amérique en Guerre, 1941–1942 », chap. XV : « Washington et Ottawa », p. 303-304.
  7. 1 2 Léo Elisabeth, « Vichy aux Antilles et en Guyane : 1940-1943 », dans Outre-Mers. Revue d'histoire, série : « Vichy et les colonies », 2004, p. 145-174.
  8. ↑ Aron 1964, p. 199.
  9. ↑ « "Over by Christmas." The Liberation of Saint Pierre and Miquelon », sur worldatwar.net (consulté le ).
  10. ↑ Stéphane Simonnet, Christophe Prime et Claire Levasseur, « Les guerres fratricides en 1941 », Atlas, Autrement,‎ , p. 30–31 (lire en ligne, consulté le )
  11. ↑ Marc Albert Cormier, « Gilbert de Bournat : décembre 1941, l’arrivée de la France Libre et l’exil [3/6] », sur GrandColombier.com, (consulté le )
  12. ↑ « Gilbert de Bournat : ses activités d’après guerre [4/6] – Histoire des îles St Pierre et Miquelon », sur grandcolombier.com (consulté le )

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Armand Boutillier du Retail, Recueil. Dossiers biographiques. Documentation sur Gilbert de Bournat, Paris, Agence française d'information de presse,
  • Marcel Souzy, Les coloniaux français illustres, Paris, B. Arnaud,

Articles connexes

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Liens externes

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