Gilles de Montaigu
Gilles de Montaigu ou Egidius de Montaigu (XIIe siècle) est un noble du duché de Basse-Lotharingie, dans le Saint-Empire romain germanique. Il est comte de Montaigu, de Clermont-sur-Meuse et de Duras. Afin de conserver ce dernier comté, il mène plusieurs conflits contre les comtes de Looz. Il est également seigneur de Rochefort, de Hotton et de Jodoigne. Durant une longue maladie, ses frères Pierre et Conon assurent la régence de ses possessions.
Biographie
modifierGilles de Montaigu est le fils aîné de Godefroi de Montaigu et de Julienne de Duras. À la mort de ses parents en 1161, il leur succède dans l'ensemble de leurs territoires, comprenant notamment les comtés de Montaigu, de Clermont et de Duras.
Le comté de Duras constitue rapidement une source majeure de tensions, en raison de la rivalité entre les maisons de Montaigu et de Looz.
Premier conflit pour Duras
modifierEn 1170, un conflit éclate entre Gilles de Montaigu et Louis Ier de Looz. Ce dernier possède une enclave dans le comté de Duras, le village de Brustem. Afin d'affirmer son autorité sur ce territoire stratégique, Louis Ier fait construire une tour fortifiée à Brustem (la torenburcht) et y installe une garnison.
Cette présence militaire inquiète fortement l'abbaye de Saint-Trond et son abbé Wiric, car les moines ne peuvent plus se rendre en sécurité à l'église de Brustem. Gilles craint toutefois d'affronter directement l'armée de Louis Ier de Looz et ses troupes se limitent d'abord à quelques escarmouches.
Le roi des Romains Frédéric Ier Barberousse promet son soutien à l'abbaye de Saint-Trond, mais n'intervient finalement pas dans le conflit. Renforcé par l'abbé Wiric et les habitants de Saint-Trond, Gilles attaque alors la tour de Brustem et la fait incendier en 1171.
Les troupes de Montaigu poursuivent ensuite leur offensive contre le château de Looz, où Louis Ier de Looz est soigné en raison de sa maladie. Le comte de Looz meurt cependant peu après, probablement des suites d'une fièvre.
L'affaire est ensuite portée devant la cour impériale de Frédéric Barberousse. La veuve de Louis Ier, Agnès de Metz, et son jeune fils Gérard II de Looz, réclament d'importantes compensations financières à Gilles de Montaigu. Celui-ci risque une lourde condamnation, mais l'intervention de l'abbé Wiric de Saint-Trond et de Raoul de Zähringen, prince-évêque de Liège, permet d'apaiser le conflit.
Gilles effectue alors une donation à une église liégeoise afin de mettre fin au différend entre Montaigu et Looz. Henri l'Aveugle, comte de Namur et de Luxembourg, joue également un rôle de médiateur.
Afin de sceller la paix autour de l'enclave de Brustem, Gilles épouse en 1172 Laurette de Looz, sœur de Gérard II de Looz.
Second conflit pour Duras
modifierAprès le mariage de Gilles et Laurette, Gérard II de Looz part en croisade. Son frère Hugues assure alors la régence du comté de Looz et fait reconstruire la tour de Brustem en 1173. Gilles ne s'oppose pas immédiatement à cette reconstruction.
Lorsque Gérard revient de croisade en 1174, il obtient du roi des Romains l'octroi de droits urbains à Brustem. Cette transformation de l'enclave en une ville fortifiée ravive le conflit entre Montaigu et Looz. L'abbaye de Saint-Trond considère en effet cette nouvelle fondation comme une menace directe pour ses propres intérêts.
La même année, le mariage entre Gilles et Laurette de Looz prend fin. Le couple se sépare après deux années d'union, sans avoir eu d'enfant.
Le conflit entre Montaigu et Looz est alors arbitré par Godefroid III de Louvain. Celui-ci contraint Gérard II de Looz à limiter le développement de Brustem, car il poursuit des objectifs politiques plus larges : renforcer l'influence de Louvain dans la région du duché de Limbourg.
Peu après, Gilles tombe gravement malade et doit confier l'administration de ses territoires à ses deux frères. Pierre de Montaigu, chanoine de la cathédrale Saint-Lambert de Liège, est rappelé afin d'administrer le comté familial de Montaigu. Conon de Montaigu, chevalier au service du prince-évêque de Liège, devient quant à lui régent des comtés de Clermont et de Duras.
Malgré son état de santé, Gilles conserve l'administration de la seigneurie de Jodoigne, où il a favorisé l'installation des Hospitaliers de Saint-Jean. Selon plusieurs chroniqueurs médiévaux, il souffre de la peste, même si cette information demeure incertaine.
En 1188, Gilles fonde l'abbaye cistercienne de Rosières, connue ensuite sous le nom d'Abbaye du Val-Saint-Lambert. Il autorise l'installation de cette communauté dans son comté de Clermont. Les moines issus de l'abbaye de Signy participent à la fondation du nouveau monastère.
La vente du comté de Duras
modifierConon de Montaigu part ensuite en croisade. Avant son départ, il vend le comté de Duras à son ancien adversaire Gérard II de Looz.
Cette vente permet au comte de Looz de réunir sous son autorité l'ensemble du comté de Duras autour de l'enclave de Brustem. Elle lui permet également d'obtenir la fonction de vice-avoué de l'abbaye de Saint-Trond. Le titre d'avoué supérieur de l'abbaye appartient alors au duché de Limbourg.
La décision provoque la colère du duc Henri Ier de Brabant, successeur des comtes de Louvain. Celui-ci considère cette vente comme une rupture de l'équilibre politique régional. Une guerre éclate alors entre le Brabant, Looz et leurs alliés.
Le duc de Brabant fait détruire le château de Duras, ravage l'abbaye de Saint-Trond et installe une garnison à Duras.
De son côté, Gérard II de Looz envahit la principauté de Liège. Le prince-évêque Raoul de Zähringen l'excommunie, mais Gérard riposte en incendiant Tongres, ville appartenant à la principauté.
Baudouin V de Hainaut et Henri III de Limbourg interviennent alors dans le conflit. Finalement, lors d'un accord conclu à Cologne en 1190, Gérard II de Looz obtient définitivement le comté de Duras ainsi que la vice-avouerie de l'abbaye de Saint-Trond.
Un comte sans comté
modifierAprès le départ de Conon en croisade avec une importante somme d'argent fournie par les Brabançons, Gilles de Montaigu gouverne seul ses dernières possessions, essentiellement la seigneurie de Jodoigne.
Sans héritier direct, il meurt sans transmettre de descendance. À sa mort, les comtés de Montaigu et de Clermont passent à son beau-frère Wéry II de Walcourt, époux de sa sœur Gerberge.
Le comté de Duras demeure quant à lui définitivement rattaché au comté de Looz.
Notes et références
modifierVoir aussi
modifierBibliographie
modifier- R. Hanon de Louvet, Histoire de la Ville de Jodoigne, Gembloux, Duculot, , 946 p. (résumé)
- C. G. Roland, « Les seigneurs et comtes de Rochefort », Annales de la Société archéologique de Namur, no 20, , p. 63–141 (lire en ligne, consulté le )
- Joseph Mathias Wolters, Notice Historique sur l’Ancien Comté de Duras en Hesbaie, Gyselinck, (lire en ligne)
