Grammaire wallonne

éléments de grammaire de la langue wallonne

La grammaire wallonne est l'usage et le fonctionnement de la langue wallonne dans son intégralité, par le biais des deux canaux de communication. Elle a trait aux plus petits éléments du langage jusqu'à la syntaxe.

La grammaire wallonne, par nature, ressemble à celles des autres langues d'oïl, quoique des particularités germaniques s'y soient immiscées, étant donné que la langue wallonne est située dans la partie romane de la frontière séparant les langues latines des germaniques[1].

Genres et nombres

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Le wallon comporte deux genres ainsi que deux nombres. Ce sont exactement les mêmes que ceux que l'on rencontre en français. Les genres sont le féminin (femrin) et le masculin (omrin), tandis que les nombres sont le singulier (singulî) et le pluriel (pluriyal).

Adjectifs

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L'adjectif qualificatif est souvent placé devant le nom, voire toujours lorsque celui-ci est court[2]. En général, les adjectifs féminins pluriels antéposés prennent, morphologiquement parlant, un accent grave sur le « e ». Cela se traduit, en phonétique, par la prononciation de la dernière voyelle, par le biais de la mi-ouverte antérieure non arrondie[3].

Conjonctions

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Coordination

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Les conjonctions de coordination lient deux parties, au sein d'une même phrase. L'on distingue plusieurs catégories de coordinations en wallon : l'ajout, l'alternative, la cause, la comparaison, la conséquence, la mise en garde, l'opposition et la succession[4].

En ce qui concerne le « et » ainsi que ses dérivés, cette conjonction d'ajout est indispensable pour terminer une énumération. L'on l'emploie également pour évoquer une énumération négative, là où l'on ferait usage du « ni », en français. En wallon, la proposition suivant le « et » ou l'une de ses variantes peut être construite par l'intermédiaire d'un sujet suivi d'un verbe et d'un éventuel complément ou peut être construite directement par l'emploi d'un infinitif suivi d'un éventuel complément[5]. Parmi les dérivés de « et », l'on retrouve : « ey », « eyet » et « yet ». « Et » et « eyet » sont interchangeables et peuvent s'utiliser dans tous les cas de figures, contrairement à « ey » ainsi que « yet ». Le premier s'emploie avant un mot débutant par une voyelle, tandis que le second suit un terme se terminant par une[6].

La conjonction de coordination d'alternative principale en wallon reste identique à celle du français[4]. Il est supplanté par le « u » ou le « û » dans certaines régions, notamment aux frontières partagées avec le gaumais et le champenois ainsi qu'au nord du centre-wallon[4],[7]. Du côté nord de l'ouest-wallon, au même titre que les patois picards hennuyers, la forme « oubén », qui littéralement traduit donne « ou bien », prévaut[5],[7].

La conjonction de coordination de comparaison maîtresse en wallon est le mot « come »[4]. Il n'est pas rangé dans la même classe que son homologue français, « comme », qui a intégré celle des adverbes[8]. L'orthographe reprise en wallon unifié correspond à celle retrouvée dans la majorité des dictionnaires. Il existe une divergence phonético-morphologique provenant du sud-wallon, là où ce mot s'écrit et se prononce parfois « coume »[9]. Outre son caractère comparatif, « come » peut s'employer également en tant que conjonction de coordination exprimant la cause[10].

La conjonction de coordination d'opposition la plus utilisée est « mins », auquel l'on attribue plusieurs dérivés[4]. Cette forme, reprise en wallon unifié, reste la plus répandue dans le domaine wallonophone. Les extrémités méridionales et occidentales observent une dénasalisation de l'unique voyelle, par laquelle l'on obtient quasiment le même phonème que son équivalent en français[11].

Les deux conjonctions de coordination liées à la successions majeurs sont « adon » et « poy / pu / pwis »[4]. Ces mots signifient « ensuite » et « puis », qui sont aussi considérés, en français, comme des adverbes[12],[13]. La forme « adon » demeure pratiquement inchangée dans l'ensemble de la Wallonie linguistique, tandis que la triple unification précitée varie selon les dialectes et les patois[14].

Les vocables permettant d'exprimer la cause et la conséquence, dont leurs équivalents dans la langue de Molière sont souvent repris en tant qu'adverbe, appartiennent à la sous-classe des conjonctions de coordination[4],[5]. Les dernières fonctions attribuées aux conjonctions de coordination wallonnes sont celles de la mise en garde représentées, en grande partie, par « ôtrumint » ainsi que « sinon » et consort[4],[15],[16].

Subordination

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Les conjonctions de subordination lient deux parties de la phrase : la proposition principale et la subordonnée. L'on en distingue dix sous-catégories en wallon : le but, la cause, la comparaison, la concession, la condition, la conséquence, l'hypothèse, la manière, l'opposition et le temps[17]. Quasiment toutes sont constituées du « ki », en tant que dernière partie constituant la conjonction de subordination employée[18]. Cependant, il existe des exceptions, notamment le terme « come ». Ce dernier joue le rôle de la conjonction de subordination lorsqu'il introduit une subordonnée ou lorsqu'il correspond à la locution « comme si ». Dans les autres cas de figure, il est repris comme une coordination[5].

Déterminants

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La classe des déterminants existe en wallon[4]. Beaucoup de grammaires, plus anciennes ou récentes, s'accordent, pourtant, à classer ces lexèmes parmi les adjectifs[19],[20],[21]. Une minorité de grammairiens s'accordent même à classer certaines sous-catégories de déterminants, à savoir les possessifs, au rang de pronom[22].

Articles

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Il existe, en wallon, quatre catégories de déterminants articles : les contractés, les définis, les indéfinis et les partitifs. La morphologie de chaque lexème peut dépendre du genre et du nombre, bien qu'une poignée d'entre eux puisse être employée pour les deux genres.

En général, les articles définis, que ce soit en wallon unifié ou parmi les différentes variétés locales, peuvent être utilisés aussi bien pour le masculin que pour le féminin, indépendamment de leur nombre[23]. Les articles définis les plus répandus en wallon sont « el » et « li ». Ces termes désignent la même réalité. La différence entre les deux est que le premier s'emploie principalement dans le domaine occidental, tandis que l'autre reste majoritaire, surtout au centre et à l'orient[24],[25]. Il est à noter que « el » est l'orthographe rifondowe et que ce mot possède un accent grave dans le système Feller. Toutefois, la majorité du sud-wallon entrevoit une distinction pour le singulier, influencée par le genre du nom auquel l'article défini se rapporte. La forme féminine prédominante est « la »[25], alors que les deux équivalents masculins les plus rencontrés dans cet espace sont « èl » et  lu »[24]. Les articles définis singuliers peuvent s'élider et devenir, en conséquence, « l' », voire « 'l » dans quelques variétés. Le pluriel demeure le même qu'en français, quoique le système Feller préconise de lui ajouter un accent grave.

Les articles indéfinis du wallon suivent la même logique que le français : une première pour le masculin singulier, une deuxième pour le féminin singulier, une troisième singulière élidée en raison du mot le suivant et une quatrième pour le pluriel. Cette dernière obéit à la même règle que le « les », autant dans la signification que dans les orthographes. L'indéfini masculin de prédilection en langue wallonne est le « on », qui a d'ailleurs été repris en orthographe standard. La seule exception étant le dialecte occidental qui privilégie plutôt le « in »[26]. L'indéfini féminin qui a été retenu pour le wallon unifié est aussi celui qui domine l'espace occidental : ene. L'on retrouve une prépondérance de « one » sur l'axe reliant Wavre, Namur, Marche-en-Famenne, Bastogne et le sud-est de la partie romane de la province de Liège. Le nord-est du dialecte central ainsi que le nord-ouest du dialecte oriental se partagent « ine » et « une »[27].

L'on dénombre trois articles partitifs en wallon : un premier pour le féminin singulier, un deuxième pour le masculin singulier et un dernier pour le pluriel. Ils consistent en la contraction de deux mots : « di », préposition correspondant au « de », et l'article défini, dépendamment du nombre, voire du genre pour le singulier. En wallon unifié, les articles partitifs sont, respectivement à l'ordre donné dans ce paragraphe : « del », « do » et « des ». En ce qui concerne la variante du pluriel, il prend un accent grave avec le système Feller[28]. La plupart des variétés locales du wallon adopte le « del », auquel l'accent grave est ajouté, toujours en raison des règles orthographiques du système Feller. Le Sud-Est, la région de Malmedy ainsi qu'une grande part du sud-wallon s'éloignent de cette convention et adoptent, à la place, le mot « dal »[29]. Les formes du partitif singulier masculin majoritaire en ouest-wallon sont « dou » et « du ». L'usage de ce dernier s'étend au sud des domaines du centre et du wallon méridional. Le reste du walon do Mitan ainsi que le wallon oriental se partagent « dè » et « do »[30].

Outre les trois articles partitifs, le wallon compte une poignée d'autres articles contractés. Le tableau dressé infra s'attarde sur les conventions du wallon unifié ainsi que celles largement répandues dans les quatre dialectes.

Les articles contractés en wallon et ce incluant les partitifs
Équivalents en français Lexèmes contractés[31] Articles contractés (orthographe du wallon unifié) Forme dialectales principales relevées dans l'A.L.W. ou autres ouvrages consacrés à cette langue
aux « a » + « les » « ås », « azès » et

« åzès »

« âs » (majorité du domaine est-wallon), « azès » (partie orientale des wallon du Sud et de l'Est), « ôs » (wallon du Centre et partie occidentale du sud-wallon)[32]
à la (féminin)

au (masculin)

« a » + « li » « al » (féminin, devant une consonne)

« å » (masculin)

« al » (forme omniprésente)[33]« â » (est et sud-wallon), « å » (est-wallon) et « au » (centre et ouest-wallon)
des (gens) « di » + « a » + « les » « dås »

« dåzès »

« dås » (est-wallon, avec ou sans apostrophe entre les deux lettres)[34]
de (quelqu'un) « di » + « a » + « li » « dal » (féminin)

« då » (masculin)

« dal » (forme omniprésente, avec ou sans apostrophe entre les deux premières lettres).

« då » (est-wallon, avec ou sans apostrophe entre les deux lettres) et « dau » (reste)[34]

des (choses ou animaux) « di »+ « les » « des »

« ds »

« dès » (forme omniprésente)[28]

« d's » (patois de Nivelles)[35]

de (chose ou animal) « di » + « li » « del » (féminin)

« do » (masculin)

« del » (quasiment partout) et « dal » (sud-wallon et Pays de Malmedy)[29]

« dè » (wallon oriental et en majeure partie du domaine central), « do » (wallon oriental et en majeure partie du domaine central), « dou » (ouest-wallon ainsi que dans le Sud des wallons central et méridional) et « du » (ouest-wallon ainsi que dans le Sud des wallons central et méridional)[30]

dans les

en

« dins »+ « les » « ezès » « ezès » et « ozès » (attesté dans le patois de la Gleize[36], contraction fréquente dans la toponymie, mais usage très minoritaire en dehors du wallon unifié)
« e » + « les »
dans le

en

« dins » + « li » « e » (masculin)

« el » (féminin, devant une consonne)

Aucune forme dialectale attestée jusqu'à présent.
« e » + « li »
par les « pa »+ « les » « pås »

« påzès »

« pås » et « paux » (respectivement centre-wallon et Basse-Ardenne)[37]
par la

par le

« pa » + « li » « på » (masculin)

« pal » (féminin)

« på » (liégeois et Basse-Ardenne), « pau » (ouest-wallon) et « pou » (centre-wallon)

« pal » (quasiment partout, sauf en est-wallon)[37]

Démonstratifs

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Globalement, les déterminants démonstratifs en wallon (prezintoe d' mostraedje) comportent plusieurs formes au singulier, se rapportant au genre, tandis que celle du pluriel reste unique[38]. Toutefois, quelques patois, dont ceux issus de l'ouest-carolo ne distinguent pas le masculin du féminin, même au singulier[20]. Ces déterminants s'emploient, comme le nom de la classe de mot l'indique, devant un substantif. La plupart du temps, l'usage de « ci » et de « la » après le nom est de mise[19],[20],[21]. Le premier marque la proximité, alors que le second exprime l'inverse. Il est à noter que les termes « ci » et « la » bénéficient de synonymes. Néanmoins, des locutions figées emploient le déterminant démonstratif sans la particule postposée[21],[38].

Les déterminants démonstratifs en wallon
Équivalents en français Déterminants démonstratifs (orthographe du wallon unifié)
ce ...-ci

ce ...-la


cet ...-ci

cet ...-la


cette ...-ci

cette ...-la

(forme mixte devant une consonne)

« ci ...-ci »

« ci ...-la »

« èç ...-ci »

« èç ...-la »


(forme mixte devant une voyelle)

« ç-n ...-ci »

« ç-n ...-la »

« ç-t ...-ci »

« ç-t ...-la »

« èç-n ...-ci »

« èç-n ...-la »


(forme féminine devant une consonne)

« cisse ...-ci »

« cisse ...-la »


(forme masculine devant une voyelle)

« cist ...-ci »

« cist ...-la »


(forme féminine devant une voyelle)

« ciste ...-ci »

« ciste ...-la »

ces ...-cI

ces ...-la

« ces ...-ci »

« ces ...-la »

Possessifs

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Les déterminants possessifs (prezintoe d' apårtinance) en wallon possèdent plusieurs formes, dépendamment du mot suivant. Une autre différence avec les démonstratifs est qu'il existe trois personnes, à l'instar de ce qui se produit avec les pronoms personnels sujets[39].

Équivalents en français Déterminants possessifs (orthographe du wallon unifié)
mon



ma (devant une consonne)

mon (devant une voyelle)

mes

(forme singulière mixte devant une consonne)

« èm »

« mi »


(forme singulière mixte devant une voyelle)

« èm-n »

« m' »


(forme plurielle)

« mes »

ton


ta (devant une consonne)

ton (devant une voyelle)


tes

(forme singulière mixte et familière devant une consonne)

« èt »

« ti »


(forme singulière mixte et familière devant une voyelle)

« èt-n »

« t' »


(forme plurielle et familière)

« tes »

votre

vos

(forme singulière mixte et non familière devant une consonne)

« vo »

« vosse »


(forme singulière mixte et non familière devant une voyelle)

« vo-n »


(forme singulière masculine et non familière devant une voyelle)

« vost »


(forme singulière féminine et non familière devant une voyelle)

« voste »


(forme plurielle et non familière)

« vos »

son


sa (devant une consonne)

son (devant une voyelle)


ses

(forme singulière mixte devant une consonne)

« ès »

« si »


(forme singulière mixte devant une voyelle)

« ès-n »

« s' »


(forme plurielle)

« ses »

notre

nos

(forme singulière mixte devant une consonne)

« no »

« nosse »


(forme singulière mixte devant une voyelle)

« no-n »


(forme singulière masculine devant une voyelle)

« nost »


(forme singulière féminine devant une voyelle)

« noste »


(forme plurielle)

« nos »

votre

vos

(forme singulière mixte devant une consonne)

« vo »

« vosse »


(forme singulière mixte devant une voyelle)

« vo-n »


(forme singulière masculine devant une voyelle)

« vost »


(forme singulière féminine devant une voyelle)

« voste »


(forme plurielle)

« vos »

leur

leurs

(forme singulière mixte devant une consonne)

« leu »


(forme singulière mixte devant une voyelle)

« leu-n »

« leu-z »


(forme plurielle)

« leus »

Les dernières catégories de déterminants en wallon sont les indéfinis, ainsi que le duo exclamatifs-interrogatifs.

Pronoms

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Personnels sujets et objets

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Le wallon distingue les pronoms personnels sujets et objets (pronos d' djin sudjets eyet coplemints ou pronos sudjets eyet coplemints). Par ailleurs, cette langue différencie également les pronoms personnels, selon qu'ils se placent avant ou après le verbe[40],[41],[42]. Le wallon s'oppose au français, tout en rejoignant l'espagnol, quant à l'obligation d'accompagnement du verbe par le biais d'un pronom personnel sujet. En effet, aussi bien dans la langue de Defrêcheux, en particulier lorsque la troisième personne du singulier est concernée, que dans celle de Cervantes, l'on peut omettre le pronom en question[43],[44].

  • S’ c’ èsteût må fé, l’ åreût vèyou. (J. Mousset)[45]

Les formes antéposées et postposées du sujet de la première personne du singulier en wallon consistent quasiment toujours, phonético-morphologiquement, en une consonne affriquée palato-alvéolaire voisée suivie par une voyelle[46]. Cependant, dans certaines variétés, la consonne affriquée précitée cède sa place à l'occlusive alvéolaire voisée, quoiqu'une cohabitation entre les deux variantes puisse exister[47]. Les formes antéposées et postposées des pronoms objets de cette même personne du singulier adopte toujours la consonne nasale bilabiale voisée[48].

La forme antéposée principale du pronom sujet de la deuxième personne du singulier s'inscrit dans la même lignée que celle du français. « Ti » reste la forme majoritaire, bien que le « tu » domine le Sud du domaine pan-wallon ainsi que la frontière partagée avec la Wallonie prussienne[49],[50]. Néanmoins, il est à souligner que certains patois ne comportent pas de tutoiement, hormis dans des expressions figées[47]. La forme postposée majoritaire du pronom sujet afférent à cette personne est le « tu » lorsque le dernier son antérieur est consonantique, malgré la possibilité de l'omettre ou de le remplacer par le phonème fricatif alvéolaire sourd[42],[51],[52]. En ce qui concerne les deux types de formes liées aux pronoms objets de ladite deuxième personne du singulière, elles restent globalement les mêmes que leurs équivalents du sujet[53]. L'on note toutefois l'absence des « -ss » et « to ».

Les pronoms personnels sujets liés au féminin de la troisième personne du singulier varient, selon que le terme suivant commence par une consonne ou une voyelle. À ce propos, l'espace wallophone note, au plus souvent et respectivement, « ele » devant une consonne ou « elle » devant une voyelle[54]. Il existe une seconde forme pour chacun des cas de figure présentés antérieurement, que l'on retrouve du côté oriental. En ce sens, « ile » et « ille » sont attestées à Verviers ainsi qu'à Liège, bien qu'elles soient dénotées comme archaïsantes dans le patois liégeois[55]. Ceux impliquant la troisième personne masculine du singulier dépendent également du phonème suivant. Ainsi, si le son précité est consonantique, la plupart des patois optent pour le « i » ; de la même manière que quand il s'agit d'un vocalique, l'on choisit le trois quarts du temps la forme « il »[56]. De nombreux dictionnaires relèvent, malgré tout, la présence vivace d'une alternative, « is », dans le dialecte occidental[57],[58]. Enfin, le pendant neutre demeure généralement « on » devant une consonne, quoique certaines variétés du Levant et du Couchant connaissent une variante dénasalisée, « o ». En ce qui concerne le pronom neutre précédant une voyelle, la notation « on-z » est privilégiée, même s'il existe un autre morphème ayant la même fonction dans le pays de Bastogne[59],[60],[61]. Les troisièmes personnes distinguent les pronoms personnels objets selon le rôle joué dans la phrase : complément direct ou indirect du verbe. Dans le premier cas, la forme singulière « li » reste majoritaire dans les dialectes, tandis que dans le second, la forme prépondérante du singulier est « lyi », du moins devant une consonne[62].

Trois des quatre dialectes ont choisi le mot « nos ». Quant au sud-wallon, celui-ci emploie le même pronom personnel sujet que celui utilisé à la première du singulier la plupart du temps :« dju »[63],[64]. L'isoglosse créé par ces deux réalités engendrent une cohabitation de ces deux usages dans les patois traversés par cette frontière[65]. En ce qui concerne le pronom personnel antéposé de la deuxième personne du pluriel, le « vos » est omniprésent[66]. Enfin, les formes genrées liées à la troisième personne du pluriel sont plus ou moins identiques à leurs équivalents singuliers. Le « on » et consort ne possède aucun homologue au pluriel[41],[42].

Les pronoms personnels sujets et objets en wallon unifié
Personnes concernées P.P.S. antéposés P.P.S. postposés P.P.O.

antéposés

P.P.O. postposés
Première personne du singulier « dj' » (devant une voyelle)

« dji » (devant une consonne)

« dju » « èm » et « mi » (devant une consonne)

« m' » (devant une voyelle)

« m' » (derrière une voyelle uniquement)

« mu »

Deuxième personne du singulier lié au tutoiement « èt » et « ti » (devant une consonne, informelle)

« to » (devant une consonne, moins informelle)

« t' » (devant une voyelle)

« -ss » (après une voyelle)

« tu » (après une consonne)

« èt » et « ti » (devant une consonne)

« t' » (devant une voyelle)

« t' » (derrière une voyelle uniquement)

« tu »

Deuxième personne du singulier lié au vouvoiement « vis » (en tant que complément indirect du verbe seulement)

« vos » et « vs »

Troisième personne féminine du singulier « ele » (devant une consonne)

« elle » (devant une voyelle)

« el », « l' » et « li » (en tant que complément direct du verbe)

« lyi » (en tant que complément indirect du verbe)

Troisième personne masculine du singulier « i » (devant une consonne)

« il » (devant une voyelle)

Troisième personne neutre du singulier « on »

« on-z » (devant une voyelle uniquement)

Première personne du pluriel « dj' » (devant une voyelle)

« dji » (devant une consonne)

« dju » « nos » et « ns »
« nos » et « ns »
Deuxième personne du pluriel « vis » (en tant que complément indirect du verbe seulement)

« vos » et « vs »

Troisième personne féminine du pluriel « ele » (devant une consonne)

« elle » (devant une voyelle)

« elzès » et « lzès » (en tant que complément direct du verbe)

« elzî », « lzî » et « lezî » (en tant que complément indirect du verbe)

« les » (en tant que complément direct du verbe)

Troisième personne masculine du pluriel « i » (devant une consonne)

« il » (devant une voyelle)

Possessifs

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Les pronoms possessifs en wallon peuvent suivre un article défini. Hormis le dialecte oriental, les dialectes du wallon comportent une forme masculine et une autre féminine[67]. À cela s'ajoute la distinction entre les formes singulières et plurielles, bien que ces dernières s'utilisent indépendamment du genre[22],[43]. En wallon standard, la distinction entre les deux existe, mais le féminin tend à l'emporter sur le second genre. Lorsque le pronom possessif est constitué en deux parties, il se peut qu'un adjectif s'immisce entre les deux[67].

La Wallonie dialectale se caractérise par une hémisphère occidentale, dans laquelle l'on distingue les formes singulières masculines des féminines, et une hémisphère orientale, dans laquelle ce genre de formes restent mixtes[68]. En ce qui concerne les pluriels, la Wallonie dialectale demeure toujours coupée en deux. Néanmoins, cette division est marquée par l'isolement du dialecte occidental des trois autres : les formes liées au « no » et consort dominent l'Ouest, tandis que celles relatives au « nosse » s'étend sur le reste. Il en va de même pour la deuxième personne du pluriel[69].

Les pronoms possessifs wallons ne sont pas exclusivement accompagnés d'un article défini. En effet, il peut être précédé de la préposition « da ». Ce procédé n'existe pas en français, auquel cas l'on employerait la préposition « à » suivi d'un pronom tonique : « à moi », « à toi », etc. Lorsque l'on désigne une appartenance en wallon, l'on peut utiliser, outre la préposition précitée suivie d'un pronom possessif, également la même structure que dans la langue de Molière : la préposition « a » ou « da » précédant le pronom tonique[43] :

  • Il èst d'à meune. Asteûre, dji m' va djouwer 'ne ôbåde. (J. Vrindts)[70]
  • Pascal Saal, li rwè des tructeux, A traz' tours da sonk quand il est so l' tereinge; (E. Strengnart) [71]
  • Vîle têre, poûssîre d'à nosse, Glorieûse assîze di nosse Pèron ! (J. Dessard) [72.1]
  • S' on mot d'à vosse nos r'tome èl boke... Turtos n' plorans ! (J. Bury)[73]
  • Rèssèrés tote ine sinte djournêye, drî leû canliète, a rôler dès piles sins måy ine eure d'à zèls. (H. Simon)[74]
Les pronoms possessifs en wallon unifié
Équivalents en français (obligatoirement accompagné d'un article défini[75]) Pronoms possessifs accompagnés d'un article défini (orthographe du wallon unifié) Équivalents en franàais (préposition accompagnée du pronom tonique) Pronoms possessifs accompagnés d'une préposition (orthographe du wallon unifié)
La mienne

Le mien

Les miens

Les miennes

« li ménk » (masculin singulier)

« li minne » (mixte singulier)

« les minnes » (pluriel)

À moi « da minne »
La tienne

Le tien

Les tiens

Les tiennes

« li ténk » (masculin singulier et familier)

« li tinne » (mixte singulier et familier)

« les tinnes » (pluriel et familier)

À toi « da tinne » (familier)
La vôtre

Le vôtre

Les vôtres

« li vosse » (singulier et non familier)

« les vosses » (pluriel et non familier)

À vous « da vosse » (non familier)
La sienne

Le sien

Les siens

Les siennes

« li sénk » (masculin singulier)

« li sinne » (mixte singulier)

« les sinnes » (pluriel)

À elle

À lui

« da leye » (féminin)

« da lu » (masculin)

« da sinne » (mixte et équivoque)

La nôtre

Le nôtre

Les nôtres

« li nosse » (singulier)

« les nosses » (pluriel)

À nous « da nosse »
La vôtre

Le vôtre

Les vôtres

« li vosse » (singulier)

« les vosses » (pluriel)

À vous « da vosse »
La leur

Le leur

Les leurs

« li leur » (singulier)

« les leurs » (pluriel)

À elles

À eux

« da leur »

« da yeusses »

« da zels » (masculin)

« da zeles » (féminin)


Adresse

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Tutoiement

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Certains patois, à l'instar de l'aclot, ne comportent pas de tutoiement, hormis dans des expressions figées[47]. L'on constate l'absence du tutoiement dans une part importante du dialecte occidental, principalement au niveau de l'isoglosse avec le picard[50]. Par ailleurs, le tutoiement reste restreint en wallon. Il existe une gradation du tutoiement dans les variétés qui en font usage, du moins familier au plus vulgaire[76],[77].

Le linguiste Jean Lechanteur écrit « Le vouvoiement est habituel en wallon ; le tutoiement avec le pronom twè peut être familier ; avec ti, il est ressenti comme grossier » [78]

Le tutoiement est considéré comme impoli dans le domaine central, surtout dans le patois namurois. Il est à proscrire dans toutes les situations, sauf lorsque l'on s'adresse à soi-même ou à un animal[79]. Toutefois, les wallonophones préfèrent quelquefois vouvoyer leurs animaux comme les agriculteurs vouvoyaient leur bétail ou les propriétaires vouvoient leurs animaux domestiques[80],[81]. Il peut s'employer sans connotation négative dans des expressions figées, afin d'insister sur la véracité des propos tenus[82]. Dans le cadre conversationnel, il est légitime de l'employer uniquement pour converser avec un interlocuteur de même sexe, de préférence entre hommes, ayant environ le même âge et dans un lieu convivial[43],[81].

Vouvoiement

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Le vouvoiement en wallon s'emploie aussi bien au singulier qu'au pluriel et son usage reste, en conséquence, global[79],[83]. En français, le voussoiement est généralement marqué, c'est-à-dire qu'il peut être connoté ou dénoté[84]. En wallon, le vouvoiement reste la forme non marquée, voire l'unique manière, de s'adresser à son interlocuteur[47].

Groupes

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Le wallon, à l'instar des autres langues romanes, range ses verbes dans des groupes. L'on en compte cinq en wallon unifié. À ce titre, quatre groupes ont été, dans un premier temps, élaborés par Laurent Hendschel, dans le cadre de la standardisation. Cependant, depuis 1994, des modifications ont été opérées. Celles-ci concernent principalement les verbes isolés qui ont été ajoutés au cinquième groupe et la terminaison « -u » devenue « -eur »[85]. Le tableaux ci-dessous reprend les terminaisons des verbes de chacun des groupes à l'infinitif présent :

La classification des verbes en wallon unifié d'après Laurent Hendschel
Premier groupe Deuxième groupe Troisième groupe Quatrième groupe Cinquième groupe
-er -î (sauf -yî) -yî (sauf -iyî) -i -de
-é
-eur
-ey
-i
-ir
-iyî -mpe
-re
-te
-wè
-xhe

La plupart des grammaires wallonnes dialectales, c'est-à-dire celles se focalisant sur l'usage du wallon dans une zone déterminée par l'ouvrage, comportent trois à cinq groupes de verbes. En-dehors de cette classification, l'on retrouve des verbes isolés, tels que les auxiliaires ou les irréguliers, adoptant une conjugaison spécifique.

La classification des verbes dans les divers dialectes et patois wallons
Premier groupe Deuxième groupe Troisième groupe Quatrième groupe Cinquième groupe Isolés
Générique est-wallon[22] -er -ir -oir -re Aveur

Ess

Liégeois[86] -er

-î

-i -e (sauf -re)

-r

-re

Aler

Aveur

Ess

Canton de Givet[87] -è -yi -i -e Le wallon de Givet comporte une pléthore d'exceptions.
Générique centre-wallon belge[88] -è

-er

-i (Sud)

-î (Nord)

-î (Nord, avec -iant au participe actif)

-yi (Sud, avec -iant au participe actif)

-yî (Nord, avec -iant au participe actif)

-i (avec -ichant au participe actif) -che

-de

-re

-te

-u

Awè / oyu

Èsse / ièsse / yèsse

Aclot[89] -er -î

-yî

-i -wêr -che

-de

-r

-re

-te

Avwêr

Ravwêr

Yèsse

Ouest-carolo[20] -er

-î

-i -de

-te

-re Awè / awo

Bwère / bwôre

Crèche / crèchî

Dalér

Dèsfé

Dèvwèr / d(è)vwôr

Èrcèvu / èrcèvwèr / èrcèvwôr

(È)rfé

Falu / falwèr / falwôr

Fé

Ièsse / yèsse

Ousu / ouswèr / ouswôr

Parèche / parète

Pieuve

Poulu / pouvu / pouvwèr / pouvwôr

Punre

(R)achîde / rachîr

Vali / valu / valwèr / valwôr

Vo(u)lu / voulwèr / voulwôr

Environs de Bastogne[90] -er -i

-îr

-te (simultanément)

-de

-èr

-te (simultanément)

-ze

-ar

-pe

-re

-ûr

Avèr

Aler

Èsse / sèy

Fé

Bouillon[91] -er

-i

-î

-oir -e

-ir (sauf -oir)

Aler

Awoi

Ette

Générique reprenant les quatre dialectes[92] -er -i -i (wallon oriental et méridional)

-î (wallon central et occidental)

-u

Douviè

-che

-de

-pe

-r

-re

-te

-y

Fé

Awè / Aveûr (wallon oriental)

(I)èsse

Auxiliaires

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L'auxiliaire principal en langue wallonne reste le verbe « aveur / avu / awè ». C'est également le verbe quasi-exclusivement employé avec les temps composés et surcomposés, au même titre que les langues romanes limitrophes : le champenois, le picard, et le lorrain par le biais du dialecte gaumais[93]. L'on peut toutefois rencontrer des phrases, dans lesquelles le verbe « esse / sey » est utilisé, mais son usage reste considéré comme un gallicisme[94]. En ce qui concerne les verbes pronominaux, le verbe « aveur / avu / awè » reste celui à utiliser, à l'instar des langues germaniques et contrairement au français[76],[93].

L'emploi de l'équivalent du verbe « être » en wallon est toléré lorsque le participe passé auquel il se rapporte est considéré plus comme un attribut que comme un verbe conjugué[95]. Outre cette situation, le verbe « esse / sey » marque la voix passive. Sous influence du néerlandais, le wallon peut employer un adjectif avec le verbe « aveur / avu / awè » pour décrire un état. Certains correspondent littéralement au néerlandais comme « aveur målåjhey », se construisant comme « het moeilijk hebben »[96],[97]. Toutefois, contrairement au néerlandais, le wallon applique cette construction à de nombreux autres adjectifs. À titre exemplatif, l'on peut appliquer avec « åjhey », qui signifie « facile » et est l'antonyme de « målåjhey ».

  • Â bén, dj' åro p' åjhey, marxhå! (J. Lechanteur)[98]

Particules

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Certains verbes wallons peuvent se décliner en verbes à particule, qui fonctionne de la même manière que les phrasal verbs dans la langue de Shakespeare, c'est-à-dire que la particule ne se colle jamais au verbe, à l'instar de ce qui se produit en néerlandais. Le verbe précède toujours la particule et un complément peut s'intercaler. Les trois particules accompagnant le verbe sont : « djus » (bas), « evoye » (en route) et « foû » (hors).

Français (traduction littérale) Wallon Néerlandais Anglais
Fuir

(« courir en route »)

Cori evoye Weglopen To run away
Abattre (« battre bas ») Bouxhî djus Neerslaan To bring down
Sortir (« venir hors ») Vini foû Uitgaan To go out

Les verbes de départ et leurs variantes accompagnées d'une particule séparable ne vont pas toujours dans le même sens. Ainsi, « moussî », employé seul, signifie « entrer », alors que « moussî foû » constitue son antonyme : sortir[99].

  • On-z-a bin fai di lè sèchî foû ; ell on stû ranplaçaie par dè-z-ôtt pu-z-a poirtaie del jôness d’asteûr, k’ è bin pu sincieûze è pu malenn ki no n-l’estî ! (H. Forir)[100]
  • Li bê solo houke tot l' monde foû. (J. Vrindts)[101]

Modes et temps

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Le passé, le présent ainsi que le futur peuvent être catégorisés selon le nombre de verbes que comportent la proposition : les temps simples (un verbe), les composés (deux) et les surcomposés (trois)[22],[92].

Conditionnel

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Le conditionnel présent (condicioneu prezintrece) est un temps simple. Ce temps désigne l'accomplissement d'un évènement, par le biais du respect d'une condition, qui reste possible[22]. En outre, il peut marquer le futur par rapport à un évènement passé[92]. Il peut également émettre l'hypothèse de son accomplissment lorsqu'aucune condition n'est formulée dans la phrase[94].

  • Gn'a nén in vèrt diâle qui sâreut vos dire çu qu'èst l' pus vî : lès bèrdouyes dè l' coû ou bén lès poussières di d-pa d'zous lès bancs. (O. Genaux)[102]

Le conditionnel passé (condicioneu erirece) est l'équivalent composé du précédent. Son objectif est de montrer l'absence de vraisemblance d'un évènement[94].

  • Faleut sayî in deuzième côp, ô cas woù èle n'âreut nén ètindu. (J. Goffart)[103]

Impératif

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Le wallon ne comporte que deux impératifs : le présent, qui est simple, et le passé, qui est composé. L'impératif présent (cmandeu prezintrece) désigne, dépendamment du contexte, l'injonction ou la supplication[22]. Lorsque le verbe conjugué à l'impératif est précédé par un « c' est », la construction marque la redondance d'un évènement[92]. Par ailleurs, la forme impérative, « djans », peut servir en tant qu'interjection[104].

Ce temps ne s'applique qu'aux deuxièmes personnes, à la première personne du pluriel ainsi qu'aux troisièmes personnes ; bien que dans ce dernier cas de figure, le « ki » se place devant, comme s'il s'agissait d'un subjonctif[22]. Cependant, les grammaires omettent généralement les variantes liées aux troisièmes personnes[92],[94].

  • Ça n'èst nén bia di rîre du maleûr dès-ôtes; mins avouwèz qui ç'tèle ci dè vôt lès pwènes! (D. Vanderstoken)[105]

L'impératif passé (cmandeu erirece) reste rarement utilisé[106]. D'ailleurs, des tableaux de conjugaisons l'omettent[22],[107]. Ce mode ne connait aucune surcomposition, hormis éventuellement dans le cadre d'une voix passive[92].

Indicatif

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L'indicatif futur simple (indicatif futurrece ou futeur di l' indicatif) désigne un événement à venir[22]. Il est à préciser que l'indicatif est l'unique mode accueillant des futurs, en wallon, et, par conséquent, il n'existe pas d'impératif futur, contrairement en latin[108]. Toutefois, le futur simple peut assumer le rôle de « futur commandeur »., en ce sens[92].

  • Sèro dj’ sur one mwaîje vôye ? (J. Desmet)[109]

L'indicatif futur composé (indicatif ripassé futurrece) désigne l'accomplissement d'un évènement lorsqu'un autre sera antérieurement accompli[22]. L'on peut également l'employer pour aborder une supposition[92]. Le futur composé se forme toujours grâce à l'auxiliaire « aveur / avu / awè » conjugué à l'indicatif futur simple, suivi par le participe passé du verbe principal.

  • Il årè falu 7 ans pou vey, fin may 2010, e Pont Mack, al viye voye du Bive, 7 olyinnes. (M. Dorchymont)[110]

L'indicatif futur surcomposé (indicatif rirpassé futurrece) renforce la pragmatique véhiculée par le futur composé[92].

  • Quand dj'auraî yu sté mougné paus fougnants. (L. Mahin)[111]

Passés définis

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L'indicatif passé défini simple (nén durant indicatif erirece ou passé simpe) désigne l'accomplissement d'un évènement pendant une période déterminée complètement antérieure au moment durant lequel la phrase est prononcée[22]. Le passé défini simple s'utilise principalement dans la narration, en faisant fi de la durée et du rapport avec le présent, peu importe si les évènements relatés ont eu cours récemment ou jadis, à l'exception faite des évènements se produisant le jour même[92]. Le passé défini simple ne demeure pas omniprésent dans l'espace wallonophone. Actuellement, l'on ne le retrouve plus en wallons central et occidental, suppléé majoritairement par le passé indéfini composé[94]. Ce remplacement est encouragé, en centre-wallon, par Lès Rèlîs Namurwès[112]. Jean-Charles Benoît, auteur wallonophone du XVIIIe siècle issu du Namurois, employait encore ce temps dans ses textes[113]. Ce passé reste couramment utilisé dans l'est-wallon et principalement dans la partie septentrionnale du sud-wallon[92],[114].

  • Didins l' godau i m'î èrtcha. (J.-C. Benoît)[113]

L'indicatif passé défini composé (indicatif ripassé erirece) désigne l'accomplissement d'un évènement avant un autre pendant une période antérieure au second[22].

  • Qwand c’èst qu’eûrit fait cisse pèrtinne !. (J. Dessard)[72.2]

L'indicatif passé défini surcomposé (indicatif rirpassé erirece) renforce la pragmatique véhiculée par le passé défini composé[22].

  • Dj' ava-st avu tchanté. (L. Hendschel)[94]

Passés durants

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L'indicatif passé durant simple (durant indicatif erirece ou imparfait) désigne la progression d'un évènement qui n'est pas encore terminé[22]. Ainsi, il s'oppose au passé défini simple. Il désigne aussi un évènement antérieur qui a duré longtemps. C'est l'équivalent de l'imparfait en français.

  • Polanrix m' aléve djusse fé ine bone potêye lîdjwèse, i magnèt çoula chal... (P.-H. Thomsin)[115]

L'indicatif passé durant composé (durant indicatif erirece ripassé) désigne l'accomplissement d'un évènement quand un autre s'est produit[22].

  • Grisète aveut minnè Piêre ou bo ; èle l'aveut vrémint saetchi dins l' bo, come si èle aveut stî in tchin qui sint 'ne sacwè. (W. Bal)[116]

L'indicatif passé durant surcomposé (durant indicatif erirece rirpassé) renforce la pragmatique véhiculée par le passé durant composé. Parfois, il est employé pour insister sur l'invraisemblance d'un évènement[92].

  • Epwis, dj’ avans stou a Bastogne. Paski Ane Dilene, k’ end aveut yeu djåzer [sic], a dit « ça n’ sereut nén må ci vos frîz ça avår ci ; ça sreut ene boune afwaire po nozôtes. » (A. Lamborelle)[117]

Présent et consort

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L'indicatif présent (indicatif prezintrece ou prezint d' indicatif) désigne l'accomplissement ou la progression d'un évènement, au moment durant lequel la phrase est prononcée[22]. Il peut également être employé pour évoquer des éléments passés, jouant le rôle du présent historique[92]. Son usage peut s'étendre à des événements à venir planifié, de la même manière que l'onvoltooid tegenwoordige tijd (nl) en néerlandais[118],[119]. La conjugaison afférente à la troisième personne est témoin de la désinence entre le singulier et le pluriel. Pour ce dernier, il existe deux formes, respectivement en wallon unifié : « -nut » et « -èt », indépendamment des groupes verbaux et verbes irréguliers exclus[85]. Le premier type de suffixe se rencontre principalement dans le dialecte du Coûtchant ainsi que dans la moitié occidentale du wallon central, tandis que le second domine l'aire orientale et méridionale[120]. La troisième personne du singulier adopte soit le « -e », soit le « -t », voire plus rarement « -xh », après le radical et selon les groupes dont sont issus les verbes[85].

  • Li Plouve avou mès r'gârds su lès pavès si stôre, s' lét rider d'ssus lès twèts, ridjibèle aus pègnons, pourchût, come in sprowtére, lès pôves pitits mouchons tchoftès dè l' vîr si dispôre. (É. Lempereur)[121]

L'indicatif passé indéfini composé (erî prezint, ripassé prezint ou passé compôzé) désigne l'accomplissement d'un évènement pendant une période, indépendamment qu'elle soit déterminée ou indéterminée, antérieure ou au moment durant lequel la phrase est prononcée[22],[92]. L'emploi du passé indéfini composé remplace celui du passé défini dans les dialectes occidental et central[20],[112]. Le passé indéfini composé se forme toujours grâce à l'auxiliaire « aveur / avu / awè » conjugué à l'indicatif présent, suivi par le participe passé du verbe principal.

  • Dji n'ai yeû qui l' cotoû d' mète mi pîd su s' bârbiche. (H. Pétrez)[122]

L'indicatif passé indéfini surcomposé (rirpassé prezint) renforce la pragmatique véhiculée par le passé indéfini composé[92]. L'idée se caractérise par l'accomplissement d'un évènement pendant une période antérieure ou au moment durant lequel la phrase est prononcée[22]. La surcomposition présuppose un évènement antérieur à l'évènement principal. En d'autres termes, le premier s'est terminé plus tôt que le second[94],[95]. Il peut remplacer le passé défini composé[92]. Le passé indéfini surcomposé se forme toujours grâce au double emploi de l'auxiliaire « aveur / avu / awè » : conjugué au présent d'abord, suivi de son participe passé. À cela s'ajoute le participe passé du verbe principal[94].

  • Après qu' èlle a ieû vômi, l' curé l' a faît achîde su on p'tit banc èt i l' a bèni en fiant lès dêrènès priyéres. (L. Lambillon)[123]

Infinitif

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Le wallon comporte deux infinitifs : un au présent, qui est un temps simple, ainsi qu'un second au passé, qui est composé[22]. Les groupes verbaux sont généralement construits selon le suffixe marquant l'infinitif[85].

  • Li police a fwait mete on guigne-djins pa dvant l' banke, po tni l' intrêye a gougne. (J.-L. Fauconnier et al.)[124]
  • Nén assez d’ awè metou so pî on rfondou roumantche, ki n’ fwait k’ wårder fok les mots comprins pattavå, et leyî foû les coinreces. (G. Staelens)[125]

Subjonctif

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Passés durants

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Le subjonctif passé durant simple offre la possibilité d'exprimer l'éventualité ou l'impossibilité du passé[92]. Cependant, l'on peut l'employer pour discuter du passé de manière générale, principalement pour noter l'antériorité d'un évènement comparé à un autre[22],[126].

Le subjonctif passé durant composé tient le même rôle que le subjonctif passé indéfini[22].

  • Li må, qui tot rade, ni féve qu'èdwèrmi l'pate, èl picive asteûre tot parèy qui si on li avahe hèré on tchaud fiêr oute èt oute dèl tchår [...] (J. Lejeune)[127]

Le subjonctif passé durant surcomposé renforce la pragmatique véhiculée par le subjonctif passé durant composé[92].

Présent et consort

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Le subjonctif présent est un temps simple employé pour exprimer le souhait voire l'injonction de voir un évènement se produire[128]. En ce qui concerne sa pragmatique, il peut aussi s'utiliser pour évoquer l'avenir[22]. Il peut s'utiliser dans les subordonnées de manière globale[92].

Le subjonctif passé indéfini composé est le temps à partir du subjonctif présent. Si son équivalent simple est tourné vers le présent ou l'avenir, ce temps-ci ne se focalise que sur le dernier temps[22].

Le subjonctif passé indéfini surcomposé renforce la pragmatique véhiculée par le futur composé[92].

Négation

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La phrase négative en wallon conserve la double construction, tant à l'écrit qu'à l'oral. Le premier morphème, « ni », se place avant le verbe, tandis que les autres adverbes se glissent après[129]. Il existe, cependant, deux circonstances, durant lesquelles le « ni » peut s'avérer explétif et ne pas avoir un sens dénoté négatif. La première circonstance est lorsque la proposition se construit par le biais d'un subjonctif et la seconde est quand la phrase est conjuguée au conditionnel[130]. On peut néanmoins rencontrer occasionnellement des exemples de négation simple, en particulier chez des auteurs récents et dans certaines exceptions :

  • C'est ni des marks qu'i faut c'est des pîces, et branmint, po n'oyu on quautron. (P. Moureau)[131]
  • L’prëmi a dët ː « dj’ènn’ a-st- assez »,
    Lë deûzyin.me ː « c’èst ni dë m’ dëfaute »
    (J. Desmet)[132]

L'adverbe principal de négation en wallon est le « nén », qui est l'équivalent sémantique du « pas » en français. Ce mot existe également en picard, « nié ». Toutefois, il existe deux étymologies possibles : la première exploite la piste du latin « ne gentem », tandis que la seconde suppute une origine germanique reliant ce terme à « niet », de la langue de Vondel, ou encore à « nicht », de celle de Goethe[133],[134]. Lorsque l'on veut marquer une négation pour caractériser un évènement qui se produisait dans le passé et qui a cessé dans le présent, l'on utilise « pus » en wallon, qui est proche du lexème « plus »[129]. Les structures syntaxiques liées à la négation peuvent, dans certains contextes, s'éloigner du français, tout en se rapprochant du néerlandais. Lorsque l'on souhaite exprimer qu'il n'y a « pas (de) » ou « plus (de) », l'on emploiera respectivement « pus (di) » ou « pupont (di) ». Ces deux dernières expressions s'opposent aux deux premiers adverbes précités, de la même manière que, toujours respectivement, « niet » et « niet meer » se différencient de « geen » ainsi que de « geen meer »[130],[135].

Sources et références

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Voir aussi

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Bibliographie

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Généralités

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Wallon central

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  • Émile Gilliard, Conjugaison et lexique de 5000 verbes wallons : Wallon central - Parler de Moustier-sur-Sambre, Liège, Dîre èt scrîre è walon, , 240 p.
    Cet ouvrage comporte, en introduction, des « Notes sur le verbe et les conjugaisons en wallon » (p. 7-15) qui constituent une synthèse de la situation grammaticale de l'aire étudiée.
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Wallon méridional

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  • Louline Vôye [pseud. Lucien Mahin] (préf. Lucien Léonard, ill. Serge Duhayon, Mariannick Hardy-Tremblay, Bernard Lecomte), « Nosse creûjète », dans Ène bauke su lès bwès d' l' Ârdène : Regards sur la Forêt ardennaise, t. 3 : Dès tchènês ou cûr (Des jeunes chênes jusqu'au cuir), Montigny-le-Tilleul, Scaillet, (lire en ligne Accès libre [PDF]), p. 24-28.

Wallon occidental

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Wallon oriental

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  • Joseph Bertrand et Jo Duchesne, Manuel pratique de Grammaire wallonne : Dialecte de la région liégeoise, Liège, Centre de Recherche et d'Information du Wallon à l'École, coll. « Les Cahiers du CRIWE » (no 14), , 155 p. (lire en ligne Accès libre [PDF]).
  • Baptiste Frankinet et Musée de la Vie wallonne, Qué novèle ? : Apprendre le wallon liégeois, t. 3 : Maîtrisez la conjugaison !, Liège, Éditions de la province de Liège, (ISBN 9782390102281).

Articles connexes

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Liens externes

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