Grève du zèle
La grève du zèle est utilisée en relations industrielles, en droit et en relations de travail pour décrire un type de moyen de pression collectif et concerté, exercé par des travailleurs au sein d'une entreprise ou d'un organisme.
Histoire
modifierLe 11 juin 1889, les dockers de Glasgow se mettent en grève afin d'obtenir une revalorisation salariale. Cette grève est organisée par le Syndicat national des travailleurs des docks (en) (NUDL), fondé par Edward McHugh (en)[1]. Face à l'embauche de briseurs de grèves, celle-ci prend fin dès le 5 juillet. Toutefois, McHugh innove dans l'action syndicale en invitant les anciens grévistes expérimentés à travailler aussi mal que les nouvelles recrues ; en quelques jours, le patronat cède et accorde les augmentations de salaire[1].
McHugh continue la théorisation du ralentissement du travail ou « ca'canny », en retournant les armes théoriques du patronat contre lui. Si à Glasgow l'idée de travailler aussi mal que les nouvelles recrues était inspirée de l'affirmation insistance, par la direction, que celles-ci « travaillaient aussi bien » que les anciens, il conçoit ensuite le ca'canny comme une manière d'appliquer la loi de l'offre et de la demande à la qualité du travail fourni en adaptant celle-ci au prix payé par les employeurs[1]. La grève du zèle devient ainsi un mode d'action officiel du NUDL à partir de 1891[1].
Cette position n'est cependant pas universellement appliquée par l'ensemble des syndicats de dockers au Royaume-Uni ; après la grève des dockers de Londres de 1889 (en), les syndicats locaux obtiennent le monopole de l'embauche des nouveaux ouvriers et se positionnent contre la grève du zèle, qui selon eux menace ce monopole ainsi que la capacité de négociation des syndicats avec le patronat[1]. Le Syndicat des dockers (en) publie ainsi un manifeste en 1889 appelant ses membres à travailler avec ardeur[1].
Pour l'historien Dominique Pinsolle, l'avènement de la grève du zèle, pensée alors comme une action collective, résulte de la mutation du marché du travail à la fin du XIXème siècle, où le salaire à la tâche est progressivement remplacé par la rémunération pour une durée donnée de travail fourni, indépendamment de sa qualité[1].
Si la tactique bénéficie d'une très forte présence médiatique dans la presse de l'époque, elle n'est en réalité que peu suivie[1].
Cadre légal
modifierLe terme grève du zèle ne peut être considéré comme une grève au sens du code du travail du Québec et au sens de la loi du et de la constitution en France car il ne comporte pas d'arrêt de travail concerté. En revanche, le code canadien du travail[2] a inclus cette forme de moyen d'action dans la définition du mot grève.
Ce type de grève, que l'on peut assimiler à un type de grève perlée (soit un ralentissement du travail), consiste à appliquer minutieusement et à l'exagération toutes les directives patronales, ainsi que la totalité des clauses de la convention collective et de la définition de tâche. Les travailleurs useront également d'un perfectionnisme extrême dans l'accomplissement de leurs tâches respectives. Par exemple, des douaniers en conflit fouilleront minutieusement chaque voiture qui passera la frontière, ce qui provoquera des bouchons au point de passage (par exemple, les grèves des douaniers italiens et français en 1984, qui ont influencé la signature de l'accord de Schengen)[3].
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 Dominique Pinsolle, « Naissance d'une tactique : Le ca'canny ou l'art de ne pas se fouler », dans Quand les travailleurs sabotaient. France, États-Unis (1897-1918) (ISBN 978-2-7489-0563-2), p. 20-28
- ↑ « Code canadien du travail (L.R.C. (1985), ch. L-2) », .
- ↑ « Grève du zèle: quand la minutie devient un moyen de pression qui fait ses preuves (vidéos) », sur RTBF (consulté le )