Grégoire Ier de Taron
Grigor Ier du Taron ou Grégoire Ier (en arménien : Գրիգոր ; en grec byzantin Κρικορίκιος/Γρηγόριος ὁ Ταρωνίτης, Krikorikios/Grēgorios ho Tarōnitēs) est un noble arménien de la dynastie bagratide et le souverain de la région arménienne méridionale du Taron des environs de 896/898 jusqu'à sa mort, survenue entre 923 et 936.
Vie
modifierGrigor appartient à la dynastie bagratide d'Arménie. De son père, seul le nom est connu : Derenik ou T‘ornik, qui est manifestement le frère d'Ashot Ier du Taron et le fils de Bagrat Ier du Taron[1].
Après la mort de son cousin Gurgen Ier du Taron, vers 896, Grigor devient, probablement avec le soutien des Arabes, prince du Taron (896/898). Dès le début de son règne, il mène une politique diplomatique ambiguë à l'égard des deux grandes puissances régionales, le califat abbasside et l'Empire byzantin, alors gouvernés respectivement par le calife Al-Mutadid (892-902) et l'empereur Léon VI le Sage (886-912). Selon le De administrando imperio de l'empereur byzantin Constantin VII Porphyrogénète (913-959), il prête allégeance à Léon VI et échange avec lui de riches présents, tout en autorisant les armées du calife à traverser ses territoires pour lancer des raids contre les possessions byzantines et en révélant aux Arabes les plans des campagnes impériales. Léon lui adresse à plusieurs reprises des invitations à se rendre à Constantinople, mais Grigor les décline, invoquant la vulnérabilité de ses domaines face à une attaque arabe durant son absence[1].
Grigor entre également en conflit avec ses neveux ou cousins, les deux « fils d'Arkaikas » — « Arkaikas » étant identifié soit à Ashot II du Taron, soit à son père David[2]. Il les fait prisonniers. Le roi Smbat Ier d'Arménie, qui est aussi leur oncle, demande à Léon VI d'intervenir afin qu'ils ne soient pas livrés aux Arabes. L'empereur envoie alors Sinoutès et Constantin Lips auprès de Grigor. Cette ambassade aboutit au voyage à Constantinople du fils naturel de Grigor, Ashot III, suivi quelque temps plus tard par le frère de Grigor, Abu Ghanim, ainsi que par les « fils d'Arkaikas ». Tous ces nobles arméniens reçoivent des dignités byzantines avant d'être renvoyés dans leur patrie[1],[3].
À la suite d'une nouvelle ambassade conduite par Constantin Lips, Grigor accepte finalement de se rendre à Constantinople. Ce voyage est diversement daté, entre les environs de 900 — sur la base de la datation traditionnelle d'une réception solennelle d'un « prince du Taron » au palais de la Magnaure, mentionnée dans le De ceremoniis de Constantin VII — et la mort de Léon VI en 912, la date d'environ 906 étant généralement considérée comme la plus probable. À Constantinople, Grigor reçoit un accueil fastueux, ainsi que les titres de magistros et de stratège du Taron. Il obtient en outre la jouissance de la « Maison de Barbaros » comme résidence dans la capitale impériale et une pension annuelle personnelle de dix livres d'or en nomismata et de dix livres d'argent en miliaresia. Après un long séjour dans la capitale, Constantin Lips le raccompagne jusqu'à ses domaines[1],[3]. L'attribution du titre de stratège, normalement réservé aux gouverneurs des thèmes byzantins, peut indiquer qu'à cette époque le gouvernement impérial considère le Taron comme une province byzantine de facto, et non plus seulement comme un État vassal[1],[4].
Le De administrando imperio rapporte que les faveurs et les honneurs accordés à Grigor suscitent la jalousie des princes arméniens et ibériens voisins, qui finissent par adresser leurs protestations à l'empereur Romain Ier Lécapène (920-944). Celui-ci répond qu'il ne peut revenir sur les privilèges concédés par son prédécesseur Léon VI au moyen d'un chrysobulle, mais qu'il exigera une compensation de la part de Grigor. Ce dernier accepte de verser un tribut annuel sous la forme d'objets en cuivre et de vêtements d'une valeur de dix livres, mais cesse ce paiement au bout de trois ou quatre ans, ce qui entraîne la suppression de la pension annuelle que lui versait l'Empire[1]. Quelque temps après 923, Grigor échange également la « Maison de Barbaros », peut-être en raison de son coût d'entretien élevé, contre le « domaine de Grégoras », situé dans le district de Keltzène[1]. Il meurt entre les environs de 923 et ceux de 936. Ses fils, Bagrat II du Taron et Ashot III du Taron, lui succèdent à la tête du Taron[1].
Notes et références
modifierSources
modifier- Jean-Claude Cheynet, « Les Arméniens dans l'armée byzantine au Xe siècle », dans Mélanges Jean-Pierre Mahé, Collège de France/CNRS - Travaux et mémoires 18, , 175-192 p. (ISBN 978-2-916716-51-0)
- Rodolphe Guilland, Recherches sur les institutions byzantines, vol. 1, Berlin, Adakemie-Verlag, (présentation en ligne).
- (de) Ralph-Johannes Lilie (en), Claudia Ludwig, Thomas Pratsch et Beate Zielke, Prosopographie der mittelbyzantinischen Zeit Online, De Gruyter, (DOI 10.1515/pmbz).