Guerre des Lombards
La guerre des Lombards est une guerre civile dans les royaumes de Jérusalem et de Chypre, opposant, de 1228 à 1243, les impériaux, également appelés « Lombards », et représentant l'empereur Frédéric II, contre la noblesse des États latins d'Orient, menée par la maison d'Ibelin puis la maison de Montfort-l'Amaury.
| Date | 1228 – 1243 |
|---|---|
| Lieu |
Royaume de Chypre Royaume de Jérusalem |
| Casus belli | Captation de la souveraineté de Jérusalem par l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen |
| Issue | Victoire de la faction anti-impériale des barons locaux |
| Saint-Empire romain germanique Faction pro-impériale du royaume de Jérusalem : * Tyr * Jérusalem Principauté d'Antioche Comté de Tripoli République de Pise Ordre de l'Hôpital Ordre Teutonique |
Royaume de Chypre Faction anti-impériale du royaume de Jérusalem : * Acre * Beyrouth * Arsouf * Césarée République de Gênes Ordre du Temple Papauté |
| Empereur Frédéric II Richard Filangieri |
Jean d'Ibelin Philippe Ier de Montfort Alix de Chypre |
La guerre est déclenchée par la captation par Frédéric II de la couronne de Jérusalem, faisant de son fils, Conrad II de Jérusalem[Note 1], son souverain titulaire.
Contexte
modifierLa sixième croisade
modifierLorsqu'en 1225 l'empereur Frédéric II devient roi consort de Jérusalem à la suite de son mariage avec la reine Isabelle II, il revendique également à ce titre le royaume de Chypre, jusqu'à la mort de son épouse en 1228. Cette année-là, à la tête de la sixième croisade, il passe d'abord à Chypre, où il tente de soumettre le baron Jean d'Ibelin, régent de Henri Ier, à son autorité ; si Jean refuse de le reconnaître en tant que suzerain direct de la seigneurie de Beyrouth, l'empereur récupère néanmoins la régence de Chypre. Lui et ses hommes repartent vers Saint-Jean-d'Acre, tout en négociant avec le sultan d'Égypte Al-Kâmil une paix durable entre la dynastie Ayyoubide et les états latins d'Orient. Les souverains établissent un traité permettant aux Francs de récupérer les terres perdues après la conquête de Saladin, dont Jérusalem elle-même. où Frédéric II se couronne roi le . Toutefois, excommunié[Note 2], n'arrivant pas à imposer un pouvoir absolu inhabituel dans cette région, critiqué pour des clauses du traité avantageant le camp musulman[Note 3], et inquiet des visées de ses ennemis sur ses terres d'Italie, il repart vers l'Europe début mai sans nommer de représentant officiel.
Gestion du royaume en l'absence du roi
modifierIl confie toutefois la gérance du royaume de Jérusalem à Jean d’Ibelin, tout en laissant une solide garnison à Saint-Jean-d’Acre[1]. Il fiance le jeune roi de Chypre à Alix de Montferrat et nomme régents cinq barons chypriotes qui comptent parmi ses partisans[2]. Pour payer leur dû à Frédéric, ces derniers écrasent Chypre d’impôts et particulièrement les domaines de Jean d’Ibelin et de ses proches. Appelé par Philippe de Novare, Jean d’Ibelin débarque à Chypre à la tête d’une armée et défait les régents le 14 juillet 1229 devant Nicosie. Retranchés dans le château Dieudamour, ses ennemis se rendent au bout de dix mois. Jean d’Ibelin fait preuve de clémence pour pacifier l’île[3]. Toutefois, Frédéric II n'apprécie pas la manœuvre, et envoie envoie Richard Filangieri à la tête d’une escadre. Celui-ci échoue à débarquer sur Chypre, mais occupe Acre et Tyr et prend la ville de Beyrouth fin 1230.
La guerre
modifierBien que les autorités ecclésiastiques et les Templiers, obéissant au pouvoir papal, soutiennent les nobles locaux, les chevaliers Teutoniques et les Hospitaliers soutiennent quant à eux l'empereur et Filangieri. Les droits à la régence de ce dernier sont généralement reconnus, mais la pratique de son pouvoir lui est refusée sur la base des Assises et de la Haute cour. Il établit alors son quartier général à Tyr où il bénéficie de l'allégeance de Bohémond V, prince d'Antioche et comte de Tripoli. Il détient également la Ville sainte de Jérusalem. De plus, tant que la maison d'Ibelin tient les rênes de l'opposition, Filangieri peut compter sur le soutien de leurs ennemis. Les villes marchandes italiennes sont également divisées entre les deux factions : Pise soutient Filangieri tandis que Gênes soutient la famille d'Ibelin. Ces derniers contrôlent Beyrouth, Arsouf et Césarée, ainsi que l'ancienne capitale d'Acre. En 1231, les citoyens d'Acre forment une commune dont le siège est basé à l'église Saint-André afin d'unifier l'opposition à Filangieri et l'année suivante, Jean d'Ibelin en est élu maire.
Le , Jean d’Ibelin débarque et assiège les Impériaux retranché dans la ville de Beyrouth, lesquels assiègent encore le château de Beyrouth. Ibelin réussit à faire passer un contingent qui relève la garnison[4]. La première bataille importante de la guerre a lieu à Casal Imbert, au sud d'Acre, en , dans laquelle Filangieri y vainc le camp d'Ibelin. Cependant, au mois de juin, il est sévèrement vaincu par une force inférieure en nombre lors de la bataille d'Agridi à Chypre, annihilant son soutien sur l'île en une année.
À la mort de Jean en 1236, la guerre est alors menée par son fils Balian d'Ibelin. Puis en 1239, c'est Philippe Ier de Montfort-Castres prend la tête de l'opposition. En 1241, les barons offrent le bailliage d'Acre à Simon de Montfort, comte de Leicester, à la fois cousin de Philippe Ier de Montfort et parent par alliance de la maison de Hohenstaufen et de celle des Plantagenêts ; celui-ci ne l'accepte toutefois pas. En 1242 ou 1243, Conrad, fils de Frédéric II et d'Isabelle II, se déclare majeur ; le , la régence du monarque absent est accordée par la Haute Cour à Alix de Champagne-Jérusalem, veuve d'Hugues Ier de Chypre et fille d'Isabelle Ire de Jérusalem. Alix commença aussitôt à régner comme si elle était reine, ignorant Conrad qui se trouve alors en Italie, et ordonne l'arrestation de Filangieri. Après un long siège, Tyr tombe le . La famille d'Ibelin s'empare de sa citadelle le 7 ou le , avec l'aide d'Alix, dont les forces sont arrivées le . La maison d'Ibelin peut alors se targuer d'être les seuls vainqueurs de la guerre.
Sources primaires
modifierLa principale source concernant cette guerre est le récit de Philippe de Novare, « Les Guerres de Frédéric II contre les Ibelin », une histoire très partisane en faveur des Ibelin. Philippe y participe activement et est un témoin oculaire de nombreux événements qu'il y décrit. Dans les années 1240, il est généreusement récompensé par Alix, tant en argent qu'en fiefs. Son récit est généralement digne de foi, mais il est contenu dans un recueil ultérieur intitulé Gestes des Chiprois, et il est parfois difficile de déterminer si un détail a été modifié par le compilateur. Son récit, rédigé à la même époque que les événements, ne couvre que les années 1228-1233, 1236 et 1241-1242. Il rédige la dernière partie de son récit entre 1242 et 1247, y ajoutant des interpolations jusqu'en 1258. C'est Philippe qui donne le nom de « Longuebars » (Lombards) aux impérialistes.
Le bailli vénitien Marsilio Zorzi (en), arrivé à Saint-Jean-d'Acre peu avant l'élection d'Alix comme régente, rédige un rapport sur la situation et les événements récents au Levant pour ses maîtres à Venise. Ce rapport est conservé dans un manuscrit de 1246 et dans le Liber Albus du XIVe siècle, mais il est moins précis, quoique plus contemporain, que celui de Philippe.
Richard de San Germano présente quelques détails introuvables ailleurs concernant le début du règne de Conrad et la fin de la régence de Frédéric II. Selon lui, Thomas Ier d'Aquin, comte d'Acerra, part pour la Terre sainte en , à l'occasion de la prise de pouvoir de Conrad, comme représentant du roi en Orient. Il mentionne également que Raymond VII de Toulouse rencontre l'empereur à Melfi en et qu'il y intervint en faveur de Filangieri vaincu.
Bibliographie
modifier- (en) Geoffrey N. Bromiley, « Philip of Novara's Account of the War Between Frederick II of Hohenstaufen and the Ibelins », Journal of Medieval History, , p. 325–337 (lire en ligne).
- (en) Peter Jackson, « The End of Hohenstaufen Rule in Syria », Historical Research, , p. 20–36 (lire en ligne).
- (en) David Jacoby, The Kingdom of Jerusalem and the Collapse of Hohenstaufen Power in the Levant, Dumbarton Oaks Papers, (présentation en ligne).
- (en) Christopher Marshall, Warfare in the Latin East, 1192–1291, Cambridge, Cambridge University Press, .
- (en) Christopher Tyerman, God's War : A New History of the Crusades, Londres, Penguin Books, .
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « War of the Lombards » (voir la liste des auteurs).
Notes
modifier- ↑ Tous deux faisant partie de la maison de Hohenstaufen.
- ↑ Le pape Grégoire IX l'a excommunié en 1227 pour ne pas avoir tenu sa promesse de se croiser. Il maintient l'excommunication durant toute la croisade, Frédéric II étant entre autres un adversaire politique de la papauté.
- ↑ Entre autres choses, l'accès aux lieux de culte, et surtout la mise à bas définitive des murailles de Jérusalem, déjà détruites à son arrivée.
Références
modifier- ↑ Grousset 1936, p. 338-339.
- ↑ Grousset 1936, p. 340.
- ↑ Grousset 1936, p. 345-347.
- ↑ Grousset 1936, p. 354-356.
