Gustave Vanaise
Gustave Vanaise (nom de naissance : Gustavus Antonius Maria Vanaise[1],[2]) né à Gand le et mort à Saint-Gilles le , est un peintre belge de sujets historiques et religieux, scènes intimistes, portraits, nus, paysages, marines et natures mortes. Il s'est fixé pour objectif de faire renaître la peinture historique en Belgique en créant de grandes toiles représentant des scènes glorieuses de l'histoire nationale. Il également peint quelques scènes orientalistes. Malgré son succès commercial, son style académique et réaliste commence à tomber en désuétude de son vivant, alors même que ses œuvres tardives gagnent en luminosité et en liberté sous l'influence des courants artistiques contemporains[3].
Biographie
modifierVanaise est le fils de Nicolaus Josephus (1821-1876), un pâtissier originaire de Marche-lez-Écaussinnes, et de Seraphina Antonia Vlieghe (1822-1860)[2]. Il est le quatrième d'une fratrie de six enfants. L'artiste souffre d'une malformation physique qui a freiné sa croissance et est en mauvaise santé toute sa vie. Pendant ses études primaires, il aide son père, qui souhaite le former au métier de pâtissier. À l'âge de 13 ans, son père accepte de renoncer à son projet de succession et laisse Gustave suivre les cours de dessin à l'Académie des Beaux-Arts de Gand, dont le directeur est Théodore Canneel[3]. Il apprend à dessiner d'après des statues antiques sous la direction stricte de Canneel[4]. Il fréquente les cours de peinture de l'Académie à partir du 12 mai 1872. Après le décès de son père en 1876, ses frères lui fournissent les moyens financiers de poursuivre ses études. Le 4 mars 1877, il expose pour la première fois dans sa ville natale et vend son premier tableau, un paysage. L'acheteur est le peintre Auguste Dael, qui devient son mécène[5]. Il étudie à l'Académie royale des beaux-arts de Gand dans l'atelier de Théodore Canneel, puis à Bruxelles.

En mars 1877, il se rend à Paris avec Jules Van Syngel. Il travaille sans relâche au Louvre et à Cluny. En octobre de la même année, il revient à Gand avec un grand nombre d'études. Il loue un atelier dans les locaux des Sœurs de la Charité (Carmélites) où il peint des études et des portraits. Les portraits de M. M. Em. Van Swieten et de Van Hyfte datent de cette période[5].
Il s'intéresse vivement aux maîtres hollandais qu'il a appris à connaître au Louvre. Au début de l'année 1878, accompagné de l'artiste néerlandais Louis Ludwig, il se rend aux Pays-Bas où il réalise des croquis d'après des œuvres de Frans Hals et d'autres artistes. En août 1878, il se rend pour la deuxième fois à Paris, où il reste plus de deux ans. Il partage d'abord un atelier avec le peintre belge Jan Van Beers, qui tente alors de se faire un nom en tant que peintre d'histoire mais devient plus tard le peintre du demi-monde parisien. Plus tard, il partage un atelier avec Jef Lambeaux[5].

À Paris, il peint de grandes toiles dans la tradition de la peinture historique belge, qui met l'accent sur les événements et les personnages importants de l'histoire nationale : Louis XI et Olivier le Daim (qui est placé sur la rampe lors de l'Exposition d'art de Paris de 1879, puis détruit lors du bombardement allemand de Louvain en 1914) et Quentin Metsys enfant dessinant le portrait de sa mère. Ces œuvres témoignent de l'influence de Jules Bastien-Lepage, fondateur de l'école naturaliste française, et de Jan Van Beers. Elles sont peintes dans des tons clairs avec des coups de pinceau légers[5].
En octobre 1880, il revient en Belgique et s'installe avec Jef Lambeaux dans un atelier à Saint-Gilles. Il peint pour le Salon de Bruxelles de 1881 la Femme au perroquet, une composition exécutée dans des couleurs brutes et brutales[4]. Il fait partie d'un groupe enthousiaste d'artistes et de sculpteurs de Saint-Gilles (Bruxelles) mené par Jef Lambeaux, où il côtoie Karl, fils de Constantin Meunier, Jules Lagae et Dario de Regoyos. Il retourne souvent à Gand, où il travaille dans le vaste atelier que son mécène Auguste Dael avait fait construire. C'est là qu'il réalise le tableau de grand format Liévin de Gand en Flandre, une œuvre qui, après avoir reçu une mention honorable à Paris et une médaille d'or à Gand (1883), est acquise pour le musée de la ville[5]. En l'honneur de son mécène, Gustave Vanaise a représenté Auguste Dael sous les traits de saint Liévin[6].

Il voyage en Italie en 1882-1883, grâce au mécénat du peintre Auguste Dael[7].
Il voyage en compagnie de Jef Lambeaux et de Rodolphe Wytsman. À Rome, il réalise des copies de nombreuses œuvres d'art, notamment des fresques de Raphaël et des œuvres de Velázquez[4]. Ils se rendent également à Venise. Rome, et Venise en particulier, l'inspirent à créer de nombreuses œuvres, principalement réalisées en plein air. À la mi-janvier 1883, Lambeaux se précipite en Belgique après avoir appris le décès de son père. Vanaise et Wytsman restent à Venise pour peindre les paysages. À son retour en Belgique, Vanaise fait don du tableau Les lagunes à Venise' au Musée de Gand. De retour à Bruxelles, il constate que Lambeaux a pris possession de la majeure partie de leur atelier commun. Il décide de retourner à son atelier de Gand, mis à sa disposition par son bienfaiteur Dael. C'est là qu'il peint, l'un après l'autre, Dimanche soir, Le Bon Samaritain et le Portrait équestre de M. Dael[5]. Il devient un portraitiste prolifique, plus par nécessité que par conviction, car il se trouve dans une situation financière désastreuse[4].
Vanaise revient à Bruxelles où il achète un terrain rue Moris. Il y fait construire une maison et un atelier sur les plans de l'architecte Georges Hobé, qu'il emménage en août 1885. Il rejoint le groupe d'artistes « La Chrysalide », qui organise ses propres expositions. Le 28 octobre 1883, Vanaise est l'un des membres fondateurs du groupe bruxellois d'avant-garde « Les Vingt », qui cherche à se libérer du monopole du système des Salons, avec ses jurys et ses prix. Le groupe organise des expositions annuelles des œuvres de ses membres, qui présentent également des pièces d'artistes d'avant-garde étrangers. Il participe aux expositions des « XX » pendant trois années consécutives. En tant que peintre académique de scènes historiques qui participe encore aux salons traditionnels, Vanaise, tout comme d'autres artistes académiques du groupe « Les XX », devient la cible d'attaques de la part de publications d'avant-garde telles que L'Art moderne. Il décide donc de quitter le groupe en 1886[8].

En 1887 Il part en voyage en Espagne, en compagnie de Jules Lambeaux, le peintre et frère du sculpteur[9]. Il y étudie Velázquez et Ribera, ainsi que Jordaens et Rubens. L'Alhambra de Grenade le fascine pendant un certain temps. Il peint un tableau représentant l'intérieur d'une église de Grenade[5].
De retour en Belgique, il s'installe temporairement à Bruges, où les souvenirs des anciennes corporations d'archers l'inspirent et où il conçoit l'idée initiale de son tableau La Légende de Saint Martin (aujourd'hui conservé à l'hôtel de ville de Courtrai). En 1888, Vanaise est chargé par Léopold Vander Kelen, bourgmestre de la ville de Louvain, de décorer une salle gothique de la ville. Il représente trois thèmes dans sa décoration murale. L'« autorité municipale » est représentée par une femme se tenant debout devant l’arrière-plan de l’hôtel de ville de Louvain. Derrière elle se trouve un groupe de cavaliers, parmi lesquels figure le magistrat en chef de la ville, proclamant l'octroi de privilèges municipaux au peuple. Les autres panneaux sont intitulés : « Gloire militaire » et « Art et poésie »[10].
Il épouse Anna Maria (Mieke) De Coster (1868-1891) le 4 août 1890 à Oostduinkerke, en Flandre occidentale. Il trouve le bonheur conjugal et son épouse apparaît dans divers tableaux peints avant et après son mariage. On peut citer par exemple l'idyllique Happiness, qui représente une Sainte Famille à la fois semi-biblique et semi-contemporaine, avec sa femme bien-aimée Mieke au centre, sur fond de vaste paysage. Malheureusement, sa femme décède le 8 septembre 1891 des suites d'une maladie, une perte qui le touche profondément[5].

Le prince Philippe et son épouse, la princesse Marie, commandent à Vanaise un portrait de leur fils, le prince Baudouin, décédé le 23 janvier 1891. Ce portrait posthume est très apprécié et lui vaut de nombreuses autres commandes de la part de la haute aristocratie et de la bourgeoisie belges[11]. Au cours de cette période, il achève son immense tableau Jacob Van Artevelde – Célébré, assassiné et glorifié (1892, Musée des Beaux-Arts de Gand, hauteur : 498 cm, largeur : 854 cm), qui lui a pris cinq ans à réaliser. Elle est exposée au Salon de Gand de 1892, où elle reçoit un accueil mitigé[4].
Il se tourne alors vers des œuvres de plus petite taille, telles que des portraits, des scènes de genre et des nus. Il nourrit toujours l'ambition de réaliser un grand tableau historique. Il décide de prendre pour sujet Pierre l'Ermite prêchant la croisade. Il achève l'œuvre le 18 avril 1897. Bien qu'un peu plus petite que son Jacob van Artevelde, elle mesurait tout de même 4,61 m de haut sur 6,74 m de large. L'œuvre est exposée pour la première fois deux ans plus tard, lors de l'exposition triennale organisée au Casino de Gand en 1899[4]. Si l'œuvre reçoit des critiques positives de certains milieux, elle est accueillie avec indifférence par les partisans de l'école impressionniste défendue par Emile Claus, qui dominait alors la scène artistique belge. Vanaise ne montre pas le tableau pendant encore deux ans[12]. Il se retire progressivement de la vie publique et cesse de participer à des expositions plusieurs années avant sa mort. Il meurt à l'âge de 47 ans[5].

Œuvre
modifierOn lui doit des portraits, ainsi que de vastes compositions décoratives dont "Van Artevelde acclamé, assassiné et glorifié", qui traduisent son admiration pour les maîtres anciens, tel que Rubens. Sous l'influence des recherches contemporaines, sa facture solide s'assouplit et sa palette traditionnelle s'éclaircit[13].
Sélection d'œuvres
modifier- Bruges, musée Groeninge : Portrait de M. Bruggeman, capitaine de la garde civile, 1884[réf. nécessaire].
- Bruxelles, musée Fin-de-Siècle :
- Bacchante, Huile sur toile, 91 × 141 cm, don du sénateur Arthur Van den Nest[14] ;
- Portrait de S.A. le prince Baudouin de Belgique (1869-1891), 1893, huile sur toile ovale, 165 × 115 cm[15] ;
- Portraits de M. et Mme Georges Hobé, huile sur toile, 161 × 161 cm, don de la famille Hobé[16]
- Gand :
- musée des Beaux-Arts :
- Saint Liévin en Flandre, 1882, huile sur toile, 296 × 355 cm[17]
- Lagunes à Venise, 1883, huile sur toile, 102 × 151 cm[18]
- César De Cock, 1884, huile sur toile, 114 × 84 cm[19]
- Glorification de Jacob van Artevelde, huile sur toile, 498 × 854 cm[20]
- musée des Beaux-Arts :
- palais de justice : Van Artevelde.
- Louvain, musée M : Sakala et mademoiselle Jeanne De Raedt, 1886, huile sur toile, 130 × 147 cm[21]
- Arlon, Musée Gaspar : portrait de vieillard, s.d., huile sur bois, 21 x 12 cm. Le tableau porte une dédicace de l'artiste à Jean Gaspar.
- Collections privées
- Quentin Metsys enfant dessinant le portrait de sa mère, 1879, huile sur toile, 159 × 119 cm, Vente 2021[22]
- Portrait en pied d'un jeune garçon, 1879, huile sur toile, 171 × 94 cm, Vente 2004[23]
- William Key peignant le portrait du duc d'Albe ordonnant la décapitation des comtes d'Egmont et de Hoorne, 1880, huile sur toile, 130 × 201 cm, Vente 2024[24]
- Madeleine au tombeau du Christ, 1880, huile sur toile, 170 × 250 cm, Vente 2022[25]
- L'Innocence, 1884, toile, 92 × 145 cm, Vente 2022[22]
- La Cour des lions, 1887, huile sur toile, 71 × 67 cm, Vente 2022[22]
- Salomé, 1895, huile sur toile, 237 × 159 cm, Vente 2024[22]
- La Jeune chanteuse, 1897, huile sur toile, 121 × 61 cm, Vente 2019[22]
- Cavalier devant un paysage, Huile sur acajou,45 × 31 cm, Vente 2018[26]
- Lecture près d'un étang, huile sur toile, 44 × 65 cm, Vente 2022[22]
- Nu allongé avec un éventail, huile sur toile, 55 × 85 cm, Vente 2022[22]
- Gondoliers à Venise, huile sur toile, 80 × 52 cm, Vente 2020[22]
- La Visite de l'atelier, Huile sur panneau, 45 × 35 cm, Vente 2020[22]
- Localisation inconnue[27]
- Louis XI et Olivier le daim (réputé détruit lors de l'invasion de la Belgique par l'armée allemande en ) ;
- Femme au perroquet ;
- Dimanche soir ;
- Bon samaritain;
- Saint Martin ;
- Source ;
- Mélancolie ;
- Samovar ;
- Chapelle royale de la cathédrale de Grenade ;
- Dans l'atelier ;
- Dame au chien ;
- Portrait du compositeur Miry ;
- Dieu le veut !.
- Œuvres de Gustave Vanaise
- Femme au homard
- Lecture au bord d'un étang, collection privée.
- Nu allongé avec un éventail, collection privée.
Notes et références
modifier- ↑ Gustave Vanaise sur le site du Rijksbureau voor Kunsthistorische Documentatie
- 1 2 Gustavus Antonius Maria VANAISE, Geneanet
- 1 2 Gustave Vanzype, VANAISE (Gustave-Antoine-Marie), Biographie Nationale de Belgique, Volume 26, pp. 125–126
- 1 2 3 4 5 6 Pol de Mont, « Gustaaf van Aise », dans : Het schildersboek. Deel 5. Vlaamsche schilders der negentiende eeuw, De Nederlandsche Boekhandel, Anvers 1901, pp. 235-256
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Exposition Gustave Vanaise, 11-25 mai 1903, Cercle artistique et littéraire, Bruxelles, 1903
- ↑ Rédaction, « Nécrologie », Le Petit bleu du matin, 5 juin 1894, p. 3
- ↑ Christine A. Dupont, Modèles italiens et traditions nationales: les artistes belges en Italie : 1830-1914, vol. 1, Belgisch Historisch Instituut te Rome, , 682 p. (ISBN 9789074461542), p. 165.
- ↑ Block, Jane, Les XX and Belgian Avant-Gardism 1868–1894, Studies in Fine Arts: The Avant-garde, Ann Arbor: UMI Research Press, 1984, pp. 33, 47
- ↑ Jules Dujardin, L'art flamand : Les artistes contemporains, Bruxelles, Arthur Boitte, , 199 p. (lire en ligne), p. 77.
- ↑ Frédéric De Smet, « Gustaaf Vanaise », Het Licht, 1923, p. 28
- ↑ Frédéric De Smet, p. 28
- ↑ Frédéric De Smet, pp. 39-40
- ↑ Judith Ogonovszky-Steffens, Gustave Vanaise, Dictionnaire des peintres belges]
- ↑ Musées royaux, Bacchante
- ↑ Musées royaux, Prince Beaudoin
- ↑ Musées royaux, M. et Me. Hobé
- ↑ Musée de Gand, St Liévin
- ↑ Musée de Gand, Venise
- ↑ Musée de Gand, César de Cock
- ↑ J. Van Artevelde
- ↑ Erfgoedplus
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Artnet
- ↑ Catalogue Sotheby's
- ↑ Catalogue Invaluable
- ↑ Catalogue Sotheby's
- ↑ Catalogue Lotsearch
- ↑ Gustave Vanzype, Nos Peintres : 1ere série, Paul Lablez, Bruxelles, (lire en ligne)
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Albert Dutry, Gustave Vanaise, Anvers, Buschmann, .
- Frédéric de Smet, Gustave Vanaise, s. l., s. n., (OCLC 78264668).
Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :