Hans Wallach
Hans Wallach, né le 28 novembre 1904 à Berlin et décédé le 5 février 1998 à Media, est un psychologue expérimental germano-américain dont la recherche se concentre sur la perception ainsi que l'apprentissage. Bien qu'il soit entraîné au sein de la tradition de la psychologie de la forme, la plupart de ses derniers ouvrages explore l'adaptabilité des systèmes perceptifs basés sur l'expérience du sujet percevant, tandis que la majorité des théoriciens de la Gestalt soulignent les qualités intrinsèques des stimuli et minimisent le rôle de l'expérience[1],[2]. Les travaux de Wallach de la couleur de surface achromatique jettent les bases des théories ultérieures sur la constance de la clarté, et ses recherches sur la localisation sonore éclairent les processus perceptifs qui sous-tendent le son stéréophonique. Il est membre de l'Académie nationale des sciences, boursier Guggenheim et récipiendaire de la médaille Howard Crosby Warren de la Société des psychologues expérimentaux.
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(à 93 ans) Media (Pennsylvanie) |
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Phoebe Kasper |
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Karl Wallach |
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| Distinctions | Liste détaillée Bourse Guggenheim () Prix APA pour une contribution scientifique remarquable à la psychologie () Médaille Howard Crosby Warren (d) () William James Fellow Award () |
Biographie
modifierWallach naît le 28 novembre 1904 à Berlin au sein d'une famille juive. Suite à des premières études en chimie, il s'inscrit à l'Institut de psychologie de Berlin, commençant par servir d'assistant à son directeur, Wolfgang Köhler, avant de mener ses propres recherches[3]. Il termine les travaux en vue d'un doctorat en 1934, se dépêchant car sa position vulnérable en tant que juif en Allemagne nazie l'amène à décider d'émigrer. Les professeurs d'université sont démis des universités. Wallach se considère mal préparé lorsqu'il passe ses examens oraux, comme il le racontera plus tard : « Je ne devrais jamais oublier la gentillesse des [deux professeurs d'université] qui, conscients de ma situation précaire, m'ont permis de réussir. »
Köhler, qui n'est pas juif mais qui résiste fermement à l'influence nazie croissante, décide également d'émigrer[4]. En 1935, on lui propose un poste au Swarthmore College, en Pennsylvanie[5]. L'année suivante, il invite Wallach à le rejoindre en tant qu'attaché de recherche. Wallach travaille à Swarthmore pour le reste de sa carrière. Pendant les six premières années, il n'enseigne pas, mais se consacre uniquement à la recherche, or, en 1942, les exigences de l'effort de guerre réduisent les effectifs du corps enseignant du département de psychologie, et Wallach (qui est inapte au service militaire) est nommé en tant qu'instructeur. Il gravit les échelons de la hiérarchie universitaire pour devenir professeur titulaire en 1953, ainsi que président du département de psychologie de 1957 à 1966. En 1971, il est nommé professeur de psychologie « Centennial ». Il prend sa retraite de l'enseignement en 1975, mais reste actif dans la recherche jusqu'en 1994.
En plus de son travail à Swarthmore, Wallach est professeur invité à la New School de New York de 1947 à 1957. En 1948, il est boursier Guggenheim, et de 1954 à 1955, il est membre de l'Institute for Advanced Study de Princeton.
Wallach épouse l'artiste Phoebe Kasper et, ensemble, accueillent un fils, Karl. Phoebe meurt en 1968[6]. Hans Wallach meurt le 5 février 1998. Leur fils Karl meurt en 2001.
Recherche psychologique
modifierWallach n'est pas théoricien et n'organise pas sa recherche autour d'un système théorique global. Il décrit son style de travail comme « poursuivre l'étude d'un problème tant que le travail donnait des résultats probants, puis le mettre de côté jusqu'à ce qu'une nouvelle idée laisse entrevoir des progrès[7]. »
Déplacement de lignes derrière des ouvertures
modifierLa thèse de doctorat de Wallach examine la perception de lignes se déplaçant derrière une ouverture dans une surface masquante - un phénomène connu comme le problème de l'ouverture. Si une ligne oblique se déplace derrière une telle ouverture, le stimulus physique présenté aux yeux ne permettra pas de distinguer si le mouvement est horizontal, vertical ou s'il s'effectue selon un autre angle. Wallach découvre que le mouvement que l'observateur perçoit est déterminé par la forme de l'ouverture. Si l'ouverture est circulaire, la ligne (ou les lignes) semblera se déplacer dans une direction perpendiculaire à son orientation. Or, si l'ouverture est rectangulaire, les lignes sembleront se déplacer dans une direction parallèle au grand axe de l'ouverture. L'illusion de l'enseigne de barbier est un exemple de ce phénomène. Wallach explique cette découverte en affirmant que le système perceptif tend à préserver l'identité individuelle des segments de droite définis par les extrémités créées par l'ouverture, et ce mode de déplacement préserve au mieux cette identité.
Parce que l'article originel est en allemand, cette recherche est peu connue des psychologues anglophones pendant de nombreuses décennies. En 1976, Wallach publie un un résumé en anglais des expériences de sa thèse[7]. Vingt ans plus tard, en 1996, Sophie Wuerger, Robert Shapley, et Nava Rubin publient une traduction anglaise complète, ajoutant une introduction dans laquelle ils déclarent que les découvertes de Wallach
sont pertinentes pour la recherche contemporaine et ont des implications non seulement pour l'étude de la perception du mouvement mais également la perception de la forme et de la couleur. Ses résultats fournissent la preuve contre un schéma modulaire de traitement visuel, où la forme, la couleur et le mouvement sont calculés de manière isolée. Il a découvert, au contraire, que la direction du mouvement perçue était liée à l'organisation perceptive de la scène : lorsque plusieurs interprétations de la forme sont possibles et que plusieurs directions de mouvement peuvent être envisagées, seules certaines combinaisons de forme et de mouvement sont perçues.
Effets consécutifs de forme
modifierDans un article publié en 1944 souvent cité, Köhler et Wallach présentent une série d'expériences sur les effets consécutifs de forme[8]. Si, par exemple, un observateur fixe un point de fixation pendant environ une minute dans le centre d'un champ visuel qui est blanc à l'exception d'un grand rectangle noir sur le côté gauche, et puis (une fois le rectangle retire) regarde au centre d'une disposition de quatre carrés régulièrement espacés, disposés de manière symétrique autour du point de fixation, les deux carrés sur le côté gauche paraîtront plus éloignés l'un de l'autre que ceux sur la droite[9]. De nombreuses observations similaires sont discutées dans l'article de Köhler et Wallach.
Köhler considère que ce phénomène soutient sa théorie de l'isomorphisme psychophysique - que la perception des formes est médiée par des champs électriques sur le cortex du cerveau, champs qu'il pense être isomorphes au stimulus mais qui pourraient être déformés par un processus de satiété[9]. Toujours est-il que Wallach finit par douter de cette explication et, les années suivantes, se dissocie de cette recherche. En général, Wallach évite les explications neurophysiologiques des phénomènes perceptifs, et l'article sur les effets cognitifs figuraux ne figure pas dans le recueil de ses articles que Wallach publie en 1976[7].
Localisation sonore
modifierDans une série d'articles, Wallach explore l'habilité des humains à localiser les sons dans le plan médian - c'est-à-dire à déterminer si un son provient d'une source située à la même hauteur que les oreilles ou d'une source qui est plus haute ou plus basse, ou même derrière la tête. Les indices sonores binauraux, notamment la phase ou le moment d'arrivée du son à chaque oreille et l'intensité relative du son aux deux oreilles (respectivement connues comme ITD et ILD) permettent à un auditeur de déterminer la localisation latérale d'un son (qu'il provienne de la gauche, de la droite ou directement de face). Or, deux sons à hauteurs différentes peuvent présenter des informations ITD et ILD identiques aux oreilles, et par conséquent, les indices binauraux pour une oreille immobile ne suffisent pas à identifier la localisation d'un son dans le plan médian[10]. Les indices monauraux qui dépendent de la forme de la tête ainsi que la structure de l'oreille externe aident à la localisation verticale, mais les indices binauraux jouent également un rôle si la tête n'est pas immobile.
La recherche de Wallach montre que lorsque la tête humaine bouge (soit pas inclinaison, soit par rotation autour d'un axe vertical), cela crée un schéma dynamique d'indices binauraux qui peut, lorsqu'il est associé à des informations sur la direction et l'amplitude du mouvement de la tête, permettre à un auditeur de déterminer la hauteur d'une source sonore[11],[12]. Il n'est pas nécessaire que l'auditeur effectue activement les mouvements de la tête ; une étude ultérieure démontre que des sons peuvent être correctement localisés dans le plan médian lorsque l'observateur subit une rotation passive ou lorsqu'une fausse sensation de rotation corporelle est induite par des indices visuels[10].
En 1949, Wallach, en collaboration avec Edwin B. Newman et Mark Rosenzweig, publie un article fondateur définissant l'effet de précédence dans la localisation sonore[13]. Leurs expériences démontrent que lorsqu'un son localisable atteint les oreilles et est immédiatement suivi par un son identique venant d'une direction différente, l'auditeur perçoit un son unique à l'emplacement du stimulus arrivant en premier. Le délai entre le son arrivant en premier et le son arrivant en second peut varier de 1 à 5 ms pour des clics, et atteindre jusqu'à 40 ms pour des sons complexes tels que la parole et la musique. Au-delà de ces seuils, le second son est perçu comme un écho. Ce phénomène illustre la manière dont le système auditif supprime les réverbérations locales pour améliorer l'intelligibilité des sons perçus et il s'agit d'un facteur critique en ingénierie acoustique et en conception de systèmes de sonorisation[14],[15]. Wallach et al. notent également que l'effet de précédence joue un rôle important dans la perception du son stéréophonique[13].
Constance de la couleur achromatique et de la luminosité
modifierDans un article largement admiré publié en 1948, Wallach explore les conditions de stimulation pour la perception des couleurs neutres - c'est-à-dire, les couleurs qui varient en termes de luminosité mais n'ayant aucune teinte, allant ainsi du blanc au gris au noir[16]. Wallach projette des taches de lumière circulaires (« disques ») de luminosités variées sur un écran blanc dans une pièce sombre et découvre que, lorsqu'ils sont présentés seuls, les disques semblent toujours lumineux - c'est-à-dire qu'ils paraissent émettre de la lumière, tout comme la Lune lorsqu'elle est haute dans le ciel noir. Cependant, lorsqu'un anneau périphérique de luminosité différente est ajouté à un tel disque projeté, le disque cesse de paraître lumineux et ressemble à une zone de papier lisse dont la couleur dépend des luminosités relatives du disque central ainsi que de l'anneau périphérique. Si la bordure était moins lumineuse que le disque dans le centre, le disque paraît blanc. Si la bordure était plus lumineuse que le centre, le disque central semblerait être une nuance de gris. La nuance de gris dépend du rapport de luminance entre le centre et l'environnement, sans compter les niveaux de luminance absolue des deux éléments dans la démonstration. Ainsi, par exemple, un disque avec une luminance physique de 50 millilamberts (mL) entouré d'un anneau de 200 mL semble être de la même nuance de gris qu'un disque de 500 ml entouré par un anneau de 2000 mL.
Wallach propose que ce « principe de proportionnalité » pourrait expliquer le phénomène de la constance de la clarté - le fait que la légèreté apparente d'un objet demeure constante malgré d'importantes variations d'éclairement. Au cours des années suivantes, une abondante littérature a exploré la pertinence et les limites du principe de proportionnalité. Le principe de proportionnalité ne tient pas si le rapport de luminance est extrêmement élevé ; ou si les deux luminances en interaction ne sont pas adjacentes[17],[18],[19]. De plus, le dispositif expérimental très simplifié de Wallach ne traite ni des agencements spatiaux tridimensionnels ni des champs visuels complexes comportant de nombreuses luminances en interaction[20]. Plutôt que de fournir une solution complète au problème de la constance de la clarté, l'article de Wallach, publié en 1948, vise à « préparer le terrain pour des modèles computationnels de la perception de la clarté »[3].
L'effet de profondeur cinétique
modifierL'article le plus cité de Wallach est son étude de 1953 (avec D. N. O'Connell) sur l'effet de profondeur cinétique[21]. Ce phénomène illustre la manière dont le système visuel traite les affichages d'éléments qui changent dynamiquement de sorte que nous percevons un monde d'objets rigides arrangés dans l'espace.
Si une figure tridimensionnelle immobile (par exemple, un cube en fil métallique) est éclairée par l'arrière de telle sorte que son ombre se projette sur un écran translucide, un observateur face à l'écran verra un motif de lignes bidimensionnel. Or, si le même objet est mis en rotation, l'observateur le verra (correctement) comme un cube tridimensionnel tournant, même si seules des informations bidimensionnelles sont présentées. Il s'agit de l'effet de profondeur cinétique, un puissant indice de profondeur. Ce phénomène se produit spontanément, est perceptible en vision monoculaire et survient aussi bien avec des figures pleines qu'avec des structures filaires ; par ailleurs, les figures ne sont pas nécessairement des objets géométriques réguliers ni des formes familières. Wallach et O'Connel ne découvrent que deux conditions essentielles pour obtenir l'effet. L'objet doit être composé de lignes droites aux extrémités ou aux angles bien définis, et les ombres projetées de ces lignes doivent varier à la fois en longueur et en orientation à mesure que l'objet tourne (sinon, on perçoit une forme plate qui se déforme)[21].
Les résultats de Wallach et O’Connell sur l’effet de profondeur cinétique déclenchent un grand nombre d'études. Certains chercheurs explorent l'expérience phénoménale de la tridimensionnalité ainsi que les moyens de la mesurer objectivement[22]. D'autres cherchent à bâtir des modèles théoriques des conditions essentielles à la représentation dynamique d'objets tridimensionnels rigides en utilisant uniquement deux dimensions, menant au développement d'un nouveau champ d'étude : le principe de structure from motion, une partie du domaine des sciences cognitives[23],[24]. Les applications pratiques incluent la représentation de la troisième dimension sur les écrans d'ordinateur, les appareils de poche et les scanners de sécurité aéroportuaire[25],[26],[27].
Adaptation de la perception de la profondeur et de la distance
modifierDepuis que les deux yeux de l'humain sont approximativement écartés de 6.5 cm, ils voient le monde de différents points de vue : l'image projetée sur la rétine gauche est légèrement différente de celle projeté sur la rétine droite. Cette différence (connue comme la disparité binoculaire) est l'indice fondamental sous-tendant la perception stéréoscopique de la profondeur. L'importance de la perception stéréoscopique est familière à quiconque a déjà tenté d'enfiler une aiguille en fermant un œil ; et lorsque deux photos légèrement différentes sont vues à travers un stéréoscope (un outil qui la rend facile afin de fusionner les deux images), la scène fusionnée prend une apparence tridimensionnelle.
En 1963, Wallach, Moore et Davidson augmentent artificiellement la disparité en faisant regarder les sujets à travers un téléstéréoscope, un outil qui utilise une disposition de miroirs afin de stimuler une distance augmentée entre les yeux[28]. Lorsqu'ils voient un cube en fil métallique à travers le téléstéréoscope, les sujets rapportent que la profondeur du cube paraît plus grande que sa largeur et sa hauteur, un résultat de la plus grande disparité générée par le téléstéréoscope. Après cela, le cube est conçu pour tourner lentement tandis que les sujets visionnent. Cela crée un conflit entre deux indices de profondeur : tandis que cette disparité artificiellement accrue indique que la profondeur du cube est plus grande que ses deux autres dimensions, l'effet de profondeur cinétique (qui n'est pas affecté par la disparité) consiste à présenter des indices cohérents avec un cube en rotation normal, dont toutes les faces sont de taille égale.
Après avoir observé le cube en rotation dans une situation de conflit d'indices pendant une période d'adaptation d'une dizaine de minutes, on présente de nouveau aux sujets le cube immobile (toujours par l'intermédiaire du téléstéréoscope) et on leur demande d'indiquer sa profondeur. Ils signalent une profondeur apparente inférieure à avant la période d'adaptation, indiquant que le conflit issu de l'indice concurrent de l'effet de profondeur cinétique modifie la manière dont le système visuel interprète les indices de profondeur stéréoscopiques. La perception altérée de la profondeur est temporaire : elle pourrait facilement être désapprise (en observant le cube tourner sans le téléstéréoscope), et l'effet se dissipe spontanément après quelques minutes, même si les sujets restent simplement assis les yeux fermés pendant ce laps de temps.
Par la suite, Wallach et Frey réalisent des expériences similaires créant un conflit parmi les différents indices que le système visuel utilise afin de afin de calculer la distance d'un objet à partir de l'observateur. Deux de ces indices sont l'accomodation (ajustements du cristallin de l'œil pour mettre au point des objets proches ou éloignés) ainsi que la convergence (la convergence des yeux nécessaire pour se fixer sur des objets proches). Ces deux indices, ensemble, sont appelés indices oculomoteurs. D'autres indices jouent également un rôle dans la perception de la distance ; parmi eux, des gradients de perspective et de texture ainsi que des indices moteurs (lorsque nous tendons la main pour toucher un objet, nous obtenons des informations sur la distance à laquelle il se trouve).
Wallach et Frey fabriquent des lunettes spéciales qui faussent artificiellement les indices oculomoteurs de distance, de telle sorte que le porteur voie les objets avec des indices d'accomodation et de convergence correspondant à des distances plus proches que les distances réelles des objets. Les sujets portent les lunettes tandis qu'ils manipulent physiquement une disposition de petits blocs de bois placée sur une table, et ainsi, la perspective, la texture et les indices moteurs fournissent des informations véridiques. Après une quinzaine de minutes d'adaptation, les tests montrent que les sujets (désormais sans les lunettes) perçoivent la distance des objets de test comme étant supérieure à leur distance réelle. Une différente paire de lunettes, simulant les indices oculomoteurs pour des distances supérieures à la distance réelle, donne le résultat inverse.
Ces découvertes - que l'exposition à des situations de conflit d'indices modifie le moyen dans lequel le système visuel évalue les indices - représentent une nette prise de distance par rapport à la tradition de la Gestalt dans laquelle Wallach a été formé. Les psychologues de la forme préfèrent expliquer les phénomènes perceptifs à travers les caractéristiques le complexe de stimuli pris dans son ensemble, ainsi qu'à travers les fonctions innées et invariantes du système perceptif. Ils minimisent généralement le rôle de l'expérience et de l'adaptation[1],[2].
Perception d'un environnement stable
modifierDu milieu des années 1960 jusqu'à la fin de sa carrière, Wallach s'engage dans une étude approfondie des mécanismes qui sous-tendent la stabilité apparente du monde visuel humain malgré les mouvements de la tête, des yeux, ou du corps entier. Ces expériences démontrent l'existence de tels mécanismes, explorent leurs paramètres, et prouvent que la plupart d'entre-eux pourraient être modifiés à travers l'adaptation aux conditions de stimulation modifiées.
Lorsque les humains tournent la tête de gauche à droite, l'image projetée sur la rétine se déplace dans la direction opposée au mouvement de la tête. Sans que la tête ne tourne, un tel déplacement d'image apparaîtrait comme un mouvement ; mais lorsqu'il est corrélé à la rotation de la tête, aucun mouvement de l'environnement n'est perçu. Cependant, que se passe-t-il si l'image se déplace en coordination avec le mouvement de la tête, mais que l'amplitude de ce déplacement est moindre (ou plus importante) que ce qui serait habituel pour le mouvement de tête en question ? L'anomalie serait-elle remarquée ?
Wallach et Kravitz conçoivent un dispositif mécanique permettant aux mouvements de la tête de provoquer des déplacements d'une image selon un pourcentage quelconque de l'amplitude de ces mouvements de tête en question, et découvrent que les sujets pourraient détecter des écarts d'à peine 2 % par rapport au degré normal de déplacement[29]. Cela démontre qu'un processus de compensation d'une grande précision corrige le décalage d'image qui accompagne normalement un mouvement de tête, rendant ainsi une apparence de stabilité. Wallach appelle ce processus constance de la direction visuelle et constate avec intérêt qu'il pourrait facilement être modifié à travers l'adaptation perceptive. De manière à démontrer cela, Wallach et Kravitz règlent le dispositif de telle sorte que, lors des mouvements de la tête, l'image visuelle se déplace de 150 % du déplacement normal, et demandent aux sujets de tourner la tête de gauche à droite tout en observant ce déplacement modifié pendant 10 minutes[30]. Après cette brève période d'adaptation, on présente aux sujets une cible objectivement immobile alors qu'ils tournent la tête. Ils rapportent qu'elle n'apparaît plus immobile, mais oscille d'avant en arrière dans la direction opposée aux mouvements qui se produisent lors de l'adaptation. De manière à ce que la cible semble immobile, le dispositif doit être réglé de manière à ce que la cible se déplace effectivement d'environ 14 % dans la même direction, elle bouge lors de la période d'adaptation. Le processus de constance de la direction visuelle qui met en corrélation les mouvements de la tête et les décalages d'image est modifié par l'exposition à une condition de stimulation anormale (L'adaptation du processus de constance de la direction visuelle et temporaire et se dissipe après quelques minutes).
Tel que dans l'affaire de la perception de la profondeur et de la distance, la découverte de Wallach que la constance de la direction visuelle s'adapte aisément lorsque les conditions de stimulation sont modifiées représente une rupture marquée avec la tradition de la Gestalt, qui se concentre sur les processus innés et inaltérables. En fait, Wallach en vient à considérer l'adaptation comme un outil d'analyse en lui-même. Par exemple, Wallach et Bacon sont capables de démontrer que deux processus distincts sont impliqués dans la constance de la direction visuelle en montrant qu'ils s'adaptent différemment.
Outre les processus compensant les déplacements de l'image lors de la rotation de la tête, Wallach et divers collaborateurs étudient d'autres types de compensations liées à la stabilité perceptive lors des mouvements du corps, dont les déplacements causés par le hochement ainsi que par les mouvements oculaires, l'évolution de l'orientation des objets au fil du déplacement, l'expansion optique induite par la progression vers l'avant, le déplacement selon une dimension indépendante du mouvement physique, ainsi que les modifications de la perception des formes corrélées au mouvement.
Enseignement et impact sur les étudiants
modifierParce qu'il consacre sa carrière à l'enseignement dans un établissement d'enseignement supérieur en arts libéraux, l'héritage de Wallach comprend son influence sur les étudiants ainsi que les assistants de recherche avec qui il travaille. Beaucoup d'entre eux continuent d'apporter leur propre contribution à la psychologie : Harris fournit une liste partielle, dont John Darley, Sheldon Ebenholz, William Epstein, Irwin Feinberg, Charles Harris, John Hay, Eric Heinemann, Richard Held, Julian Hochberg, Lloyd Kaufman, Jean Matter Mandler, Jacob Nachmias, Ulric Neisser, Ann O’Leary, Rose Olver, Dean Peabody, Mary Potter, Judith Rapoport, Robert Rescorla, Daniel Riesberg, Lance Rips, Irvin Rock, Fred Stollnitz, Davida Teller, Lise Wallach (aucun lien), Michael Wertheimer, et Carl Zuckerman.
Wallach est une figure très appréciée sur le campus de Swarthmore, notamment en raison de sa personnalité haute en couleur. Dans un article rétrospectif publié en 2002, le Swarthmore College Bulletin le décrit de cette façon :
Wallach a établi sa réputation avec fermeté pour des travaux universitaires remarquables et un style inspirant, décidément excentrique. Il conduisait une guimbarde et appelait les gens « très cher ». Il fumait cigarette sur cigarette lors de ses séminaires, se laissait souvent si bien absorber par ses pensées qu'il gardait sa Camel à la main jusqu'à ce qu'elle se consume entièrement. Et il faisait les cent pas. « On pouvait aller voir Hans avec une question », raconte son ancien étudiant et collègue Dean Peabody. « Il faisait les cent pas dans son bureau, allait dans le couloir et disparaissait. Puis, il pouvait revenir une demi-heure plus tard. »
Un autre ancien étudiant, Charles Harris, décrit un incident caractéristique :
Une fois, par exemple, il est entré à grands pas dans notre salle de séminaire, apparemment plongé dans ses pensées, puis a fait demi-tour et est ressorti. On pouvait l'entendre faire les cent pas dans le couloir. Enfin, il revenait et s'excusait. « J'ai du mal à résoudre une énigme. », expliqua-t-il. « Je sais que ce n'est pas notre sujet pour aujourd'hui, mais j'espère que vous pouvez m'aider. » Il a exposé le problème de perception et nous avons tous fait de notre mieux pour trouver une solution. Quelques années plus tard, je lui ai dit que j'étais perplexe à propos de cet incident en question parce que j'avais appris depuis qu'il avait résolu ce puzzle dans un article qu'il avait publié un an plus tôt. Avec un large sourire, il répliqua : « Oui, je sais[3]. »
Distinctions et prix
modifier- 1948 : Boursier de la Fondation John Simon Guggenheim
- 1954-1955 : Membre de l'Institute for Advanced Study de Princeton
- 1971 : Professeur de psychologie (chaire Centennial), Swarthmore College[3]
- 1983 : Prix de l'Association américaine de psychologie pour contributions scientifiques remarquables[31]
- 1986 : Membre de l'Académie nationale des sciences
- 1987 : Médaille Howard Crosby Warren de la Société des psychologues expérimentaux
- 1989 : Membre « William James » de l'American Psychological Society[32]
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Hans Wallach » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 (en) Edna Frances Heidbreder, Seven psychologies [« Sept psychologies »], , p. 331-340
- 1 2 (en) Duane Schultz, A history of modern psychology [« Une histoire de la psychologie moderne »], Harcourt, , 7e éd., p. 355–357
- 1 2 3 4 (en) « Hans Wallach (1904–1998) », American Psychologist, vol. 56, no 1, , p. 73–74
- ↑ (en) Mary Henle, « One man against the Nazis—Wolfgang Köhler » [« Un homme contre les nazis : Wolfgang Köhler »], American Psychologist, , p. 939–944
- ↑ (en) George Mandler, A history of modern experimental psychology [« Une histoire de la psychologie expérimentale moderne »],
- ↑ (en) Wolfgang Saxon, « Hans Wallach, 93, Scientist Who Helped Explain Hearing » [« Hans Wallach, 93 ans, scientifique ayant contribué à expliquer l'audition »], The New York Times,
- 1 2 3 (en) Hans Wallach, On Perception [« De la perception »],
- ↑ (en) Wolfgang Köhler et Hans Wallach, « Figural after-effects : An investigation of visual processes » [« Effets consécutifs figuraux : une étude des processus visuels »], Proceedings of the American Philosophical Society, , p. 269–357
- 1 2 (en) Lloyd Kaufman, Sight and Mind [« La vue et l'esprit »], Oxford University Press,
- 1 2 (en) Hans Wallach, « The role of head movements and vestibular and visual cues in sound localization » [« Le rôle des mouvements de la tête et des indices vestibulaires et visuels dans la localisation sonore »], Journal of Experimental Psychology, , p. 339-368
- ↑ (de) Hans Wallach, « Über die Wahrnehmung der Schallrichtung » [« Sur la perception de la direction du son »], Psychologische Forschung, , p. 238-266
- ↑ (en) Hans Wallach, « On sound localization » [« Sur la localisation sonore »], Journal of the Acoustical Society of America, vol. 10, no 4, , p. 270–274
- 1 2 (en) Hans Wallach, Edwin Newman et Mark Rosenzweig, « The precedence effect in sound localization » [« L'effet de précédence dans la localisation sonore »], American Journal of Psychology, , p. 315-336
- ↑ (en) Richard Freyman et Ruth Litovsky, « Dynamic processes in the precedence effect » [« Processus dynamiques dans l'effet de précédence »], Journal of the Acoustical Society of America,
- ↑ (en) Directional Hearing [« Audition directionnelle »], (1re éd. 1987), 305 p. (ISBN 978-1-4612-9135-0)
- ↑ (en) Hans Wallach, « Brightness constancy and the nature of achromatic colors » [« La constance de la clarté et la nature des couleurs achromatiques »], Journal of Experimental Psychology, , p. 310–324
- ↑ (en) Dorothea Jameson, « Complexities of perceived brightness » [« Les complexités de la luminosité perçue »], Science, , p. 174-179
- ↑ (en) « Simultaneous brightness induction as a function of inducing and test-field luminances » [« Induction simultanée de luminance en fonction des luminances du champ inducteur et du champ test »], Journal of Experimental Psychology, vol. 50, no 2, , p. 89-96
- ↑ (en) Lisa Newson, « Some principles governing changes in the apparent lightness of test surfaces isolated from their normal backgrounds » [« Quelques principes régissant les variations de la clarté apparente de surfaces tests isolées de leurs arrière-plans habituels. »], Journal of Experimental Psychology, vol. 10, no 2, , p. 82-95
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- 1 2 (en) Hans Wallach, « The kinetic depth effect » [« L'effet de profondeur cinétique »], Journal of Experimental Psychology, vol. 45, no 4, , p. 205-217
- ↑ (en) George Sperling, Michael Landy, BARBARA ANNE DOSHER et Michele Perkins, « Kinetic depth effect and identification of shape » [« Effet de profondeur cinétique et identification de la forme »], Journal of Experimental Psychology, , p. 826–840
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- ↑ (en) Vie 2003 : First International Conference on Visual Information Engineering [« Vie 2003 : Première conférence internationale sur l'ingénierie de l'information visuelle »], , 340 p. (ISBN 9780852967577)
- ↑ (en) Hans Wallach et Larry Davidson, « Modification of stereoscopic depth-perception » [« Modification de la perception stéréoscopique de la profondeur »], American Journal of Psychology, , p. 191–204
- ↑ (en) Hans Wallach, « The measurement of the constancy of visual direction and of its adaptation » [« La mesure de la constance de la direction visuelle et de son adaptation »], Psychonomic Science, , p. 217–218
- ↑ (en) Hans Wallach, « Rapid adaptation in the constancy of visual direction with active and passive rotation » [« Adaptation rapide de la constance de la direction visuelle lors de rotations actives et passives »], Psychonomic Science, , p. 165–166
- ↑ (en) « APA Award for Distinguished Scientific Contributions » [« Prix de l'APA pour contributions scientifiques éminentes »]
, sur Association américaine de psychologie - ↑ (en) « William James Fellows »
