Harold Thomas
Harold Joseph Thomas, né en 1947 à Alice Springs, dans le Territoire du Nord, également connu sous le nom de Bundoo, est un artiste et militant aborigène australien.
Il est connu pour avoir conçu et déposé les droits d'auteur du drapeau aborigène australien. Il affirme avoir conçu le drapeau en 1971 comme symbole du mouvement en faveur des droits fonciers des Aborigènes. En 1995, celui-ci est officiellement reconnu comme l'un des drapeaux de l'Australie. Suite à cela, sa revendication de droits d'auteur sur son dessin a été confirmée par la Cour fédérale, transférant finalement ces droits d'auteur au Commonwealth d'Australie et les rendant librement accessibles au public en janvier 2022.
Enfance et éducation
modifierHarold Joseph Thomas, dit Bundoo, nait en 1947 à Alice Springs, dans le Territoire du Nord, d'un père wombai et d'une mère luritja[1]. Il est l'un des treize enfants de la famille, qui ne vivent toutefois pas tous sous le même toit, les enfants ayant été retirés de celui-ci à différentes périodes[2]. Il se souvient avoir dessiné et peint sur des morceaux de papier dès son plus jeune âge[3].
À sept ans, il est arraché à sa famille dans le cadre des Générations volées et emmené à St Francis House, en Australie-Méridionale, où il vit jusqu'à l'âge de onze ans. Il est ensuite recueilli par le révérend Donald Wallace et sa famille, qui l'inscrit au lycée de Willunga[2],[4],[5],[6]. Il fréquente une école indépendante d'Adélaïde, la Pulteney Grammar[7].
En 1966, à l'âge de 17 ans, Thomas remporte une bourse pour étudier à la South Australian School of Art, dont il est sort diplômé avec mention en 1969, devenant ainsi le premier Aborigène à obtenir un diplôme d'une école d'art australienne[6]. Pendant son séjour, il étudie la peinture à l'aquarelle sous la direction de Reg Campbell, dont il garde le souvenir d'un professeur excentrique[2]. En 1968, il organise sa première exposition de peintures à l'aquarelle à Adélaïde, inaugurée par le premier ministre de l'époque, Don Dunstan[3].
C'est pendant ses études qu'il s'implique dans le mouvement des droits civiques[3].
Pratique artistique et carrière
modifierEn 1970, il devient la première personne aborigène à être employée par le Musée d'Australie-Méridionale (South Australian Museum), où il travaille comme dessinateur de relevés. Cette fonction lui donne accès à une importante collection d'objets aborigènes ainsi qu'à un vaste ensemble d'œuvres d'art[3].
Ses principales influences artistiques sont les peintres Caravage, Francisco Goya et Eugène Delacroix[8],[9],[3].
En 1972, il s'installe à Humpty Doo, près de Darwin, et commence à peindre le paysage et la faune, notamment à l'aquarelle[10]. Il change radicalement ses sujets et son style en 2016, lorsqu'il commence à peindre des représentations du premier contact et des contacts ultérieurs des Aborigènes avec les colonisateurs européens, y compris les guerres frontalières[3].
En 2016, sa peinture Tribal Abduction (« Enlèvement tribal »), qui représente un nourrisson aborigène arraché au sein de sa mère par des policiers dans une scène évoquant les Générations volées, dont Bell est lui-même issu[6], remporte le premier prix, doté de 50 000 dollars australiens, lors de la 33e édition des Telstra National Aboriginal & Torres Strait Islander Art Award (NATSIAA)[8],[9],[11].
Drapeau aborigène australien
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Thomas affirme avoir conçu le drapeau en 1970 pour mener une manifestation lors de la marche de la NADOC (aujourd'hui NAIDOC)[3]. Il a été lancé pour la première fois lors d'un rassemblement pour les droits fonciers le 9 juillet 1971[3] à Adélaïde, en Australie-Méridionale, comme symbole du mouvement pour les droits fonciers des Aborigènes. En 1972, elle été adoptée par l'ambassade des tentes aborigènes à Canberra[6].
En 1991, il a créé une série d'aquarelles pour une édition limitée d'estampes célébrant les 20 ans du drapeau.
Le 14 juillet 1995, le drapeau a été déclaré « drapeau officiel de l'Australie »[12],[3]. En 1997, Harold Thomas est impliqué dans une affaire très médiatisée devant la Cour fédérale et la Haute Cour, afin de faire valoir ses droits d'auteur sur son dessin[13]. Il en a résulté qu'il a été déclaré titulaire des droits d'auteur sur le dessin du drapeau, conformément à la loi australienne sur le droit d'auteur[14].
En 2010, Harold Thomas est impliqué dans un différend avec Google concernant l'utilisation envisagée, dans son logo, d'une œuvre réalisée par une Australienne de 12 ans intégrant le drapeau aborigène australien. Thomas refuse d'autoriser Google à utiliser cette image représentant le drapeau après l'échec des négociations relatives à la rémunération. Selon Thomas Google avait entamé les discussions en demandant une autorisation d'utilisation gratuite du drapeau. S'il en autorise gratuitement l'usage par des organismes sans but lucratif apportant une aide sanitaire, éducative, juridique ou d'autres formes de soutien aux peuples autochtones, Thomas perçoit en revanche des droits auprès des entreprises commerciales[15].
Thomas a ensuite accordé des droits commerciaux exclusifs à trois sociétés, « l'une pour reproduire des drapeaux et les autres pour reproduire l'image sur des objets et des vêtements »[16]. L'une de ces sociétés, WAM Clothing, émis des avis d'infraction à diverses organisations, dont l'Australian Football League (AFL), la National Rugby League (NRL) et des organisations à but non lucratif autochtones[17].
Le , Thomas crée la représentation numérique authentique du drapeau, émise sous forme de jeton non fongible (NFT) pour commémorer le 50e anniversaire du drapeau[18],[17]. Le , après trois ans de négociations, Thomas cède les droits d'auteur du drapeau au Commonwealth d'Australie, dans le cadre d'un accord qui le rend libre d'utilisation publique par tous[19]. Il déclare espérer que la démocratisation du drapeau « apporterait du réconfort à tous les Aborigènes et Australiens quant à son utilisation »[6]. En février 2022, il est annoncé que le gouvernement Morrison verse 13,75 millions de dollars australiens à Thomas afin d'acquérir les droits d'auteur sur le drapeau. Il verse également 6,3 millions de dollars australiens à deux entreprises non autochtones titulaires de licences d'exploitation du drapeau[20].
Autres travaux
modifierEn 1972, Harold Thomas illustre Tales told to Kabbarli : Aboriginal legends collected by Daisy Bates (histoires recueillies par l'auteure Daisy Bates, racontées par Barbara Ker Wilson). Il réalise également les illustrations de Jagardoo : Poems from Aboriginal Australia (1977), de Jack Davis, et de Kurkali the Lizard « Kurkali le lézard » (1994), un livre d'images pour enfants de Charlie Stream[21].
En 1973-1974, il a produit et mis en scène une pièce mythologique intitulée Pelicans Dream[3].
En 1995, il est président du Comité de la Génération volée du Territoire du Nord[3].
Reconnaissance et récompenses
modifier- 1971 : diplôme honorifique en anthropologie sociale de l'Université d'Adélaïde[3]
- 1984 : œuvre sélectionnée pour être exposée lors de la première exposition des prix NATSIAA[3]
- 1985 : œuvre sélectionnée pour être exposée dans la 2e exposition des prix NATSIAA[3]
- 1987 : portraitiste officiel du gouvernement du Territoire du Nord ; des tableaux d'administrateurs et de ministres en chef sont exposés au Parlement, à Darwin[3]
- 2016 : Tribal Abduction (« Enlèvement tribal », prix artistique Telstra, lors de la 33e édition des NATSIAA[8],[3],[22]
- 2017 : Myal Creek Massacre, une peinture représentant le massacre de Myall Creek de 1838 en Nouvelle-Galles du Sud, sélectionnée comme finaliste aux prix NATSIAA[3]
- 2017 : l'œuvre Tribal Abduction (« Enlèvement tribal ») est accrochée dans le hall de l'université Charles Darwin[3]
- 2023 : doctorat honorifique en arts de l'Université Charles Darwin « en reconnaissance de sa contribution aux beaux-arts et à l'activisme pour les droits des Aborigènes »[23]
Vie personnelle
modifierThomas vit à Humpty Doo dans le Territoire du Nord, près de Darwin, depuis les années 1990[6].
Expositions (sélection)
modifier- 1986 : New Works, Framed Gallery, Darwin, Territoire du Nord[3]
- 1987 : Northern Light, Birukmarri Gallery, Fremantle[3]
- 1990 : Balance, exposition collective[3]
- 1990 : Views, Visions, Influences, Queensland Art Gallery, Brisbane[3]
- 1991 : estampes, à Tandanya, Adélaïde, Australie-Méridionale[3]
- 1991 : estampes, à l'Opéra de Sydney[3]
- 1993 : 10e exposition NATSIAA, Musée et galerie d'art du Territoire du Nord ; « Bungalow Boy » acquis par le musée[3]
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- ↑ (en) « Who is Harold Thomas, the man who created the Aboriginal flag? », sur ABC News, (consulté le )
- 1 2 3 (en) Maddy Sexton, « The boys from St Francis : an interview with Harold Thomas », Wakefield Press, sur Wakefield Press, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 (en) « Harold Thomas Aboriginal artist. Works in the Northern Territory Australia », Harold Thomas, sur haroldthomasart.com.au via Wikiwix, (consulté le ). Erreur de référence : Balise
<ref>incorrecte : le nom « htbio » est défini plusieurs fois avec des contenus différents. - ↑ (en) « The Artist », Harold Thomas, sur haroldthomasart.com.au via Internet Archive (consulté le ).
- ↑ « Harold Thomas – Creator of the Aboriginal Flag », ABC, sur abc.net.au via Internet Archive, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 « Who is Harold Thomas? », ABC News, Australia, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Sheradyn Holderhead, « Search for Pulteney Grammar student Terry, subject of Jeffrey Smart painting », The Advertiser, Adelaide, (consulté le )
- 1 2 3 Debbie Cuthbertson, « Harold Thomas wins $50,000 Indigenous art award with stolen generations painting », The Sydney Morning Herald, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Steph Harmon, « The truth hurts – Harold Thomas wins award with Aboriginal art that is raw and real », The Guardian, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « The man behind the iconic flag now free for all Australians: Who is Harold Thomas? », ABC News, Australia, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Telstra National Aboriginal and Torres Strait Islander Art Awards 2016.
- ↑ « Official Status of Aboriginal and Torres Strait Islander flags », CRW Flags Inc., sur crwflags.com, (consulté le ).
- ↑ « Federal Court declares Aboriginal artist owner of copyright in Aboriginal flag » [archive du ], Australian Copyright Council, (consulté le )
- ↑ « The Work of the Court » [archive du ], Annual Report 1996-1997, Federal Court of Australia (consulté le )
- ↑ Asher Moses, « Google Doodle For Australia Day Missing Aboriginal Flag », The Sydney Morning Herald, (consulté le )
- ↑ (en) Indigenous Affairs reporter Isabella Higgins, « Football codes, Aboriginal designers told to stop using Aboriginal flag over copyright use », sur abc.net.au, Australia, ABC News, (consulté le ).
- 1 2 « Aboriginal flag quietly turns 50 amid last-minute date change and copyright dispute », The Guardian, (consulté le )
- ↑ Harold Thomas, « I created the Aboriginal flag as a symbol of unity and pride », The Sydney Morning Herald, (consulté le )
- ↑ (en) « Free use of Aboriginal Flag secured for all Australians », Prime Minister of Australia, sur pm.gov.au via Internet Archive (consulté le ).
- ↑ Lorena Allam, « Aboriginal flag 'colonised': senators in heated exchange over government's purchase of copyright », The Guardian, (consulté le )
- ↑ « Harold Thomas », AustLit, (consulté le )
- ↑ (en) Emily Nicol, « Harold Joseph Thomas (Bundoo) takes the 2016 Telstra Art Award », sur NITV, National Indigenous Television, (consulté le ).
- ↑ (en) « Rich artistic legacy of Aboriginal flag creator honoured with CDU doctorate | Charles Darwin University », cdu.edu.au, sur Charles Darwin University, (consulté le ).
Liens externes
modifier- Ressource relative aux beaux-arts :