Hatun Sürücü
Hatun « Aynur » Sürücü, née le à Berlin-Ouest et assassinée le à Berlin, est une allemande d'origine kurde turque, victime d’un crime d’honneur. Elle est assassinée à un arrêt de bus à Berlin-Tempelhof par l’un de ses frères, de trois balles dans la tête. La procédure judiciaire longue et compliquée est souvent jugée trop indulgente envers les trois frères accusés. Un seul d'entre est d'ailleurs condamné.
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Landschaftsfriedhof Gatow (d) |
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L’assassinat d'Hatun Sürücü provoque l'indignation dans toute l'Allemagne et suscite un vaste débat sur les mariages forcés et les valeurs des familles musulmanes vivant en Allemagne.
Sa mort est encore commémorée vingt ans plus tard et sa mémoire honorée de multiples façons.
Biographie
modifierHatun Sürücü est née à Berlin-ouest le 17 janvier 1982. Son père, Kerem Sürücü (1940-2007), est originaire du village d'Uzunark, à Pasinler, dans la province d'Erzurum ( Turquie ) et travaille comme aide-jardinier. Sa mère, Hanım Sürücü, est originaire du village voisin de Marifet. Ils s'installent à Berlin-Ouest au début des années 1970. Sept de leurs neuf enfants naissent en Allemagne. Hatun Sürücü grandit à Kreuzberg avec cinq frères et trois sœurs. Elle est le cinquième enfant de la famille Sürücü et leur première fille[1],[2],[3].
A l'adolescence, elle est en rébellion contre sa famille et son père la fait placer en famille d'accueil après la fin de la 8e année. Elle obtient son diplôme du Gymnasium Robert Koch (de) de Kreuzberg. À l'âge de 16 ans, elle est contrainte d'épouser son cousin Ismail à Istanbul[4]. En 1999, elle est enceinte et, après une dispute avec lui et sa famille très religieuse, elle retourne seule à Berlin, où elle donne naissance à son fils Can (qui signifie « âme », « vie » en turc). Elle prend alors le nom d'Aynur, qui signifie « clair de lune » ou « celle qui brille comme la lune »[2].
En octobre 1999, Hatün Sürücü quitte l'appartement de ses parents à Kreuzberg, près de Kottbusser Tor, retire son foulard et trouve refuge dans un foyer pour jeunes mères[2]. Elle y termine l'enseignement secondaire. Plus tard, elle emménage dans son propre appartement à Berlin-Tempelhof et commence un apprentissage d'électricienne. Elle termine son apprentissage avec succès et, en 2005, elle est à quelques jours de réussir son examen de compagnon. Elle prévoit de s'installer à Fribourg-en-Brisgau où elle peut avoir un emploi et un logement. Malgre les désaccords avec sa famille et le harcèlement sexuel dont elle est victime de la part de son frère Alpaslan, elle garde le contact avec sa famille et lui confie parfois son fils[5],[3],[1],[6],[7]. Elle insiste cependant auprès de son assistant social pour que, en cas de décès, son fils Can ne soit pas confié par la famille Sürücü, mais à des parents d'accueil[8].
Hatun Sürücü est décrite comme une personne gaie et aimable. Elle est appréciée aussi bien dans son quartier qu'à l'atelier où elle travaille[9].
Assassinat
modifierDéroulement des événements
modifierSon frère Ayhan Sürücü prétend lui avoir rendu visite à son appartement le soir du 7 février 2005. Après une dispute, elle le raccompagne à l'arrêt de bus de l'Oberlandstraße à Tempelhof. Là, il lui aurait demandé : « Te repens-tu de tes péchés ? » avant de lui tirer trois balles dans la tête. Au vu de la situation familiale, la police privilégie la piste d'un crime d'honneur et arrête trois des frères d'Hatun Sürücü le 4 février 2005 qui sont soupçonnés d'être impliqués. Elle avait déjà signalé plusieurs menaces de mort à la police, mais n'avait bénéficié d'aucune protection[10].
Réactions
modifierPolémiques dans une école
modifierLe meurtre de Hatün Sürücü survient après six autres homicides survenus à Berlin depuis octobre 2004, suspectés d'être des crimes d’honneur[11].
L'affaire suscite une vive polémique suite à une discussion dans une classe de quatrième du collège Thomas-Morus de Berlin-Neukölln, au cours de laquelle trois élèves ont approuvé le meurtre (« Elle n'a qu'à s'en prendre à elle-même. Cette pute était déguisée en Allemande »). En réaction, le principal de l'établissement, Volker Steffens, publie une lettre ouverte lue à haute voix dans la plupart des classes (« Ces élèves perturbent la tranquillité de l'école en approuvant ce meurtre. Nous ne tolérerons aucune incitation à la haine. »). Cette prise de position déclenche une importante réaction des médias à travers le pays et relance le débat sur l'introduction de l'éthique comme matière obligatoire dans les écoles berlinoises. Le président fédéral Horst Köhler remercie Volker Steffens dans une lettre de juillet 2005 pour son engagement et déclare : « Une conception erronée de la tolérance, une quête d'harmonie ou un manque de courage ne doivent pas conduire à la suspension des règles fondamentales du vivre-ensemble dans notre société. » Les élèves concernés ont reçu un avertissement[5],[10].
Veillées
modifierLe 22 février 2005, une veillée est organisée sur les lieux du crime, rassemblant une centaine de personnes, issues ou non de l'immigration à l'appel de l'Association lesbienne et gay de Berlin. Une autre veillée, à l'initiative de personnalités politiques et d'artistes, a lieu le 24 février. Des élus et des militantes féministes exigent une prise de position claire des associations turques et islamiques d'Allemagne sur la question des « crimes d'honneur ». Le 5 mars, plus d'un millier de personnes, à l'appel de l'association Terre des Femmes et de la quasi-totalité des associations féministes berlinoises, affiliées ou non à des partis politiques, manifestent devant l'hôtel de ville de Neukölln contre les « crimes d'honneur ». Le 8 mars 2005, Journée internationale des femmes, des manifestations contre le meurtre de Hatün Sürücü et les crimes dits d'honneur ont lieu dans de nombreuses villes allemandes. Giyasettin Sayan (de), un homme politique d'origine kurde, reproche aux organisateurs de n'avoir invité aucun représentant kurde : « Nous sommes tous originaires de Turquie, mais nous ne sommes pas tous Turcs. »[12].
Lors du deuxième anniversaire de la mort d'Hatun Sürücü en 2007, le groupe parlementaire des Verts au Parlement régional de Berlin organise une veillée sur le lieu du crime. Aucun représentant des associations turques n'est présent à cette commémoration, mais la famille Sürücü fait lire une déclaration par son conseiller, qui est accueillie par des huées[13],[2],[14].
Campagne contre les crimes d'honneur
modifierLe slogan « N’oublions jamais Hatun ! » de la campagne contre les crimes d’honneur devient le principe directeur d’une conférence de militantes musulmanes pour les droits des femmes à Cologne, à l’occasion de la Journée internationale des femmes 2006, soutenue par plusieurs organisations dont Terre des Femmes, Women’s Liberation-Iran, International Campaign Against Shari’a Court in Canada et le Comité international contre la lapidation[15].

Le meurtre de Hatun Sürücü est également à l'origine de la campagne Ihre Freiheit - meine Ehre (Sa liberté - mon honneur) lancée par l'État de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et des organisations de migrants à partir de novembre 2006, dans laquelle de jeunes Turcs et Kurdes s'engagent pour la liberté de leurs sœurs[16],[17].
Famille
modifierDeux ans après le meurtre d'Hatun Sürücü, sa soeur Songül Sürücü, alors âgée de 16 ans, confie à ses enseignants que sa famille veut la contraindre à se marier. Ceux-ci, convoqués, retirent la jeune fille de l'école, font des déclarations contradictoires mais la jeune fille n'ose pas s'exprimer davantage, ni devant la police, ni devant les services sociaux. Son sort par la suite n'est pas connu[18].
Le fils de Hatun Sürücü, Can, est confié à une famille d'accueil où il devrait rester jusqu'à sa majorité. Après le premier procès, Arzu Sürücü, une des sœurs d'Hatun, annonce son intention de demander la garde de l'enfant. Le tribunal des tutelles rejette cependant sa demande en décembre 2006, compte tenu de les souhaits formulés par la défunte mère et de l'intérêt de l'enfant. Le recours en appel est également rejeté par le tribunal régional de Berlin le 24 juillet 2007[2].
Can Sürücü est élevé par sa famille d'accueil à Reutlingen. Vingt ans après les faits, il s'exprime dans les médias et publie une vidéo en deux parties sur Youtube "Mein Name ist Can Sürücü"[19],[20].
En prison, Ayhan Sürücü noue sa première amitié avec un Allemand. Il se considère comme « un musulman tout à fait normal qui pratique sa religion et souhaite vivre en harmonie avec ses semblables »[4].
Procédure judiciaire
modifierPremier procès en Allemagne
modifierDéroulement
modifierEn juillet 2005, le parquet de Berlin inculpe les trois frères de la victime pour meurtre en réunion, les accusant de "mobiles vils" et d'une "approche perfide"[21].
Selon l'enquête, le mobile est l'atteinte à l'honneur familial. Les frères Sürücü auraient eu honte de leur sœur, qui vivait de manière indépendante. Ils auraient craint également qu'elle n'élève pas son fils selon la tradition. L'aîné des accusés, Mutlu Sürücü (* 1980) aurait procuré l'arme et le frère cadet Alpaslan Sürücü (* 1981) aurait fait le guet[21].
Dès le début du procès, le 14 septembre 2005, le plus jeune frère Ayhan Sürücü (né en 1986) avoue le meurtre[2].
Témoignage capital
modifierL'ancienne petite amie d'Ayhan Sürücü, Melek (née en 1987), comparaît comme témoin principale, vêtue d'un gilet pare-balles. Elle doit affronter plus de dix heures d'interrogatoire pendant lesquelles la défense tente de saper sa crédibilité avec aussi force avis d'experts afin de renforcer la théorie de l'auteur solitaire. Le témoignage de la jeune femme est accablant pour la famille Sürücü. Elle et sa mère sont être placées sous protection policière[21].
Le juge Michael Degreif mentionne, dans ses motivations, qu'elle est « en principe un témoin crédible ». Cependant, le président du tribunal justifie l'acquittement des deux frères aînés uniquement au motif que le témoignage du témoin est insuffisant pour prouver leur culpabilité[22]. Les observateurs du procès, quant à eux, critiquent le manque de rigueur dans la conduite du procès, tant de la part du juge Degreif que de son prédécesseur, Heinz-Peter Plefka, qui a pris sa retraite anticipée en décembre 2005. Ce n'est que vers la fin du procès que les critiques concernant la conduite négligente de celui-ci s'intensifient[23]. il lui est ainsi reproché de n'avoir pas diligenté une enquête au sujet des allégations de violence sexuelle contre Hatun Sürücü et de ne pas avoir géré de manière adéquate les menaces proférées par l'accusé pendant le procès[24],[25]. Neclá Kelek formule l'accusation la plus grave : « Si le tribunal avait examiné de plus près l’acte et les motifs, il aurait pu obtenir des informations supplémentaires en utilisant les moyens de la procédure pénale plutôt qu’en se contentant de reconstituer la séquence des événements. »[26]
Selon Evrim Baba (de), membre du parlement régional de Berlin (porte-parole du Parti du socialisme démocratique (PDS) à la Chambre des représentants de Berlin pour les questions féminines), la témoin Melek doit désormais s'attendre à ce qu'il lui arrive quelque chose, et ce, pour le reste de sa vie[27].
Montre en or
modifierPendant le procès, Ayhan Sürücü exhibe ostensiblemente une montre en or offerte par son père. Selon les enquêteurs, dans les familles musulmanes pratiquantes, offrir une montre de père en fils est considéré comme une récompense et un signe de distinction. Chaque fois que le témoin principal et sa mère entrent dans la salle d'audience, escortés par des gardes du corps et équipés de gilets pare-balles, l'accusé, Ayhan Sürücü, retrousse sa manche et exhibe ostensiblement sa montre en or, comme une intimidation[28].
Verdict
modifierAyhan Sürücü est condamné, en avril 2006, à neuf ans et trois mois de prison, dans un centre pour mineurs. Après avoir purgé sa peine, il doit être expulsé vers la Turquie. Après une tentative d'évasion et des délits commis en prison, il voie sa peine prolongée de trois mois[2],[29],[30]. il est expulsé en Turquie en juillet 2014[31].
Alpaslan et Mutlu Sürücü sont acquittés, contrairement à la réquisition du parquet, aucune preuve de leur implication n'ayant pu être établie[2],[29].
A leur sortie du tribunal, Mutlu et Alpaslan Sürücü célèbrent leur victoire et deux de leurs sœurs font le signe de la victoire devant les médias et le public[21].
Réactions au premier procès
modifierDes observateurs du procès, comme l'avocate Ulrike Zecher, interprètent les aveux du plus jeune frère comme une manœuvre visant à disculper la famille, présentée comme la seule force responsable du maintien de l'ordre[28].
Le verdict suscite des réactions mitigées, notamment de la part de personnalités politiques et de sociologues. Les uns, parmi lesquels Cem Özdemir et l'association Terre des femmes, regrettent la clémence du tribunal, d'autres, comme le sénateur Ehrhart Körting, se félicitent de l'application de l'état de droit, tout en suggérant à la famille Sürücü de quitter le pays[32],[33],[34]. Le groupe parlementaire CDU de Berlin plaide pour une réforme du droit pénal applicable aux jeunes adultes, considérant que la majorité implique la pleine responsabilité pénale[21].
Des experts en politique migratoire, tels qu'Ekin Deligöz, vice-président de la commission des affaires familiales au Bundestag (Alliance 90/Les Verts) mettent en garde contre une campagne généralisée de discrimination, voire de haine, envers les étrangers[35].
Par ailleurs, le débat politique sur le soutien à l'intégration des migrants s'intensifie. Alors que les principaux responsables politiques se prononcent pour un durcissement du droit pénal et d'une augmentation des expulsions, d'autres plaident pour l'amélioration de la prévention, « avec des des jardins d'enfants, le plus tôt et le plus longtemps possible, des cours de langue où les enfants acquièrent également des compétences sociales, et un enseignement religieux islamique qui ne soit pas laissé sans contrôle aux associations islamiques. »[35].
Les quotidiens turcs Milliyet et Hürriyet se distancient du verdict en citant des déclarations critiques de citoyens turcs et en publiant leurs propres commentaires, jugeant la peine trop clémente[36].
D'après des employés du tribunal pour la jeunesse, Ayhan Sürücü jouit d'une grande popularité parmi les autres trus ou kurdes du centre de détention pour mineurs de Kieferngrund qui le considèrent comme un « martyr » Il est « vénéré comme un héros par de nombreux détenus musulmans »[37].
Procès en cassation
modifierEn août 2007, le Bundesgerichthof casse l'acquittement de frères aînés, Alpaslan et Mutlu Sürücü, qui, entre temps, sont retournés en Turquie[31],[22].
Le juge président mentionne une « faiblesse fondamentale » dans le jugement malgré « l’effort d’être exhaustif » compte tenu de la situation probatoire « délicate » et « particulièrement compliquée »[38].
L'affaire est renvoyée devant une autre chambre criminelle du tribunal régional de Berlin pour un nouveau procès. Seyran Ateş exprime l'espoir que ce nouveau procès permette de mieux comprendre le contexte culturel du crime. Dans un rare élan d'unité, des personnalités politiques de tous les partis parlementaires ainsi que des représentants d'organisations germano-turques saluent l'annulation du jugement de première instance[39],[40].
Les deux frères, initialement acquittés, se trouvent alors en Turquie. Seul Mutlu Sürücü possède la nationalité allemande. Un mandat d'arrêt international est délivré pour permettre la tenue d'un nouveau procès[41]. Dans le cas d'Alpaslan Sürücü, du fait de sa nationalité turque, seul le transfert de l'affaire en Turquie est possible. Les autorités turques ayant refusé d'extrader les deux hommes, le parquet de Berlin abandonne les poursuites[42].
Naslan Sürücü, épouse d'Alpaslan Sürücü, est accusée de faux témoignage par le parquet lors du procès pour meurtre. Elle aurait fourni un faux alibi à son mari. Cependant, comme elle réside en Turquie et qu'aucune procédure n'a encore été engagée contre lui dans ce pays, l'accusation n'a pu être poursuivie. Elle a déjà précédemment été condamnée à une amende de 375 € pour un outrage à agent commis lors du procès [43].
Premier procès en Turquie
modifierEn 2013, les dossiers sont transmis à la justice turque qui engage alors ses propres poursuites contre Alpaslan et Mutlu Sürücü, résidant en Turquie. Fin juillet 2015, ils sont inculpés de meurtre[31],[44].
En janvier 2016, les deux frères comparaissent devant le tribunal d'Istanbul. Ils sont accusés d'avoir ordonné à Ayhan Sürücü de tuer leur soeur et de lui avoir fourni l'arme du crime[29]. Celui-ci est présent au procès et maintient qu'il a agi seul mais revient sur son motif, déclarant simplement qu'il aurait perdu son sang froid[29].
Lors de l'ouverture du procès, Mutlu Sürücü insulte les médias et évoque un complot : « Malheureux chiens ! Vos manœuvres dilatoires ont fait capoter nos acquittements. »[29]
La témoin principale, Melek ancienne petite amie d'Ayhan, qui avait mentionné l'implication des frères Alpaslan et Mutlu Sürücü lors du procès en Allemagne, est absente à ce procès. Elle n'aurait pas été retrouvée[29].
Les deux accusés sont acquittés à Istanbul en mai 2017 faute de preuves[29].
Le procès d'Istanbul est considéré comme étant « une pâle copie du procès de Berlin » et soulève à nouveau beaucoup d'émoi dans le monde politique allemand[45],[46]. En juillet 2017, le procureur Eyüp Kara fait appel du verdict, demandant un nouveau procès en Turquie[47].
Deuxième procès en Turquie
modifierLe 22 février 2018, une cour d'appel d'Istanbul décide, suite à une plainte du ministère turc de la Famille et des Affaires sociales, de rouvrir le procès des frères Sürücü. La première audience du procès doit être reportée, pour une question de procédure[48].
Libération d'Ayhan Sürücü en 2014
modifierLe 4 juillet 2014, Ayhan Sürücü est expulsé vers la Turquie par avion dès sa sortie de prison. En prison, il a suivi un apprentissage de charpentier et passé son diplôme de fin d'études secondaires[49].
Depuis, il vit chez son frère Mutlu à Istanbul- Ümraniye , où il tient un snack que son frère a ouvert pour lui[50],[8].
Conséquences
modifierEvolutions sociétales
modifierLe meurtre d'Hatun Sürücü suscite un vaste débat politique et social sur les circonstances sociétales qui ont conduit à sa mort. À l'occasion de ce meurtre et des discussions publiques qui ont suivi, la Fédération turque de Berlin-Brandebourg publie une déclaration le 4 mars 2005, qui comprend un plan en dix points pour lutter contre l'intolérance envers les femmes . Ce plan préconise notamment des « poursuites pénales strictes des mariages forcés » et un « engagement public et actif de toutes les organisations turques et islamiques en faveur du droit des femmes à l’autodétermination »[51].
Après le meurtre d'Hatun Sürücü, un cours d'éducation civique obligatoire est introduit dans les écoles de Berlin à partir de 2006. Une proposition de laisser un choix entre ce cours et un cours de religion est soumise à référendum et rejetée[52].
Günter Piening, alors commissaire à l'intégration du Sénat de Berlin, déclare en février 2007 que depuis l'assassinat d'Hatun Sürücü, les jeunes femmes turques et kurdes sollicitent de plus en plus l'aide des services de conseil publics. Toutefois, cet intérêt croissant pour le soutien psychologique contraste fortement avec les coupes budgétaires de plus en plus importantes qui affectent les projets de ces femmes[53]. Des représentants de la Fédération turque de Berlin-Brandebourg se rendent dans les écoles pour discuter avec les élèves de sujets tels que l'honneur, les rôles de genre et la tradition[54].
L’ Union turco-islamique des affaires religieuses déclare que ses imams abordent la question des droits des femmes avec plus de sensibilité dans leurs sermons du vendredi. Des conférences sur la violence et la violence domestique sont organisées et 13 prédicatrices musulmanes sont disponibles[55].
Escoqueries
modifierUdo D. fonde l'association d'aide aux femmes « Hatun & Can e.V. pour les femmes de toutes nationalités menacées de violence. Son objectif est de fournir une aide rapide et simple, sans lourdeurs bureaucratiques, aux femmes en situation de crise. Elle attire les sympathies et les dons. La journaliste Alice Schwarzer fait don de ses gains à l'émission Wer wird Millionär? (équivalent allemand de Qui veut gagner des millions), soit 500 000 euros à l'association. En mars 2010, son fondateur est arrêté et inculpé pour escroquerie par le parquet de Berlin. En septembre 2011, il est condamné en première instance à quatre ans et dix mois de prison pour détournement de fonds. Le tribunal régional de Berlin reconnait qu'il a obtenu frauduleusement des dons d'un montant d'environ 700 000 € en faisant de fausses déclarations et qu'il les a utilisés à ses propres fins. L'association n'a servi que de façade pour collecter les dons. La police saisit 360 000 € et une voiture d'une valeur de 60 000 €, mais le sort du reste de l'argent demeure inconnu. Un déficit subsiste entre les dons reçus et les dépenses identifiées, et le prévenu vivait confortablement des dons. Le tribunal est convaincu que seules quelques femmes ont réellement bénéficié d'une aide financière ou d'un autre type de soutien[56],[57].
Hommages
modifier

Hatun Sürücü est inhumée dans le carré musulman du cimetière paysager (de) de Gatow, section C, division 14, tombe 95. La famille n'a jamais payé la tombe et ne l'entretient plus après 2015[58]. Le district de Spandau décide alors de la prendre en charge comme tombe d'honneur, à l'expiration de la période de concession en 2026[59].
Monuments
modifier- Après trois ans de tergiversations au sujet de son emplacment, une stèle commémorative est érigée en juin 2008, à l'angle d'Oberlandstraße et d'Oberlandgarten avec une plaque commémorative. La plaque porte l'inscription suivante en allemand et en turc : « Ici, Hatun Sürücü (née en 1982) a été assassinée le 7 février 2005, pour avoir refusé de se soumettre à la contrainte et à l'oppression de sa famille et avoir mené une vie libre et indépendante. À sa mémoire et à celle des autres victimes de violences faites aux femmes dans cette ville. »[60],[61]
Odonymie
modifier- Pont Hatun-Sürücü à Berlin-Neukölln, Sonnenallee, pont sur l'autoroute A1 100, nommé après le 13e anniversaire de la mort d'Hatun Sürücü, le 7 février 2018[62]
- Hatun-Sürücu-Platz est un terrain secondaire du Poststadion situé dans le quartier de Moabit, où joue le SC Union 06 Berlin.
Événements
modifier- Du 26 janvier au 7 février 2013, le club de football berlinois Türkiyemspor Berlin organise les premières « Journées Hatun Sürücü » avec un tournoi de football pour toutes les équipes féminines de Kreuzberg et une table ronde sur le rôle des femmes[63].
- Le projet de Neukölln contre la violence, Heroes lancé en 2007, participe chaque année à la veillée commémorative du 7 février sur les lieux du meurtre.
- Le Prix Hatun Sürücü est décerné chaque année depuis 2013, le groupe parlementaire de l'État de Berlin, Alliance 90/Les Verts, à des projets et initiatives qui « apportent un soutien particulier à l'indépendance des filles et des jeunes femmes »[64],[65].
- Lors de la commémoration du 10e anniversaire de l'assassinat de Hatun Sürücü en 2015 , Dilek Kolat, sénatrice de Berlin chargée du Travail, des Femmes et de l'Intégration, plaide pour un durcissement des lois contre les mariages forcés. Elle exhorte également les associations islamiques à ne plus tolérer les prédicateurs misogynes.
- Lors de la commémoration annuelle de février 2019, la maire de Tempelhof-Schöneberg, Angelika Schöttler et le président du conseil d'arrondissement, Stefan Böltes indiquent vouloir sensibiliser les enseignants au problème des mariages forcés pendant les vacances d'été en leur adressant un courrier[66]. Selon les enquêtes du Groupe de travail berlinois contre les mariages forcés, 570 cas de mariages forcés ou de tentatives de mariage forcés ont été recensés à Berlin en 2017[67].
- À l’occasion du 15e anniversaire de son assassinat, en février 2020, les associations d’aide aux filles et aux femmes appellent à davantage de moyens financiers. Tous les centres de conseil et les refuges concernés souffrent d’un sous-financement chronique. De ce fait, de nombreuses jeunes filles sont contraintes de retourner dans leur famille abusive[68].

Filmographie
modifier- Sie hat sich benommen wie eine Deutsche, film documentaire de Gert Monheim, production Westdeutscher Rundfunk, 2005. Partie 1 sur Daily Motion[69]
- „Mein Vater will mich umbringen“ – Frauen auf der Flucht vor Ehrenmorden, film documentaire de Valentin Thurn (de) et Kadriye Acar, Production Arte, 2005, 53 Min[70].
- Ehrenmord – Verfolgte Töchter, verlorene Söhne, film documentaire de Susanne Babila, Production: Südwestrundfunk, 2006 [71]
- L'Etrangère, film de Feo Aladag, Allemagne, 2010, 119 minutes. Pour préparer son film, Feo Aladag s'est inspiré de plusieurs affaires de crimes d'honneur, notamment celui de Hatun Sürücü. Le film a reçu le Prix du cinéma allemand de la meilleure actrice pour Sibel Kekilli en 2010 et le Prix du film de bronze du meilleur film. Il a représenté l'Allemagne aux Oscars 2011 dans la catégorie Meilleur film étranger et a reçu de nombreuses récompenses internationales[72].
- Verlorene Ehre – Der Irrweg der Familie Sürücü, film documentaire de Matthias Deiß et Jo Goll, 2011, , 44 minutes, Production: RBB, WDR[73]
- Nur eine Frau (de), long métrage, scénario de Florian Oeller, mise en scène de Sherry Hormann, 2018, 90 min., avec Almila Bagriacik dans le rôle d' Hatun Sürücü[74].
Émissions de radio
modifier- Zwischen Ehre und Scham. Die Geschichte einer schrecklich bösen Familie, documentaire radiophonique de Stefan Berkholz, production SWR, 2007, 57 min.
- Gesicht verloren., dramatique radio, mise en scène par Barbara Kenneweg, produite par RBB, 2011, 54 min.
Théâtre
modifier- Wegen der Ehre – Namus icin (de), scénario de Sema Meray (de), mise en scène de Till Rickelt, Production du Freies Werkstatt Theater Köln. Première mondiale en allemand, le 11 décembre 2005, en turc, le 20 mars 2006[75]
Bibliographie
modifier- (de) Ernst Reuß, Mord und Totschlag in Berlin. Neue spektakuläre Kriminalfälle, Berlin, Verlag für Berlin-Brandenburg, (ISBN 978-3-947215-16-4)
- (de) Carolin Wildt, Kann Morden Ehre sein? Ursachen von Ehrenmorden in Deutschland am Beispiel Hatun Sürücü, Diplomatica Verlag, (ISBN 978-3-640-25402-6)
- (de) Matthias Deiß et Jo Goll, Ehrenmord. Ein deutsches Schicksal, Hambourg, Hoffmann & Campe, (ISBN 978-3-455-50237-4)
- (de) Matthias Deiß et Jo Goll, Im Namen der Ehre? Ein deutsches Schicksal, Bonn, Bundeszentrale für politische Bildung BpB, (ISBN 978-3-8389-0297-5)
- (de) Anna Patzke, Männliche Ehre – weibliche Scham. Analyse immanenter Wertvorstellungen vor dem Hintergrund von Migration, Francfort-sur-le-Main, Johann Wolfgang Goethe-Universität, , 122 p.
- (de) Enis Tiz, Der Fall Sürücü. Ehrenmorde in Deutschland, Baden-Baden, Ergon Verlag, (ISBN 978-3-95650-892-9)
Voir aussi
modifierLiens externes
modifier- Histoire d'un crime d'honneur sur Femmes en Europe.
- Chronologie sur Der Spiegel (30/05/2017)
- Informations sur le meurtre de Hatun Sürücü provenant de ehrenmord.de
Pages liées
modifierRéférences
modifier- 1 2 (de) Matthias Deiß et Jo Goll, Ehrenmord: Ein deutsches Schicksal, Hoffmann und Campe, (ISBN 978-3-455-50237-4), p. 17, 93, 200
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (de) Sabine Beikler, « Berliner Justiz: Sürücü-Mord kommt wieder vor Gericht », Tagespiel, (lire en ligne)
- 1 2 (de) Sabine Am Orde, « Die Last der Zeugin Melek A. », TAZ, (lire en ligne)
- 1 2 (de) Matthias Deiß et Jo Goll, « So brachte Ayhan Sürücü seine Schwester Hatun um », Die Welt, (lire en ligne)
- 1 2 Georges Marion, « Un nouveau "crime d'honneur" scandalise l'Allemagne », Le Monde, (lire en ligne)
- ↑ (de) Birgit Gärtner, « Starkes Statement für die sexuelle Selbstbestimmung | Telepolis Archiv », sur archiv.telepolis.de, (consulté le )
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