Henri Cousin
Henri Cousin, également nommé Henry, Henriet[c] ou maître Henry Cousin, est un des plus célèbres bourreaux et exécuteurs de hautes œuvres de Paris au troisième quart du XVe siècle[1]. Le poète François Villon contribue à sa notoriété en le mentionnant dans son recueil de poèmes Testament. (Voir plus bas)
| Époque | |
|---|---|
| Nationalité |
Française |
| Activité |
Biographie
modifierHenri Cousin, dont les dates de naissance et de mort sont inconnues, est un maître bourreau de Paris qui remplit ses fonctions pendant de longues années avec « une sorte de dignité tragique qui lui concilie l’estime des juges et la crainte du peuple »[1]. Il aurait exercé comme exécuteur officiel à Paris entre 1457 et 1486[2],[d]. Les bourreaux de cette époque habitent dans le bâtiment du pilori aux Halles, mais Henri Cousin, en 1477, demeure rue du Vert-Bois, donc au nord de Saint-Martin-des-Champs[4],[5]. Même s’il est le bourreau de Paris, il peut intervenir dans d’autres juridictions, notamment dans le cas de Gillet-Soulart, dans la ville de Corbeil, en 1466[6],[7].
Les tâches accomplies
modifierLes tâches que remplit Henri Cousin sont nombreuses, en voici quelques-unes : conduire le condamné au lieu du supplice lors d’une parade d'infamie et accomplir le supplice ordonné par la justice, comme dans le cas de Perrette Mauger ; procéder à des mutilations ; infliger la fustigation avec des verges[e] soit au pilori, soit aux carrefours de la ville, soit derrière une charrette toujours lors d’une parade d'infamie[8] ; procéder à des pendaisons comme celle de la pendaison des quatre assassins de son fil Jehan Cousin ; procéder à des décapitations, etc.
Paiement
modifierCertaines sources donnent des informations sur la rétribution versée à Henri Cousin.
Le cas d’un garçon battu
modifierLa justice ecclésiastique du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, en 1457, paie 12 sous parisis à Henri Cousin : « pour faire battre par trois jours de fête un garçon pour certains maléfices par lui perpétrés »[9].
Le cas Gillet-Soulart
modifierGillet-Soulart et sa truie ont tous deux été brûlés à Corbeil. Le tableau ci-dessus donne un compte-rendu des frais encourus pour ces exécutions.
| No | Détails | Livres | Sols | Deniers parisis |
|---|---|---|---|---|
| Avoir porté le procès du dit Gillet en la ville de Paris, et icelui avoir fait voir et visiter par gens de Conseil | ||||
| Trois pintes de vin qui furent portées au gibet pour ceux qui firent les fosses pour mettre l’attache et la truie | ||||
| Attache de quatorze pieds de long ou environ | ||||
| À Henriet Cousin, exécuteur des hautes Justices, qui a exécuté & brûlé ledit Gillet-Soulart & la truie, pour deux voyages qu’il est venu faire en la Ville de Corbeil | ||||
| Trois pintes de vin qui furent portées à la justice pour lesdits Henriet et Soulart, avec un pain | ||||
| Nourriture de la truie et l’avoir gardée pendant onze jours au prix de huit deniers parisis par jour, valent ensemble | ||||
| À Robinet & Henriet dits les Fouquiers frères, le bois utilisé pour l’ébouillantage : cinq cents de bourrées et coterets pris sur le port de Morsant et amenés à la justice de Corbeil, pour arrivage et achat, pour chacun cent, huit sols parisis, valent ensemble | ||||
Total |
Relations avec Louis XI
modifierExécutions et autres interventions de Henri Cousin
modifierListe non exhaustive.
- Année inconnue : une voleuse, condamnée à être fustigée de verges devant l’église Saint-Benoît où se trouve un poteau : c’est Henri Cousin qui la frappe[12].
- 1460 : Perrette Mauger, condamnée à être enterrée vive devant le gibet de Montfaucon pour vol et recel[13],[14].
- 1466 : Gillet-Soulard et sa truie, condamnés par les juges laïques de la prévôté de Paris, à être brûlés vifs à Corbeil, dans une affaire associée à la sorcellerie[15] ou au diabolique. Gillet-Soulard avait appris à sa truie l’art de se redresser et de tenir une quenouille. On voyait là une œuvre du diable[7],[6].
- 1476 : Laurent Garnier de Provins : condamné à être pendu pour avoir tué un collecteur des tailles de Provins. Un an et demi après cette exécution, le corps est dépendu par Me Henri Cousin[16],[17],[18].
- 1477 : Oudin du Bust, L’Empereur du Houx, Jehan du Foing et Regnault Goris condamnés à être pendus au gibet de Montfaucon le 28 août 1477 pour l’assassinat du fils de maître Henri Cousin, Jehan Cousin[19].
Mention de Henri Cousin dans le recueil Testament de François Villon
modifierNoël Jolys[f] se réjouit de la honte subie par le poète François Villon, corrigé de verges. Dans le recueil de poèmes Testament, Villon lui destine une punition de deux cents coups qu’il charge le bourreau de Paris, maître Henri Cousin, de lui administrer[21] :
| Français XVe siècle
Item, à Noël le Jolys, |
Traduction libre
Item, et à Noël Jolis, |
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Les exécuteurs des hautes œuvres (peine capitale : décapitation, pendaison, bûcher), malgré la répugnance qu’ils inspiraient à la population, étaient des personnages importants, indispensables à l’ordre public, et qui jouissaient de privilèges considérables concédés par les souverains[1].
- ↑ Les basses œuvres désignaient les peines infamantes et les châtiments corporels qui ne donnaient pas la mort : l’exposition au pilori, le fouet, la marque au fer rouge, la fustigation ou les mutilations.
- ↑ Cette forme se rencontre notamment dans des comptes ou quittances.
- ↑ Émile Roy dit qu’il resta en charge 18 ans de 1460 à 1478[3].
- ↑ Les verges sont des baguette ou tige mince et flexible de bois souples comme le bouleau ou le noisetier.
- ↑ Aussi appelé Noé Le Jolys, est probablement un ancien compagnon de Villon. Il avait chargé Villon dans son premier procès pour se disculper lui-même, et ne fut condamné qu’au tiers de la peine infligée à Villon. Celui-ci lui en gardait encore rancune lorsqu’il écrivit le grand Testament. (Huitain CXLII.) [20]
Références
modifier- 1 2 3 Lacroix 1852, p. 30.
- ↑ Jal 1872, p. 556.
- ↑ Roy 1901, p. CLXXX.
- ↑ Favier 1972, p. 473.
- ↑ Champion 1913, p. 294.
- 1 2 Collin de Plancy 1863, p. 671.
- 1 2 Agnel 1858, p. 18.
- ↑ Champion 1913, p. 191.
- ↑ Favier 2015.
- ↑ Sauval 1724c, p. 387.
- ↑ Société des gens de lettres 1805, p. 548.
- ↑ Champion 1913, p. 7.
- ↑ Maillard 1863, p. 39.
- ↑ Roye 1894, p. 5.
- ↑ Hugo 1831, p. 331.
- ↑ Maillard 1863, p. 47.
- ↑ Bourquelot 1840, p. 259.
- ↑ Lacroix 1852, p. 27.
- ↑ Bastien 2000.
- ↑ Villon 1867, p. 121.
- ↑ Champion 1913, p. 121.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Émile Agnel, Curiosités judiciaires et historiques du Moyen Âge : procès contre les animaux, Paris, J. B. Dumoulin, , 47 p. (lire en ligne)
- Pascal Bastien, « « La mandragore et le lys » : l’infamie du bourreau dans la France de l’époque moderne », Histoire de la justice, Association française pour l’histoire de la justice, no 13 « La Cour d’assises : bilan d’un héritage démocratique », , p. 223-240 (lire en ligne, consulté le )
- Félix Bourquelot, Histoire de Provins, vol. 2, Provins, Lebeau, , 472 p. (lire en ligne)
- Pierre Champion, François Villon, sa vie et son temps, vol. 1, Paris, Honoré Champion, (lire en ligne)
- Jacques Collin de Plancy (ill. Louis Le Breton), Dictionnaire infernal : Répertoire universel, Paris, Henri Plon, , 723 p.
- Jean Favier, « Le Bourgeois de Paris au Moyen Âge », Paris, Taillandier, (ISBN 979-10-210-0847-2, consulté le )
- Jean Favier, « Les rôles d’impôt parisiens du XVe siècle (à propos d’un article récent) », Bibliothèque de l’École des chartes, vol. 130, no 2, , p. 467-491 (lire en ligne, consulté le )
- Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, , « Livre huitième, chapitre I »
- Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d’histoire : errata et supplément pour tous les dictionnaires historiques d’après des documents authentiques inédits, Paris, Plon, , 1357 p. (lire en ligne)
- Paul Lacroix, Nouvelle Histoire de France, racontée à tout le monde en romans et en nouvelles historiques : Chroniques nationales, vol. 1, Paris, J. Bry, , 748 p. (lire en ligne)
- Firmin Maillard, Le gibet de Montfaucon (étude sur le vieux Paris) : Gibets — Échelles — Piloris — Marques de haute justice. Droit d’asile — Les fourches patibulaires de Montfaucon — Documents historiques. Description — La légende des suppliciés. Scènes de la dernière heure, Paris, Auguste Aubry, , 106 p. (lire en ligne)
- Émile Roy, Études sur le théâtre français du XIVe et du XVe siècle : la Comédie sans titre publiée pour la première fois d’après le manuscrit latin 8163 de la Bibliothèque nationale et Les Miracles de Notre-Dame par personnages, Dijon, Damidot, (lire en ligne)
- Jean de Roye, Journal de Jean de Roye, connu sous le nom de Chronique scandaleuse, 1460-1483, t. 1, Paris, Librairie Renouard,
- Sauval, Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, t. 3, Paris, Charles Moette ; Jacques Chardon, 1724c (lire en ligne)
- Société des gens de lettres, Annales de l’Empire français, vol. 1, Paris, Treuttel et Würtz, , 551 p. (lire en ligne)
- Villon, Œuvres complètes de François Villon suivies d'un choix des poésies de ses disciples : Édition préparée par La Monnoye mise au jour, avec notes et glossaire par M. Pierre Jannet, Paris, E. Picard, , 270 p. (lire en ligne)