Henri Dreyfus-Le Foyer
Henri Dreyfus-Le Foyer, né le à Paris (7e arrondissement)[1], mort le à Paris (1er arrondissement)[2], est un professeur de philosophie français.
| Naissance | |
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| Décès |
(à 73 ans) 1er arrondissement de Paris |
| Nom de naissance |
Henri Nathan Dreyfus |
| Nationalité | |
| Formation |
École normale supérieure (à partir de ) |
| Activité | |
| Fratrie |
Pierre Dreyfus-Le Foyer (d) |
| A travaillé pour | |
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| Distinction |
Entre 1935 et 1940, il est enseignant de philosophie au lycée Condorcet d'où il est révoqué sous le régime de Vichy en raison de ses origines juives, et où il est remplacé par Ferdinand Alquié puis par Jean-Paul Sartre, provoquant une polémique à la fin des années 1990.
Biographie
modifierJeunesse et famille
modifierHenri Nathan Dreyfus est issu d'une famille de la grande bourgeoisie juive parisienne[3].
Son père, Abraham Albert Dreyfus, est négociant, et sa mère, Marie Renée Loevel, est la sœur de l'écrivain Maurice Level et la cousine germaine de l'écrivain Marcel Schwob.
En 1906, ses parents divorcent. En 1907, sa mère épouse en secondes noces Lucien Le Foyer, homme politique radical-socialiste[4]. En 1932, Henri Dreyfus est adopté par le second époux de sa mère et accole le nom « Le Foyer » à son nom de famille[1].
Son frère Pierre Dreyfus-Le Foyer, chirurgien en pneumonectomie à l'hôpital Laennec, se réfugia en 1940 dans une clinique de Guéret (Creuse)[5].
Carrière
modifierEn 1919, Henri Dreyfus-Le Foyer est reçu à l'École normale supérieure. En 1921, il est reçu, le premier, au classement spécial de l’agrégation de philosophie[6]. En 1930, il est reçu à l’internat de psychiatrie. En 1935, il est nommé professeur de philosophie dans les classes préparatoires du lycée Condorcet où il est l'enseignant de René Rémond[3]. Au cours d'études de médecine, il rédige une thèse intitulée Le Vertige.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Henri Dreyfus-Le Foyer est mobilisé au sein de la 18e section d'infirmiers. Le 22 mai 1940, il est nommé médecin-auxiliaire[7].
En octobre 1940, après sa démobilisation, Henri Dreyfus-Le Foyer se réfugie en zone libre. Le 3 octobre 1940, la loi portant statut des Juifs le révoque de son poste d'enseignant au lycée Condorcet, où il est remplacé, le 15 octobre, par Ferdinand Alquié, en plus de son propre service maintenu comme professeur titulaire au lycée Jacques-Decour.
Le 30 octobre 1940, Henri Dreyfus-Le Foyer obtient une affectation « en repliement » au lycée Ampère à Lyon, en zone libre[8].
Peu après, Henri Dreyfus-Le Foyer reçoit du lycée Ampère la « circulaire concernant le statut des Israélites », puis, le , un arrêté : « Monsieur Dreyfus-Le Foyer Henri, professeur de philosophie au lycée Condorcet, en repliement au lycée Ampère à Lyon, est admis à faire valoir ses droits à la retraite à dater du . […] Par suite de nécessités de service, il sera pourvu définitivement au remplacement de Monsieur Dreyfus-Le Foyer à partir de la même date ». Il est donc révoqué de son poste et destitué de la fonction publique en vertu du « statut des juifs » du .
En , c'est Jean-Paul Sartre, alors professeur au lycée Pasteur de Neuilly, qui est nommé sur le poste du lycée Condorcet, en classe préparatoire. Cet « effet d'aubaine » au détriment d'un Juif, qu'il ne pouvait ignorer, est l'objet d'une polémique à la fin du XXe siècle[3].
Henri Dreyfus-Le Foyer, quant à lui, s'installe à Lyon, puis dans le département des Hautes-Alpes, notamment à La Chapelle-en-Valgaudemar, où il passe le reste de la guerre en mettant au service des habitants du village et des maquisards ses aptitudes de médecin.
Après sa réintégration dans l’Éducation nationale à l’automne 1944, il enseigne comme professeur de philosophie au lycée Fénelon, puis dans la khâgne du lycée Henri-IV (à partir de 1945), aux côtés de Henri Birault (khâgne), ainsi que de Maurice Savin et Étienne Borne (hypokhâgne) et au lycée Louis-le-Grand à Paris.
En 1966, son Traité de philosophie générale reçoit le prix Broquette-Gonin de littérature, attribué par l'Académie française.
Il meurt en 1969 à Paris[2].
Œuvres
modifier- « Les conceptions médicales de Descartes », Revue de métaphysique et de morale, Armand Colin, Paris, 1937, pp. 237-286
- Maurice Dorolle et Henri Dreyfus-Le Foyer, Traité de dissertation philosophique, classe de philosophie et première supérieure, Paris, 1947. Réédition 1950, Delagrave.
- Traité de philosophie générale, Paris, Armand Colin, 1965, collection U.
Bibliographie
modifier- Ingrid Galster, « Retour sur Sartre pendant l'Occupation », Commentaire 2000/4, n° 92, pp. 875-888.
- Ingrid Galster, « Sartre et la "question juive", Réflexion au-delà d'une controverse », Commentaire 2000/1, n° 89, pp. 141-147, article repris dans Sartre, Vichy et les intellectuels, L'Harmattan, 2001.
- Ingrid Galster, « Résistance intellectuelle et soutien passif de Vichy ? Réflexions sur un paradoxe dans l'itinéraire de Jean-Paul Sartre », in Albrecht Betz et Stefan Martens (dir.), Les Intellectuels et l'Occupation, 1940-1944, Collaborer, partir, résister, Autrement, 2004.
- Ingrid Galster, Sartre et les juifs, La Découverte, 2005.
- Ingrid Galster, « Sartre pendant l'Occupation. Réponse à une diffamation », Commentaire 2006/2, no 114, pp. 463–467.
- Michel Winock, « Jean-Paul Sartre en 1941 : une controverse », in Ingrid Galster (dir.), Sartre et les juifs, La Découverte, 2005, pp. 121-128.
- Michel Winock, La France et les juifs, Seuil, 2004.
- Pierre Albertini, « Les juifs du lycée Condorcet dans la tourmente (1940-1944) », Vingtième Siècle. Revue d'histoire 2006/4, n°92, Presses de Sciences-Po, pp. 81-100, texte issu d'une communication prononcée le à l'occasion des cérémonies du bicentenaire du lycée Condorcet.
- Pierre Albertini, conférence du , « Les juifs du lycée Condorcet dans la tourmente (1940-1944) ».
Notes et références
modifier- 1 2 Archives de Paris, « État civil du 7e arrondissement, registre des naissances du 2 au 29 mars 1896, vue 7 / 31, V4E 8631 »
, sur https://archives.paris.fr (consulté le ) - 1 2 Archives de Paris, « État civil du 1er arrondissement, registre des décès du 1er janvier au 31 décembre 1969, vue 21 / 28, 1D 121 »
, sur https://archives.paris.fr (consulté le ) - 1 2 3 Pierre Albertini, « Les juifs du lycée Condorcet dans la tourmente », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, n°92, 2006/4, pp. 81-100.
- ↑ Archives de Paris, « État civil du 9e arrondissement, registre des mariages du 8 au 27 août 1908, vue 11 / 31, 9M 248 »
, sur https://archives.paris.fr (consulté le ) - ↑ Françoise Verny, Serons-nous vivants le 2 janvier 1950 ?.
- ↑ André Chervel, « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 »
, sur https://rhe.ish-lyon.cnrs.fr, (consulté le ) - ↑ Archives départementales de la Gironde, « Registre des matricules militaires, bureau de recrutement de Bordeaux, classe 1916, matricule n°764, 1 R 1560 764 »
, sur https://archives.gironde.fr (consulté le ) - ↑ Par arrêté du 30 octobre 1940 fait à Vichy, Henri Dreyfus-Le Foyer est nommé, à titre provisoire, professeur agrégé de philosophie au lycée Ampère à Lyon. Il reste titulaire de la chaire à Condorcet jusqu'au 20 décembre 1940.