Henri Tapperel ainsi nommé dans les registres du Parlement de Paris, mais aussi nommé parfois Taperel ou Caperel[1] ou Capetal[2], est prévôt de Paris de 1316 à 1320. Né en Picardie[3] plus précisément originaire « de la nacion d'Arras »[4] , il est au cœur d’un scandale judiciaire qui le mène à la pendaison au gibet de Montfaucon en 1320 pour, entre autres, s’être laissé corrompre et être reconnu coupable de concussion[N. 1],[5],[6].

Henri Tapperel
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Biographie
Naissance
Décès
Époque
Nationalité
Française
Activité
Prévôt de Paris, de 1316 à 1320

L’affaire

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Henri Tapperel retient dans les prisons du Châtelet un riche homme coupable d’homicide et condamné à mort qui est sur le point d’être exécuté[7]. En échange d’une grosse somme d’argent[N. 2],[8], Tapperel laisse accuser et condamner à sa place un homme pauvre emprisonné au Châtelet à qui il attribue l’identité du riche condamné. Il fait conduire ce dernier au gibet, tandis qu’il laisse partir le véritable coupable qui prend l'identité du pauvre innocent[9],[7],[5].

Des plaintes sont formulées par, entre autres, Charles, comte de la Marche et de Bigorre, frère du roi Philippe V[4] p. 50. Le roi, informé de la façon dont son prévôt entend la justice le fait destituer et arrêter le 24 avril 1320. Puis, une enquête de quarante jours est menée afin de vérifier les faits. Les enquêteurs remettent leur conclusion vers le 24 juin 1320[4]. Selon les informations rapportées, outre ce crime, plusieurs autres lui sont également imputés, tant par les inquisiteurs que par des parties privées, dont, entre autres, emprisonnement abusif et plusieurs autres cas de corruption[4] p. 51-52. Il est aussi accusé de viol de jeune fille : dans les chroniques anonymes qui rapportent de nombreux ragots parisiens — il s’agit peut-être là d’une tradition orale — il est dit qu’Henri Tapperel est honni à cause de « "maint encombrement" dont le détail n’a rien de politique, "car a une pucelle qui fut de haulte gent/ Toly son pucellaige et grant planté d’argent."» »[N. 3],[10],[11].

Ces faits, ainsi que plusieurs autres, sont exposés et prouvés contre Henri, et le roi le condamne à être pendu. Plusieurs des partisans de Tapperel, soutiennent qu’il est mis à mort par jalousie ou par animosité[7]. Le 25 juillet 1320, Henri Tapperel est conduit du Châtelet de Paris au gibet de Montfaucon. Il parcourt le trajet sur une charrette, vêtu d’une robe bleue devant une grande foule de Parisiens assemblée pour assister à sa humiliation, dans ce qui est convenu d’appeler une parade d'infamie. Puis, il est pendu au gibet commun des voleurs à Montfaucon[4].

Après sa mort, le roi Philippe le Long accorde une rente perpétuelle de quarante livres tournois aux enfants de Henri Tapperel, en août 1320[N. 4],[4].

Notes et références

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  1. Une concussion est le fait, pour une personne détenant une autorité publique, de percevoir illégalement de l’argent ou des avantages en abusant de sa fonction.
  2. Une source dit que ce serait le prévôt Henri Caperel qui aurait fait une proposition secrète de rançon au riche et un accord fut conclu.
  3. Traduction libre de ce passage : «  beaucoup d’embarras dont le détail n’a rien de politique, “car il y a une jeune fille de haute noblesse /il lui ôta sa virginité et une grande quantité d’argent.” »
  4. En comparaison un journalier agricole gagnait environ de 3 à 8 livres/an, un artisan qualifié de 5 à 10 livres/an.

Références

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  1. Jean-Aymar Piganiol de La Force, Description de Paris, de Versailles, de Marly, de Meudon, de S. Cloud, de Fontainebleau, et de toutes les autres belles maisons et châteaux des environs de Paris, vol. 8, Paris, T. Legras, , 495 p. (lire en ligne), p. 438
  2. Jacques-Benjamin de Saint-Victor, Tableau historique et pittoresque de Paris, depuis les Gaulois jusqu'à nos jours : Tome premier, deuxième partie, Paris, Librairie classique élémentaire, chez Lesage, (lire en ligne)
  3. Isabelle Guyot-Bachy, « Le lexique de la « nation » dans l’historiographie royale française (xiie-xive siècle) », Nation et nations au Moyen Âge, Éditions de la Sorbonne, (lire en ligne, consulté le )
  4. 1 2 3 4 5 6 A. Hellot éditeur, Chronique parisienne anonyme de 1316 à 1339, précédée d'additions à la Chronique française dite de Guillaume de Nangis (1206-1316), t. 11, Paris, , 1-207 p. (lire en ligne)
  5. 1 2 « Histoire de Paris : D'après Paris à travers les âges, histoire nationale de Paris et des Parisiens depuis la fondation de Lutèce jusqu'à nos jours, paru en 1879 », sur Paris pittoresque (consulté le )
  6. Firmin Maillard, Le gibet de Montfaucon (étude sur le vieux Paris) : Gibets — Échelles — Piloris — Marques de haute justice. Droit d’asile — Les fourches patibulaires de Montfaucon — Documents historiques. Description — La légende des suppliciés. Scènes de la dernière heure, Paris, Auguste Aubry, , 106 p., p. 20lire en ligne=https://www.gutenberg.org/files/62106/62106-h/62106-h.htm
  7. 1 2 3 =Honoré Champion, dir. (dir.), Les Grandes Chroniques de France, vol. 8, Paris, , p. 352-357. (lire en ligne), p. 356
  8. (en) Tighe Hopkins, The Dungeons of Old Paris : Being the Story and Romance of the most Celebrated Prisons of the Monarchy and the Revolution, London, G. P. Putnam’s Sons, coll. « Benno Loewy (1854–1919), léguée à Cornell University », , 310 p., p. 84
  9. Claude Gauvard, De grace especial : Crime, État et société en France à la fin du Moyen Âge, Paris, Éditions de la Sorbonne, coll. « Histoire ancienne et médiévale, no 24 », , p. 115
  10. Claude Gauvard ; Gillette Labory, Une chronique rimée parisienne écrite en 1409 : « Les aventures depuis deux cents ans », Paris, Publications de la Sorbonne, , 183-231 p., p. 207
  11. Claude Gauvard, Philippe Hamon, « Les sujets du roi de France face aux procès politiques (XIVe-XVIe siècle) », Publications de l’École française de Rome, no 375, , p. 479-511

Voir aussi

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Bibliographie

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  • GAUVARD, Claude. De grace especial : crime, État et société en France à la fin du Moyen Âge. Paris : Éditions de la Sorbonne, 1991. Collection Histoire ancienne et médiévale, no 24. (ISBN 979-10-351-0239-5).
  • GAUVARD, Claude et LABORY, Gillette. Une chronique rimée parisienne écrite en 1409 : "Les aventures depuis deux cents ans". Dans : Guenée, Bernard (dir.). Le métier d’historien au Moyen Âge. Études sur l’historiographie médiévale. Paris : Publications de la Sorbonne, 1977, p. 183-231.
  • GAUVARD, Claude et HAMON, Philippe. Les sujets du roi de France face aux procès politiques (XIVe-XVIe siècle) . Publications de l’École française de Rome, n° 375, 2007, p. 479-511.
  • GUYOT-BACHY, Isabelle. Le lexique de la “nation” dans l’historiographie royale française (XIIe-XIVe siècle). Dans : Nation et nations au Moyen Âge. Paris : Éditions de la Sorbonne, 2014.
  • HELLOT, A. éditeur, Chronique parisienne anonyme de 1316 à 1339, précédée d’additions à la Chronique française dite de Guillaume de Nangis (1206-1316). Paris : A. Hellot, 1884. Mémoires de la Société de l’histoire de Paris et de l’Île-de-France, t. 11, p. 1-207.
  • HOPKINS, Tighe. The Dungeons of Old Paris : Being the Story and Romance of the most Celebrated Prisons of the Monarchy and the Revolution. London : G. P. Putnam’s Sons, 1897. 310 p. (Cornell University Library, collection Benno Loewy, léguée à Cornell University).
  • MAILLARD, Firmin. Le gibet de Montfaucon : étude sur le vieux Paris. Paris : Auguste Aubry, 1863. 106 p.
  • Paris pittoresque. Histoire de Paris. Paris pittoresque. D’après Paris à travers les âges, histoire nationale de Paris et des Parisiens depuis la fondation de Lutèce jusqu’à nos jours, 1879.
  • PIGANIOL DE LA FORCE, Jean-Aymar. Description de Paris, de Versailles, de Marly, de Meudon, de S. Cloud, de Fontainebleau, et de toutes les autres belles maisons et châteaux des environs de Paris. Nouvelle édition. Paris : T. Legras, 1742. 8 vol.
  • VIARD, Jules (dir.). Les Grandes Chroniques de France. Paris : Honoré Champion, libraire de la Société de l’histoire de France, 1934. 8 vol. (vol. 8, p. 352-357, p. citée : 356).