Herbicides arc-en-ciel
Les herbicides arc-en-ciel désignent un groupe de six herbicides utilisés par les Forces armées des États-Unis en Asie du Sud-Est durant la guerre du Viêt Nam dans le cadre d'une opération de guerre chimique avec pour objectif de détruire l'écosystème floral d'une zone utilisée par l'ennemi pour l'agriculture ou comme moyen de camouflage[1].

Description
modifierLes six herbicides sont les suivants : l'agent blanc (principalement pour les forêts), l'agent bleu (principalement pour les cultures), l'agent orange (pour toute la végétation), l'agent violet, l'agent rose et l'agent vert.
Ils ont été mis au point dans le cadre du projet AGILE[2] et développés par les sociétés Dow Chemical et Monsanto pour le compte de l'armée américaine. Il avait d'ailleurs été envisagé de les employer contre le Japon avant la fin de la Seconde Guerre mondiale[3].
Contexte d'utilisation
modifierCes herbicides sont utilisés durant l'opération Ranch Hand de 1962 à 1971 contre le Viet Cong[4]. Il s'agit d'une opération de défoliation au-dessus du Sud Viêt-Nam et de la piste Hô Chi Minh, demandée par Ngô Dinh Diêm, le président du Sud Viêt-Nam et autorisée par John F. Kennedy. Le but est non plus seulement d'éradiquer l'armée, mais toute la nation les aidant[5].
Plus de 77 millions de litres de défoliants sont donc déversés, notamment par avion. De 1962 à 1964, ce sont les agents violet, rose et vert qui sont répandus. L'agent orange apparaît en 1965 et est suivi des agents blanc et bleu. C'est particulièrement l'agent orange qui est connu dans cette guerre, car le plus utilisé lors de cette opération (environ 50 millions de litres) et le plus concentré en dioxine[3].
Conséquences
modifierDes millions d'hectares de forêts ont été détruites par la défoliation américaine, entraînant la mort de leurs écosystèmes et faunes. « L'herbe américaine » s'est développée : elle est tenace, empêche la repousse de la végétation naturelle et étouffe les autres plantes. Une grande partie de la mangrove a connu le même sort mais s'est régénérée plus rapidement. L'épandage sur les cultures a entraîné la destruction massive de la nourriture et donc une sous-alimentation des populations[3].
Ce sont également les humains qui ont été massivement touchés par l'épandage, de manière directe ou à travers l'alimentation. Outre les maladies graves qui en ont découlé, de nombreuses naissances ont été concernées par les malformations ou les complications. La troisième génération est confrontée à des problèmes similaires, bien que moins graves[3]. Encore en 2016, le rapport de la Vietnam Association for Victims of Agent Orange/Dioxin confirme que la majorité des malformations génitales, des décès prénataux et des fausses-couches sont dus à l’agent orange[6].
Notes et références
modifier- ↑ (en) Kenneth R. Olson et Larry Cihacek, « The Fate of Agent Blue, the Arsenic Based Herbicide, Used in South Vietnam during the Vietnam War », Open Journal of Soil Science, vol. 10, no 11, , p. 518–577 (DOI 10.4236/ojss.2020.1011027, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Alvin L. Young, « A History of the Development and Procurement of Tactical Herbicides », dans The History, Use, Disposition and Environmental Fate of Agent Orange, Springer, , 23–45 p. (ISBN 978-0-387-87486-9, DOI 10.1007/978-0-387-87486-9_2, lire en ligne)
- 1 2 3 4 Marie-Hélène Lavallard, « Une guerre chimique sans fin : l’Agent orange au Vietnam », Recherches Internationales, Persée - Portail des revues scientifiques en SHS, vol. 86, no 1, , p. 145–169 (DOI 10.3406/rint.2009.1159, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Edwin A Martini, « Even We Can’t Prevent Forests: The Chemical War in Vietnam and the Illusion of Control », War & Society, vol. 31, no 3, , p. 264–279 (ISSN 0729-2473, DOI 10.1179/0729247312Z.00000000013, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Thao Tran, Jean-Paul Amat et Françoise Pirot, « Guerre et défoliation dans le Sud Viêt-Nam, 1961-1971 », Histoire & mesure, Éditions de l’EHESS, vol. XXII, no 1, 2007/août/30, p. 71–107 (ISSN 0982-1783, DOI 10.4000/histoiremesure.2273, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Reporterre, « Le combat de Mme Tran contre Monsanto et l'agent orange », sur Reporterre, le média de l'écologie - Indépendant et en accès libre, (consulté le )