Hilde Meisel

journaliste d'opinion, écrivaine et résistante allemande contre le nazisme

Hilde Meisel ou Hilda Monte, née le à Vienne en Autriche et morte le à la frontière entre l'Autriche et le Liechtenstein près de Feldkirch, dans le Vorarlberg, est une écrivaine et journaliste allemande, militante socialiste et résistante contre le nazisme. Pendant son exil en France et en Angleterre, elle écrit sous le pseudonyme de Hilda Monte, appelant à la Résistance intérieure au nazisme dans des magazines, des livres et des émissions de radio. Elle agit comme courrier et entreprend à plusieurs reprises des opérations secrètes en Allemagne, en Autriche, en France et au Portugal avant d'être abattue juste avant la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Hilde Meisel
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Biographie
Naissance
Décès
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Tisis (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Hilde MeiselVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Hilda MonteVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Domiciles
Activités
Conjoint
John Olday (en) (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Parti politique
Plaque commémorative.

Biographie

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Enfance

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Hilde Meisel est née à Vienne le [1.1]. Elle est la plus jeune des deux filles de Rosa Meyer (1889-1987) et de l'homme d'affaires Ernst Meisel (1886-1953), une famille juive de la classe moyenne. En 1915, avec le début de la Première Guerre mondiale, la famille retourne à Berlin où ils ont déjà vécu et où sa sœur aînée, Margot, est née en 1912. Ernst Meisel travaille dans l'import-export d'articles ménagers. Ses parents vivent à Berlin de 1915 à 1939, avant d'émigrer au Caire.

En 1924, sa sœur Margot rejoint un groupe de jeunes juifs allemands aux idées révolutionnaires socialistes, appelé Schwarzer Haufen, qui fait partie du Wanderbund-Kameraden. Elle se lie d'amitié avec le leader du groupe, Max Fürst et Hans Litten, son ami d'enfance et chef idéologique du groupe. Plus tard, Margot Meisel épouse Max Fürst et travaille comme secrétaire pour Hans Litten[2]. Suivant l'exemple de sa sœur aînée, Hilde Meisel se politise très tôt, devient membre, comme elle, du « Schwarzen Haufen » (« SH »). Dans un texte autobiographique rare, Hilde Meisel évoquera plus tard à la fois les difficultés qu'elle a rencontrées à la "Cecilienschule" qu'elle fréquentait à Berlin-Wilmersdorf, et les expériences marquantes qu'elle a vécues au sein du groupe de jeunes[3].

En 1929 elle part en Angleterre pour suivre des études d'art. En réalité, elle s'inscrit assez rapidement à des cours à la London School of Economics. En même temps, elle commence à travailler avec le groupe local de l'Internationaler Sozialistischer Kampfbund (ISK). Après environ un an et demi, elle revient en Allemagne, en janvier 1931[1].

La résistance contre le nazisme

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Ligue socialiste militante internationale

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Depuis l'âge de quinze ans, Hilde Meisel participe aux activités de l'Internationaler Sozialistischer Kampfbund (ISK), un groupe indépendant aux marges du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) pendant la République de Weimar et qui sera particulièrement actif dans la lutte contre le nazisme[1.2]. Elle contribue à la rédaction du journal de l'ISK, le quotidien "Der Funke" (L'Etincelle) avec de nombreux articles qui portent surtout sur les problèmes économiques en France, en Angleterre et en Espagne[4],[5].

Dès l'été 1933, l'ISK décide de transférer son siège principal à Paris (sous la direction de Willi Eichler) et en même temps de continuer le combat contre le régime nazi à l'intérieur du Reich (sous la coordination de Hellmut von Rauschenplat qui prend le nom de Fritz Eberhardt)[1]. L'organisation reste active dans la clandestinité jusqu'à la vague d'arrestations en 1936-37 qui met pratiquement un terme aux activités coordonnées. A Londres, le groupe compte environ 20 personnes, dont Hilde Meisel est l'une des membres les plus actives. Plus tard, en 1939, alors qu'elle est partisane d'une position plus radicale, qui inclut des attentats contre Hitler et les dirigeants nazis, elle prend ses distances avec l'ISK qui ne lui semble pas assez combatif, comme Fritz Eberhardt et d'autres résistants[2].

Lorsque Der Funke est interdit, en , Hilde Meisel s'installe quelque temps à Cologne, où elle organise des groupes illégaux, aide à faire passer clandestinement des personnalités du mouvement ouvrier et des fonds vers les Pays-Bas, la Belgique et la Suisse, et fait entrer de la littérature clandestine dans l'Allemagne nazie. Lors d'un bref retour à Berlin, elle participe à organisation de la propagande subversive contre le plébiscite du 19 août 1934 censé confirmer Hitler comme "Führer", après le décès de Hindenburg[1.3].

Elle passe ensuite deux ans à Paris, entre 1934 et 1936, durant lesquelles elle prend le pseudonyme Hilda Monte pour publier ses articles. Ceux-ci portent d'abord sur des questions comme le référendum en Sarre ou le Front populaire en France. Par la suite, elle utilise à l'occasion encore d'autres noms de couverture : Helen Harriman, Selma Trier, Eva Schneider ou Hilde Bachmann ou son nom d'épouse Hilda Olday. Elle participe également au comité éditorial du journal Sozialistische Warte (Perspectives socialistes)[6]. Elle fait régulièrement des voyages en Allemagne pour maintenir des liens avec des groupes syndicaux clandestins et surtout introduire - selon son propre témoignage - de la littérature clandestine[1.4].

Exil au Royaume-Uni

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En 1936, Hilda Monte s'exile à Londres où elle travaille d'abord avec le groupe local de l'ISK. Après sa rupture avec l'ISK, au printemps 1939, elle continue à travailler comme journaliste : elle publie des articles, des livres et des brochures, donne des conférences et fournit - à partir de 1940 - des manuscrits pour des émissions de la BBC en direction de l'Allemagne[1.5],[4].

En septembre 1938, elle contracte un mariage blanc avec le caricaturiste et anarchiste John Olday (en) (1905–1977) qui possède la double nationalité allemande et britannique afin d'être à l'abri d'une éventuelle expulsion du Royaume-Uni. John Olday rapporte par la suite de nombreuses informations sur la vie de Hilda Monte mais ses souvenirs s'avèreront largement fantaisistes[1.6].

Au printemps 1941, Hilda Monte, sous le pseudonyme de « Helen Harriman », tente de se rendre au Sud de la France et en Suisse afin d'établir des liaisons et d'apporter de l'aide à certains réfugiés dans la "zone libre". Le projet est élaboré par la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) qui bénéficie du soutien des services britanniques, notamment du Special Operations Executive (SOE). Toutefois, Hilda Monte ne parvient pas plus loin que Lisbonne et doit renter à Londres vers mi-juin 1941[1.7].

Soutien à Hans Litten

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En , lorsque la situation de l'avocat et résistant Hans Litten, détenu au camp de concentration de Dachau après des séjours éprouvants dans plusieurs autres camps, se détériore Hilda Monte s'associe activement aux demandes de libération qui arrivent d'Allemagne et de l'étranger. Elle parvient à publier un article dans le Manchester Guardian le , In Dachau Camp. The Tragic Case of Hans Litten[1.8]. Ces efforts s'avéreront vaines, Hans Litten se suicide quelques jours plus tard, le .

La radio de la révolution européenne

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Hilde Meisel et Fritz Eberhard créent une station radio, appelée Sender der Europäischen Revolution (Station de la révolution européenne) qui s'adresse principalement aux travailleurs allemands avec des instructions pratiques sur le sabotage industriel et des transports. La première émission est diffusée le [7].

En 1940, Hilda Monte publie avec Hellmut von Rauschenplat (= Fritz Eberhard) le livre How to Conquer Hitler (Comment vaincre Hitler) suivi, en mars 1942, de la brochure Help Germany to revolt (Aidez l'Allemagne à se révolter!)[1.9],[2].

En , elle publie son oeuvre principal The Unity of Europe qui paraît chez l'éditeur Victor Gollancz. Le livre est également repris par le Left Book Club ce qui lui assure un tirage total de plus de 18.000 exemplaires. S'appuyant sur une vaste argumentation économique, historique et politique, elle appelle à la constitution d'une fédération européenne après la défaite du nazisme[8]. Ce plaidoyer peut être considéré comme l'élaboration la plus fouillée issue de la résistance allemande sur les conditions européennes de paix de l'après-guerre. Elle plaide non seulement pour la création d'un certain nombre d'institutions européennes (European Central Authority, European Investment Board, European Central Bank, international universities, etc.), mais prévoit également qu'une communauté européenne ne pourra prendre vie que grâce à l'engagement de groupes de la société civile[9],[5].

Missions à la fin de la guerre

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Au milieu de l'année 1944, Hilda Monte s'engage auprès de l'Office of Strategic Services (OSS) américain et le Special Operations Executive (SOE) britannique pour une mission d'infiltration en Allemagne qui devrait avoir lieu avant même la capitulation[1.10],[10]. Il s'agit d'une action dans le cadre plus vaste du Projet Faust, pour lequel quelque 200 agents devaient obtenir des informations militaires et politiques sur l'Allemagne. Comme d'autres militants de l'ISK, Hilda Monte reçoit une formation très complète en Grande-Bretagne[11].

En , Hilda Monte et Anna Beyer (de) atterrissent - sans parachutage - à Thonon-les-Bains, près du lac Léman. Elles regagnent la Suisse à l'aide de René Bertholet, cadre suisse de l'ISK, qui les abrite dans un premier temps dans sa "maison de vacances" nommée Al Forno, près d'Intragna, au Tessin[1.11]. Par contre, l'idée que Hilda Monte avait participé aux réunions de résistants fédéralistes européens organisée en mai-juin dans la maison de Willem Visser 't Hooft à Genève est désormais invalidée. En cette période, selon les sources concordantes, elle était justement en formation en Grande-Bretagne. Selon toute vraisemblance, il s'agit d'une erreur de souvenir d'Altiero Spinelli, organisateur de ces réunions, reprise par la suite par des historiens[1.12].

Selon les souvenirs d'Anna Beyer, peu avant la fin de la guerre, la représentation américaine à Berne aurait tenté de recruter Hilda Monte, Anna Beyer, Hanna Bertholet et Änne Kappius pour des missions de sabotage en Allemagne. Toutes les femmes auraient refusé[12].

Fin 1944, Hilda Monte entre en contact avec un groupe de résistants socialistes autrichiens exilés en Suisse, affiliés au "London Bureau österreichischer Sozialisten" d'Oscar Pollak et de Karl Czernetz. A leur demande, elle accepte, au début de l'année 1945, d'effectuer une mission de reconnaissance et de liaison dans la région frontalière du Vorarlberg. En avril 1945, elle se rend clandestinement notamment à Bregenz, Dornbirn, Feldkirch et Bludenz. Ses papiers sont établis au nom d'Eva Schneider.

Au retour de cette mission, le , Hilda Monte est tuée par un garde frontières austro-allemand à la frontière entre l'Autriche et le Liechtenstein, au Rappenwald, près de Feldkirch. Selon toute probabilité, après avoir été arrêtée à 3h45 du matin, elle avait essayé de gagner la frontière toute proche. Touchée à la cuisse, elle meurt sur place[1.13]. Selon le témoignage de Nora Platiel de juillet 1945, Hilda Monte était pleinement consciente des risques qu'elle encourait: "Pourquoi donc devrais-je m'épargner?", aurait-elle demandé, lors d'une conversation, quelques semaines plus tôt[13].

L'administration locale a payé les frais d'inhumation au cimetière protestant de la ville en puisant dans l'argent qu'elle transportait. Ce n'est que deux ans plus tard qu' Anton Linder, membre du Conseil national du Vorarlberg, identifie Eva Schneider comme étant "Hilde Olday née Meisel". Par décision du , le tribunal de Grande instance de Feldkirch rectifie les données personnelles du registre des décès[1.14].

Sa pierre tombale au cimetière protestant de Feldkirch est érigée à l'initiative des socialistes autrichiens. L'inscription se lit comme suit : « Ici repose notre camarade inoubliable Hilde Monte-Olday, née le 31.7.1914 à Vienne et morte le 17.4.1945 à Feldkirch. Elle a vécu et est morte au service de l'idée socialiste »[14].

Hommages

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Références

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  1. 1 2 (de) Andreas Wilkens, Mit dem Leben bezahlt. Hilda Monte - eine Europäerin im Widerstand. Biografie, Berlin, Lukas Verlag, , 555 p. (ISBN 978-3-86732-481-6), p. 44-69.
    1. p. 40-69.
    2. p. 81-95
    3. Cf. son CV du 10 mars 1941, p. 125.
    4. Cf. son CV du 10 mars 1941, p. 125 (en langue anglaise originale).
    5. p. 306-322.
    6. p. 210-215
    7. p. 323-356.
    8. p. 324 (faksimile du texte en anglais).
    9. p. 367-369.
    10. p. 392-459.
    11. p. 424-427.
    12. p. 389-391.
    13. p. 460-517.
    14. p. 503-504.
  2. 1 2 3 (de) Knut Bergbauer, « Widerstand gegen Hitler - Den Namenlosen ein Denkmal setzen », Der Freitag, (ISSN 0945-2095, lire en ligne, consulté le )
  3. (de) Hilda Monte, 'Die Einheit Europas' und andere Schriften, éd. par Andreas Wilkens, Berlin, Lukas Verlag, , 495 p. (ISBN 978-3-86732-482-3), p. 25-34 (texte en traduction allemande).
  4. 1 2 (de) « Hilde Meisel (Hilda Monte) - Biografie », sur Gedenkstätte Deutscher Widerstand (consulté le )
  5. 1 2 Andreas Wilkens, « Willy Brandt et Hilda Monte : projets européens de deux résistants allemands en exil », Allemagne d'aujourd'hui, no 233, , p. 27-41 (lire en ligne)
  6. (en-GB) Marcus Barnett, « The Tribunite who Tried to Kill Hitler », sur tribunemag.co.uk, (consulté le )
  7. (de) Conrad Pütter, « Der "Sender der Europäischen Revolution" im System der britischen psychologischen Kriegsführung gegen das "Dritte Reich" », dans Wolfgang Frühwald, Wolfgang Schieder (éd.), Probleme der Integration deutscher Flüchtlinge im Ausland 1933-1945, Hamburg, , p. 168-180.
  8. Andreas Wilkens, « Hilda Monte et sa Révolution européenne », dans Jean-Francis Billion et al (éd.), De la Résistance à l'Europe unie. Lyon, capitale des réflexions pour une Europe fédérale (1940-1950), Lyon, Presse fédéraliste, , 276 p. (ISBN 978-2-491429-24-9), p. 227-249
  9. (en) Hilda Monte, The Unity of Europe. With an Introduction by H. N. Brailsford, London, Victor Gollancz, , 315 p. (nouvelle édition par Andreas Wilkens, Peter Lang, Lausanne 2023 (ISBN 978-2-8757-4709-9))
  10. Peter Pirker: Subversion deutscher Herrschaft. Göttingen 2012 (ISBN 978-3-89971-990-1), p. 431-433.
  11. (en) Joseph E. Persico, Piercing the Reich. The Penetration of Nazi Germany by American Secret Agents During World War II, New York, Barnes & Noble, , p. 74, 83, 89.
  12. (de) Anna Beyer, Politik ist mein Leben, éd. par Ursula Lücking, Frankfurt, Verlag Waldemar Kramer, , p. 79.
  13. (de) Andreas Wilkens, « "Warum sollte ich mich gerade schonen?" Hilda Monte kämpfte für ein geeintes Europa und gab im Widerstand gegen die Nazis ihr Leben. Zeit, sie neu zu entdecken », Die Zeit, no 3, , p. 34.
  14. (de) « Ausflüge gegen das Vergessen (20): Zum Grab der Widerstandskämpferin Hilde Meisel nach Feldkirch », sur seemoz - Online Magazin am Bodensee, (consulté le )
  15. (en-US) « Hilde Meisel – Hilda Olday – Hilda Monte: The Unity of Europe | The last Europeans », (consulté le )
  16. « Hilda Monte geb. Meisel | Stolpersteine in Berlin », sur www.stolpersteine-berlin.de (consulté le )
  17. « Hilda monte | Suchergebnisse | Jüdisches Museum Hohenems », sur www.jm-hohenems.at (consulté le )
  18. Talisman Scheherazade. Die schwierigen zwanziger Jahre. 1976; nouv. édition: Gefilte Fisch und wie es weiterging, München, dtv, 2004, p. 341-729, en part. p. 533-34.

Liens externes

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