Histoire de Saintes
Cet article présente les faits marquants de l'histoire de Saintes, une ville du centre-ouest de la France.

De gueules, à un pont de trois arches, surmonté de trois tours couvertes et girouettées, mouvant du 1er, ayant au 2e un portail, accompagné de deux tours crénelées, couvertes et girouettées, le tout d'argent, sur une onde de même ; au chef cousu d'azur, chargé de trois fleurs de lis d'or.
Supports : un chevalier armé et un vendangeur.
Devise : A ultre ne veulx.
Préhistoire et Protohistoire
modifierLe Néolithique : le site de Diconche
modifierLes occupations préhistoriques les mieux documentées sur le territoire de la commune remontent au Néolithique. Au sud de la ville, le site de Diconche fait l'objet de fouilles depuis les années 1980 et constitue un site de référence pour l'étude du Néolithique récent et final du Centre-Ouest de la France. Les recherches y ont notamment mis en évidence plusieurs enceintes fossoyées attribuées à la culture d'Artenac[1]. Une nouvelle opération menée en 2024 dans l'enceinte de Diconche a confirmé une occupation du Néolithique récent et final, entre environ 3350 et 2550 av. J.-C., avec notamment un fossé d'enceinte doté d'une entrée dite « en pince de crabe » et un abondant mobilier lithique[2].
Une agglomération gauloise avant la conquête romaine
modifierLa région est occupée à l'âge du fer par le peuple gaulois des Santons, qui donne son nom à la Saintonge et, ultérieurement, à Saintes. Longtemps, la naissance d'une véritable agglomération sur le site de la ville a été placée après la conquête romaine. Les recherches archéologiques récentes ont sensiblement modifié cette interprétation.
Le programme collectif de recherche « Saintes No Limit », mené de 2014 à 2016 sous la direction de l'archéologue Jean-Philippe Baigl, a confirmé l'existence d'une occupation de type urbain antérieure à la guerre des Gaules. Les vestiges comprennent des habitats, des axes de circulation et des traces d'activités artisanales. L'étude du mobilier a livré des céramiques de production locale ainsi que des amphores et des objets d'origine campanienne, témoignant d'échanges avec l'Italie avant la conquête[3]. Le réexamen des découvertes anciennes et de nouvelles fouilles ont permis de repérer des indices d'occupation gauloise sur plusieurs dizaines d'hectares ; les céramiques les plus anciennes remontent aux environs de 80 av. J.-C., tandis que deux fours de potiers fouillés cours Genet ont été datés de la première moitié du Ier siècle av. J.-C.[4]. Il est ainsi désormais admis que la ville romaine de Mediolanum s'est développée à partir d'une agglomération santonne préexistante.
Antiquité
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De l'agglomération santonne à Mediolanum
modifierAprès la conquête de la Gaule, l'agglomération gauloise est profondément transformée et romanisée. Connue sous le nom de Mediolanum, puis de Mediolanum Santonum, elle devient le chef-lieu de la civitas Santonum. Les recherches anciennes situaient la fondation de la ville romaine vers 20 av. J.-C., mais l'archéologie contemporaine fait désormais remonter l'agglomération à la période gauloise précédant la conquête. André Pelletier situe ainsi son apparition vers 50-40 av. J.-C., avant son développement monumental sous Auguste[5].
Saintes joue très tôt un rôle administratif majeur. Elle est le chef-lieu de la cité des Santons et est généralement considérée comme ayant été, avant Burdigala, l'un des premiers sièges de l'administration de la province de Gaule aquitaine ; la chronologie et la nature exacte de ce statut provincial demeurent toutefois discutées[6],[7].
La ville est située à l'une des extrémités de la voie d'Agrippa, qui la relie à Lugdunum (Lyon). L'arc de Germanicus, élevé en 18-19 apr. J.-C. à l'entrée du pont antique sur la Charente, est contemporain de la mise en place de cet axe majeur. Sous Tibère, un vaste programme d'urbanisme impose progressivement un réseau viaire orthogonal[8]. Les fouilles du site de « Ma Maison » ont montré une extension considérable de la ville dès les années 20-10 av. J.-C., puis une réorganisation de la trame urbaine au début du règne de Tibère[9].
Les prospections conduites dans le cadre du programme « Saintes No Limit » ont également révélé le tracé d'un vaste dispositif fossoyé sur la rive gauche, daté dans une fourchette allant approximativement de 30 av. J.-C. à 20 apr. J.-C.. Il comprend un rempart et deux fossés extérieurs, larges respectivement d'environ sept et quatre mètres, et pourrait avoir délimité un espace atteignant près de 200 hectares. Son aspect a conduit à envisager une fonction militaire ou ostentatoire, mais son rôle exact demeure incertain[3].
L'apogée de la ville gallo-romaine
modifierDurant le Haut-Empire, Mediolanum se dote d'un important programme monumental. Parmi les principaux édifices connus figurent :
- l'amphithéâtre, commencé sous Tibère et achevé dans les années 40 sous le règne de Claude[10] ;
- l'arc votif dédié à Tibère, à Drusus et à Germanicus, initialement placé à l'entrée du pont antique sur la Charente ;
- les thermes de Saint-Saloine ;
- deux aqueducs alimentant la ville.
Le forum, dont l'emplacement exact reste discuté, est généralement situé dans le secteur de l'actuel couvent de la Providence[11]. Lors de son apogée, entre la fin du Ier siècle av. J.-C. et le début du IIe siècle, l'agglomération aurait compté plus de 15 000 habitants et occupé une centaine d'hectares[12].
La prospérité de la ville repose aussi sur l'artisanat et les échanges. De nombreux ateliers de potiers et de verriers sont attestés[13]. Les amphores vinaires et les céramiques d'origine ou d'inspiration campanienne témoignent de relations anciennes avec l'Italie[14]. Les études numismatiques menées dans le cadre du programme « Saintes No Limit » ont par ailleurs mis en évidence une circulation monétaire particulièrement abondante, qui souligne l'importance commerciale de la cité[3].
Transformations et rétraction de la ville aux IIe et IVe siècles
modifierLe déclin de Mediolanum n'est pas brutal. Les fouilles de « Ma Maison » montrent toutefois une contraction progressive de l'espace urbain à partir de la seconde moitié du IIe siècle. Un quartier jusque-là résidentiel est abandonné, puis une nécropole s'y installe vers 275-280, avant même la construction du rempart du Bas-Empire[9].
La ville perd également sa prééminence administrative au profit de Bordeaux, vraisemblablement au cours du IIe siècle ou au début du IIIe siècle selon les interprétations[7],[15]. Au Bas-Empire, la ville se replie à l'intérieur d'une enceinte d'environ 18 hectares, construite en partie avec des blocs provenant de monuments antiques démontés[16].
Mediolanum reste néanmoins un carrefour routier important. Outre la voie d'Agrippa vers Lyon, elle est reliée à Bordeaux, Poitiers et Périgueux, notamment par le chemin Boisné. Le rôle de la Charente dans les communications et les échanges est également essentiel. Le Portus Santonum mentionné par Ptolémée n'est pas localisé avec certitude ; son identification avec le site gallo-romain de Barzan, parfois rapproché de Novioregum, demeure une hypothèse.
La Charente et les épaves de Courbiac
modifierLa découverte en 2008, dans le lit de la Charente à Courbiac, en aval de Saintes, de deux épaves gallo-romaines a renouvelé la connaissance de la navigation fluviale à l'Antiquité tardive. Les deux embarcations, situées à moins de cent mètres l'une de l'autre, sont datées du IVe siècle. Des campagnes de fouilles subaquatiques sont conduites depuis 2015 sous la direction de l'archéologue Jonathan Letuppe, avec notamment le laboratoire Ausonius[17]. L'épave no 2 a fait l'objet d'une première publication par Jonathan Letuppe dans le bulletin de la Société d'archéologie et d'histoire de la Charente-Maritime[18]. Leur conservation exceptionnelle fournit des données rares sur la construction navale et sur le commerce fluvial dans le bassin de la Charente au Bas-Empire[17].
Christianisation de la ville
modifierSelon la tradition, Saintes aurait été christianisée très tôt par saint Eutrope, présenté comme son premier évêque et martyr. Les données historiques et archéologiques invitent toutefois à situer l'implantation assurée du christianisme dans la ville aux IIIe siècle et IVe siècle[19]. La réduction de l'espace urbain ne signifie pas la disparition de toute vie intellectuelle : le poète bordelais Ausone possède une villa dans la région et son ami, l'orateur Axius Paulus, enseigne à Saintes[20].
Moyen Âge
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Du royaume wisigoth aux invasions vikings
modifierSaintes durant le Haut Moyen Âge reste mal connue. Après la disparition de l'administration romaine, les évêques, parmi lesquels Vivien, Trojan et Pallais, semblent jouer un rôle croissant dans la vie de la cité.
Vers 494-496, Clovis mène une expédition jusqu'à Saintes, alors comprise dans le royaume des Wisigoths[21]. Après la bataille de Vouillé en 507, la ville passe sous domination franque, avant d'être rattachée à plusieurs reprises à des ensembles politiques aquitains. En 732, la région est traversée par les forces d'Abd al-Rahman au cours de leur progression vers le nord. En 778, Saintes est intégrée au royaume d'Aquitaine constitué par Charlemagne au profit de son fils Louis le Pieux[22].
En 844, la ville est attaquée par les Vikings. Elle est prise et ravagée l'année suivante, puis de nouveau en 848, traditionnellement lors d'une expédition attribuée au chef viking Hasting[23]. La crise est profonde : Saintes ne possède plus d'évêque attesté entre 864 et 989, tandis que le dernier comte connu, Landri, est tué en 866 et n'est pas remplacé[24]. Une base viking établie à Taillebourg facilite les raids dans la vallée de la Charente[25].
Renouveau des XIe et XIIe siècles
modifierLe rétablissement de l'évêché et le développement du culte de saint Eutrope accompagnent le renouveau de la ville. Au XIe siècle, le tombeau du saint devient une étape importante de la Via Turonensis, l'un des chemins du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle[26].
Dans la seconde moitié du XIe siècle, le comte-duc Guillaume VIII de Poitiers concède des franchises au bourg de Saint-Vivien, tandis que son fils Guillaume IX le Troubadour accorde des privilèges comparables au bourg Saint-Eutrope[27]. Au XIIe siècle, le poète Pierre de Saintes acquiert une certaine renommée et fait dans l'un de ses textes l'éloge de la cité[28].
Une présence juive est attestée dans la ville médiévale. Une « juiverie » est mentionnée par les sources, sans que sa localisation puisse être déterminée avec certitude ; elle est généralement recherchée dans le secteur de l'actuelle rue des Jacobins[29]. En 1301, les biens confisqués aux Juifs de Saintes sont liquidés et l'ancienne synagogue est vendue à un particulier[29].
Saintes entre Plantagenêts et Capétiens
modifierLe remariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri Plantagenêt en 1152, deux ans avant son accession au trône d'Angleterre, fait entrer l'Aquitaine et la Saintonge dans le vaste ensemble territorial contrôlé par les Plantagenêts. Saintes se trouve dès lors au cœur de conflits répétés entre les rois-ducs d'Angleterre et les souverains capétiens[30].
En 1242, la révolte d'Hugues X de Lusignan, comte de la Marche, contre Alphonse de Poitiers provoque une nouvelle intervention d'Henri III d'Angleterre, soutenu par plusieurs barons poitevins et saintongeais. L'armée de Louis IX progresse vers la Charente et les opérations culminent autour de Taillebourg puis devant Saintes. La chronologie exacte et la réalité d'une grande bataille livrée sur le pont de Taillebourg ont été discutées par les historiens dès la fin du XIXe siècle[31]. Les combats se poursuivent cependant sous les murs de Saintes et tournent à l'avantage des Français ; le 24 juillet, les habitants remettent les clefs de la ville à Louis IX, tandis qu'Henri III se replie vers Blaye puis Bordeaux[32].
Le traité de Paris de 1259 règle une partie du contentieux entre les deux couronnes. Henri III renonce à plusieurs anciennes possessions des Plantagenêts, tandis que Louis IX reconnaît ses droits sur une partie de la Saintonge sous condition d'hommage[33]. Le traité prévoit notamment des restitutions après la mort sans héritier direct d'Alphonse de Poitiers. Celui-ci meurt en 1271, mais l'application de ces clauses est retardée jusqu'en 1286, lorsque la Saintonge située au sud de la Charente est remise au roi d'Angleterre, duc d'Aquitaine[34]. À Saintes, la Charente devient ainsi une frontière politique : la ville fortifiée de la rive gauche relève du roi d'Angleterre, tandis que le faubourg Saint-Pallais et l'abbaye aux Dames, sur la rive droite, restent sous autorité française[35].
Guerre de Cent Ans
modifierLa position de Saintes, à la limite des zones d'influence française et anglo-gasconne, l'expose directement aux opérations de la guerre de Cent Ans.
Le , une force anglo-gasconne conduite par le sénéchal de Gascogne John de Cheverston et Arnaud-Amanieu affronte près de Saintes une armée française commandée par Guy II de Nesle et Arnoul d'Audrehem. L'affrontement, lié au siège de Saint-Jean-d'Angély, se solde par une victoire anglaise et la capture des deux chefs français. Cette victoire ne permet cependant pas aux Anglo-Gascons d'empêcher la chute de Saint-Jean-d'Angély quelques mois plus tard[36].
En 1360, le traité de Brétigny place l'ensemble de la Saintonge sous la souveraineté du roi d'Angleterre. En octobre 1361, Jean Chandos, lieutenant d'Édouard III d'Angleterre, parcourt la région afin de prendre possession des territoires cédés. À Saintes, les consuls lui remettent les clefs de la ville et du pont ; Chandos les confie à Jehan de Boursy, nommé gouverneur, puis reçoit les serments de fidélité des principales personnalités de la ville[37].
Cette domination anglaise sur toute la ville est de courte durée. Au cours de la grande reconquête menée sous Charles V, l'armée française progresse en Saintonge en 1372. Saintes ouvre ses portes aux Français le vendredi ; la date est confirmée par un acte de Jean de Berry établi le même jour à « nostre ville de Xantes »[38]. La reconquête s'inscrit dans les opérations conduites notamment par les ducs de Berry et de Bourgogne, Bertrand du Guesclin et Olivier de Clisson. Saintes demeure dès lors dans l'orbite française, même si les combats franco-anglais se poursuivent dans la région. La tradition historiographique locale retient 1404 comme date de son rattachement définitif au royaume de France.
Le XVe siècle connaît une période de relative stabilisation. La cathédrale Saint-Pierre est reconstruite et, en 1472, Louis XI autorise notamment l'édification d'un nouveau clocher à Saint-Eutrope[39].
XVIe siècle : révolte de la gabelle et guerres de Religion
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La révolte des pitauds éclate en 1548, dans un contexte de généralisation de la gabelle à la Saintonge et à l'Angoumois. Partie des environs d'Angoulême, l'insurrection gagne rapidement la région et Saintes est prise par les révoltés pendant l'été[40].
Les guerres de Religion frappent ensuite durement la ville, dans une Saintonge où la Réforme connaît une diffusion importante. Le succès du protestantisme à Saintes est facilité par les critiques adressées au clergé local ; le parlement de Bordeaux organise cependant la répression des réformés dès 1546. Bernard Palissy, converti au protestantisme, vit et travaille à Saintes durant une partie de cette période.
La situation de Saintes, entre l'influence protestante de La Rochelle et le puissant foyer catholique de Bordeaux, en fait un enjeu militaire. En mai 1562, des huguenots prennent la ville et saccagent plusieurs églises, même si les destructions restent alors relativement limitées[41]. Saintes est reprise par les catholiques en octobre, repasse aux protestants au cours de la troisième guerre de Religion[42], puis revient définitivement dans le camp royal en octobre 1579.
Les conflits entraînent d'importants dégâts matériels et économiques. La cathédrale, encore en chantier, est endommagée ; certains établissements religieux sont démolis pour renforcer les fortifications, notamment le couvent des Cordeliers[43]. Les récoltes et les campagnes environnantes sont également affectées. Si la ville n'est plus directement le théâtre de combats majeurs jusqu'à l'édit de Nantes en 1598, elle sort durablement affaiblie des guerres. La priorité donnée aux ouvrages défensifs et les destructions ralentissent son extension urbaine pendant plusieurs décennies[44].
XVIIe et XVIIIe siècles
modifierSi son statut de capitale de Saintonge reste assuré, Saintes est avant tout un centre religieux. Autour de la cathédrale se développe un important quartier canonial, tandis qu'une quinzaine de lieux de culte principaux et de nombreuses chapelles structurent la ville[45]. Plusieurs ordres religieux s'y établissent ou s'y réorganisent dans le contexte de la réforme catholique issue du concile de Trente[46].
Saintes demeure néanmoins une petite ville : dans les années 1750, sa population est estimée entre 7 000 et 8 000 habitants[47]. Son rôle judiciaire se renforce à partir du XVIIe siècle, mais son économie est affectée par le poids de la fiscalité et par le départ d'une partie de la population protestante après la révocation de l'édit de Nantes le . La vie intellectuelle reste relativement limitée, avec peu d'imprimeurs et aucune bibliothèque publique[48]. La topographie urbaine conserve encore largement son caractère médiéval.
L'ouvrage De Santonum regione et illustrioribus familiis, item de factura salis de Nicolas Alain, médecin, publié par François Audebert en 1598, semble être le premier livre imprimé à Saintes[49].
À partir du XVIIIe siècle, la ville commence à sortir de son cadre ancien. La construction de l'hôtel du marquis de Monconseil en 1730, à l'emplacement d'une ancienne enceinte sur les quais, accompagne une transformation progressive du front de Charente. À la fin du siècle, l'intendant Guéau de Reverseaux et l'ingénieur Duchesne élaborent un nouveau plan de voirie. Des axes sont ouverts ou projetés afin de contourner et d'aérer la ville et d'améliorer les routes vers Bordeaux et Saint-Jean-d'Angély[50].
Révolution française et Premier Empire
modifierDe l'élection des États généraux à la chute de la monarchie
modifierUne loge maçonnique existe à Saintes depuis 1744, témoignant de l'essor de nouvelles formes de sociabilité parmi les élites urbaines[51].
Le 24 janvier 1789, Louis XVI convoque les États généraux à Versailles pour le mois de mai. L'assemblée générale de la sénéchaussée de Saintes ouvre ses débats le 16 mars[52]. La sénéchaussée doit envoyer huit députés. Dans l'ordre du clergé, les tensions opposent notamment le bas clergé à la hiérarchie ecclésiastique ; les curés représentent 73 % des suffrages et Pierre-Louis de La Rochefoucauld, évêque de Saintes, n'est élu qu'après le curé de Champagnolles. Pour le tiers état, le maire de Saintes, Gaudriaud, également subdélégué de l'intendant de La Rochelle, est écarté lors de la vérification des pouvoirs. Jean-Nicolas Lemercier est finalement le seul Saintais élu député du tiers état[53],[54].
La ville accueille favorablement les premières nouvelles de Paris, notamment la transformation des États généraux en Assemblée nationale constituante et la prise de la Bastille. À la fin de juillet, la branche de Ruffec de la Grande Peur atteint Saintes le 30 juillet[55],[56],[57]. L'épisode entraîne la destitution du maire Gaudriaud, remplacé par l'avocat Jacques Garnier, ainsi que la création rapide d'une Garde nationale[58]. Un comité permanent de 24 membres prend en charge une partie de l'administration municipale. Il lutte notamment contre les « accapareurs » soupçonnés de constituer des réserves de grains et de contribuer à la hausse du prix du pain[59]. Le 17 août, des habitants des faubourgs manifestent pour réclamer une réglementation du prix du pain[60].
En 1790, Saintes devient chef-lieu du département de la Charente-Inférieure[61], après une compétition avec La Rochelle et Saint-Jean-d'Angély[62]. La Rochelle, capitale économique et siège de l'ancienne généralité, est jugée trop excentrée. Une solution d'alternance est d'abord retenue en mars 1790, mais les électeurs départementaux réunis en juin décident de maintenir le chef-lieu à Saintes. À la fin de l'année, un club politique est créé dans la ville[63].
La constitution civile du clergé marque un nouveau tournant. L'évêque Pierre-Louis de La Rochefoucauld refuse de prêter le serment constitutionnel. Les curés jureurs sont néanmoins majoritaires dans le district, avec 62 % du clergé concerné[64]. Les prêtres réfractaires sont expulsés de Saintes en avril et plusieurs églises paroissiales sont fermées. La cathédrale devient le siège d'une paroisse unique pour la ville[65]. De nombreux biens ecclésiastiques, devenus biens nationaux, sont vendus et reconvertis ; certains bâtiments servent notamment à l'internement de prêtres réfractaires[66].
La question des subsistances reste l'une des principales préoccupations de la population. De nouvelles émeutes liées au prix du pain se produisent en 1790[67]. Le 14 juillet 1791, la ville érige la colonne de la Liberté, aujourd'hui place Blair, l'un des rares monuments saintais directement issus de la période révolutionnaire[68].
La République : 1792-1799
modifierAprès la chute de la monarchie, Jacques Garnier et André-Antoine Bernard, dit Bernard de Saintes, sont élus à la Convention nationale. Durant la Terreur, une guillotine est installée sur l'actuelle esplanade du Maréchal-Foch[66]. Le comité de surveillance de Saintes se montre toutefois relativement modéré dans son activité[69]. Bernard de Saintes devient la principale figure politique saintaise de la période.
Après l'épuration qui suit le 9 Thermidor an II, la fin de la décennie demeure agitée. La municipalité est destituée après le coup d'État du 18 fructidor an V en 1797[70]. Lors des élections suivantes, le 22 floréal an VI, les autorités interviennent contre les jacobins[71]. En 1799, des militants royalistes placardent leurs opinions dans la ville[72] et menacent les « patriotes » de représailles[73]. L'École centrale départementale est créée à Saintes en 1795[74], tandis que la théophilanthropie connaît également une certaine diffusion[75].
Le Consulat et l'Empire
modifierEn 1802, la mise en œuvre du Concordat entraîne une réorganisation des circonscriptions ecclésiastiques et la suppression du diocèse de Saintes, rattaché au diocèse de La Rochelle[76]. En 1810, la préfecture de la Charente-Inférieure est transférée de Saintes à La Rochelle. Saintes conserve néanmoins des fonctions judiciaires importantes, notamment la cour d'assises.
XIXe siècle et première moitié du XXe siècle
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Transformations urbaines
modifierLa perte successive de l'évêché puis de la préfecture ouvre une période de déclin administratif relatif. La croissance démographique de Saintes reste plus lente que celle de La Rochelle et de Rochefort : au cours du XIXe siècle, la population saintaise ne fait qu'environ doubler, tandis que ses principales rivales départementales connaissent une progression plus rapide[77].
Les grands travaux amorcés à la fin de l'Ancien Régime reprennent cependant dès la Restauration. Le Cours national est ouvert à partir de 1815 et devient l'un des grands axes de la ville. Un nouveau palais de justice est construit en 1863, face au théâtre.
La transformation des quais entraîne également la disparition du pont antique. Prosper Mérimée, alors inspecteur général des Monuments historiques, intervient pour préserver l'arc de Germanicus, démonté et remonté en 1843 sur la rive droite de la Charente. Le pont ancien est remplacé au XIXe siècle par des ouvrages successifs, avant l'inauguration du pont Bernard-Palissy en 1879.
Le chemin de fer et l'essor de la rive droite
modifierLa seconde moitié du XIXe siècle est profondément marquée par l'arrivée du chemin de fer. En 1867, une gare est établie au pied des collines de Lormont avec l'ouverture de la ligne Rochefort-Saintes-Angoulême par la Compagnie des Charentes. La construction des ateliers ferroviaires accélère l'urbanisation de la rive droite, jusque-là largement limitée au faubourg Saint-Pallais.
L'avenue Gambetta, ouverte en 1852 et achevée en 1870, devient l'axe majeur de ce nouveau quartier[78]. Autour de la gare et des ateliers se développe un quartier cheminot composé notamment de maisons mitoyennes basses, d'écoles et de commerces. L'école Lemercier est construite en 1892-1893 selon les plans d'Eustase Rullier[78]. L'ouverture de nouvelles liaisons fait de Saintes un important carrefour ferroviaire régional. En 1930, les activités du chemin de fer font vivre environ 2 500 familles saintaises[79].
La ville se dote parallèlement de nouveaux équipements. Un haras national est installé en 1849, le premier marché couvert Saint-Pierre est construit en 1867[80], et le cinéma Olympia ouvre avenue Gambetta en 1930[78]. En 1903, la Maison Universelle, construite par l'architecte bordelais Lacombe, est inaugurée ; le Moniteur de la Saintonge la présente alors comme un édifice « digne d'une grande ville par son ensemble [et] ses larges proportions »[81].
Au début du XXe siècle, les principaux courants politiques nationaux disposent également de relais locaux. Une section de l'Action française est notamment fondée à Saintes sous l'impulsion de M. J. de la Chartrie[82].
Seconde Guerre mondiale
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Les troupes allemandes entrent à Saintes le [83]. La ville, située en zone occupée, est notamment un important nœud ferroviaire pour l'occupant.
En 1942, Saintes accueille un camp de travail dépendant du système d'internement mis en place dans la région. Le , 150 personnes sont transférées du camp de Poitiers vers Saintes : 86 Juifs et 64 nomades. Elles sont cantonnées à l'hôtel de la Couronne, gardées par la gendarmerie et employées pour le compte de la Société des Liaisons Téléphoniques sur des chantiers liés à l'Organisation Todt[84]. Les recherches sur ce camp s'appuient notamment sur des documents d'archives et sur les travaux de Roger Picard[85].
Les persécutions antisémites touchent directement les familles juives de la ville. Les recherches menées par les Amis de la Fondation pour la mémoire de la Déportation ont permis d'identifier dix-neuf Juifs nés à Saintes, y ayant vécu ou travaillé, ou y ayant été arrêtés, puis déportés et assassinés à Auschwitz entre 1942 et 1944. Onze appartiennent aux familles Angel et Sidélio[86].
Le , Céline Abramovitz, Renée Angel, Octave Naxara et Henri Samanon sont notamment arrêtés à Saintes. Ils sont ensuite déportés depuis Drancy vers Auschwitz par le convoi no 68 du [86],[87]. Édouard Matarasso, alors adolescent, et ses parents quittent Saintes quelques jours auparavant et échappent ainsi à la rafle[86].
Le , un important bombardement allié vise le quartier de la gare. Environ 250 maisons sont touchées et près de 300 personnes sont tuées[88],[83]. Lors du retrait allemand, des charges explosives sont placées sur le pont Bernard-Palissy et sur le pont ferroviaire de Diconche. Dans la nuit du 29 au 30 août 1944, deux groupes de résistants procèdent au déminage des ouvrages, évitant leur destruction ; une plaque apposée au pont Bernard-Palissy commémore cette opération.
La mémoire de la déportation des Juifs de Saintes est particulièrement liée au square Angel-Sidélio, baptisé en 1982 en souvenir des deux familles dont onze membres ont été assassinés à Auschwitz. Le , une stèle y est inaugurée en hommage aux dix-neuf victimes juives liées à Saintes. Elle porte leurs noms, leurs âges et les numéros de leurs convois et est surmontée d'un livre ouvert portant l'inscription « Hommage aux 19 juifs saintais exterminés à Auschwitz, 1942-1944 »[89],[90].
Depuis 1945
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Reconstruction et extension urbaine
modifierLa reconstruction des quartiers sinistrés par le bombardement de 1944 se poursuit jusqu'en décembre 1956[83][88]. La seconde moitié du XXe siècle est ensuite marquée par une forte extension urbaine, notamment avec la création des quartiers de Bellevue et des Boiffiers au sud et à l'ouest de la ville.
L'augmentation de la circulation automobile conduit à la construction de nouvelles infrastructures. Le pont de Saintonge, inauguré en 1969, soulage le pont Bernard-Palissy[91]. La rocade ouest ouvre en 1981, parallèlement à l'intégration de Saintes au réseau de l'autoroute A10. Des parkings sont aménagés en centre-ville et certaines voies, notamment la rue Alsace-Lorraine, deviennent piétonnes[92].
Crues de la Charente
modifierLes crues de la Charente restent un enjeu majeur. En 1982, la « crue du siècle » inonde environ 16 kilomètres de rues[93] et atteint 6,99 mètres[94]. Le Plan Orsec est déclenché et pompiers et militaires interviennent notamment pour rehausser l'avenue de Saintonge[95]. Des aménagements hydrauliques et un canal de dérivation sont réalisés au cours des années 1980[93], sans empêcher une nouvelle crue majeure en 1994, lorsque le fleuve atteint 6,82 mètres[94].
Politique culturelle et patrimoniale
modifierÀ partir des années 1960, les municipalités successives accordent une place croissante à la culture et à la mise en valeur du patrimoine[96]. Saintes obtient le label de Ville d'Art en 1967, puis celui de Ville d'art et d'histoire en 1986. D'importantes campagnes de restauration sont conduites sur les monuments et les musées. La bibliothèque municipale, installée dans l'ancien couvent des Jacobins et devenue médiathèque François-Mitterrand, est également rénovée[97].
En juillet 1972 se tient le premier Festival de musique ancienne de Saintes, qui contribue au rayonnement culturel de la ville. Le , environ 25 000 personnes assistent à l'inauguration du quartier restauré de l'Abbaye aux Dames, en présence du président de la République François Mitterrand[98]. La ville développe parallèlement ses équipements sportifs, avec notamment la piscine olympique en 1964, le stade Yvon-Chevalier en 1979 et la piscine couverte Louis-Starzinsky en 1982[99].
De l'hôpital Saint-Louis au nouveau quartier
modifierÀ partir de 1997, des études mettent en évidence la vétusté et les possibilités d'extension limitées du centre hospitalier Saint-Louis. La décision est prise de construire un nouvel établissement dans la partie occidentale de l'agglomération. Après 52 mois de travaux, le Centre hospitalier de Saintonge ouvre au public le [100]. Le transfert des activités hospitalières libère alors un vaste ensemble sur la colline du Capitole, à proximité immédiate du centre historique.
Plusieurs projets de reconversion du site se succèdent. Un premier programme, baptisé Saint-Louis-Saintes 2030, est présenté dans le cadre du concours d'architecture Europan en 2010, et le projet « Conexcité » est retenu l'année suivante. Ce programme n'est cependant pas réalisé sous cette forme. Au cours des années 2020, la municipalité engage une nouvelle opération de requalification visant à transformer l'ancien hôpital en quartier résidentiel et culturel tout en conservant plusieurs éléments patrimoniaux, notamment le logis du Gouverneur, le cloître et la chapelle Saint-Louis[101].
Les premières opérations de démolition et de désamiantage commencent en 2024. En décembre 2025, l'îlot Bernard, d'une superficie d'environ 7 900 mètres carrés, est cédé par la Ville au promoteur Lacroix-Wasover. Le programme prévoit désormais la création de 127 logements dans les anciens bâtiments hospitaliers. Les travaux de déconstruction, de curage, de dépollution et de désamiantage se poursuivent en 2026, avec une première tranche annoncée pour 2027 et l'achèvement des derniers bâtiments prévu à la fin de 2028[102]. La disparition programmée de la tour centrale et d'un bâtiment attenant doit notamment permettre la création d'une venelle ouvrant une nouvelle perspective sur la cathédrale Saint-Pierre[102].
La partie centrale du site demeure propriété publique. Le logis du Gouverneur, le cloître et la chapelle Saint-Louis doivent former un tiers-lieu consacré à la culture, au patrimoine et à l'innovation[101]. Une ludothèque intercommunale de 543 mètres carrés est également prévue, avec une livraison annoncée en 2027 et une ouverture envisagée en 2028[102]. En 2026, certaines composantes de la reconversion, notamment le contenu définitif du tiers-lieu et l'avenir de plusieurs bâtiments de l'ancien hôpital, restent encore à déterminer[102].
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