Histoire du protectionnisme
L'histoire du protectionnisme retrace l'évolution des politiques économiques visant à protéger les producteurs nationaux de la concurrence étrangère. Ces politiques, qui comprennent notamment les droits de douane, les restrictions aux importations et les subventions, ont été mises en œuvre à différentes époques et dans de nombreux pays, avec des objectifs économiques, politiques ou stratégiques variés.
À partir du XVIe siècle, le mercantilisme influence les politiques commerciales de plusieurs puissances européennes. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les débats entre protectionnisme et libre-échange accompagnent l'industrialisation. Plusieurs pays utilisent des mesures protectionnistes pour soutenir leurs industries, tandis que d'autres périodes sont marquées par une libéralisation des échanges. Après un renforcement des barrières commerciales durant l'entre-deux-guerres, la création de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) en 1947, puis de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995, contribue à la réduction progressive des obstacles au commerce international. Le début du 21e siècle se caractérise par un affaiblissement du multilatéralisme dans le commerce préconisé par l'OMC et la montée des protectionnismes. Pour contrecarrer cette tendance et pérenniser la mondialisation du commerce, des accords de libre-échange sont négociés entre diverses zones économiques.
Les historiens de l'économie divergent sur les effets historiques du protectionnisme. Certains, notamment Thomas Piketty, soulignent son rôle dans l'industrialisation de nombreux pays[1], tandis que d'autres, comme Douglas Irwin estiment que la corrélation entre protectionnisme et industrialisation ne démontre pas nécessairement un lien de causalité, ni un effet positif sur la croissance économique dans son ensemble[2]
Histoire du protectionnisme
modifierLes politiques mercantilistes (XVIe siècle–XVIIIe siècle)
modifierEn Angleterre, le mercantilisme atteint son apogée durant la période dite du Long Parliament (1640–1660). Les politiques mercantilistes sont aussi appliquées durant les périodes Tudor et Stuart, Robert Walpole étant notamment un principal partisan. Le contrôle du gouvernement sur l'économie domestique est moins important que dans le reste du continent européen en raison de la tradition de la common law et du pouvoir croissant du parlement[3].
En France, sous l'Ancien Régime, la politique économique repose sur une intervention importante de l'État. Sous le règne de Henri IV, en 1598, Maximilien de Béthune, baron de Rosny dit « Sully », devient surintendant des Finances. Il consolide les revenus de l’État et instaure une rigueur budgétaire sans précédent, ce qui rétablira les finances du royaume. Par l'intervention de l'état il, modernise des routes, supervise les fortifications, développe des arsenaux, il décide l’aménagement de canaux (commande du Canal de Briare), il développe le commerce pour faciliter les exportations et limite les importations[4],[5]. Son conseiller Barthélemy de Laffemas réalise que la plupart des produits de luxe sont achetés à l'étranger, ce qui grève les finances du royaume de France. Il veut privilégier la production française et encourager les exportations. Il est nommé contrôleur général du Commerce du royaume en 1602[6]. La manufacture des Gobelins est créée en .
Au XVIIe siècle, on assiste à la création de grandes compagnies de commerce et/ou de grandes manufactures, c'est la politique économique mise en œuvre par Colbert en France.
Protection des industries nationales au XIXe siècle
modifierLa Grande-Bretagne est premier pays à utiliser une stratégie de protection de l'industrie naissante à grande échelle[7]. Paul Bairoch remarque qu'avant les années 1840, « le protectionnisme est la règle, le libre-échangisme l'exception ». Ainsi, le décollage industriel de la Grande-Bretagne et de la France au début du XIXe siècle se fait sous l'auspice de fortes barrières douanières. La Prusse, elle, crée le Zollverein, une union douanière qui libéralise le commerce entre les principautés et États germaniques et mène une politique protectionniste envers le reste du monde[8].
Le protectionnisme dans l’entre-deux-guerres
modifierAprès la Première Guerre mondiale, dans un contexte de difficultés économiques et de chômage élevé au Royaume-Uni, le Parlement britannique adopte en 1921 le Safeguarding of Industries Act, qui établit un droit de douane de 33⅓ % sur certaines catégories de produits considérés comme stratégiques, notamment des instruments scientifiques et certains produits chimiques.
Les Roaring Twenties laissent place, en 1929, à la Grande Dépression, à la suite du krach boursier de 1929. Le protectionnisme se renforce alors : en 1930, la loi Hawley-Smoot est adoptée aux États-Unis et relève les droits de douane. Le taux moyen sur les importations soumises à des droits passe d’environ 40 % à 47 % en 1930[9]. En Europe, plusieurs pays mettent également en place un protectionnisme agricole afin de sauvegarder leur secteur agraire. Les résultats sont mitigés : si la production agricole européenne croît même après la crise de 1929 (12 % entre 1925 et 1938), elle recule en Amérique du Nord (−3 %), ainsi qu'en URSS[10].
L’ampleur de la contribution des mesures protectionnistes à la Grande Dépression fait l’objet d’analyses divergentes (voir Causes de la Grande Dépression)[11]. Nicolas Baverez soutient par exemple que la loi Howley-Smoot, qui fait passer les droits de douane de 38 à 59 % en moyenne sur plus de 20 000 produits, a été « une magistrale erreur » qui a amplifié la crise ; il se montre également critique envers les dévaluations compétitives[12]. Leur contribution doit toutefois être distinguée des autres causes de la crise : Paul Krugman[13], et Milton Friedman[14] ont notamment soutenu que la loi Hawley-Smoot appliquée en 1930 n'a eu qu'un effet mineur sur la chute du commerce international après la crise.
Certains économistes prétendent que ces mesures protectionnistes, participèrent à la montée du fascisme et du nazisme et auraient conduit à la Seconde Guerre mondiale[11].
Recul du protectionnisme après la Seconde Guerre mondiale
modifierAprès la Seconde Guerre mondiale, le protectionnisme recule progressivement dans une grande partie du monde. En 1947, l'accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) est signé afin de réduire les obstacles au commerce international, notamment par des diminutions négociées des droits de douane. Ce processus se poursuit au cours de plusieurs cycles de négociations commerciales, sans pour autant entraîner une disparition du protectionnisme[15].
L'intégration européenne contribue également au recul des barrières protectionnistes entre pays membres. Le traité de Rome (1957) établit la Communauté économique européenne (CEE) et prévoit la création d'une union douanière. Celle-ci est achevée le , avec la suppression des droits de douane et des restrictions quantitatives entre les États membres, ainsi que l'établissement d'un tarif douanier commun à l'égard des pays tiers. En 1993, le marché intérieur est mis en place autour des « quatre libertés » : libre circulation des biens, des personnes, des services et des capitaux, visant notamment à supprimer les obstacles réglementaires et administratifs aux échanges entre États membres[16],[17].
Ce recul du protectionnisme à l'intérieur de la CEE ne s'accompagne toutefois pas d'une suppression des protections commerciales à l'égard des pays tiers. La Politique agricole commune (PAC), mise en place à partir de 1962, repose initialement sur un système de soutien des prix agricoles, de prélèvements à l'importation protégeant les producteurs européens de la concurrence extérieure et de subventions à l'exportation permettant d'écouler les excédents de production sur les marchés internationaux[18].
Les années 1990 sont marquées par une nouvelle réduction des barrières protectionnistes. Les accords issus du Cycle d'Uruguay (1986-1994), négociés dans le cadre du GATT, prévoient notamment une diminution des droits de douane. Dans les pays développés, les droits moyens sur les produits industriels passent de 6,3 % à 3,8 % à la suite de ces engagements. En 1995, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est créée pour succéder au GATT comme cadre institutionnel du système commercial multilatéral[19]. Malgré cette baisse des droits de douane, diverses mesures susceptibles de protéger les producteurs nationaux subsistent, notamment certaines subventions à la production et restrictions réglementaires. Des politiques de change visant à maintenir une monnaie sous-évaluée peuvent également favoriser la compétitivité des exportations nationales[20].
Affaiblissement du multilatéralisme commercial et montée du protectionnisme (début du XXIe siècle)
modifierLes politiques de libre-échange restent dominantes, notamment dans les pays riches, au début des années 2000, mais le rythme de la libéralisation commerciale ralentit dès cette période[21]. Le début du 21e siècle est marqué par un affaiblissement du multilatéralisme commercial dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et par la poursuite des négociations d'accords de libre-échange entre diverses zones économiques et/ou pays, notamment dans un contexte de montée du protectionnisme de grandes puissances[22],[23].
Des mesures protectionnistes sont de plus en plus prises par des pays tels que l'Argentine, le Brésil, la Russie ou encore les États-Unis. Le Sénat américain adopte par exemple en 2011 un projet de loi visant à faciliter l'application de taxes compensatoires sur les importations de pays accusés de manipuler leur monnaie, notamment la Chine[20]. Donald Trump fait campagne sur un programme ouvertement protectionniste lors de l'élection présidentielle américaine de 2016[24]. Joe Biden, élu à la présidence en 2020, maintient certaines mesures protectionnistes, en particulier dans le secteur automobile[25]. Au début de son second mandat, Trump augmente très fortement les droits de douane, se rapprochant des taux appliqués dans les années 1930 (loi Hawley-Smoot)[26].
Selon le rapport 2020 de la Commission européenne sur les barrières commerciales rencontrées par les entreprises européennes, la Chine est le pays pour lequel le plus grand nombre de restrictions commerciales sont recensées à la fin de 2019, avec 38 mesures en vigueur, devant la Russie (31 mesures), l'Indonésie (25) et les États-Unis (24)[27],[28].
La plupart des pays pratiquent une certaine forme de protectionnisme en appliquant des mesures tarifaires ou non tarifaires comme les quotas, les subventions aux exportations, certaines normes techniques ou sanitaires utilisées à des fins protectionnistes ou les mesures favorisant les entreprises nationales[29]. Des mesures protectionnistes ont notamment été relevées en Russie, en Inde ou en Chine[30],[31],[32],[33],[34],[35], ainsi qu'aux États-Unis[36].
Les crises économiques ont contribué à renouveler les débats autour de politiques qualifiées de mercantilistes. Le but consiste à favoriser les exportations et à défavoriser les importations, de façon à accumuler sur le territoire national le maximum de richesses et d'emplois en dégageant un excédent commercial le plus important possible. Certains États utilisent également des normes techniques ou sanitaires qui peuvent restreindre les importations[37].
En 2026, pendant la vague de chaleur meurtrière en Europe, l'Union européenne a menacé d'engager une nouvelle guerre commerciale avec la Chine, alors que l'industrie chinoise pouvait facilement répondre à la demande de climatiseurs destinés à être installés dans des appartements ou des bureaux existants, notamment en France et dans d'autres régions d'Europe occidentale. Les statistiques européennes montrent que ces appareils sont de plus en plus souvent achetés dans des entrepôts chinois implantés localement plutôt que par l'intermédiaire d'expéditions transfrontalières. À mesure que ces stocks s'épuisent, les importations futures de produits de refroidissement dans l'Union européenne deviendront plus coûteuses et plus difficiles d'accès pour les particuliers et les petites entreprises[38].
Histoire de la pensée économique sur le protectionnisme
modifierLe mercantilisme (XVIe siècle–XVIIIe siècle)
modifierHistoriquement antérieur aux politiques de protection des industries naissantes, le mercantilisme, influent dans la pensée économique européenne du XVIe siècle à la première moitié du XVIIIe siècle, préconise une intervention de l'État dans le commerce extérieur, notamment pour limiter certaines importations et favoriser les exportations.
La critique du mercantilisme par Adam Smith (XVIIIe siècle)
modifierDans son ouvrage, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith justifie le libre-échange, en développant l'idée que, contrairement à ce qu'affirmaient les mercantilistes, le commerce est synonyme de paix et d'enrichissement mutuel. Toutefois, Smith n'est pas contre l'idée d'instaurer des droits de douane, pour deux cas bien spécifiques : en cas de présence d'industries stratégiques pour la défense nationale et en réaction à des taxations opérées par des pays sur les exportations nationales. Le protectionnisme est donc selon Smith une mesure exceptionnelle, mais qui, en règle générale, nuit au bon fonctionnement de l'économie[réf. nécessaire].
La protection des industries naissantes (XVIIIe – XIXe siècles)
modifierDès 1791, Alexander Hamilton défend devant le Congrés américain sa proposition de protection des manufactures naissantes aux États-Unis face à la mainmise britannique dans ce domaine[39],[40].
En 1841, l'économiste allemand Friedrich List défend les bienfaits d'un « protectionnisme éducateur »[41]. Selon List, le protectionnisme peut être nécessaire pour protéger certaines activités ou industries naissantes. Il écrit : « les prêches britanniques en faveur du libre-échange faisaient penser à celui qui, parvenu au sommet d’un édifice, renvoie l’échelle à terre d’un coup de pied afin d’empêcher les autres de le rejoindre »[42]. Selon lui, les entreprises nationales ne peuvent se développer si le marché est déjà occupé par les entreprises de pays étrangers économiquement plus avancés. Le « protectionnisme éducateur » a pour objectif de protéger à moyen terme le marché national afin de permettre à long terme un libre-échange qui ne soit pas à sens unique. Son but est l'« éducation industrielle » d'une nation. Selon cet argument, les industries naissantes ne sont pas encore adaptées à la concurrence internationale (accoutumance de la main-d’œuvre, niveau de production optimal, tarification optimale…). Pour cela, elles bénéficient d'un « temps d'adaptation » qui va leur permettre de développer leur compétitivité c’est-à-dire de passer d'un avantage comparatif potentiel à un avantage comparatif réel (au sens de David Ricardo). Les industries naissantes vont donc se protéger de la concurrence internationale afin de développer un système productif en corrélation avec le marché mondial compte tenu de la contrainte de prix et de production extérieure. Pour que la transition soit efficace plusieurs conditions doivent être réunies : le passage d'un avantage comparatif potentiel à un avantage comparatif réel doit être réalisé, la protection doit être temporaire et l'ouverture à la concurrence doit être réalisée au moment opportun c’est-à-dire quand l'entreprise devient compétitive (quand le prix des biens qu’elle fournit sont supérieurs à ses coûts de production, de sorte qu'elle réalise des bénéfices). Autrement dit, la compétitivité est acquise lorsque l'entreprise parvient à vendre ses produits au même titre que ses concurrents et avec une marge bénéficiaire suffisante. Une protection temporaire peut ainsi, selon les partisans de cette approche, faciliter l'accumulation de capacités industrielles, sans en garantir le succès. Ce point de vue est toujours d'actualité, Joseph Stiglitz développe une analyse similaire, mais concernant le capital humain : il faut du temps pour former des salariés à haut niveau de compétences[43].
Friedrich List estime que les pays de la zone tempérée sont spécialement propres au développement de l'industrie manufacturière. D'un autre côté, les pays de la zone torride ont un monopole naturel à la production de matières premières. C'est pourquoi il existe une division du travail spontanée et une coopération des forces productives entre ces deux groupes de pays. C'est une politique qui a été mise en œuvre par les Anglais notamment concernant les Indes[réf. nécessaire].
Les critiques du protectionnisme au XIXe siècle
modifierLes libéraux ont beaucoup critiqué les théories protectionnistes. Selon eux, le protectionnisme est une imposture intellectuelle qui ne sert qu'à favoriser des groupes d'intérêt aux dépens du plus grand nombre et du bien public. Lire par exemple les Sophismes économiques de Frédéric Bastiat (1845), dont le septième, la Pétition des fabricants de chandelles[réf. nécessaire].
Dans son « Discours sur la question du libre-échange », prononcé en janvier 1848, Karl Marx critique à la fois le protectionnisme et le libre-échange du point de vue des travailleurs. Il considère le protectionnisme comme un moyen de développer la grande industrie et de renforcer la bourgeoisie. S'il se prononce finalement en faveur du libre-échange, c'est parce qu'il estime que celui-ci accentue les contradictions du capitalisme et peut accélérer une révolution sociale, et non parce qu'il en attend une amélioration générale des conditions de vie[44].
Les positions de John Maynard Keynes (XXe siècle)
modifierA cette époque, John Maynard Keynes publie () un article appelé « L'auto-suffisance nationale », où il soutient que le libre-échange dérégulé a été une erreur et a fait chuter la production des pays qui étaient impliqués dans ce libre-échange. Il affirme ainsi que « l'époque de l'internationalisme économique n'a pas été une grande réussite en ce qui consiste à éviter la guerre ». Cela conduit Keynes à modifier ses positions sur le libre-échange et le protectionnisme. Keynes défend alors l'idée de produire sur le sol national quand cela est possible et raisonnable. Toutefois, il se méfie toujours de ceux qui prônent un changement radical de doctrine économique, comme le souhaitait l'aile gauche du parti travailliste[45].
Il souligne alors que les excédents entraînent une faiblesse de la demande globale — les pays qui produisent des excédents exercent une « externalité négative » sur les partenaires commerciaux. Ainsi, les pays qui accumulent des excédents sont une menace pour l'économie mondiale car ils dépriment l'activité des pays auxquels ils vendent. Keynes va jusqu'à proposer une taxe sur les pays excédentaires[46] ; lors de la conférence de Bretton Woods, il défend le principe de la création d'une chambre de compensation mondiale qui oblige les pays trop excédentaires à acheter des biens de pays fortement déficitaires.
Évaluations rétrospectives des effets économiques du protectionnisme
modifierSelon l'économiste de Dartmouth Douglas Irwin, « on ne peut nier l'existence d'une corrélation entre des droits de douane élevés et la croissance à la fin du XIXe siècle. Mais corrélation n'est pas causalité [...] Rien ne permet nécessairement de considérer que la protection contre les importations constituait une bonne politique au seul motif que les résultats économiques étaient bons : ceux-ci pouvaient être dus à des facteurs totalement indépendants des droits de douane, ou auraient peut-être même été meilleurs en l'absence de protection »[2]. Irwin ajoute que « peu d'observateurs ont affirmé sans réserve que les droits de douane élevés étaient la cause de cette croissance »[2].
Selon Douglas Irwin, un mythe courant concernant la politique commerciale américaine veut que les faibles droits de douane aient nui aux industriels américains au début du XIXe siècle, puis que des droits de douane élevés aient fait des États-Unis une grande puissance industrielle à la fin du XIXe siècle. Alors que la part de la production manufacturière mondiale des États-Unis passait de 23 % en 1870 à 36 % en 1913, les droits de douane de l’époque, certes élevés, avaient un coût estimé à environ 0,5 % du PIB au milieu des années 1870. Dans certains secteurs, ils ont peut-être accéléré le développement de quelques années. Cependant, la croissance économique des États-Unis pendant cette période protectionniste a été davantage tirée par l’abondance de leurs ressources et par leur ouverture aux personnes et aux idées[47],[48].
Selon l'historien de l'économie Kevin O'Rourke, de l'université d'Oxford, « il semble clair que la protection a joué un rôle important dans la croissance de l'industrie manufacturière américaine au cours de la première moitié du XIXe siècle ; mais cela ne signifie pas nécessairement que les droits de douane aient été bénéfiques à la croissance du PIB. Les protectionnistes ont souvent cité l'industrialisation allemande et américaine de cette période comme un argument en faveur de leur position, mais la croissance économique dépend de nombreux facteurs autres que la politique commerciale et il importe d'en tenir compte lorsqu'on évalue les liens entre les droits de douane et la croissance »[49].
Une étude de l'historien de l'économie Brian Varian n'a trouvé aucune corrélation entre les droits de douane et la croissance dans les colonies australiennes à la fin du XIXe siècle, période au cours de laquelle chacune d'elles disposait de l'autonomie nécessaire pour fixer ses propres tarifs douaniers[50].
Selon les historiens de l'économie Findlay et O'Rourke, la littérature économique s'accorde à considérer que les politiques protectionnistes de l'entre-deux-guerres ont « nui à l'économie mondiale dans son ensemble, bien que l'ampleur de cet effet, faible ou importante, fasse débat »[51].
Thomas Piketty relève que le protectionnisme « a joué un rôle central non seulement dans la montée en puissance de l'Europe, mais également dans la quasi-totalité des expériences réussies de développement économiques dans l'histoire »[1]. À la suite de l'Angleterre au cours du XVIIe siècle et XVIIIe siècle, des États-Unis dès leur indépendance, de la France et de l'Allemagne dès le XIXe siècle, c'est le cas du Japon, de la Corée du sud, de Taïwan, et de la Chine durant différentes périodes du XXe siècle.
Historique du protectionnisme par pays
modifierUnion européenne
modifierL'Europe économique issue des traités successifs depuis la création de la Communauté économique européenne à Rome en 1957 a permis de faire aujourd'hui de la zone des 27(depuis le départ du Royaume-Uni, Brexit) un espace économiquement unifié, très intégré, reposant sur une libre circulation des capitaux, des biens, des services et des personnes.
Forte de ses 500 millions de consommateurs, l'UE dispose d'une force de négociation considérable pour faire prévaloir les normes qu'elle aura définies pour les domaines marchands — sanitaires, environnementaux, sociaux, culturels— comme condition d'accès à son marché entre le laisser faire et le protectionnisme[52].
Le constat de la désindustrialisation, de la course des multinationales vers le moins-disant social et environnemental, de la persistance et de l'aggravation des déséquilibres macro-économiques internationaux ont remis le « protectionnisme » dans le débat politique en France à l'occasion de la campagne présidentielle de 2012. Il est souvent promu dans un cadre européen et de façon raisonnée pour un protectionnisme européen écologique et social[53].
Les relations économiques entre l'Union européenne et les États-Unis ont fait l'objet d'un rapport d'information à l'Assemblée nationale en France en 1999[54]. Il souligne les directions qui devraient orienter les politiques suivies: son modèle social, une stratégie industrielle élargie aux secteurs de pointe, ainsi qu'une politique commerciale fondée sur le principe de réciprocité.
Les traités de l'Union européenne stipulent que les appels d'offres gouvernementaux sont ouverts à toutes les entreprises, sans discrimination concernant la nationalité de ces entreprises. Mais il n'y a pas toujours réciprocité : ce type de règle de l'OMC concernant l’accord sur l'ouverture et la transparence des marchés publics n’était en 2016 signé que par les vingt-huit membres de l’UE et dix-huit autres pays[55].
Selon l'ancien député Bernard Carayon, qui a lancé la politique publique d'intelligence économique en France en 2005, l'Union européenne ne pratique presque pas le protectionnisme en matière de marchés publics : « pour ce type de marchés (1 000 milliards d'euros par an), le taux d'ouverture européen est de 90 %, alors qu'il n'est que de 32 % aux États-Unis, de 28 % au Japon »[56].
Les grandes puissances mettent en œuvre des protections économiques. L’Europe ne dispose pas des mêmes outils comme un supposé « Buy European Act », conditions de localisation d'une partie des contrats issus des appels d'offres, comité de contrôle des investissements extra européen concernant les acteurs stratégiques, souverains et les jeunes pousses technologiques, etc.[57]. Les défenseurs de ce projet mettent en avant le taux d'ouverture de 12 % de la zone régionale (88 % du commerce européen se fait avec un membre de l’Union), taux assez faible pour permettre des politiques économiques communes ainsi que des tarifs extérieurs plus protecteurs pour les secteurs en difficultés (délocalisations).
En 2017, selon un avis de la Cour européenne de justice, la Commission européenne ne dispose pas d'une « compétence exclusive » dans la conclusion des accords commerciaux de nouvelle génération. L'Europe reconnaît aux organes représentatifs des peuples et exécutifs des États d’avoir un droit de veto, par exemple sur les accords de libre-échange entre l’UE et un pays tiers. Négociés par la Commission, ils devront, pour entrer en application, être validés non seulement par le Conseil européen (les gouvernants européens) et le Parlement européen, mais aussi par les Parlements des États membres. Si la Commission n'a pas de compétence exclusive concernant par exemple le régime de règlement des différends entre investisseurs et États, la Cour européenne de justice confirme les compétences exclusives de la Commission sur certains points comme les accès privilégiés aux marchés publics européens[58].
Relativisant le point de droit précédent, l'Accord de libre-échange entre le Japon et l'Union européenne exclut la question de la protection des investissements[59] et des règlements des conflits, ce qui permet de ne pas induire une ratification par chaque parlement des pays européens.
La politique agricole commune a longtemps consisté en versement de subventions agricoles. Cette politique a favorisé l'agriculture intensive, ce qui a eu des conséquences dommageables sur le plan du développement durable.
La protection de l'espace économique européen est défendue par plusieurs auteurs, dont Emmanuel Todd[60] (qui a depuis abandonné l'idée et penche désormais pour un protectionnisme au niveau national[61]). Il en résulterait une réindustrialisation, et une baisse du chômage. Cette dernière serait alors à l'origine d'une hausse des salaires par le jeu de l'offre et de la demande.
Si l'Europe voulait effectuer « une nouvelle révolution industrielle », une « transition verte » pour protéger le climat, cela exigerait « des investissements de long terme pharaoniques ». Et l'économiste Gaël Giraud estime que « la pression de la concurrence internationale rend difficilement envisageables de tels investissements ». Il propose de rétablir des protections douanières « par étapes »[62].
À la suite de la crise du Covid-19, la commission européenne d’Ursula von der Leyen (en fonction à partir du ) incite en 2020 les États membres à défendre leur sécurité et leur souveraineté économiques. L’Allemagne, l’Italie et l’Espagne adoptent des mesures de protection de leurs entreprises. Le Royaume-Uni prépare un projet de loi en ce sens. La France en dispose déjà : elle s'est donné un droit de contrôle sur les investissements étrangers lorsque ceux-ci représentent une acquisition importante des parts d'une entreprise française[63].
Royaume-Uni
modifierDès le XIVe siècle, les souverains anglais adoptent des mesures destinées à protéger et à développer certaines productions nationales. Édouard III interdit notamment l'importation de certains draps de laine afin d'encourager la production locale. À partir de 1489, Henri VII augmente les droits d'exportation sur la laine brute. Sous les Tudor, notamment Henri VIII et Élisabeth Ire, les autorités recourent aux droits de douane, aux subventions, aux monopoles et à d'autres formes d'intervention pour favoriser le développement de l'industrie textile anglaise[64].
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les politiques commerciales anglaises s'inscrivent dans une tradition mercantiliste. Les Actes de navigation adoptés à partir de 1651 réservent une partie du commerce maritime aux navires anglais, notamment dans les échanges avec les colonies. Le développement du pouvoir du Parlement, particulièrement après les révolutions anglaises du XVIIe siècle, contribue également à l'évolution de la politique économique[65].
Un tournant important intervient en 1721, lorsque Robert Walpole introduit plusieurs mesures destinées à promouvoir les industries manufacturières. Celles-ci comprennent l'augmentation des droits de douane sur les produits manufacturés importés, des subventions à l'exportation, la réduction des droits sur les matières premières importées et la suppression de certaines taxes à l'exportation. Cette politique vise notamment à encourager la transformation des matières premières sur le territoire britannique[64].
Ces mesures s'accompagnent de restrictions commerciales imposées aux colonies. La législation britannique limite notamment certaines activités manufacturières coloniales et les exportations susceptibles de concurrencer les productions de la métropole. Des restrictions touchent ainsi le commerce des textiles de laine et de coton, tandis que des mesures favorisent l'approvisionnement de la Grande-Bretagne en matières premières coloniales[64]. Ces politiques contribuent aux tensions commerciales et politiques entre la métropole et ses colonies nord-américaines au XVIIIe siècle.
Au cours du XVIIIe siècle, la Grande-Bretagne devient une puissance commerciale et industrielle majeure. Son expansion repose sur plusieurs facteurs, notamment le développement manufacturier, le commerce colonial, les capacités maritimes et les transformations financières et agricoles. Les politiques commerciales interventionnistes s'inscrivent dans cette évolution, sans que leur contribution puisse être isolée de celle des autres facteurs.
À partir de la fin du XVIIIe siècle, les idées favorables au libre-échange gagnent en influence. En 1786, la Grande-Bretagne et la France signent le traité Eden-Rayneval, qui prévoit une réduction de plusieurs droits de douane entre les deux pays.
Malgré cette évolution, les droits de douane britanniques restent élevés au début du XIXe siècle. En 1820, le taux moyen appliqué aux importations de produits manufacturés est estimé entre 45 et 55 %[64]. Selon l'historien de l'économie Paul Bairoch, l'industrialisation britannique s'est développée dans un contexte de protection tarifaire élevée. En 1846, le niveau d'industrialisation par habitant du Royaume-Uni dépassait de plus du double celui de ses concurrents les plus proches[66].
Le mouvement vers le libre-échange s'accélère au milieu du XIXe siècle. En 1846, le Parlement britannique abroge les Corn Laws, qui protégeaient les producteurs nationaux de céréales contre la concurrence étrangère. Cette réforme, défendue notamment par Richard Cobden et l'Anti-Corn Law League, contribue à la baisse des restrictions sur les importations agricoles. Les droits de douane sur de nombreux produits manufacturés sont également réduits ou supprimés, tandis que les Actes de navigation sont abrogés en 1849.
La libéralisation britannique contraste avec le maintien ou le renforcement de certaines politiques protectionnistes dans d'autres pays industrialisés, notamment les États-Unis et l'Allemagne. Les différences entre leurs trajectoires économiques ont donné lieu à diverses interprétations historiques, notamment concernant le rôle des droits de douane dans le développement industriel[67].
Entre 1870 et 1913, la production industrielle augmente plus rapidement aux États-Unis et en Allemagne qu'au Royaume-Uni. Selon les chiffres avancés par Ian Fletcher, les taux de croissance annuels moyens de la production industrielle s'élèvent à 4,7 % aux États-Unis, 4,1 % en Allemagne et 2,1 % au Royaume-Uni[67]. L'économie britannique continue néanmoins de croître, tandis que son poids relatif dans la production industrielle mondiale diminue. Ce rattrapage s'accompagne notamment de l'essor de nouvelles industries et de transformations technologiques dans les autres puissances industrielles.
Dans le contexte de la Grande Dépression, le Royaume-Uni abandonne une grande partie de sa politique de libre-échange en 1932 et réintroduit des droits de douane sur de nombreux produits importés. Ce changement intervient alors que les États-Unis et l'Allemagne ont acquis une place majeure dans la production industrielle mondiale. En 1932, le niveau d'industrialisation par habitant des États-Unis était estimé à environ 50 % au-dessus de celui du Royaume-Uni[66].
le , le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne et va débuter de nouvelles discussions avec Bruxelles pour définir les règles réciproques qui s'appliqueront au plus tard le , à la sortie du marché commun européen à 28: Accord de libre-échange ou retour aux règles minimales de l'OMC, avec des droits de douane plus élevés, avec par exemple, mesures de protection de domaines particuliers de la pêche d'un côté, absence de licence financière de l'autre[68],[69],[70],[71].
« La filière de pêche maritime européenne, et notamment la filière française, l’une des plus exposées, avec celle du Danemark. Certaines régions (les Hauts-de-France, la Bretagne et la Normandie) sont particulièrement tributaires de l’accès aux eaux britanniques. Au total, 30 % des captures des pêcheurs français en dépendent, un taux qui monte à 50 % pour la Bretagne, première région de pêche française, à 75 % pour les Hauts-de-France, selon le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) »[72],[73].
Allemagne
modifierDans son histoire, l'Allemagne utilisa principalement d'autres politiques que les droits de douane pour promouvoir son industrie[74]. En 1879, le chancelier de l'Allemagne, Otto von Bismarck, introduisit une grande augmentation des droits de douane afin de cimenter l'alliance politique entre les « Junkers » (propriétaires terriens) et les industriels lourds – ce qu'on appelle le « mariage du fer et du seigle ». Malgré la protection substantielle qui a été accordée aux industries clés, en particulier l'industrie sidérurgique, le niveau de protection dans le secteur manufacturier allemand en général était l'un des plus bas parmi les pays comparables tout au long du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle[75]. Les tarifs ont toujours été relativement bas en Allemagne. Tout au long du XIXe siècle et au début du XXe siècle (jusqu'à la Première Guerre mondiale), le taux moyen des droits de douane sur les produits manufacturés en Allemagne était de 5 à 15 %, bien en dessous des taux américains et britanniques (avant les années 1860) de 35 à 50 %. Même dans les années 1920, lorsqu'elle est devenue plus protectrice de ses industries, le taux moyen des droits de douane industriels de l'Allemagne est resté autour de 20 %[76].
Toutefois, la protection tarifaire relativement faible ne signifie pas que l'État allemand a adopté une approche de laisser-faire en matière de développement économique. En particulier sous Frédéric Guillaume Ier (1713-1740) et Frédéric le Grand (1740-1786) au XVIIIe siècle, l'État prussien a mené une série de politiques visant à promouvoir de nouvelles industries – en particulier les textiles (surtout le lin), les métaux, les armements, la porcelaine, la soie et le raffinage du sucre – en accordant des droits de monopole, la protection commerciale, les subventions à l'exportation, les investissements en capital et en faisant venir des travailleurs qualifiés de l'étranger[77]. Dès le début du XIXe siècle, l'État prussien a également investi dans l'infrastructure avec par exemple la construction de routes dans la Ruhr. Il a également mis en œuvre une réforme de l'éducation, qui a non seulement impliqué la construction de nouvelles écoles et universités, mais aussi la réorientation de l'enseignement de la théologie vers la science[78].
Au milieu du XIXe siècle, l’Angleterre dispose d'une supériorité industrielle et commerciale certaine. La Prusse s'allie avec plusieurs autres États germaniques afin de créer la Zollverein, une zone de libre échange qui se veut pangermanique, afin de stimuler la croissance et l'innovation de cette zone économique. Elle est toutefois protectionniste envers le reste du monde, en accord avec la théorie du protectionnisme éducateur de Friedrich List[79].
Le Deutscher Zollverein (« union douanière allemande ») est créé le , et entre en fonction le . Dominée par le royaume de Prusse, cette union permet le démantèlement de la multiplicité des unions douanières protectionnistes de la Prusse-Hesse (de), du territoire sud-allemande (de), mais aussi de l'union commerciale de l'Allemagne centrale (de). Les membres fondateurs sont, outre la Prusse : le landgraviat de Hesse-Cassel, le royaume de Bavière, le royaume de Wurtemberg, le royaume de Saxe et l'ensemble des États constituant la Thuringe. Jusqu'en 1836, les États du grand-duché de Bade, le duché de Nassau et Francfort-sur-le-Main rejoignent l'union. En 1842, le Luxembourg, le duché de Brunswick et la Principauté de Lippe la rejoignent à leur tour, suivis en 1854 par le royaume de Hanovre et le grand-duché d'Oldenbourg. L'union recouvre donc à la veille de la fondation de la confédération de l'Allemagne du Nord (1867) un territoire d'environ 425 000 km2.
Les buts du Zollverein sont la création d'un marché intérieur unique et l'harmonisation des règles fiscales et économiques. Au niveau politique, elle place la Prusse au centre de l'échiquier allemand et conduit à l'adoption de la solution petite-allemande lors de l'unification allemande. Après la fondation de l'Empire allemand en 1871, les fonctions de l'union lui sont transférées. Bien que n'appartenant pas au nouvel État, le grand-duché de Luxembourg, réduit depuis 1839 à sa superficie actuelle, fait partie de l'espace douanier allemand de 1842 au lendemain de la Première Guerre mondiale. L'Alsace-Lorraine annexée se retrouva également dans le Zollverein de 1871 à 1918.
L'Allemagne unifiée, succédant à la Zollverein en 1870, est le premier grand pays européen à modifier sensiblement sa politique douanière en adoptant le nouveau droit de douane de . Ce nouveau droit de douane allemand signifia l'achèvement de la période de libre échange sur le continent.
À l'aide de sa politique protectionniste et à la veille de la Première Guerre mondiale, l’Allemagne est devenue la première puissance industrielle européenne et la seconde au niveau mondial[80].
Parallèlement, la flotte marchande allemande devient la deuxième du monde, derrière celle de la Grande-Bretagne ; sa marine de guerre compte 40 bâtiments (contre 64 pour la Grande-Bretagne et 28 pour la France)[80]
A la veille de la guerre, la part de l'Allemagne dans la production industrielle mondiale s'élève à 16 %, celle de la Grande-Bretagne à 14 %, et celle de la France 6 % (la part des Etats-Unis s'élève à 32 %)[80]. Si la part de la Grande-Bretagne dans le commerce mondial est toujours la première (avec 16 % du total), la deuxième revient à l'Allemagne (12 %), devant les Etats-Unis (11 %) et la France (7 %)[80].
France
modifierSous l'Ancien Régime, la politique économique française repose sur une intervention importante de l'État, notamment sous Jean-Baptiste Colbert. Le colbertisme encourage le développement des manufactures et des exportations tout en limitant certaines importations[81],[82]. Cette politique s'inscrit dans une tradition mercantiliste qui considère le commerce extérieur comme un instrument de puissance nationale. Dès 1615, Antoine de Montchrestien présente les marchands étrangers comme une menace pour la richesse du royaume dans son Traité d'économie politique[83]. Au début du XVIIIe siècle, l'État français cherche également à recruter des travailleurs qualifiés en Grande-Bretagne et encourage l'espionnage industriel.
La Révolution française marque une rupture avec plusieurs institutions économiques de l'Ancien Régime. Selon les historiens Alan Milward et S. B. Saul, ce changement s'explique notamment par l'association, dans l'esprit des révolutionnaires, entre la fin de l'absolutisme et l'introduction d'un système de laissez-faire[78]. Sous Napoléon Bonaparte, certaines pratiques interventionnistes et mercantilistes sont rétablies. De 1814 à 1851, la politique commerciale française alterne entre mesures protectionnistes et libéralisation des échanges au gré des changements de régime[84].
L'historien de l'économie John Vincent Nye a montré que, mesuré par le rapport entre les recettes douanières nettes et la valeur des importations, le niveau moyen des droits de douane français était inférieur à celui de la Grande-Bretagne entre 1821 et 1875, y compris pendant une grande partie de la période de libre-échange britannique du milieu du XIXe siècle[85]. Cette comparaison porte sur les barrières tarifaires et non sur l'ensemble des politiques d'intervention économique.
En 1860, Napoléon III signe avec le Royaume-Uni le traité Cobden-Chevalier, qui contribue à une phase de libéralisation commerciale en Europe[76]. À partir de la fin du XIXe siècle, la France renforce de nouveau sa protection douanière, notamment avec la loi Méline de 1892. Selon l'économiste Yves Perez, la France aurait connu une longue période protectionniste entre 1873 et 1973. Il souligne que le protectionnisme a parfois coïncidé avec des phases de forte croissance, notamment entre 1896 et 1914 et entre 1919 et 1929[86].
Malgré ces mesures, les droits de douane français sont restés, selon certaines comparaisons historiques, inférieurs à ceux pratiqués par d'autres grandes puissances industrielles. Entre 1920 et 1950, le taux moyen des droits de douane sur les produits manufacturés en France n'aurait pas dépassé 30 %, contre des niveaux ayant atteint 50 à 55 % au Royaume-Uni et aux États-Unis[76].
Après la Seconde Guerre mondiale, l'État français renforce considérablement son intervention dans l'économie. Il met en place une planification indicative, nationalise plusieurs entreprises et secteurs stratégiques et oriente les investissements par l'intermédiaire d'établissements financiers publics. Les droits de douane sur les produits industriels demeurent relativement élevés jusqu'aux années 1960. Cette période s'accompagne d'une importante modernisation industrielle et d'une transformation structurelle de l'économie française[87].
Le constat de la désindustrialisation, de la course des multinationales vers le moins-disant social et environnemental, de la persistance et de l'aggravation des déséquilibres macro-économiques internationaux ont remis le « protectionnisme » dans le débat politique en France à l'occasion de la campagne présidentielle de 2012. Il est souvent promu dans un cadre européen et de façon raisonnée pour un protectionnisme européen écologique et social[53].
En 2011, des sondages de l'Ifop que 60 à 67 % des francais interrogées étaient favorables à une augmentation des droits de douane sur les produits importés de pays comme la Chine et l'Inde[88]. Une enquête de l'Ifop réalisée en 2018 indiquait cependant que 47 % des Français considéraient le libre-échange comme une bonne chose pour la France, contre 24 % en 2011[89].
Depuis les années 2000, la France a progressivement renforcé ses mécanismes de contrôle des investissements étrangers dans les secteurs considérés comme stratégiques. Ce contrôle, étendu notamment par le décret dit « Montebourg » de 2014, concerne entre autres la défense, l'énergie, les télécommunications, les transports, l'eau et la santé[63],[90].
L'ouverture de l'économie française aux investissements étrangers reste néanmoins importante. Au premier semestre 2019, la France figurait au troisième rang mondial pour l'accueil des investissements directs étrangers, derrière les États-Unis et la Chine, selon les données de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)[63].
Pays-Bas
modifierLes Pays-Bas étaient la puissance navale et commerciale dominante du monde au XVIIe siècle, son « Siècle d'Or », grâce à ses réglementations «mercantilistes» en matière de navigation, de pêche et de commerce international depuis le XVIe siècle[76].
Le roi Guillaume Ier (1815-1840) créa de nombreuses agences de financement industriel[91],[47]. Il soutint aussi fortement le développement d'une industrie textile cotonnière moderne, en particulier dans la région de Twente[76]. Cependant, à partir de la fin des années 1840, le pays est revenu à un régime de laissez-faire qui a duré jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. À l'exception de la Grande-Bretagne à la fin du XIXe siècle et du Japon avant le rétablissement de l'autonomie tarifaire, les Pays-Bas demeurèrent l'économie la moins protégée parmi les pays industrialisés.
Le pays abolit la loi sur les brevets (qui a été introduite pour la première fois en 1817) en 1869, inspirée par le mouvement anti-brevet qui a balayé l'Europe à l'époque. Malgré les pressions internationales, le pays a refusé de réintroduire la loi sur les brevets jusqu'en 1912.
Durant cette période de laissez-faire, l'économie néerlandaise resta léthargique et son industrialisation resta relativement superficielle. Selon l'estimation officielle de Maddison, mesurée en dollars de 1990, les Pays-Bas furent le deuxième pays le plus riche du monde après la Grande-Bretagne en 1820. Un siècle plus tard en 1913, pas moins de six pays – l'Australie, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis, le Canada, la Suisse et la Belgique – l'ont dépassé[76].
C'est en grande partie pour cette raison qu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, on a vu l'introduction de politiques plus interventionnistes[47]. Jusqu'en 1963, des politiques commerciales et industrielles actives ont été pratiquées notamment des aides financières aux grandes entreprises, des subventions pour industrialiser les régions en retard, l'encouragement de l'enseignement technique, l'encouragement du développement de l'industrie de l'aluminium et d'infrastructures clés[76].
États-Unis
modifier

Selon Douglas Irwin, les droits de douane ont historiquement rempli trois fonctions principales : procurer des recettes au gouvernement fédéral des États-Unis, limiter les importations afin de protéger les producteurs nationaux et obtenir une réciprocité grâce à des accords commerciaux réduisant les obstacles aux échanges. L'histoire de la politique commerciale des États-Unis peut être divisée en trois périodes distinctes, chacune caractérisée par la prédominance d'un objectif. De 1790 à 1860, la recherche de recettes domine, les droits à l'importation représentant environ 90 % des recettes du gouvernement fédéral. De 1861 à 1933, le recours croissant à la fiscalité intérieure déplace l'objectif des droits de douane vers la protection des industries nationales. De 1934 à 2016, l'objectif principal de la politique commerciale devient la négociation d'accords avec d'autres pays. Ces trois périodes sont séparées par deux bouleversements majeurs, la guerre de Sécession et la Grande Dépression, qui modifient les rapports de force politiques et les objectifs de la politique commerciale[92].
Le soutien politique des membres du Congrès des États-Unis reflète souvent davantage les intérêts économiques des producteurs que ceux des consommateurs, les producteurs étant généralement mieux organisés politiquement et employant de nombreux travailleurs électeurs. Les intérêts liés au commerce diffèrent d'un secteur à l'autre selon que les entreprises sont tournées vers l'exportation ou confrontées à la concurrence des importations. En général, les travailleurs des secteurs exportateurs sont favorables à des droits de douane plus faibles, tandis que ceux des secteurs concurrencés par les importations soutiennent des droits plus élevés[92].
Comme la représentation au Congrès repose sur des circonscriptions géographiques, les intérêts économiques régionaux tendent à déterminer des comportements de vote relativement stables au fil du temps. Pendant une grande partie de l'histoire américaine, le principal clivage en matière de politique commerciale oppose le Nord au Sud. Au début du XIXe siècle, un corridor manufacturier se développe dans le Nord-Est des États-Unis, notamment avec l'industrie textile de la Nouvelle-Angleterre et la sidérurgie de la Pennsylvanie et de l'Ohio, souvent confrontées à la concurrence des importations. À l'inverse, le Sud des États-Unis se spécialise dans les exportations agricoles, notamment de coton et de tabac[92].
Plus récemment, les représentants de la Rust Belt, qui s'étend du nord de l'État de New York jusqu'au Midwest industriel, se sont souvent opposés aux accords commerciaux, tandis que ceux du Sud et de l'Ouest des États-Unis les ont généralement soutenus. Ces différences régionales impliquent que les partis politiques peuvent adopter des positions opposées en matière de commerce lorsque leurs bases électorales sont géographiquement différentes. Chacune des trois périodes de politique commerciale, centrées respectivement sur les recettes, la restriction et la réciprocité, correspond à une phase de domination politique d'un seul parti, capable de mettre en œuvre les politiques qu'il privilégie[92].
Période coloniale
modifierLa politique commerciale faisait déjà l'objet de controverses avant l'indépendance des États-Unis. Les Treize Colonies d'Amérique du Nord étaient soumises au cadre restrictif des Actes de navigation, qui orientaient l'essentiel du commerce colonial vers la Grande-Bretagne. Environ les trois quarts des exportations coloniales appartenaient à des catégories de marchandises devant transiter par un port britannique avant d'être réexportées ailleurs, ce qui réduisait les prix perçus par les planteurs américains[92].
Les historiens débattent de la question de savoir si les politiques mercantilistes britanniques ont porté préjudice aux intérêts des colonies américaines et contribué à la révolution américaine. Harper estime que les restrictions commerciales ont coûté aux colonies environ 2,3 % de leurs revenus en 1773, sans tenir compte des avantages de l'appartenance à l'Empire, tels que la défense et la réduction des primes d'assurance maritime[93]. Le poids économique des Actes de navigation pesait surtout sur les colonies du Sud, notamment les planteurs de tabac du Maryland et de Virginie, réduisant potentiellement les revenus régionaux de 2,5 % au maximum et renforçant le soutien à l'indépendance. Le commerce extérieur américain diminue fortement pendant la guerre d'indépendance des États-Unis et reste faible au cours des années 1780. Il reprend pendant les années 1790, tout en demeurant instable en raison des conflits militaires en Europe[92].
Période des recettes douanières (1790-1860)
modifierÀ partir de 1790, le nouveau gouvernement fédéral adopte les droits de douane comme principale source de recettes. En 1791, Alexander Hamilton obtient du Congrés américain la protection des manufactures naissantes face à la domination britannique dans ce domaine. Alexander Hamilton imagine un avenir industriel pour les États-Unis, pays alors rural[40]. Selon lui, livrée à elle-même, l'industrie américaine ne serait pas en mesure de concurrencer sur son propre territoire l'industrie britannique, en raison de son manque d'expérience et de savoir-faire. Il soutenait que si un pays voulait développer une nouvelle activité sur son territoire, il devait la protéger. Selon lui, cette protection contre les producteurs étrangers pourrait prendre la forme de droits à l'importation ou, dans des cas exceptionnels, d'une interdiction d'importer. Il a préconisé des murs tarifaires pour permettre à l'industrie américaine de se développer ainsi que des primes ou (subventions) qui résulteraient en partie de ces tarifs. Il pensait également que les taux des produits de base devraient généralement être bas. Hamilton a déclaré qu'en dépit d'une « hausse des prix » initiale causée par les réglementations contrôlant la concurrence étrangère, une fois que « la production nationale a atteint la perfection... elle devient invariablement moins chère ». Dans ce rapport, Hamilton a proposé également des interdictions d'exportation sur les principales matières premières, des réductions tarifaires sur les intrants industriels, la tarification et le brevetage des inventions, la réglementation des normes de produits et le développement de l'infrastructure financière et des transports. Le Congrès des États-Unis adopta les droits de douane mais refusa d'accorder de subventions aux manufactures[64].
Les Pères fondateurs des États-Unis s'accordent à considérer les droits de douane comme le moyen le plus efficace et le plus acceptable politiquement de lever des fonds publics. Les premières taxes sur les ventes, au lendemain de la période coloniale, étaient très controversées, difficiles à faire appliquer et coûteuses à percevoir. La révolte du Whisky illustre cette situation, l'application d'accises ayant suscité une forte résistance. De même, un impôt sur le revenu apparaissait inadapté pour plusieurs raisons, notamment la complexité du suivi et du recouvrement. Les droits de douane offraient au contraire une solution plus simple. Les importations arrivaient principalement par un nombre limité de ports, tels que Boston, New York, Philadelphie, Baltimore et Charleston (Caroline du Sud). Cette concentration facilitait la perception des taxes directement aux points d'entrée. En outre, les droits de douane étaient moins visibles pour le public, car ils étaient incorporés aux prix des marchandises, ce qui réduisait la résistance politique. Ce système permettait ainsi de dégager efficacement des recettes sans que la charge fiscale soit aussi immédiatement perceptible que celle d'autres prélèvements[94].
Le président Thomas Jefferson lance une expérience politique notable en instaurant, avec l'appui du Congrès, un embargo complet sur le commerce maritime à partir de décembre 1807. L'objectif affiché est d'empêcher les navires et les marins américains d'être entraînés dans le conflit naval franco-britannique des guerres napoléoniennes. Au milieu de l'année 1808, les États-Unis se rapprochent d'une situation d'autarcie, ce qui constitue l'une des interruptions du commerce international les plus extrêmes de leur histoire en temps de paix. L'embargo, en vigueur de décembre 1807 à mars 1809, entraîne des coûts économiques importants[92]. Irwin (2005) estime la perte statique de bien-être liée à cet embargo à environ 5 % du PIB[95].
De 1837 à 1860, période qui couvre la fin du Second système partisan et s'achève avec la guerre de Sécession, le Parti démocrate domine la politique américaine. Il s'appuie principalement sur le Sud exportateur et défend le mot d'ordre « des droits de douane uniquement pour les recettes », afin de marquer son opposition aux tarifs protecteurs. Par conséquent, le taux douanier moyen diminue par rapport à son niveau du début des années 1830 et passe sous les 20 % en 1860. Pendant cette période, le Congrès connaît douze législatures : sept sous un gouvernement unifié (six démocrates et une whig) et cinq sous un gouvernement divisé. Ainsi, sur ces 34 années, le Parti whig, favorable aux droits de douane et implanté dans le Nord, ne contrôle le pouvoir que pendant deux ans. Les whigs parviennent à relever les droits de douane en 1842, mais cette hausse est annulée en 1846 après le retour des démocrates au pouvoir. Pendant les dix années de gouvernement divisé, la politique douanière reste inchangée[92].
Guerre de Sécession (1861-1865)
modifierCertains commentateurs non universitaires ont affirmé que les restrictions commerciales avaient joué un rôle majeur dans la décision du Sud de faire sécession lors de la guerre de Sécession, mais cette interprétation est peu soutenue parmi les historiens universitaires. Après le tarif des abominations de 1828, la Caroline du Sud menace de faire sécession, mais la crise est résolue par le compromis de 1833, qui entraîne une baisse continue des droits de douane. De nouvelles réductions interviennent en 1846 et 1857, ramenant le tarif moyen sous les 20 % à la veille de la guerre, l'un des niveaux les plus faibles de la période précédant le conflit. Irwin souligne que les démocrates du Sud exerçaient une influence considérable sur la politique commerciale jusqu'à la guerre de Sécession. Il rejette la thèse révisionniste, souvent associée à la « Cause perdue » confédérée, selon laquelle le tarif Morrill aurait déclenché le conflit. Il considère au contraire que ce tarif n'a pu être adopté que parce que les États du Sud avaient déjà fait sécession et que leurs représentants ne siégeaient donc plus au Congrès pour s'y opposer. Le texte est signé par le président démocrate James Buchanan, avant l'entrée en fonctions d'Abraham Lincoln. En résumé, Irwin ne trouve aucun élément indiquant que les droits de douane ont constitué une cause majeure de la guerre de Sécession[94].
Période protectionniste (1866-1928)
modifierLa guerre de Sécession déplace le pouvoir politique du Sud vers le Nord, au bénéfice du Parti républicain, favorable aux droits de douane protecteurs. Dès lors, la politique commerciale privilégie davantage la restriction des importations que les recettes fiscales, et les tarifs moyens augmentent. De 1861 à 1932, les républicains dominent la politique américaine et tirent leur soutien électoral du Nord, où se concentrent les intérêts manufacturiers. Ils défendent des droits de douane élevés pour limiter les importations : les taux atteignent 40 à 50 % pendant la guerre de Sécession et restent à ce niveau pendant plusieurs décennies. Cette période compte 35 législatures du Congrès, dont 21 sous un gouvernement unifié (17 républicaines et 4 démocrates) et 14 sous un gouvernement divisé. En 72 ans, les démocrates ne parviennent à réduire les droits de douane qu'à deux reprises, en 1894 et en 1913, mais ces réductions sont rapidement annulées lorsque les républicains reprennent le pouvoir. Malgré les controverses, la politique commerciale demeure relativement stable en raison de la longue domination d'un seul parti et des obstacles institutionnels au changement[92].
Selon Irwin, une idée reçue fréquente sur la politique commerciale des États-Unis consiste à affirmer que les droits de douane élevés ont fait du pays une grande puissance industrielle à la fin du XIXe siècle. Alors que sa part dans la production manufacturière mondiale passe de 23 % en 1870 à 36 % en 1913, les droits de douane élevés de l'époque entraînent des coûts estimés à environ 0,5 % du PIB au milieu des années 1870. Dans certains secteurs, ils ont pu accélérer le développement de quelques années. La croissance économique américaine pendant cette période protectionniste est davantage liée à l'abondance des ressources naturelles et à l'ouverture aux personnes et aux idées, notamment à l'immigration massive, aux capitaux étrangers et aux technologies importées. Si les droits sur les produits manufacturés étaient élevés, le pays restait ouvert à d'autres égards, et une part importante de la croissance concernait les services, notamment les chemins de fer et les télécommunications, plutôt que l'industrie manufacturière, qui avait déjà connu une forte expansion avant la guerre de Sécession, lorsque les droits de douane étaient plus faibles[96],[48].
Grande Dépression et tarif Smoot-Hawley (1929-1933)
modifierLa loi tarifaire de 1930, généralement appelée loi Hawley-Smoot, est considérée comme l'une des lois douanières les plus controversées jamais adoptées par le Congrès américain. Elle fait passer le taux moyen sur les importations soumises à des droits de douane d'environ 40 à 47 %, mais la déflation des prix pendant la Grande Dépression porte le taux effectif à près de 60 % en 1932. La loi est mise en œuvre au moment où l'économie mondiale entre dans une grave récession. La Grande Dépression de 1929 à 1933 constitue un effondrement économique tant aux États-Unis, où le PIB réel recule d'environ 25 % et où le chômage dépasse 20 %, que dans une grande partie du monde. Alors que le commerce international se contracte, les barrières commerciales se multiplient, le chômage augmente et la production industrielle diminue à l'échelle mondiale, ce qui conduit de nombreux observateurs à attribuer une partie de la crise économique mondiale au tarif Smoot-Hawley. L'ampleur de sa contribution à la gravité de la Grande Dépression demeure débattue[92].
Irwin estime que, sans être la cause principale de la Grande Dépression, la loi Smoot-Hawley a contribué à l'aggraver en suscitant des représailles internationales et en réduisant le commerce mondial. Son effet est toutefois limité par la faible taille du secteur commercial américain à cette époque. En 1930, seul un tiers des importations totales aux États-Unis était soumis à des droits de douane, et ces importations taxées ne représentaient que 1,4 % du PIB. Selon Irwin, rien ne prouve que cette loi ait atteint ses objectifs de création nette d'emplois ou de reprise économique. Même dans une perspective keynésienne, cette politique s'est révélée contre-productive, car la baisse des exportations a dépassé celle des importations. Si le recul des revenus à l'étranger a joué un rôle majeur dans l'effondrement des exportations américaines, les droits de douane ont également limité l'accès des étrangers aux dollars américains, favorisant l'appréciation de la monnaie et réduisant la compétitivité des produits américains à l'étranger. Irwin souligne que l'une des conséquences les plus dommageables de la loi a été la détérioration des relations commerciales des États-Unis avec leurs principaux partenaires. Adoptée alors que la Société des Nations tentait d'établir une « trêve tarifaire » mondiale, la loi Smoot-Hawley a été largement perçue comme une mesure unilatérale et hostile, qui affaiblissait la coopération internationale. Selon Irwin, son effet à long terme le plus important a été d'inciter, en réaction, d'autres pays à constituer des blocs commerciaux discriminatoires. Ces accords préférentiels ont détourné des échanges commerciaux des États-Unis et entravé la reprise économique mondiale[97],[98].
Dans un article de novembre 2024, The Economist observe que la loi, « qui a relevé les droits de douane moyens sur les importations d'environ 20 % et provoqué une guerre commerciale faite de représailles successives, a eu des effets dévastateurs : le commerce mondial a chuté des deux tiers. Elle a été si catastrophique pour la croissance aux États-Unis et dans le monde que les législateurs n'ont plus osé toucher à la question depuis. “Smoot-Hawley” est devenu synonyme de politique désastreuse »[99].
L'économiste Paul Krugman soutient que le protectionnisme ne provoque pas nécessairement de récession, car une diminution des importations résultant de droits de douane peut exercer un effet expansionniste compensant la baisse des exportations. Selon lui, les guerres commerciales tendent à réduire les exportations et les importations de manière symétrique, avec un effet net limité sur la croissance économique. Il estime que la loi Smoot-Hawley n'a pas causé la Grande Dépression ; la forte contraction du commerce entre 1929 et 1933 serait plutôt une conséquence de la crise, les barrières commerciales constituant une réponse politique plutôt que son déclencheur[100].
Période de réciprocité (1934-2016)
modifierLa Grande Dépression entraîne un réalignement politique après la victoire démocrate aux élections de 1932. Cette élection met fin à plusieurs décennies de domination républicaine et ouvre une période de contrôle démocrate du gouvernement fédéral qui dure de 1933 à 1993. Ce réalignement renforce le poids du parti qui défend les intérêts exportateurs du Sud. Par conséquent, la politique commerciale se détourne du protectionnisme au profit de la réciprocité, tandis que les droits de douane moyens diminuent sensiblement. Cette période comprend 30 législatures du Congrès, dont 16 sous un gouvernement unifié (15 démocrates et 1 républicaine) et 14 sous un gouvernement divisé. Au cours de ces 60 années, l'objectif général de promotion des accords commerciaux réciproques reste largement inchangé, y compris pendant les deux années (1953-1955) où les républicains contrôlent à la fois l'exécutif et le Congrès[92].
Après la Seconde Guerre mondiale, et contrairement aux périodes précédentes, le Parti républicain commence à soutenir la libéralisation des échanges. Du début des années 1950 au début des années 1990, une période inhabituelle de consensus bipartisan s'installe, les deux partis adoptant généralement des positions proches en matière de politique commerciale. Cette évolution intervient durant la guerre froide, lorsque les préoccupations de politique étrangère occupent une place importante et que les clivages partisans sont atténués (Bailey, 2003)[101].
Après le vote de 1993 sur l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), le soutien des démocrates à la libéralisation commerciale recule nettement. À cette époque, les deux grands partis ont pratiquement inversé leurs positions sur la politique commerciale. Ce changement reflète principalement l'évolution de leur représentation régionale : le Sud, autrefois bastion démocrate, devient majoritairement républicain[102], tandis que le Nord-Est devient de plus en plus démocrate. Ainsi, les opinions régionales sur la politique commerciale restent relativement stables, mais les partis représentent désormais des électorats géographiquement différents[92].
Période récente
modifierEn 2000, le président George W. Bush met en place des mesures protectionnistes sur les importations d'acier pour satisfaire les demandes des grandes entreprises du secteur dont la productivité était insuffisante. Les effets a posteriori semblent avoir été négatifs puisque, si les mesures ont sauvé 3 500 emplois, elles en ont détruit entre 12 000 et 43 000 chez les entreprises qui consomment de l'acier[103].
Lors de l'élection présidentielle américaine de 2016, Donald Trump fait campagne sur un programme ouvertement protectionniste[104]. Lors de son discours d'investiture il déclare « Nous devons protéger nos frontières des ravages des autres pays fabriquant nos produits, spoliant nos entreprises et détruisant nos emplois. La protection conduira à une grande force et à la prospérité »[105]
En 2018, les États-Unis ont renégocié l’accord de libre-échange nord-américain pour aller dans le sens des revendications des syndicats américains d'une hausse des salaires dans le secteur au Mexique et du maintien d’emplois aux États-Unis: désormais 40 à 45 % de la valeur ajoutée des produits automobiles doivent provenir d’usines où les travailleurs gagnent au moins 16$ par heure et 75% doivent être produits sur le continent nord américain[106].
En 2019, Donald Trump fait passer de 10 % à 25 % les droits de douane supplémentaires sur environ 5 700 produits représentant 200 milliards de dollars (178 milliards d’euros) de biens chinois importés. Une procédure d’augmentation des droits douaniers sur la quasi-totalité des produits chinois devait par ailleurs être lancée. Une décision prise par Donald Trump pour maintenir la pression sur la Chine dans le cadre d'une guerre commerciale qui semble bien engagée entre les États-Unis et la Chine[107].
Joe Biden élu à la présidence en 2020 reste sur la même ligne en particulier pour le secteur automobile[108]
Protection des marchés publics
modifierDepuis les années 1930, les États-Unis adoptent une politique systématique consistant à interdire dans les marchés publics les produits qui ne sont pas fabriqués aux États-Unis. Il existe aussi des subventions. Les lois sont :
- Jones Act de 1920 ;
- Buy American Act de 1933 ; Lee . Il oblige l’État fédéral à acheter des produits fabriqués aux États-Unis (Il a été élargi en 1982 aux autorités chargés des autoroutes et du transport) ;
- Small Business Act de 1953 pour les petites entreprises ;
- Defense Federal Acquisition Regulations Supplement (DFARS) ;
- exceptions sécurité nationale (ALENA, chapitre 10, partie D, article 1018) ;
- amendement Berry (textiles, denrées alimentaires et vêtements non américains) ;
- amendement Byrnes-Tollefson (bateaux non américains) ;
- Buy American - transports en commun (subventions de la Federal Transit Administration) ;
- Buy American - construction routière (subventions de la Federal Highway Administration) ;
- Buy American - aéroports (subventions de la Federal Aviation Administration) ;
- Buy American provision dans le cadre du plan de relance de 2009.
Chine
modifierEn 2010, en Chine, le protectionnisme gagne du terrain. Le premier ministre, Wen Jiabao, sans s'afficher protectionniste, fait passer le message de n'acheter de préférence que des produits fabriqués en Chine[109]. Les produits bas de gamme ne sont pas les seuls concernés : il faut y ajouter les trains à grande vitesse, les technologies vertes, les nouvelles technologie fruits de la montée en gamme de l'économie chinoise. La Chine engrange un excédent commercial de plus de 20 milliards de dollars pour le troisième mois d'affilée.
Les marchés publics chinois ont toujours été fermés aux étrangers, sauf quand il s'agit d'obtenir des hautes technologies. Pékin n'a pas signé l'accord de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) portant sur les appels d'offres gouvernementaux. Ainsi, en 2009, dans le cadre du plan de relance du gouvernement chinois, les travaux portant sur les infrastructures du pays peuvent être réservés aux entreprises chinoises[110].
Au cours de l'année 2018, l’excédent commercial chinois n’a fait que continuer à battre des records. Xi Jinping a promis une nouvelle fois d’ouvrir davantage le marché chinois aux importations[111].
La Chine poursuit sa conquête des marchés extérieurs mais elle privilégie plus encore son marché intérieur. Elle a identifié les filières stratégiques dont elle veut contrôler les chaînes de valeur et les technologies dont elle veut s’assurer une maîtrise complète[112].
En 2010, Paul Krugman écrit que la Chine poursuit une politique mercantiliste et prédatrice, c'est-à-dire qu'elle maintient sa monnaie sous-évaluée pour accumuler des excédents commerciaux en utilisant le contrôle des flux de capitaux. Le gouvernement chinois vend du renminbi et achète des devises étrangères afin de maintenir le renminbi à un bas niveau, ce qui donne au secteur manufacturier chinois un avantage de coût sur ses concurrents. Les excédents de la Chine drainent la demande américaine et ralentissent la reprise économique dans d'autres pays avec lesquels la Chine fait du commerce. Paul Krugman admet que les déficits commerciaux appauvrissent les États-Unis et représentent une menace. Il écrit : « C'est la politique de change la plus faussée qu'une grande nation ait jamais suivie ». Il note que le renmenbi sous-évalué équivaut à imposer des droits de douane élevés ou à accorder des subventions à l'exportation. Une monnaie moins chère améliore l'emploi et la compétitivité parce qu'elle rend les importations plus chères tout en rendant les produits nationaux plus attractifs. Il s'attend à ce que les excédents chinois détruisent 1,4 million d'emplois américains de 2010 à 2011. Par conséquent, il demande un taux général de 25% sur les produits chinois. Il pense donc que les droits de douane et les restrictions commerciales peuvent réellement réduire le déficit commercial global[113],[114],[115].
Paul Krugman ajoute, « nous vivons actuellement dans un monde où le mercantilisme fonctionne ». Il ne s'agit donc pas d'un système gagnant-gagnant qui enrichit les deux parties à l'accord, mais plutôt d'un système où certains pays s'enrichissent aux dépens d'autres. Il écrit : « Ce que fait la Chine, c'est une politique commerciale sérieusement prédatrice, le genre de choses qu'on est censé empêcher par la menace de sanctions »… « Je dis qu'il faut affronter le problème de front ». Il a expliqué que dans un conflit commercial, avec une économie mondiale déprimée, ce sont les pays excédentaires qui ont beaucoup à perdre, alors que les pays déficitaires pourraient gagner, même s'il y a des mesures de représailles et des perturbations économiques. « Les victimes de ce mercantilisme ont peu à perdre d'une confrontation commerciale ». Il soutient que le protectionnisme n'est pas une mauvaise chose lorsque le chômage est élevé ou lorsque la situation économique n'est pas bonne. Il cite Paul Samuelson : « Avec un emploi moins que plein… tous les arguments mercantilistes déboulonnés s'avèrent valables ». En outre, il soutient le protectionnisme d'autres pays à l'égard de la Chine : « D'autres pays prennent des mesures (modestes) protectionnistes précisément parce que la Chine refuse de laisser sa monnaie augmenter. Et d'autres mesures de ce type sont tout à fait appropriées »[116],[117],[118],[119],[120],[121].
En 2019, une « guerre commerciale » se confirme. À la suite des décisions du président américain de taxer des produits chinois importés, la Chine annonce une augmentation de ses droits de douane sur des produits américains représentant 60 milliards de dollars d’importations annuelles. Les droits douaniers seront relevés à 10 %, 20 %, voire jusqu’à 25 % sur un ensemble de marchandises américaines déjà taxées, annonce le Bureau de la commission tarifaire du gouvernement chinois[107].
Pays industrialisés d'Asie de l'Est
modifierDans les succès économiques du Japon et d'autres pays d'Asie de l'Est, les politiques commerciales, industrielles et interventionnistes ont joué un rôle crucial. Les politiques (utilisées aussi par d'autres pays développés comme la France) au cours de l'après-guerre étaient beaucoup plus sophistiquées et affinées que leurs équivalents historiques. Ils ont utilisé des subventions à l'exportation plus substantielles et mieux conçues (directes et indirectes) et beaucoup moins de taxes à l'exportation que dans les expériences antérieures. Les rabais tarifaires pour les matières premières importées et les machines destinées aux industries d'exportation étaient beaucoup plus systématiquement utilisés que dans la Grande-Bretagne du XVIIIe siècle, par exemple[75]. La coordination des investissements complémentaires, qui s'effectuait auparavant de manière plutôt aléatoire (voire pas du tout), a été systématisée par le biais d'une planification et de programmes d'investissement gouvernementaux[122]. Les États d'Asie de l'Est ont également intégré plus étroitement les politiques relatives au capital humain et à l'apprentissage, par le biais de la « planification de la main-d'œuvre »[123]. Les règlements sur les licences de technologie et les investissements étrangers directs étaient beaucoup plus sophistiqués et complets[124]. Les subventions à l'éducation, à la formation et à la R&D (et la prestation de services publics) étaient également beaucoup plus systématiques et plus étendues[125].
Japon
modifier
Un régime de modernisation a été mis en place après la Restauration de Meiji de 1868. Depuis lors, le rôle de l'État a été crucial dans le développement du pays. Jusqu'en 1911, le Japon n'était pas en mesure d'utiliser la protection tarifaire, en raison des « traités inégaux » qui lui interdisaient d'avoir des taux tarifaires supérieurs à 5 %. Par conséquent, l'État japonais a dû recourir à d'autres moyens pour encourager l'industrialisation. Il a créé des « usines modèles » appartenant à l'État dans un certain nombre d'industries, notamment dans la construction navale, l'exploitation minière, le textile et l'industrie militaire[76]. Bien que la plupart d'entre elles aient été privatisées dans les années 1870, l’État a continué à subventionner les entreprises privatisées, en particulier dans la construction navale[51].
Par la suite, il a établi une première aciérie moderne et a développé les chemins de fer et le télégraphe. Après la fin des traités inégaux en 1911, l'État japonais a commencé à introduire une série de réformes tarifaires destinées à protéger les industries naissantes, à rendre les matières premières importées plus abordables et à contrôler les importations de produits de consommation de luxe. Dans les années 1920, sous forte influence allemande[76], le Japon commença à encourager la «rationalisation» des industries clés en encourageant les fusions, qui visaient à restreindre la « concurrence inutile », à réaliser des économies d'échelle, à normaliser et à introduire la gestion scientifique[51].
Le MITI (Ministère du Commerce International et de l'Industrie) a orchestré un programme de développement industriel qui est maintenant devenu une légende. Les droits de douane industriels du Japon n'étaient pas particulièrement élevés après la Seconde Guerre mondiale, mais les importations étaient étroitement contrôlées grâce au contrôle exercé par le gouvernement sur les devises étrangères. Les exportations ont été encouragées afin de maximiser l'offre de devises étrangères nécessaires pour acheter de meilleures technologies (soit en achetant des machines, soit en payant des licences technologiques). Il s'agissait de subventions directes et indirectes à l'exportation ainsi que d'une aide à l'information et à la commercialisation de la part de J E T R O (Japan External Trade Organisation) l'agence commerciale d'État[64]. Malgré ces réalisations excellentes, le pays a connu un grand marasme économique depuis le milieu des années 1990 qui s'est concrétisé par la baisse des principaux indicateurs économiques nippons (croissance, emploi et excédent commercial). La concurrence des nouveaux entrants dont la Chine et l'Inde notamment a joué un rôle non négligeable dans cette dépression. La part de marché revenant aux concurrents venus des pays émergents dans les sphères commerciales les plus rentables d'Asie d'Europe et d'Amérique ne fait qu'augmenter depuis des décennies.
Après la Seconde Guerre mondiale, la forte croissance du Japon, les progrès dans les chaînes de valeurs, et les percées technologiques sont principalement attribués à la présence initiale d'un capital humain important, à la coopération entre l'État (MITI puis METI) et les entreprises qui sont protégées avant de devenir compétitives.
La croissance est permise par un contrôle de capitaux. Le gouvernement fait voter en 1949 la Loi sur les échanges internationaux et le contrôle du commerce international, qui contraint les entreprises japonaises à déposer leurs gains en monnaies étrangères dans des comptes spéciaux auprès de la Banque centrale, permettant de stabiliser le yen et de lui faire garder sa compétitivité[126].
Les importations sont régies par la loi sur les échanges extérieurs et le contrôle du commerce international qui était explicitement protectionniste jusqu’en 1980. Les formalités de dédouanement sont régies par 3 lois japonaises : la Loi sur les droits de douane, la Loi sur les droits douaniers et la Loi sur les mesures provisoires concernant les droits de douane[127].
Durant les années , les Japonais utilisent des normes drastiques pour protéger leur secteur automobile. Par exemple, les voitures étrangères sont refusées pour une taille excessive de rétroviseur[128].
L'exportation des consoles de jeux vidéo a été facilitée par les aides diverses de l’État Japonais afin de s'imposer sur le marché mondial. Les consoles étaient vendues beaucoup moins chères à l'étranger qu'au Japon créant un certain paradoxe[128].
L'un des droits de douane les plus élevés du monde est celui que pratique le Japon sur le riz étranger, taxé à 800 %[129].
Le Japon est néanmoins très inséré dans le commerce international, il est le quatrième pays exportateur et le sixième pays importateur au monde et multiplie les accords de libre-échange[130],[131],[132].
Corée du Sud
modifierAprès la guerre, la république de Corée a connu une croissance économique rapide faisant d'un pays du tiers monde un des Quatre dragons asiatiques.
Trois phases peuvent être distinguées dans le développement économique entre 1953 et 1980[133] :
- une phase de substitution aux importations, entre 1953 et 1961 ;
- un développement extraverti basé sur l'essor des exportations (1961-1973) ;
- enfin, la mise en place d'industries lourdes (1973-1980).
La Corée du Sud a suivi une politique économique protectionniste. La plupart des produits d'importation sont interdits, le système financier est nationalisé, des plans quinquennaux sont adoptés, l’État n'emprunte que très peu et les investissements étrangers ne sont pas favorisés.
Le fer de lance de la politique gouvernementale fut la création des chaebol ; ces conglomérats familiaux (Hyundai, Samsung, LG Group, etc.) bénéficièrent de subventions publiques, de protection face à la concurrence internationale, des terrains mis à leur disposition, d'une faible fiscalité et de normes spécifiques.
Ce décollage économique protectionniste se déroule dans des conditions politiques et sociales très difficiles pour une grande partie de la population.
Par la suite, la Corée du Sud a diminué son protectionnisme. Notamment, en adhérant à l'Organisation mondiale du commerce, elle a baissé ses tarifs douaniers[134]. En 2016, elle fait cependant toujours partie des pays les plus protectionnistes du G20. Ainsi, cette année là, la Corée du Sud a appliqué un taux moyen de droits de douane de 13,9 % aux importations de ses partenaires de l'OMC. À titre de comparaison, le taux appliqué par l'Australie est alors de 2,5 %[135].
Russie
modifierLa Russie a adopté plus de mesures commerciales protectionnistes en 2013 que tout autre pays, ce qui en a fait le leader mondial du protectionnisme. A lui seul, le pays a mis en place 20% des mesures protectionnistes dans le monde et un tiers des mesures parmi les pays du G20 en 2013. Les politiques protectionnistes de la Russie comprennairent des mesures tarifaires, des restrictions à l'importation, des mesures sanitaires et des subventions directes aux entreprises locales. Par exemple, l'État a soutenu divers secteurs économiques tels que l'agriculture, l'espace, l'automobile, l'électronique, la chimie et l'énergie[136],[137].
Depuis 2014, des droits de douane sont appliqués aux produits importés dans le secteur alimentaire. La Russie a réduit ses importations alimentaires, tandis que la production nationale a fortement augmenté. Le coût des importations alimentaires est passé de 60 milliards de dollars en 2014 à 20 milliards de dollars en 2017 et le pays bénéficie d'une production céréalière record. La Russie a renforcé sa position sur le marché alimentaire mondial et est devenue autosuffisante sur le plan alimentaire. Dans les secteurs de la pêche et des fruits et légumes, la production nationale a considérablement augmenté, les importations ont diminué et la balance commerciale (différence entre les exportations et les importations) s'est améliorée. Au deuxième trimestre de 2017, les exportations agricoles ont dépassé les importations, faisant de la Russie un exportateur net pour la première fois[138].
Inde
modifierEn Inde, après l'abolition en 1813 du monopole commercial de la Compagnie des Indes Orientales qui prohibait l'importation de produits textiles en Inde, ceux-ci affluent rapidement dans le pays. Tandis que les importations sont soient prohibées, soit soumises à des droits de douane de 30 % à 80 % en Europe, les produits textiles britanniques pénètrent sur le marché indien sans payer aucun droit. En 1813, l'industrie textile indienne était la première industrie du pays comme dans toute société traditionnelle, et représentait probablement 45 % à 65 % de l'ensemble des activités manufacturières du pays. Vers les années 1870-1880, le taux de désindustrialisation dans ce secteur va de 55 % à 75 %. Dans les années 1890/1900, le taux de désindustrialisation dans la métallurgie, va de 95 % à 99%[139].
Depuis 2017, dans le cadre du programme « Make in India » visant à stimuler et protéger l'industrie manufacturière nationale et à lutter contre les déficits du compte courant, l'Inde a introduit des droits de douane sur divers produits électroniques et « articles non essentiels ». Ce sont des articles importés de pays comme la Chine et la Corée du Sud. Par exemple, le programme national d'énergie solaire de l'Inde favorise les producteurs nationaux en exigeant l'utilisation de cellules solaires fabriquées en Inde[140],[141].
Notes et références
modifier- 1 2 Thomas Piketty, Un brève histoire de l'égalité, Édition du Seuil, coll. « Points, Histoire », , « Chapitre III: L'héritage esclavagiste et colonial, Protectionnisme, relation centre périphérie, système monde », p. 90.
- 1 2 3 (en) Douglas A. Irwin, « Tariffs and Growth in Late Nineteenth-Century America », World Economy, vol. 24, no 1, , p. 15–30 (ISSN 1467-9701, DOI 10.1111/1467-9701.00341, S2CID 153647738, CiteSeerx 10.1.1.200.5492)
- ↑ E. Damsgaard Hansen. European Economic History. p. 65
- ↑ Victor De Sepausy, « Essai de Laurent Avezou : Sully, Bâtisseur de la France moderne », sur actualitte.com, Les univers du livre, actualité, (consulté le )
- ↑ Alban Dignat, « Sully (1560 - 1641) - Un administrateur talentueux », sur Herodote.net, (consulté le )
- ↑ Édouard Brasey, « Barthélemy de Laffemas, le précurseur du mercantilisme », sur historia.fr, (consulté le )
- ↑ (en) Paul Bairoch, Economics and World History : Myths and Paradoxes, University of Chicago Press, , 31-32 p. (lire en ligne)
- ↑ Serge d'Agostino, Libre-échange et protectionnisme, Bréal, (lire en ligne), p. 30
- ↑ (en) Douglas A. Irwin, « The Smoot-Hawley Tariff: A Quantitative Assessment », The Review of Economics and Statistics, vol. 80, no 2, , p. 326-334 (DOI 10.1162/003465398557410)
- ↑ Paul Bairoch et Jean-Charles Asselain, Mythes et paradoxes de l'histoire économique, la Découverte, impr. 2005 (ISBN 2-7071-4840-7 et 978-2-7071-4840-7, OCLC 493538757)
- 1 2 Jacques Sapir, Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Ignorants ou faussaires », p. 19.
- ↑ Nicolas Baverez, « Le protectionnisme, stupidité économique »
, sur Le Figaro, (consulté le ). - ↑ (en) The Mitt-Hawley Fallacy - Blog de Paul Krugman sur The New York Times, 4 mars 2016
- ↑ (en) Ian Fletcher, « Protectionism Didn't Cause the Great Depression », sur huffingtonpost.com, (consulté le ).
- ↑ Anna Villechenon, « Pourquoi le protectionnisme progresse dans le monde », Le Monde, (consulté le )
- ↑ Politique et enjeux - 2010.
- ↑ « 12 leçons sur l'Europe », sur Office des publications de l'Union européenne
- ↑ (en) « The interactions between the EU's external action and the Common Agricultural Policy », sur Parlement européen,
- ↑ (en) « Tariffs: more bindings and closer to zero », sur Organisation mondiale du commerce
- 1 2 Adrien de Tricornot, « Libre-échange et protectionnisme : le vrai débat est lancé », Le Monde, (consulté le )
- ↑ (en) Logan Lewis et Ryan Monarch, « Causes of the Global Trade Slowdown », sur Federal Reserve,
- ↑ « La nouvelle stratégie de la politique commerciale de l'UE »
, sur Vie-Publique.fr, (consulté le ). - ↑ « L'Union européenne multiplie les accords de libre-échange : quels pays sont concernés ? »
, sur Touteleurope.eu, (consulté le ). - ↑ « Protectionnisme : la méthode Trump pour défendre les entreprises », sur Les Echos, (consulté le ).
- ↑ « Les voitures électriques chinoises taxées à 100 % dès la fin du mois aux Etats-Unis », sur LeMonde.fr, (consulté le ).
- ↑ Antoine Berthou (d), Lise Marchal, Charles Serfaty (d) et Gabriel Smagghue, « La hausse historique du protectionnisme aux États-Unis depuis janvier 2025 », sur variances.eu, Variances, (consulté le ).
- ↑ Catherine Chatignoux, « Le protectionnisme s'enkyste dans les relations commerciales, selon Bruxelles », Les Échos, (consulté le ).
- ↑ (en) « Report from the Commission to the European Parliament and the Council on Trade and Investment Barriers (1 January 2019 – 31 December 2019) », sur Commission européenne,
- ↑ « Journal économique et financier », sur La Tribune (consulté le ).
- ↑ Brice Pedroletti, « Le protectionnisme chinois inquiète l'Occident », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ (en) Paul Krugman, « Macroeconomic effects of Chinese mercantilism », sur Paul Krugman Blog, (consulté le ).
- ↑ « CHINA IMF : China preaches globalisation but practices trade barriers », sur asianews.it (consulté le ).
- ↑ (en) Tom Miles, « Russia was most protectionist nation in 2013 : study », sur reuters.com, (consulté le ).
- ↑ (en) Rajendra Jadhav, « India doubles import tax on textile products, may hit China », sur reuters.com, (consulté le ).
- ↑ (en) Sankalp Phartiyal, « India to raise import tariffs on electronic and communication items », sur reuters.com, (consulté le ).
- ↑ Alain Faujas, « L'OMC met en garde contre une hausse du protectionnisme », Le Monde, (consulté le ).
- ↑ Alain Faujas, « Le protectionnisme s'invite au G8 », Le Monde, (consulté le ).
- ↑ Miao H. (2026, July 1). "Europe learns it's hard to start a trade war with China during a heat wave." wsj.com. Accessed 2 July 2026.
- ↑ (en) « Hamilton’s Report on the Subject of Manufactures, 1791 », sur Hamilton Education Program, (consulté le )
- 1 2 (en) « The Works of Alexander Hamilton, (Federal Edition), vol. 4 », sur oll.libertyfund.org (consulté le ).
- ↑ Système national d'économie politique, 1841, ouvrage principal dans lequel il développe la notion de protectionnisme éducateur et l'Infant industry argument.
- ↑ Ha-joon Chang, « Du protectionnisme au libre-échangisme, une conversion opportuniste », Le Monde diplomatique, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jean-Marc Daniel, « L'inquiétant retour du protectionnisme et de ses illusions », sur Les Échos, (consulté le ).
- ↑ (en) Karl Marx, « On the Question of Free Trade », sur marxists.org,
- ↑ (en) John Maynard Keynes, « National Self-Sufficiency », The Yale Review, vol. 22, no 4, , p. 755-769 (lire en ligne).
- ↑ (en-GB) Joseph Stiglitz, « Reform the euro or bin it », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 (en) « A historian on the myths of American trade », The Economist, (lire en ligne) Erreur de référence : Balise
<ref>incorrecte : le nom « :5 » est défini plusieurs fois avec des contenus différents. - 1 2 Douglas A. Irwin, « Did Tariffs Make America Great? A Long-Read Q&A with Trade Historian Douglas A. Irwin », American Enterprise Institute, (consulté le ) Erreur de référence : Balise
<ref>incorrecte : le nom « IrwinAEI » est défini plusieurs fois avec des contenus différents. - ↑ Kevin H. O'Rourke, « British trade policy in the 19th century: a review article », European Journal of Political Economy, vol. 16, no 4, , p. 829–42 (DOI 10.1016/S0176-2680(99)00043-9)
- ↑ (en) Brian D. Varian, « Revisiting the tariff-growth correlation: The Australasian colonies, 1866–1900 », Australian Economic History Review, vol. 62, no 1, , p. 47–65 (ISSN 0004-8992, DOI 10.1111/aehr.12233, lire en ligne
) - 1 2 3 Ronald Findlay et Kevin H. O'Rourke, Power and Plenty, Princeton University Press, (ISBN 978-0-691-14327-9, lire en ligne) Erreur de référence : Balise
<ref>incorrecte : le nom « :3 » est défini plusieurs fois avec des contenus différents. - ↑ Henri Weber, « Entre laisser-faire et protectionnisme, inventons le juste échange », Le Monde, (consulté le )
- 1 2 Adrien de Tricornot, « Libre-échange et protectionnisme : le vrai débat est lancé », sur LeMonde.fr, (consulté le )
- ↑ Jean-Claude Lefort, « relations économiques entre Union européenne et États-Unis », sur Vie publique.fr, (consulté le )
- ↑ Anne-Aël Durand, « Alstom : pourquoi les acteurs publics ne peuvent pas « acheter français » pour sauver l’emploi », Le Monde, (consulté le ).
- ↑ Bernard Carayon, « Alstom : de l'échec au sursaut national ? », sur Le Figaro, .
- ↑ Camille François, « Pour un protectionnisme européen raisonné », Les Échos, (consulté le )
- ↑ Cécile Ducourtieux, « Libre-échange : pas de « compétence exclusive » de l’UE sur les accords de nouvelle génération », Le Monde, (consulté le ).
- ↑ « Pied de nez à Trump, l'UE et le Japon signent un accord de libre-échange "historique" », sur La Tribune, (consulté le ).
- ↑ « Journal économique et financier », sur La Tribune (consulté le ).
- ↑ « Emmanuel Todd : "Ce qui mine, c’est le sentiment d’impuissance." partie 1/2 », sur Fakir, (consulté le ).
- ↑ Gaël Giraud, « Plaidoyer pour un protectionnisme européen », sur Cairn.info, (consulté le )
- 1 2 3 « Coronavirus : la France renforce son arsenal pour protéger ses entreprises « stratégiques », Le Monde, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 (en) Ha-Joon Chang, Bad Samaritans: The Myth of Free Trade and the Secret History of Capitalism, (lire en ligne)
- ↑ E. Damsgaard Hansen, European Economic History, p. 65.
- 1 2 (en) Paul Bairoch, Economics and World History: Myths and Paradoxes, University of Chicago Press, , 31-32 p.
- 1 2 (en) Ian Fletcher, « America Aping Britain's Historic Decline Through Free Trade », sur HuffPost,
- ↑ « Brexit : le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne et va débuter de nouvelles discussions avec Bruxelles », Le Monde, (consulté le )
- ↑ « Brexit : Boris Johnson prêt « à passer à autre chose » sans accord mi-octobre », Le Monde, (consulté le )
- ↑ Anne Guillard, « Brexit : la bagarre a déjà commencé sur la pêche », Le Monde, (consulté le )
- ↑ « La City, du protectionnisme aux délocalisations », Le Monde, (consulté le )
- ↑ Anne Guillard, « Comment le Brexit risque de bouleverser la pêche européenne », Le Monde, (consulté le )
- ↑ « Pour Emmanuel Macron, les pêcheurs « ne sauraient être les sacrifiés du Brexit » », Le Monde, (consulté le )
- ↑ (en) David Blackbourn, History of Germany, 1780-1918 : The Long Nineteenth Century, , p. 117
- 1 2 (en) Luedde-Neurath, Import controls and export-oriented development : a reassessment of the South Korean case,
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (es) Ha-Joon Chang, « Infant Industry Promotion in Historical Perspective – A Rope to Hang Oneself or a Ladder to Climb With? » [archive du ] [PDF], sur cepal.org via Internet Archive, .
- ↑ (en) Trebilcock, The industrialization of the continental powers, 1780-1914, , p. 136-52
- 1 2 (en) Milward & Saul, The economic development of continental Europe, 1780-1870, , p. 417
- ↑ Julie Noesser, « Friedrich List (1789 - 1846) : Le théoricien du protectionnisme « temporaire », sur Capital, (consulté le ).
- 1 2 3 4 Pierre Bezbakh, « L'Allemagne, une nouvelle grande puissance en 1914 », sur lemonde.fr, (consulté le )
- ↑ Olivier Pastré, La méthode Colbert ou Le patriotisme économique efficace, Perrin, 2006.
- ↑ Sophie Boutillier, « Colbert et les manufactures, succès et échecs d’un capitalisme administré », Université du Littoral, Réseau de recherche sur l’innovation Paris, CNAM,
- ↑ Traité d'économie politique, 1615.
- ↑ Adrien de Tricornot, « L'identité économique de la France : libre-échange et protectionnisme 1814-1851, de David Todd : les origines d'une querelle », Le Monde, (consulté le )
- ↑ https://www.parisschoolofeconomics.com/hautcoeur-pierre-cyrille/M1_Histoire/Nye.pdf
- ↑ Paul Sugy, « Yves Perez : «La France a été protectionniste pendant un siècle et elle ne s’en est pas mal portée» », sur lefigaro.fr/vox, (consulté le )
- ↑ (en) Peter A. Hall, Governing the Economy: The Politics of State Intervention in Britain and France,
- ↑ « Les Européens, le protectionnisme et le libre-échange », sur Ifop,
- ↑ « Les opinions publiques européennes et américaine, le libre-échange et le protectionnisme », sur Ifop,
- ↑ Pascal Bine, François Piquet, Julien Bracq, « La protection des secteurs stratégiques ou sensibles par l'État français », sur fusions-acquisitions.fr, (consulté le )
- ↑ (en) Kossmann, The Low Countries 1780-1940 (Oxford History of Modern Europe), , p. 136-38
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Douglas A. Irwin, « Trade policy in American economic history », Annual Review of Economics, vol. 12, no 1, , p. 23–44 (lire en ligne)
- ↑ Lawrence A. Harper, The English Navigation Laws, New York, Columbia University Press,
- 1 2 Aaron Steelman, « Interview: Douglas Irwin », sur Econ Focus, Federal Reserve Bank of Richmond, (consulté le )
- ↑ Douglas A. Irwin, « The welfare costs of autarky: evidence from the Jeffersonian embargo, 1807–1809 », Review of International Economics, vol. 13, , p. 631–645 (DOI 10.1111/j.1467-9396.2005.00527.x, lire en ligne)
- ↑ (en) « A historian on the myths of American trade », The Economist, (lire en ligne)
- ↑ Daniel Griswold, « Peddling Protectionism: Smoot-Hawley and the Great Depression », Cato Journal, vol. 31, no 3, , p. 661–665 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Douglas A. Irwin, Peddling Protectionism: Smoot-Hawley and the Great Depression, Princeton University Press, (ISBN 9781400888429, lire en ligne), p. 116
- ↑ Alice Fulwood, « What Donald Trump's election means for the global economy », The Economist, (lire en ligne) Alice Fulwood is Wall Street editor of the Economist
- ↑ (en) Paul Krugman, « The Mitt-Hawley Fallacy », sur Paul Krugman Blog, (consulté le )
- ↑ Michael A. Bailey, « The politics of the difficult: Congress, public opinion, and early Cold War aid and trade policies », Legislative Studies Quarterly, vol. 28, no 2, , p. 147–177 (DOI 10.3162/036298003X200845, lire en ligne
) - ↑ Ilyana Kuziemko et Ebonya Washington, « Why did the Democrats lose the South? Bringing new data to an old debate », American Economic Review, vol. 108, no 10, , p. 2830–2867 (DOI 10.1257/aer.20161413, lire en ligne)
- ↑ Gary Hubauer & Ben Goodrich, Steel protection and Job Dislocation, Washington, Peterson Institute for International Economics, février 2003
- ↑ « Protectionnisme : la méthode Trump pour défendre les entreprises », sur Les Echos, (consulté le )
- ↑ « Mondialisation. Adam Smith doit se retourner dans sa tombe »
, sur courrierinternational.com, (consulté le ) - ↑ Cédric Durand, « Le protectionnisme états-unien saborde-t-il la mondialisation ? », sur attac.org (consulté le )
- 1 2 « L’escalade continue dans la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine », Le Monde, (consulté le )
- ↑ « Les voitures électriques chinoises taxées à 100 % dès la fin du mois aux Etats-Unis », sur LeMonde.fr avec AFP, (consulté le )
- ↑ John Foley, « L’escalade continue dans la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine », Le Monde, (consulté le )
- ↑ « Le protectionnisme chinois inquiète l'Occident », Le Monde, (consulté le )
- ↑ « La Chine promet d’ouvrir davantage son marché et d’accroître ses importations », Le Monde, (consulté le )
- ↑ Anne-Sophie Alsif, Clément Lesniak, Vincent Charlet, « La France est-elle exposée au risque protectionniste ? », sur la-fabrique.fr, (consulté le )
- ↑ (en) Paul Krugman, « Taking On China and Its Currency », The New York Times, (lire en ligne
, consulté le ) - ↑ (en) « Taking On China », sur The New York Times, (consulté le ).
- ↑ (en) Paul Krugman, « Macroeconomic effects of Chinese mercantilism », sur krugman.blogs.nytimes.com, (consulté le ).
- ↑ (en) Paul Krugman, « Chinese New Year », The New York Times, (lire en ligne
, consulté le ) - ↑ (en) « Economist's View : Paul Krugman : Chinese New Year », sur typepad.com (consulté le ).
- ↑ (en) Paul Krugman, « The Renminbi Runaround », The New York Times, (lire en ligne
, consulté le ). - ↑ (en) « Economist's View : Paul Krugman : The Renminbi Runaround », sur typepad.com (consulté le ).
- ↑ (en) Paul Krugman, « China, Japan, America and the Renminbi », The New York Times, (lire en ligne
, consulté le ) - ↑ (en) « Economist's View : Paul Krugman : China, Japan, America », sur typepad.com (consulté le ).
- ↑ (en) Ha-Joon Chang, The political economy of industrial policy in Korea,
- ↑ (en) You & Ha-Joon Chang, The Myth of Free Labour Market in Korea,
- ↑ (en) Ha-Joon Chang, The Role of Institutions in Asian Development’, Asian Development Review,
- ↑ (en) Lall et Teubal, “Market-Stimulating” Technology Policies in Developing Countries : A Framework with Examples from East Asia,
- ↑ (en) Cynthia Day Wallace, The Multinational Enterprise and Legal Control : Host State Sovereignty in an Era of Economic Globalization, Martinus Nijhoff Publishers, , 1 p. (ISBN 978-90-411-1789-2, lire en ligne).
- ↑ « Le Japon est il excessivement protectionniste ? », sur asianews.chez.com (consulté le )
- 1 2 Benoist Rousseau, « Le protectionnisme, bonne ou mauvaise solution ? », sur andlil.com (consulté le )
- ↑ Histoire économique contemporaine, Léo Dayan, économiste, enseignant à l'Université de Paris I Panthéon Sorbonne
- ↑ « Avec les accords de libre-échange, le Japon plonge ses griffes dans le cœur de la biodiversité », sur grain.org (consulté le )
- ↑ « Accord de partenariat économique UE-Japon », sur douane.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « L'Inde et le Japon signent un accord de libre-échange », sur latribune.fr, (consulté le )
- ↑ Ha-joon Chang, « Du protectionnisme au libre-échangisme, une conversion opportuniste », Le Monde diplomatique, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Jean-Raphaël Chaponnière, « La politique industrielle de la Corée à l'épreuve du temps », sur Outre-Terre 2014/2 (N° 39), p. 66-73,
- ↑ « Protectionnisme : quels sont les pays qui se protègent le plus ? », sur Le Figaro.fr, (consulté le )
- ↑ (en) « Russia Leads the World in Protectionist Trade Measures, Study Says », The Moscow Times, .
- ↑ (en) Tom Miles, « Russia was most protectionist nation in 2013: study », sur Reuters, .
- ↑ (en) Ilya Naymushin, « Record breaking food production in Russia could see exports reaching $40 billion », Irish Independent, .
- ↑ Paul Bairoch, Mythes et paradoxes de l'histoire économique, Paris, La Découverte, , 288 p. (ISBN 978-2707129260)
- ↑ (en) Rajendra Jadhav et Sudarshan Varadhan, « India doubles import tax on textile products, may hit China », sur Reuters, .
- ↑ (en) Sankalp Phartiyal, Nidhi Verma et Suvashree Choudhury, « India to raise import tariffs on electronic and communication items », sur Reuters, .
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Douglas Irwin, Clashing over Commerce : A History of US Trade Policy, University of Chicago Press, 2017.