Ascension hivernale
Une ascension hivernale (en abrégé, « une hivernale ») est une ascension ayant lieu en hiver. Elle est rendue plus difficile en raison des journées plus courtes, des conditions météorologiques extrêmes (froid, ombre) et de la présence de neige et de glace sur la paroi qui ralentissent la progression des alpinistes[1].
Officiellement, une ascension hivernale a lieu du au .
Contexte
modifierL'alpinisme hivernal s'inscrit dans l'évolution même de l'alpinisme, c'est-à-dire dans la recherche de nouvelles difficultés. Les alpinistes ouvreurs de premières ascensions au départ en été se sont ensuite rabattus sur les premières poussant toujours plus loin leurs limites en hiver ou même en solo, à vue, traditionnelle, etc. Parfois, se combinent deux de ces difficultés pour créer une première en hiver et en solo. Les refuges étant généralement fermés, les marches d'approche se font généralement à ski, les jours sont plus courts et le froid et le vent mordants en particulier pour les bivouacs. Des massifs de moins haute montagne peuvent également se transformer en hiver en terrain de condition hivernale reproduisant les conditions de grandes faces nord. L'ascension de grandes cascades de glace en vallée est par ailleurs devenue un discipline particulière de l'escalade en hiver.


Au départ, les ascensions hivernales étaient très limitées, étant pratiquées généralement par un petit noyau d'alpinistes de pointe car l'engagement physique et moral est beaucoup plus élevé et le matériel à transporter plus lourd[2]. Le matériel et les pratiques sportives en hiver (notamment les remontées mécaniques et un matériel plus performant) ayant évolué, cette pratique s'est popularisée. En effet, les marches d'approche fastidieuses peuvent être simplifiées par l'utilisation des skis lors des ascensions en hiver. Il y a également un risque moindre de chutes de pierre en particulier dans les grandes faces nord glacées. On notera pour finir que l'évolution climatique actuelle fait que certaines des grandes faces nord classiques ne seront à l'avenir plus praticables qu'en hiver[2].
Histoire
modifierWilliam Auguste Coolidge est l'un des principaux inventeurs de l'alpinisme hivernal. Dès 1874, il gravit le Wetterhorn et la Jungfrau dans les Alpes bernoises avant de récidiver en 1879 au Schreckhorn[2].
Le , la première ascension hivernale du mont Blanc revient à l'Anglaise Isabella Straton, avec les guides Jean Charlet-Straton, Sylvain Couttet et le porteur Michel Balmat qui réalisent une première déjà très convoitée par James Eccles, Miss Brevoort et William Auguste Coolidge. Le , le Cervin est conquis par l'arête du Lion en hiver par le photographe Vittorio Sella accompagné des guides Jean-Antoine, Louis et Baptiste Carrel[2].
Les autres grands sommets des Alpes sont ensuite successivement gravis pour la première fois en hiver : le Piz Bernina en par H. Parnell avec les guides A. Colani et Christian Grass, l'aiguille Verte le par Gustav Hasler et Christian Jossi, la Barre des Écrins le par Armand Delille, la Meije le suivant par Armand Delille et Pierre Dalloz, l'aiguille du Dru le par Armand Charlet et Camille Devouassoux et la face est du Watzman haute de 1 800 m du 6 au par Toni Beringer, Simon Flatscher et Ludwig Zankl[2]. Du au , Herman Buhl réalise la face est du Watzman en hiver et en solitaire et Toni Kinshofer et Toni Hiebeler réalisent la première ascension hivernale de la face nord de l'Eiger en 1961. En , Walter Bonatti est le premier à réussir l'ascension de la face nord du Cervin en solitaire et en hivernale, ouvrant au passage une nouvelle voie (qui porte aujourd'hui son nom).

Au départ limité aux Alpes, l'alpinisme hivernal s'est plus récemment répandu dans tous les massifs montagneux (Cordillère des Andes, Himalaya, etc.). Durant l'hiver 1980, Krzysztof Wielicki et Leszek Cichy font la première ascension de l'Everest qui constitue également une première hivernale d'un sommet de plus de 8 000 mètres. Le , le K2 est le dernier sommet de 8 000 mètres à être conquis en hiver[3].
Références
modifier- ↑ Alpinisme hivernal sur le site de Philippe Margolliet Guide de Haute Montagne
- 1 2 3 4 5 Grand encyclopédie de la montagne, Paris, Atlas,
- ↑ « Des Népalais réussissent la première ascension hivernale du K2, deuxième plus haut sommet du monde », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )