Hortensia Papadat-Bengescu
Hortensia Papadat-Bengescu est une femme de lettres roumaine, née le à Ivești et décédée le à Bucarest. Ses œuvres les plus connues sont les romans du cycle des Hallipa, qui retracent l'histoire d'une famille de la bourgeoisie roumaine, dans un milieu urbain, et marquent une évolution importante dans l'évolution du genre littéraire romanesque en Roumanie. Son mode de narration, avec une certaine lenteur de l'intrigue, la mise en exergue des consciences tourmentées et du mouvement de la vie affective, a quelquefois été qualifié de proustien.
| Nom de naissance | Bengescu |
|---|---|
| Naissance |
Ivești, Roumanie |
| Décès |
(à 78 ans) Bucarest, Roumanie |
| Langue d’écriture | Roumain |
|---|---|
| Mouvement | modernisme |
| Genres |
Œuvres principales
Le Concert de Bach
Saluée par l'essentiel de la critique littéraire dans l'entre-deux-guerres, elle est mise à l'écart de la vie intellectuelle de son pays après la Seconde Guerre mondiale, son œuvre ne s'inscrivant pas dans la politique culturelle du nouveau régime communiste installé à Bucarest, et du réalisme socialiste de la période stalinienne.
Biographie
modifierElle est née en 1876 en Moldavie[1]. Sa mère était professeur et son père, Dimitrie Bengescu, était général et le frère de George Bengescu-Dabija, dramaturge et lui aussi général. Elle reçoit dans sa famille une éducation raffinée, y compris musicale, et en partie en français[2]. Elle étudie dans le pensionnat de jeunes filles Dimitrie Bolintineanu à Bucarest de 1887 à 1894. Elle aurait souhaité poursuivre ses études à Paris mais ses parents refusent et elle épouse alors le premier prétendant venu, le magistrat Nicolae Papadat, son aîné d'une dizaine d'années[3], en 1896. Elle en a quatre enfants (Nen, Zoe, Marcela et Elena), mais souffre de l'absence de communauté intellectuelle avec un époux qui vilipendait ses entreprises littéraires ainsi que de la vie provinciale, au gré de ses mutations professionnelles : Turnu Măgurele, Buzău, Focșani, Constanța, Galați.
Une de ses amies, la femme de lettres Constanţa Marino-Moscu, l'a pousse à se consacrer à l'écriture en la menaçant, si elle n'écrivait pas autre chose de plus significatif, de publier ses lettres. Elle fait alors ses débuts littéraires en rédigeant, en français, des nécrologies et chroniques dans un journal mondain, La Politique, par exemple : en 1912, A la mort de Pierre Liciu, signée Loys. Elle écrit du reste nombre de poésies en français, dont l'une, La mer, lui valut le prix de la revue Femina en 1914. Mais elle publie surtout en 1913 son premier poème en prose dans la revue Viața românească, Viziune [Visions]. Jusqu'en 1923, elle entretient avec le rédacteur en chef de la revue, Garabet Ibrăileanu, lui-même critique littéraire influent et romancier, une correspondance soutenue. Parallèlement à ses œuvres romanesques, qui lui valent la postérité, elle écrit également pour le théâtre, dès 1915 : A căzut o stea [Une étoile est tombée][3].
Hortensia Papadat-Bengescu réside pendant treize ans à Focşani et s'y trouve pendant la Première Guerre mondiale. Elle s'est alors engagée à la Croix Rouge comme sœur de charité, affectée au soin des blessés à la gare de Focşani (près de la ligne de front). Elle relata cette expérience en 1923 dans le roman Balaurul [Le dragon]. Après la fin de la guerre, elle commence sa carrière romanesque avec la publication d'Ape adânci [Eaux profondes], longue nouvelle soutenue entre autres par Tudor Vianu, en 1919. Ses affinités littéraires changent ensuite et elle est de plus en plus influencée par le critique littéraire Eugen Lovinescu et le cénacle littéraire Sburătorul, aux réunions duquel elle assiste. Les années suivantes sont celles de ses œuvres les plus connues, notamment les romans du cycle des Hallipa, qui retracent l'histoire d'une famille de la bourgeoisie roumaine : Fecioarele despletite [Les Vierges échevelées] (1926), Concert din muzică de Bach [Le Concert de Bach] (1927), Drumul ascuns [Chemin caché] (1932), Rădăcini [Racines] (1938)[1],[4]. D'un point de vue personnel, elle s'établit à Bucarest après la retraite de son mari en 1933. En 1936, elle reçoit le grand prix de l'Union des écrivains roumains, dont le jury est composé de Liviu Rebreanu, Tudor Arghezi, Perpessicius, Alexandru Busuioceanu et Şerban Cioculescu.
Mais cette consécration reste provisoire et, après la fin de la Seconde Guerre mondiale et le changement de régime, elle est écartée des cercles littéraires et critiques[1]. Son roman Străina, écrit en 1946, reste à l'état de manuscrit et n'est publié à titre posthume qu'en 2012. À partir de 1949 et de la mort de son époux[5], elle vitt dans un dénuement croissant aggravé par la maladie. Elle meurt d'une longue maladie le [6] dans l'anonymat et dans des circonstances restées mystérieuses[1].
Son œuvre ne fut remise à l'ordre du jour qu'après 1965, notamment dans les années 1970 grâce à l'édition de ses œuvres complètes[1].
Œuvre
modifier- Ape adânci [Eaux profondes], nouvelle, Bucarest, 1919.
- Bătrânul [Le Vieillard], théâtre, Bucarest, 1920.
- Sfinxul [Le Sphinx], nouvelles, Bucarest, 1920.
- Femeia în faţa oglinzii [La Femme devant le miroir], roman, Bucarest, 1921.
- Balaurul [Le Dragon], roman, Bucarest, 1923.
- Romanul Adrianei [Le Roman d'Adriana], roman, Bucarest, 1924.
- Romanţă provincială [Romance provinciale], roman, Bucarest, 1925.
- Fecioarele despletite [Les Vierges échevelées], roman, Bucarest, 1926.
- Lui Don Juan, în eternitate, îi scrie Bianca Porporata [À Don Juan pour l'éternité, lui écrit Bianca Porporata], roman épistolaire, Bucarest, 1926.
- Concert din muzică de Bach, roman, Bucarest, 1927, traduit en français par Florica Courriol ; Le Concert de Bach, Rodez, 1998.
- Desenuri tragice [Dessins tragiques], nouvelles, Bucarest, 1927.
- Drumul ascuns [Chemin caché], roman, Bucarest, 1932.
- Logodnicul [Le Fiancé], roman, Bucarest, 1935.
- Rădăcini [Racines], roman, Bucarest, 1938.
- Teatru [Théâtre], qui regroupe Le Vieillard, A căzut o stea [Une étoile est tombée], Medievala [Médiévale] et Sora mea, Ana [Anne, ma sœur], Bucarest, 1965.
- Opere [Œuvres], comprend le roman inédit Străina [L'étrangère], Bucarest, 2012.
Thèmes et influence
modifierHortensia Papadat-Bengescu aborde dans son théâtre les conventions en vigueur au sein de la bourgeoisie et approfondit cette « dissection des corps et des âmes qui semblent elles-mêmes faites de chair »[7]. Elle associe de manière éclectique les mythes nationaux aux mythes universels, comme Don Juan[8].
Selon le critique Nicolae Manolescu, bien que les romans du cycle des Hallipa soient contemporains de Baltagul (Le Chêne) de Mihail Sadoveanu, Pădurea spânzuratilor (La Forêt des pendus) de Liviu Rebreanu et Enigma Otiliei (L'Énigme d'Otilia) de George Călinescu, ils marquent une étape ultérieure de l'évolution du genre. Ils appartiennent au style ionique, alors que ses contemporains constituent l'apogée du style dorique[9].
George Călinescu estimait quant à lui que l'œuvre d'Hortensia Papadat-Bengescu recèle des pages qui évoquent une possible profondeur, voire enthousiasme, mais en comporte aussi d'arides, d'une insipidité décourageante[10]. En dehors de lui, il se dégage un consensus critique pour reconnaître une influence proustienne dans ses romans.
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 Andreia Roman, « Papadat-Bengescu, Hortensia [Ivești, Moldavie 1876 - Bucarest 1955] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber (dir.), Dictionnaire universel des créatrices, Éditions Des femmes, , p. 3341
- ↑ (ro) « Biografie Hortensia Papadat-Bengescu », sur tititudorancea.com (consulté le ).
- 1 2 Florica Ciodaru-Courriol, Le modèle proustien dans le roman roumain moderne — A propos de l'oeuvre de Hortensia Papadat-Bengescu et de Camil Peterescu (thèse de doctorat), Université Lumière-Lyon-II, (lire en ligne), p. 2e partie, chapitre II : Hortensia Papadat-Bengescou, ou de la réception passive
- ↑ Edgar Reichmann, « Bucarest avant la tourmente », Le Monde, (lire en ligne)
- ↑ (ro) « 97500 De Carti Online - Librarie Carti Ieftine », sur crispedia.ro (consulté le ).
- ↑ Grand Larousse Universel, vol. 11, Paris, 1991, Larousse, p. 7788.
- ↑ Dictionnaire des auteurs, vol. III, p. 618, Paris, 1990, Robert Laffont.
- ↑ Andreia Roman, Literatura Româna Littérature roumaine, vol. III L'entre-deux-guerres, p. 47, Paris, Non Lieu, 2010.
- ↑ Nicolae Manolescu, Istoria critică a literaturii române, p. 612, Paralela 45, Pitești, 2008.
- ↑ George Călinescu, Istoria literaturii române dela origini până în prezent, p. 653, 1941, Fundația Regală pentru Literatură și Artă, București.
Liens externes
modifier- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Œuvres par Hortensia Papadat-Bengescu disponibles dans les Collections numérisées de la Bibliothèque Centrale Universitaire "Mihai Eminescu" Iasi
- Articles de périodiques sur Hortensia Papadat-Bengescu disponibles dans les Collections numérisées de la Bibliothèque Centrale Universitaire "Mihai Eminescu" Iasi