Grand Hospice
Le Grand Hospice (en néerlandais : Groot Godshuis), aussi appelé « Hospice Pachéco » après sa fusion avec une institution fondée au XVIIIe siècle, est un ancien hospice situé dans le quartier des Quais, à Bruxelles, en Belgique. Conçu par l'architecte Henri Partoes, l'ensemble de style néo-classique est construit entre 1824 et 1827 sur l'emplacement d'une partie de l'ancien Grand Béguinage de Bruxelles.
Hospice Pachéco
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1824 - 1827 |
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Destiné à l'origine à l'accueil des personnes âgées, malades et indigentes, l'établissement a longtemps joué un rôle majeur dans l'assistance publique bruxelloise. Depuis la cessation de sa fonction hospitalière en 2017, le site fait l'objet de projets de réaffectation à vocation sociale, culturelle et résidentielle.
Historique
modifierAu début du XIXe siècle encore, les terrains sur lesquels le Grand Hospice allait être construit sont principalement occupés par des jardins appartenant au Grand Béguinage de Bruxelles. Quelques maisons s'y trouvent déjà, dont un hospice[1].
La Révolution française transmet les biens des congrégations religieuses destinés au secours des pauvres à l'Administration des Hospices, qui devient la Commission d'Assistance Publique (CAP) par la suite, et les CPAS aujourd'hui. Celui de Bruxelles devient propriétaire du Grand Béguinage en 1800 et décide, en 1817, de construire un ensemble monumental avec l'intention « de consacrer à la vieillesse malheureuse un asyle [sic] dont la salubrité, l'étendu et la bonne distribution devaient améliorer le sort des infortunés ». Pour financer l'ensemble, l'Administration des Hospices construit des logements puis les loue et vend une partie de l'espace restant, comme terrains à bâtir[2].
Le premier hospice
modifierLe « Grand Hospice » est construit par phases entre 1824 et 1827, selon les plans de l'architecte Henri Partoes[3].

Les pensionnaires du Grand Hospice sont alors répartis en fonction de leur sexe et de leurs aptitudes physiques : les vieillards valides sont logés au rez-de-chaussée, les infirmes au premier étage et les cancéreux et défigurés dans un pavillon isolé. Les valides participent aux tâches ménagères et certains travaillent même pour le compte de l'hospice dans des ateliers de couture ou de cordonnerie. Le port de l'uniforme est obligatoire et les visites sont interdites. Toute transgression du règlement est sanctionnée de manière graduée, pouvant aller jusqu'à l’enfermement. En ce temps-là, l'hospice est une prison[4].
Alors que la crise ravage villes et campagnes, le nombre d'indigents accueillis à l'hospice ne cesse de croître. En 1849, on n'y compte pas moins de 725 pensionnaires. Pour faire face à cette situation, les autorités décident de ne garder que les vieillards infirmes et incurables, et de renvoyer les autres chez eux. La généralisation du secours à domicile permet également de libérer des locaux[4].
En 1850, le projet d'y installer l'École des Beaux-Arts échoue, « parce que la population du bas de la ville n'achète pas des tableaux »[5]. En 1852, c'est l'École Moyenne Inférieure qu'y s'installe, libérant ainsi des locaux de la rue des Sols pour l'université. Elle est rejointe, quelques années plus tard, par la section professionnelle de l'école. En 1868, rebaptisée École Moyenne B, elle occupe la moitié du bâtiment côté rue du Grand Hospice, tandis que les vieillards occupent toujours l'aile qui donne sur la rue du Canal[6]. Un élève se souvient plus tard d'un « gymnase ouvert comme un hangar » dans l'école[6]. Les deux écoles étant à l'étroit, l'école moyenne s'installe, en 1876, rue du Peuplier, où elle ne cessera de s'agrandir. En 1882, l'école professionnelle la suit, parce que l'hospice doit accueillir l'athénée, qui attend la construction des nouveaux bâtiments, rue du Chêne. En 1888, l'athénée peut y aménager - voici la moitié sud de l'hospice à nouveau vide[7].
Après avoir étudié plusieurs projets[8], la ville décide d'y installer l'hospice Pachéco. Celui-ci doit en effet quitter ses locaux situés dans le haut de la ville pour permettre l'aménagement de la place Jean Jacobs, jugée nécessaire pour permettre le dégagement du nouveau palais de justice. Ses pensionnaires sont ainsi transférés au Grand Hospice. Ce n'est que bien plus tard que ce dernier prendra officiellement le nom d'Isabelle des Marez, veuve d'Antoine Pachéco, qui avait fondé cet hospice pour femmes âgées nobles ou de bonne famille en 1713[9].
- 1777
- 1835
Projets de destruction
modifierInadapté aux normes modernes de santé et d'hygiène, l'hospice Pachéco devait disparaître aux yeux de la Commission d'assistance publique chargée de sa gestion. Le collège de la ville, dirigé par Lucien Cooremans, décide, le , de remplacer l'aile sud de l'hospice par un nouveau bâtiment et passe commande aux architectes Gaston Brunfaut, Jean-François Petit et J. & F. Vandevoorde-Blomme. Une première demande de permis de bâtir est introduite en 1968. L'échevin et futur bourgmestre Pierre Van Halteren la présente fièrement[10] : un projet de tour monumentale[11].
L'association Quartier des Arts, fondatrice d'Inter-Environnement Bruxelles, est choquée par cette décision et se mobilise contre la destruction de l'ensemble néo-classique, « parfaitement restaurable et utilisable » et entame des démarches de classement, début 1969. Les deux ministres de la Culture, Albert Parisis et Frans Van Mechelen (nl), sont d'accord de lancer ladite procédure[12].
La CAP fait expertiser le bâtiment par la S.A. Bâtiments et Ponts, qui conclut, lors d'une visite le , qu'il est impossible de mettre le bâtiment en conformité avec les règlements en vigueur. L'Administration de l'Urbanisme (AUAT) juge toutefois le projet de nouvel immeuble-tour inadmissible, notamment parce qu'il ne respecte pas la vue panoramique garantie depuis l'esplanade de la Cité administrative de l'État, et recommande la poursuite de la procédure de classement. Le , la Députation permanente de la province émet un avis négatif sur le dossier de classement, qui reste ensuite bloqué, dès décembre 1970, auprès du ministre de la culture néerlandaise. La CAP ne reste pas inactive et introduit, en 1971, une deuxième demande de permis de bâtir. Les responsables de la ville le soumettent à l'enquête publique. Inter-Environnement s'y oppose et réussit à faire apparaître l'affaire pour la première fois dans les médias. En , la CAP propose de construire son nouvel immeuble-tour sur l'ilôt entre l'hospice et la rue Marcq[13].
Le tournant survient quand le Comité Béguinage réussit à convaincre des élus PSC, dont Paul Vanden Boeynants, qu'en vue des élections de 1976, il serait préférable de conserver l'ancien hospice. Le collège de la ville émet donc, le , un avis défavorable à la demande de permis, allant à l'encontre de la position prise par son administration[14].
Le deuxième hospice
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Les façades de l'hospice sont classées le , et la CAP reçoit un permis autorisant des transformations intérieures. Les mêmes architectes qui avaient signé le projet de l'immeuble-tour se chargent maintenant de détruire les sols, les planchers et les cages d'escaliers, de subdiviser les dortoirs en chambres de quatre lits et de rabaisser les plafonds[15]. Les arcades sont fermées par des baies vitrées. De nouvelles unités sont construites : côté rue du Canal pour la cuisine et le restaurant du personnel, et côté rue du Grand Hospice pour la chaufferie et la morgue. Les travaux durent de 1976 à 1982[11]. Le travail des architectes est couronné par le prix Europa Nostra 1983, décerné aux réalisations exemplaires en faveur du patrimoine[11]. En 1997 suit le classement des deux jardins d'intérieur[16].
Par arrêté royal du , de nouvelles normes sont définies pour les homes : il faut désormais des chambres à un ou deux lits, pourvues de toilettes et d'éviers dans les chambres[17]. Le CPAS de Bruxelles, présidé par Yvan Mayeur, décide alors de fermer l'hospice et le transformer en 80 à 120 logements[18], mais renonce au projet[19] en raison des coûts. En , les derniers pensionnaires de l'hospice partent pour d'autres maisons de repos du CPAS, et celui-ci commence une période d'abandon complet[17].
Occupation temporaire
modifierAprès avoir été brièvement occupé par des squatteurs, mis à la porte par la police, en février 2021[20], le complexe fait l'objet, en mars 2021, d'un appel à projets d'occupation temporaire « de type sociaux, culturels, artistiques, socio-économiques, éducatifs, d'économie circulaire et de développement durable » par la ville de Bruxelles. Toute une flopée d'organisations, dont BRAL, proteste parce que l'habitat temporaire ne figure pas parmi les options[21]. L'association Pali Pali est chargée par le CPAS, dirigé par Khalid Zian, d'organiser l'occupation temporaire. À partir du , les jardins, pourvus d'une guinguette accessible chaque année de mai à septembre, sont ouverts au public[16]. Les bâtiments mêmes accueillent plus de 170 occupants qui « sont des associations sociales, culturelles, des ateliers d'artistes, des gens qui font du vinaigre ou de la coiffure », dont 24 associations qui sont logées gratuitement, selon Pali Pali. Le contrat de cette dernière, qui s'étend d'abord sur deux ans, est prolongé par le CPAS, en 2023, pour deux ans supplémentaires. En 2024, des riverains dénoncent les nuisances nocturnes du projet et lancent une pétition pour que la ville refuse une demande de permis pour l'organisation de concerts ou l'exploitation d'une boîte de nuit sur le site[22]. D'autres s'interrogent sur le caractère social d'une guinguette qui n'accepte pas l'argent liquide[23]. En 2026, le projet occupe toujours les lieux[24].
Description
modifierLe Grand Hospice se compose d'un vaste quadrilatère de 138 mètres de long sur 94 de large, autour de deux cours carrées bordées de larges galeries voûtées d'arêtes et percées d'arcades cintrées servant de promenoir. En raison du sol marécageux, l'ensemble repose sur un réseau complet de caves voûtées qui ont été, un temps, louées à des brasseurs. À l'exception des parties en pierre, les façades sont enduites et peintes en blanc[3].
Monument du néo-classicisme, l'ensemble se caractérise par sa sobriété, ses lignes à dominante horizontale — soulignées par les soubassements, les bandeaux continus des appuis de fenêtres, les larmiers des façades intérieures, la frise sous corniche — et la composition selon une grille déterminée par le croisement d'axes de symétrie longitudinaux et transversaux. Ainsi, par exemple, les trois ailes principales sont interrompues par un pavillon central sous fronton triangulaire, tandis que les quatre côtés du quadrilatère sont pourvus d'un attique en léger ressaut. L'aile centrale, qui sépare les cours, est destinée à l'intendance — réfectoire, cuisines, lingerie, pharmacie, etc. — et au logement du directeur. Les ailes extérieures se composent d'une succession symétrique de couloirs, cages d'escaliers, chambres et salles communes. À la manière d'un salon à l'italienne, une chapelle est aménagée sur deux étages au milieu de l'aile droite. La rotonde, soutenue par des colonnes et percée de niches, est coiffée d'une coupole à caissons surmontée d'une lanterne. Elle comprend quatre peintures — Vierge à la chaise, Foi, Espérance et Charité — de François-Joseph Navez (1787-1869)[25].

Le cadre
modifierL'hospice fait partie d'un ensemble néo-classique plus vaste, couvrant les terrains de l'ancien Grand Béguinage de Bruxelles. Celui-ci se couvre rapidement de nouvelles rues, tracées parallèlement aux façades de l'hospice, et de maisons néo-classiques qui confèrent au quartier une homogénéité unique. Henri Partoes achève son œuvre monumentale en 1828-1829 en construisant seize maisons, disposées en un double « L » entre la place du Grand Hospice et la rue de l'Infirmerie, qu'il a fait tracer dans l'axe du pavillon central de l'hospice. Leurs façades régulières et rythmées cachent des dimensions et des plans variés à l'intérieur, du moins pour les maisons de la place, qui s'imbriquent les unes dans les autres. L'ensemble a été rénové par son propriétaire, le CPAS de Bruxelles, entre 1976 et 1984, parallèlement à la refonte complète de l'hospice[26].
Références
modifier- ↑ Jacques Dubreucq, Bruxelles 1000, une histoire capitale, t. 4, Bruxelles, Weissenbruch, , p. 206
- ↑ Carton 2025, p. 79.
- 1 2 Demey 2008, p. 148-149.
- 1 2 Demey 2008, p. 150.
- ↑ Dubreucq 1997, p. 206.
- 1 2 Dubreucq 1997, p. 207.
- ↑ Dubreucq 1997, p. 207-208.
- ↑ Dubreucq 1997, p. 208.
- ↑ Demey 2008, p. 150-151.
- ↑ Carton 2025, p. 81.
- 1 2 3 Demey 2008, p. 151.
- ↑ Carton 2025, p. 81-82.
- ↑ Carton 2025, p. 82-85.
- ↑ Carton 2025, p. 87.
- ↑ Carton 2025, p. 87-88.
- 1 2 « Bruxelles-Ville ouvre pour la première fois les jardins de l'Institut Pachéco au public », La Derniere Heure, (lire en ligne
) - 1 2 Carton 2025, p. 89.
- ↑ Philippe Coulée, « Pachéco reconverti », Trends/Tendances, , p. 71 (lire en ligne
) - ↑ Le projet n'apparaît plus dans le Plan logements du CPAS de la Ville de Bruxelles 2019-2024, 12 p. (lire en ligne [PDF])
- ↑ (nl) « 38 activisten die Pacheco Godshuis bezetten opgepakt », Het Laatste Nieuws, , p. 16 (lire en ligne
) - ↑ « Il y a urgence à mettre la solidarité au cœur de la gestion du patrimoine public vacant », La Libre, (lire en ligne
) - ↑ Elie Bok, « Les soirées du Grand Hospice font grincer des dents », La Capitale, , p. 6 (lire en ligne
) - ↑ Maël Duchemin, « Au Grand Hospice, l'occupation temporaire bat de l'aile », La Derniere Heure, (lire en ligne
) - ↑ « En goguette aux guinguettes », So Soir, , p. 32 (lire en ligne)
- ↑ Demey 2008, p. 149.
- ↑ Demey 2008, p. 149-150.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Denis Coekelberghs, Pierre Loze et al., Un ensemble néo-classique à Bruxelles : Le Grand Hospice et le quartier du Béguinage, Liège, Pierre Mardaga, coll. « Monographies du patrimoine de la Belgique du Ministère de la Communauté française et Institut royal du patrimoine artistique », , 420 p.
- Thierry Demey, Un canal dans Bruxelles, bassin de vie et d'emploi, Bruxelles, Badeaux, , 160 p.
- Vincent Carton, « L'hospice Pachéco remplacé par une barre d'immeubles fonctionnalistes », dans Victoires urbaines, Bruxelles, CFC, (ISBN 978-2-87572-107-5), p. 76-89
- « anc. Grand Hospice / Institut Pacheco », sur Inventaire du patrimoine architectural, MRBC
