Architecture néo-classique

style architectural

L'architecture néo-classique est un courant architectural procédant du néo-classicisme de la seconde moitié du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle. Succédant au classicisme, à l’architecture baroque et rococo, l'architecture néo-classique utilise les éléments gréco-romains (colonnes, fronton, proportions harmonieuses, portique) et se met au service du politique. La découverte et les fouilles des sites de Pompéi et Herculanum remirent au goût du jour les formes antiques.

La Rotunda Santa Marija de Mosta, à Malte, est construite à partir de 1833.

La vogue du romantisme remplace l'architecture néo-classique avec des réalisations néogothiques dans le courant du XIXe siècle.

Le courant néo-classique, inspiré des temples grecs et romains de l'Antiquité a rencontré un grand succès dans tous les pays occidentaux, que ce soit en Europe (France, Italie, Royaume-Uni, Allemagne, Russie..) ou en Amérique du Nord.

Histoire

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Palais de justice historique de Lyon, construit à partir de 1835.

L'architecture néo-classique est l'héritière de l'architecture classique, théorisée par l'architecte antique Vitruve dans son traité qui définit la théorie des trois ordres (dorique, ionique, et corinthien), qui peuvent se superposer. Vitruve sera la grande référence des architectes pour qualifier le renouveau du recours à des formes antiques, à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, jusqu'en 1850 environ. L'architecture néo-classique prétend avoir recours à des formes grecques, plus qu'italiennes, ainsi elle est appelée « goût grec » à ses débuts en France vers 1760. C'est un mouvement international dont on trouve[style à revoir] différentes manifestations, de l'Amérique du Nord à la Russie.

Elle se décline en plusieurs courants et l'on peut distinguer[style à revoir] :

  • la phase du palladianisme, la plus ancienne, qui se développe dans les campagnes de la Grande-Bretagne sous l'impulsion d'Inigo Jones et de Christopher Wren. Elle s'applique plutôt à des édifices isolés, ruraux et de forme ramassée. Son influence est plus italienne qu'antique.
  • le style néo-grec (Greek Revival en Angleterre) dont le principal artisan en France est Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du roi sous Louis XV.
  • le style néo-classique, proprement dit, en architecture, qui connaîtra un succès durable tout au long de la première moitié du XIXe siècle, tant pour les édifices publics que privés en Occident. Il sera également traduit dans les arts décoratifs, entre 1770 et 1830.
  • certains voient dans le style Beaux-Arts un prolongement des canons néo-classiques.

Par pays

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Allemagne

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La porte de Brandebourg (1788-1791), Berlin, par Carl Gotthard Langhans.

L'Allemagne, avec ses nombreuses principautés, fut très tôt un foyer du néo-classicisme et se couvrit de châteaux néo-classiques, alors que les architectes s'inspiraient de leur Grand Tour en Italie.

Autriche

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Belgique

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Espagne

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États-Unis

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Maison de maître de la plantation Monticello, États-Unis (Thomas Jefferson).

Le néo-classicisme a un succès important aux États-Unis sous l’impulsion de Thomas Jefferson. En architecture il donna lieu à une interprétation spécifiquement américaine, appelée « style fédéral », caractérisée par une ornementation classique et des surfaces douces et arrondies, ainsi que par l'utilisation de fenêtres elliptiques. Jefferson a par exemple dessiné la demeure de sa plantation de Monticello dans un esprit palladien évident (équilibre, raison, ruralité). Il travailla également pour des édifices publics comme le State Capitol Building, Richmond, en Virginie. Ses travaux restent marqués par l'idéologie de la République et de la démocratie dont le modèle reste Athènes.

La référence à l'Antiquité classique reste une orientation commune aux bâtiments officiels (capitoles, courts de justice) des États-Unis jusqu'au XXe siècle (Lincoln Memorial (1915-1921)) ; on peut rattacher[style à revoir] ce goût à l'influence qu'exerce l'école des beaux-arts de Paris sur l'architecture américaine. De nombreux musées utilisent également les références gréco-romaines (portique et fronton au Cleveland Museum of Art ou au Philadelphia Museum of Art) avec des allusions au panthéon de Rome (Brooklyn Museum de New York ; National Gallery of Art de Washington (district de Columbia)).

La façade de l'hôtel de Crillon présente un ordonnancement néo-classique avec une division tripartite horizontale et verticale : sur trois travées, les quatre colonnes corinthiennes du portique supportent un entablement couronné d'un fronton. Le rez-de-chaussée possède un grand appareil à refends et deux pilastres terminés par des triglyphes, l'étage noble est souligné par une balustrade et le second étage est percé de fenêtres ornées de guirlandes sous les appuis[1].

Le néo-classicisme architectural français se développe via plusieurs facteurs :

  • le développement des fouilles archéologiques en Italie avec la découverte de Pompéi et d'Herculanum à la fin des années 1730, puis dans le sud de la France.
  • l'approfondissement de la connaissance de l'Antiquité, grâce aux publications savantes, étrangères ou françaises (Recueil d'antiquités (1752-1765) du comte de Caylus, Ruins of Palmyra (1753), Ruins of Balbec (1757) de Robert Wood, Ruins of Paestum (1758-1768) de Thomas Major d'après les dessins de l'architecte italien Giovanni Battista Borra, Ruines des plus beaux monuments de la Grèce (1758) de Julien-David Le Roy).
  • le développement d'un goût pour le pittoresque et d'un goût pour le sublime (cf. goût des ruines, tableaux de Giovanni Paolo Panini, d'Hubert Robert, gravures de Giovanni Battista Piranesi achetées par les Français ou rapportées par les voyageurs).
  • le développement du voyage en Italie des architectes, au contact des ruines antiques et des édifices de l'architecture Renaissance de Palladio, Raphaël, Vignole.
Château du Petit Trianon, Versailles (Ange-Jacques Gabriel).

Ce courant architectural se développe en France durant les vingt dernières années du règne de Louis XV et reste à l'honneur jusque dans les trois premières décennies du siècle suivant[2]. Les premiers édifices néo-classiques sont édifiés sous Louis XV par Ange-Jacques Gabriel et Jacques-Germain Soufflot, sous l'impulsion du Marquis de Marigny directeur général des Bâtiments du roi, de 1751 à 1773. On peut citer[style à revoir] parmi leurs principales réalisations, l'École militaire (1751-1756), le palais de Compiègne, reconstruit à partir de 1751, la place Louis XV (1755-1775), le Petit Trianon (1762-1768), le Projet de reconstruction du château de Versailles entre 1772 et 1775, l'Hôtel-Dieu de Lyon (1741-1764) et l'église Sainte-Geneviève à Paris (1764-1790).

Le goût pour l'antique et le retour au classicisme s'expriment aussi bien dans l'architecture religieuse que dans l'architecture civile, l'architecture privée - souvent via le modèle réinterprété de l'architecture privée de Palladio connue via son traité des Quattro Libri dell'architettura (Venise, 1570) -, la décoration intérieure et l'art des jardins. À côté des exemples des églises Saint-Sulpice, Sainte-Geneviève, des sites et bâtiments publics comme l'Hôtel de la Monnaie, l’Hôtel de Salm ou l'École de chirurgie à Paris, le Grand-Théâtre et la place de la Bourse à Bordeaux, de très nombreux édifices privés ont été construits dans ce style : les hôtels Alexandre, d'Hallwyll, de Thélusson, de Bourbon-Condé, de Masseran, de Montesquiou à Paris, les maisons Carré de Baudouin, Huvé, Rousseau aux alentours de la capitale, de nombreux hôtels à Bordeaux, La Rochelle, la maison de l'armateur au Havre, sans compter les ensembles immobiliers comme le Palais-Royal à Paris ou le quartier Graslin à Nantes.

Ces édifices expriment une volonté de rupture par rapport au style baroque de la période précédente :

Dans le domaine des jardins, ce sont les exemples de jardins appelés anglo-chinois qui se développent à la veille de la Révolution : parc de Désert de Retz, parc de Méréville, parc de Maupertuis, jardin du Hameau de la Reine à Versailles par Richard Mique, jardin du domaine de Montreuil par Jean-Jacques Huvé, parc Monceau pour le duc d'Orléans. Contrairement à la symétrie des dessins de Le Nôtre, ces jardins allient une nature qui se veut non domestiquée à des morceaux d'architecture fantaisistes ou d'aménagements pittoresques (grottes factices, cours d'eau, cascades, fausses ruines gagnées par la végétation, etc.).

Les principaux représentants du néo-classicisme architectural français à la veille de la Révolution sont Ange-Jacques Gabriel, Jacques-Germain Soufflot, Étienne-Louis Boullée et Claude-Nicolas Ledoux. Les édifices respectifs des deux derniers, réalisés ou bien restés à l'état de projet utopique (cénotaphe à Newton de Boullée, projet de cité idéale à Arc-et-Senans de Ledoux[3]), ont influencé les architectes et théoriciens du XXe siècle.

À côté de ces quatre grands noms, Denis Antoine, Jean-Benoît-Vincent Barré, François-Joseph Bélanger, Alexandre Brongniart, Jean-François Chalgrin, Charles François Darnaudin, Louis-Jean Desprez, Charles De Wailly, Jacques Gondouin, Jean-Jacques Huvé, Victor Louis, Richard Mique, Pierre-Louis Moreau, Pierre-Adrien Pâris, Marie-Joseph Peyre, Bernard Poyet, Jean-Augustin Renard, Pierre Rousseau comptent parmi les représentants du retour à l'antique sous le règne de Louis XVI.

La Révolution, entendue comme la période allant de 1789 au Coup d'État du 18 Brumaire (1799), et le Premier Empire (1804-1815) ont marqué une étape importante dans le néo-classicisme architectural français. Ils ont encouragé l'expression d'une sensibilité grandiloquente, le recours à un vocabulaire ornemental encore plus inspiré de l'antique que sous le règne de Louis XVI, allant même chercher des éléments d'ornements dits « étrusques » ou « pompéiens », ou crus tels…

Sous la Révolution, le goût pour l'antique s'est exprimé essentiellement dans l'architecture appelée « éphémère » (architecture de fêtes publiques et de cérémonies, décors de salles de spectacles ou de salle de réunions publiques : Tribunat, Conseil des Cinq-Cents, etc.)[4], et dans les concours publics lancés pour édifier des monuments commémoratifs : concours de l'An II[5], projet de colonnes ou d'obélisques départementaux à la gloire des armées révolutionnaires, de fontaines publiques, etc.

Napoléon Ier souhaitait faire de Paris la Nouvelle Rome et fit édifier de nombreux bâtiments rappelant l'Empire romain à son apogée avec l'aide des architectes Charles Percier et Pierre Fontaine : rue de Rivoli, colonne Vendôme, arc de triomphe du Carrousel, arc de triomphe de l'Étoile (commandé en 1806, fini en 1836). Voir aussi style Empire.

Le goût pour l'antique et l'inspiration classique ont perduré dans l'architecture française jusque tard au XIXe siècle, au moment où prenaient le pas d'autres courants esthétiques : l'historicisme, l'éclectisme et le rationalisme architectural qui ont eux-mêmes pu se décliner en néo-gothique, néo-roman, néo-renaissance, etc.

Parmi les exemples d'édifices néo-classiques postérieurs à la Révolution, on peut citer : la chapelle expiatoire de Louis XVI de Pierre Fontaine, l'église de la Madeleine de Pierre Vignon et Jean-Jacques-Marie Huvé (1808-1842).

Exemples divers en France (ordre chronologique) :

Église Saint-Louis (1804-1829), La Roche-sur-Yon.
Arc de triomphe du Carrousel (Charles Percier et Pierre Fontaine).
Le Panthéon
Église de la Madeleine (1763-1842) à Paris.

Hongrie

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Arc de triomphe de Vác, construit en 1764 par Isidor Canevale.

La première réalisation proprement néoclassique est l'arc de triomphe de Vác, réalisé en 1764 par Isidor Canevale sur la commande du cardinal Migazzi. Un projet d'agrandissement de la ville avait été lancé par l'archevêque Esterhazy en 1759, qui commanda la construction aux abords de la vieille ville d'un ensemble architectural comprenant une cathédrale conçue par Isidor Canevale ainsi qu'un collège et une place pour la cathédrale délimitée par des colonnades, mais ces dernières, référence évidente à Saint-Pierre de Rome, ne sont finalement pas réalisées.

Vác est une ville ayant été occupée pendant de nombreuses années par les Ottomans, aussi ces monuments symbolisent-ils le renouveau urbanistique amorcé après la conquête de la ville par les Habsbourg, visant à étendre la ville au-delà de son centre historique. L'arc de triomphe est élevé à l'occasion de la visite impériale de Marie-Thérèse et de François-Etienne. Vác connait alors une grande prospérité, et Migazzi tient à montrer sa fidélité au couple impérial. Il se démarque par sa composition innovante, l'architecte renonçant à l'emploi de colonnes ou de pilastres au profit de simples dosserets reposant sur des piédestaux ; l'arcade en elle-même est construite en retrait. Un attique orné des bustes du couple impérial couronne l'ensemble, séparé visuellement par un entablement dont la frise est ornée de guirlandes. La parcimonie du décor, et la qualité de sa composition sont en cohérence avec le reste du programme urbain, dont la cathédrale construite de 1760 à 1777. La façade de cette dernière est d'une étonnante simplicité[style à revoir], sans pour autant qu'elle ne perde en monumentalité : un portique colossal surmonté d'un attique sur lequel repose des statues se détache d'une façade plate couronnée par deux clochers bas. La cathédrale de Vac servira de modèle pour un grand nombre d'églises néoclassiques hongroises, telles que la cathédrale d'Esztergom réalisée entre 1822 et 1845, d'Eger construite par Joseph Hild entre 1831 et 1839 ou encore celle de Szombathely construite entre 1791 et 1797 par Melchior Hefele, toutes perdant quelque peu de la monumentalité du modèle original. A Debrecen, c'est le temple calviniste (le Nagytemplom), construit entre 1805 et 1824 qui s'inspirera de la cathédrale de Vác. Cet édifice est bâti sur un plan cruciforme, et le transept semble occuper la plus grande place, étant donné la taille plus modeste du chœur, aussi sa façade s'étire-t-elle en longueur, sans qu'une coupole placée à la croisée ne renverse l'impression de disproportion[6].

Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Vác, construite entre 1760 et 1777 par Isidor Canevale.

La primatiale d'Esztergom constitue la cathédrale néoclassique la plus aboutie en Hongrie, elle fut projetée dès les années 1760, confiée alors à Isidor Canevale, mais le projet ne débutera réellement qu'à partir des années 1820. Le projet, comprenant la cathédrale ainsi qu'un ensemble de bâtiments capitulaires, est confié aux architectes Ludwig von Remy et Paul Kühnel. Ceux-ci s'inspirent de l'Escurial et de l'organisation du Vatican, l'ensemble doit en effet rassembler une cathédrale, les habitations des chanoines, un palais épiscopal et un séminaire. Johan Packh révise les plans de Kühnel à partir de 1824 et Joseph Hild l'assiste pour mener à bien ce projet une nouvelle fois révisé et achevé en 1845. De plan basilical, la cathédrale est dominée par sa coupole haute de plus de 70 mètres reposant sur un édifice monoptère monumental (comprenant 24 colonnes)[6].

L'architecture néoclassique se voit progressivement supplantée au XIXe siècle par les historicismes néo-renaissance et néo-gothique, avant le triomphe de l'éclectisme qui donnera notamment naissance bien plus tardivement au célèbre Parlement de Budapest, construit entre 1882 et 1902 par Imre Steindl, dans un style néogothique de composition symétrique baroque, inspiré du Palais de Westminster construit à partir de 1840[7].

Royaume-Uni

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Le Fishmongers' Hall, à Londres.

En Italie, l'architecture néo-classique est dans la péninsule, comme dans tous les pays occidentaux, la phase de l'histoire de l'architecture qui, après l'époque du baroque et du rococo, s'est orientée vers l'âge classique de la Grèce et de la Rome antiques en en reprenant les idéaux et les apparences formelles.

Pologne

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Portugal

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Mãe d'Água (château d'eau) de Lisbonne, conçue au milieu du XVIIIe siècle par Carlos Mardel.

L'urbanisme est la première discipline à s'affranchir des conceptions baroques qui prédominèrent jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Le en effet, un séisme dévastateur détruit la majeure partie de Lisbonne, alors capitale d'un empire très puissant, grande cité de 250 000 habitants et qui passe pour être la ville la plus riche d'Europe. Ce qui n'est pas détruit par le séisme l'est par le gigantesque incendie qui s'ensuit et par un important raz-de-marée, conséquence directe du séisme. Si le Portugal avait accumulé au début du siècle d'incommensurables richesses qui furent investies dans de somptueux monuments, les caisses de l'État sont vides à la mort de Jean V en 1750, laissant Joseph Ier aux rênes d'un pays quasi-exsangue après la catastrophe de 1755.

Si l'origine du séisme est attribué à un châtiment divin, cela n'empêcha pas le marquis de Pombal de réaménager de façon pragmatique la ville dévastée, en commençant par la ville basse, en s'associant aux architectes Manuel da Maia et Eugénio dos Santos, pour concevoir une véritable ville moderne entre le fleuve et les hauteurs. Le tracé se caractérise par le percement d'axes nord-sud ainsi que de voies cadriées, et par la création de deux places, la Praça do Comércio (où s'élevait auparavant le palais royal) et la Rossio. Carlos Mardel, originaire de Hongrie, conçoit les modèles-types de maison, en étudiant leur répartition, leur hauteur et la composition de leur façade. La conception rationnelle prit alors le pas sur la création artistique débridée, et cette reconstruction permit l'un des premiers exemples d'édifices fonctionnels produits en série à des fins pratiques. Si Jean V avait privilégié l'architecte allemand J.-F. Ludwig, c'est son disciple Mattheus Vicente qui est l'un des grands architectes baroques de la seconde moitié du siècle, prenant le contrepied du néoclassicisme naissant[8],[9],[10].

Teatro Nacional de São Carlos, construit par José da Costa e Silva à Lisbonne en 1793.
Cour centrale du Palais national d'Ajuda conçu en 1802 par Francesco S. Fabri et José da Costa e Silva.

La Mãe d'Água, château d'eau construit au milieu du XVIIIe siècle par Carlos Mardel, représente déjà un renoncement aux fantaisies décoratives alors même que sa façade est traitée comme un véritable petit palais classique, dont les blocs monumentaux en ressaut sont ornés de pilastres géminés sveltes, surmontés d'une lourde corniche et percés d'une baie centrale en plein cintre. Les constructions en partie détruites par le tremblement de terre sont reconvertis en immeubles locatifs, et leurs façades sont reconstruites dans un style classique austère, dit pombalien. Les palais furent reconstruits dans un style assez sobre, faisant la part belle cependant aux azulejos. Un grand nombre de constructions luxueuses quoique parcimonieusement ornées ont ainsi été réalisées dans la seconde moitié du XVIIIe siècle du fait de la venue de commerçants étrangers à cette période. Seules les églises sont rebâties en faisant appel à un esprit artistique plus libre, quoiqu'elles présentent beaucoup de similitudes entre elles, puisque conçues sur le modèle de l'église S. Vincente de Fora construite au début du XVIIe siècle[8].

Le théâtre São Carlos construit par José da Costa e Silva à Lisbonne en 1793 constitue un des premiers monuments réellement néoclassiques du Portugal. José da Costa e Silva est formé à Bologne, et s'inspire de la Scala de Milan pour concevoir ce nouveau théâtre, dont la façade est animée par un soubassement à bossages et par un portique à arcades mettant en valeur le corps central dont l'étage noble est marqué par un portique d'ordre toscan surmonté d'un étage d'attique. Cependant, l'architecture de cour met un certain temps avant d'adopter l'architecture néoclassique, c'est toutefois dans ce style que est reconstruit le palais d'Ajuda à Lisbonne en 1802 par Francesco S. Fabri et José da Costa e Silva. Durant la première moitié du XIXe siècle, la construction de châteaux néoclassiques connait un grand ralentissement[8].

Dans le reste du pays, les réalisations de Pombal font des émules, ainsi la ville de Vila Real do Santo Antonio est réalisé selon des principes similaires, tout comme le pan de reconstruction de Porto. C'est dans cette ville qu'est construit l'hôpital Santo Antonio dans un style palladien par l'architecte anglais John Carr qui le conçut en 1769, sans jamais s'être rendu au Portugal. D'autres édifices palladiens sont édifiés à Porto, notamment la place da Ribeira et la Feitoria Inglesa, où les commerçants anglais, qui avaient le monopole du vin de Porto depuis 1703, se rencontraient. Le Palais de la Bourse de Porto construit en 1842 par Joaquim da Costa e Lima s'inspire également de modèles anglais, bien que ce néoclassicisme tardif précède de peu l'essor de l'architecture éclectique[8].

Ukraine

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Le bâtiment de l'ancienne bibliothèque, Kherson.

Un exemple frappant est l'ensemble du patrimoine architectural de la ville de Kropyvnytskyï dans le style du néo-classicisme. L'attraction principale est la rue Teatralna, où se trouve le premier théâtre ukrainien, également construit dans ce style en 1867 [11],[12].

Antonio Rinaldi, le pavillon Katalnaïa Gorka (1762-1774) dans le palais d'Oranienbaum.

L'architecture néo-classique en Russie se développe durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, surtout après l'accession au trône de Catherine II, devenue impératrice de Russie en 1762. L'architecture néo-classique s'était développée dans de nombreuses villes de la Russie, dont la première est Saint-Pétersbourg. Celle-ci est transformée, pendant le règne de la Grande Catherine, en une capitale moderne.

Scandinavie

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Le Sénat de Finlande, construit en 1822 sur les plans de Carl Ludwig Engel.

L’architecture néoclassique fait son apparition en Scandinavie à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle et s'y prolonge au XIXe siècle, jusqu'à ce qu'elle soit supplantée par les styles néogothique et néo-renaissance à partir des années 1850. Elle rassemble l'ensemble de la production architecturale néoclassique au Danemark, en Norvège, en Suède et en Finlande. Le Danemark et la Norvège ne constituèrent qu'un seul royaume jusqu'en 1814, date à laquelle la Norvège fut réunie à la Suède, tandis que la Finlande était rattachée dans un premier temps à la Suède, puis revenait à l'Empire russe en 1809. Le néo-classicisme a gagné la Scandinavie sous l'influence de la France, les académies d'architecture se sensibilisant en effet aux conceptions françaises, qui comprenaient notamment le néo-classicisme du style Louis XVI (apparu en réalité dès la fin du règne de Louis XV, après le style rocaille) et une architecture plus sévère développée par Ledoux ou par Boullée)[13].

Architectes néo-classiques

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Notes et références

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  1. ↑ Encyclopaedia universalis, vol. 7, Encyclopaedia universalis France, , p. 427.
  2. ↑ Marc Sanson, Le Palais-Royal. Architecture, décors intérieurs, Monum, , p. 11.
  3. ↑ Gérard Chouquer (dir.) et Jean-Claude Daumas (dir.), Autour de Ledoux : architecture, ville et utopie, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, (ISBN 978-2-84867-234-2 et 978-2-84867-812-2, DOI 10.4000/books.pufc.25159, lire en ligne)
  4. ↑ Monique Mosser, « Le temple et la montagne : généalogie d'un décor de fête révolutionnaire », Revue de l'Art, no 83, 1989, p. 21-35.
  5. ↑
    • Werner Szambien, Les projets de l'an II : concours d'architecture de la période révolutionnaire, Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts, .
  6. 1 2 Rolf Toman, Néoclassicisme et romantisme, Potsdam, h.f.ullmann, , p. 200, 201, 202
  7. ↑ Francesca Prina, Petite encyclopédie de l'architecture, Paris, Solar, , p. 266
  8. 1 2 3 4 Rolf Toman (trad. de l'allemand), Néoclassicisme et romantisme, Potsdam, h.f.ullmann, , 520 p. (ISBN 978-3-8331-3557-6), p. 138, 139, 140, 141, 142, 144
  9. ↑ Léon Deshairs, L'Art des origines à nos jours, Paris, Larousse, (BNF 32373490), p. 124
  10. ↑ Elie Lambert, L'art en Espagne et au Portugal, Paris, Larousse, , 138 p. (BNF 32341947), p. 89, 95
  11. ↑ Кіровоградська римо-католицька парафія Святого Духа // Місто і люди. Єлисаветград — Кіровоград, 1754—2004. Ілюстрована енциклопедія., Кіровоград: , «Імекс-ЛТД», 2004, стор. 296—297
  12. ↑ Місто і люди. Єлисаветград — Кіровоград, 1754—2004. Ілюстрована енциклопедія., Кіровоград: , «Імекс-ЛТД», 2004, стор.
  13. ↑ Rolf Toman, Néoclassicisme et romantisme, Potsdam, h.f.ullmann, , p. 194, 197

Annexes

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Bibliographie

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  • Louis Hautecœur, Histoire de l'architecture classique en France. Tome IV, Le Style Louis XVI, 1750-1792, Paris, Picard, 1952.
  • (en) Emil Kaufmann, Three revolutionary architects : Boullée, Ledoux, Lequeu, Philadelphie, American Philosophical Society, . Éd. française, Trois architectes révolutionnaires, Paris, éd. de la SADG, 1978.
  • Pierre du Colombier, L'architecture française en Allemagne au XVIIIe siècle, Paris, Presses universitaires de France, .
  • (en) Ch. Hussey, English Country Houses, Early Georgian 1715-1760 ; Mid-Georgian 1760-1800 ; Late Georgian 1800-1840, Londres, Country Life, 1955-1958.
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