Hosties noires est le deuxième recueil de poèmes publié par l'écrivain français et sénégalais Léopold Sédar Senghor en .

Hosties noires
Auteur Léopold Sédar Senghor
Pays France, Sénégal
Genre Recueil de poèmes
Éditeur Éditions du Seuil
Lieu de parution Paris
Date de parution 1948
Nombre de pages 92

Les thèmes abordés sont notamment ceux de l'expérience de la guerre, des camps de travail ou encore de l'éloge des soldats africains qui ont combattu pour la France pendant le Seconde Guerre mondiale[1]. Quatre poèmes sur 18 sont directement consacrés aux tirailleurs sénégalais[2].

Contexte d'écriture et parution

modifier

Senghor pendant la Seconde Guerre mondiale

modifier

En , Senghor est enrôlé comme fantassin de 2e classe dans un régiment d'infanterie coloniale. Il est affecté au 31e régiment d'infanterie coloniale, régiment composé d'Africains, malgré l'acquisition de la citoyenneté par Senghor en . Le , il est arrêté et fait prisonnier de guerre par les Allemands à La Charité-sur-Loire. Il est interné dans divers camps de prisonniers (Romilly, Troyes, Amiens). Il est ensuite transféré au camp de la Chauvinerie, Frontstalag 230 de Poitiers, un camp de prisonniers réservé aux troupes coloniales.

Au total, Senghor passe deux ans dans les camps de prisonniers, temps qu'il consacre à la rédaction de poèmes dont la plupart de ceux d'Hosties noires[3].

Parution du recueil au Seuil en

modifier

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il reprend la chaire de linguistique à l'École nationale de la France d'outre-mer qu'il occupera jusqu'à l'indépendance du Sénégal en . C'est dans ce contexte qu'il fait publier au Seuil Hosties noires en , trois ans après la parution de Chants d'ombre, son premier recueil.

En , est également publié par un collectif formé par Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Birago Diop, David Diop, Jacques Rabemananjara l'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française.

Structure de l'ouvrage

modifier

Analyse

modifier

Négritude

modifier

Avec ce recueil, Senghor souhaite réaliser un travail de mémoire au profit des soldats africains. Ainsi, les textes peuvent être lus comme un éloge funèbre qui souligne leurs valeurs humaines (dignité, courage, fraternité). De manière plus générale, on y retrouve une glorification de l'Afrique et de ses cultures. D'où la reconnaissance du recueil comme un jalon important du mouvement de la négritude[1].

Le livre, dès son titre, met en avant l'espoir de paix et de réconciliation au travers du pardon. Senghor qui a reçu une éducation chrétienne[4], utilise le mot hostie comme symbole du sacrifice du Christ[5]. L'expression d'« hosties noires » peut alors être comprise comme une périphrase désignant les soldats africains en martyrs[1].

Ginette et Félix Éboué

modifier

L'un des poèmes (« Au gouverneur Éboué »), écrit en à Paris, est dédiée à Félix Éboué dont Senghor épouse la fille, Ginette, en .

Massacre de Thiaroye

modifier

Le poème Tyaroye fait directement référence au massacre de Thiaroye (orthographié Tyaroye par Senghor), lorsque des troupes coloniales et des gendarmes français ont tiré sur des tirailleurs sénégalais, anciens prisonniers de la Seconde Guerre mondiale récemment rapatriés, qui manifestaient pour le paiement de leurs indemnités et le versement du pécule qui leur était promis depuis des mois.

« Prisonniers noirs je dis bien prisonniers français, est-ce donc vrai que la France n'est plus la France ?

Est-ce donc vrai que l'ennemi lui a dérobé son visage ?

Est-ce vrai que la haine des banquiers a acheté ses bras d'acier ?

Et votre sang n'a-t-il pas ablué la nation oublieuse de sa mission d'hier ?

Dites, votre sang ne s'est-il mêlé au sang lustral de ses martyrs ?

Vos funérailles seront-elles celles de la Vierge espérance ? »

 Tyaroye. Paris, décembre 1944.

Éditions

modifier

Notes et références

modifier
  1. 1 2 3 « Hosties noires, in Œuvre poétique : Léopold Sédar Senghor », Parcours littéraires francophones, sur crdp.ac-paris.fr, SCÉRÉN-CRDP, Académie de Paris (version du sur archive.org).
  2. van den Bergh 2006.
  3. Benoît Hopquin, « Un document inédit de Léopold Sédar Senghor », Le Monde, (consulté le ).
  4. Pierre-Georges Danset, « Guide de relecture du "Poème liminaire" de "Hosties noires" de Senghor (texte no 16) », sur lettrines.net, (version du sur archive.org).
  5. Adama Ndao, « Étude de Hosties noires () », sur Lireunlivreplaisir, (consulté le ).

Voir aussi

modifier

Bibliographie

modifier
  • Carla van den Bergh, « L'événement de la commémoration dans Hosties noires de Léopold Sédar Senghor », dans Philippe Corno ([dir.) et Emmanuel Boisset (dir.), Que m'arrive-t-il ? : Littérature et événement (actes du colloque Jeunes chercheurs, Littérature et événement organisé par le Centre d'études des langues et littératures anciennes et modernes (CELLAM), Rennes-II, -), Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Interférences », , 301 p. (ISBN 2-7535-0184-X et 978-2-7535-4633-2), p. 47–61 (DOI 10.4000/books.pur.29787, lire en ligne, consulté le ).
  • Dans Jacques Girault (dir.) et Bernard Lecherbonnier (dir.), Léopold Sédar Senghor : Africanité-Universalité (actes du colloque du -, Paris-XIII), Paris, L'Harmattan, coll. « Itinéraires et contacts de culture », , 290 p. (ISBN 2-7475-2676-3)
    • Jean-Louis Joubert, « Léopold Sédar Senghor : Poésie/Politique », p. 77–81.
    • Michel Marc, « Hosties noires entre mémoire et reconnaissance », p. 101–110.

Articles connexes

modifier

Liens externes

modifier