Huile de cèdre
L'huile de cèdre, également appelée huile de bois de cèdre, est une huile essentielle obtenue à partir de divers types de conifères, principalement issus des familles botaniques des pins ou des cyprès. Elle est produite à partir du feuillage et, parfois, du bois, des racines et des souches laissées après l’exploitation forestière des arbres destinés au bois d’œuvre. Elle a de nombreux usages dans l’art, l’industrie et la parfumerie. Bien que les caractéristiques des huiles issues de différentes espèces puissent varier, toutes présentent un certain degré d’effet pesticide.

Sources et caractéristiques
modifierBien qu’elles soient appelées huiles de cèdre ou de bois de cèdre, les huiles les plus importantes sont produites par distillation du bois de plusieurs genévriers (Juniperus) et cyprès (Cupressus ; tous deux de la famille des Cupressaceae), plutôt que de véritables cèdres de la famille des Pinaceae[1]. Des huiles similaires sont distillées, pressées ou extraites chimiquement en petites quantités à partir du bois, des racines et des feuilles de plantes des genres Platycladus, Cupressus, Taiwania et Calocedrus.
L’un des éléments présents dans de nombreux cèdres est le cédrol. La quantité de cédrol contenue dans une espèce de cèdre influence son effet pesticide sur les insectes. Dans le cadre des rites funéraires de l'Égypte antique, l’huile de cèdre était utilisée pour l’embaumement, ce qui contribuait à empêcher les insectes de perturber le corps.
L’huile de bois de cèdre est un mélange de composés organiques considéré comme généralement sûr par la FDA en tant que conservateur alimentaire. L’EPA des États-Unis « ne s’attend pas à ce que des effets [toxiques] surviennent chez les utilisateurs des produits actuellement homologués à base d’huile de bois de cèdre », car leur utilisation et l’exposition du public sont plus faibles et plus intermittentes que dans les études de cas, par exemple celles du National Toxicology Program des États-Unis[2]. L’EPA estime que le risque humain et environnemental lié à l’exposition aux pesticides homologués à base d’huile de bois de cèdre est négligeable lorsque ceux-ci sont utilisés selon les prescriptions appropriées[3].
Toutes les huiles de bois de cèdre commercialisées contiennent un groupe de composés chimiquement apparentés, dont les proportions relatives dépendent de l’espèce dont l’huile est issue[4]. Ces composés comprennent le cédrol et le cèdrène ; s’ils contribuent à l’odeur globale de l’huile, ils sont aussi utiles à l’industrie chimique pour être transformés en dérivés employés en parfumerie. Les huiles sont donc utilisées directement et comme sources d’isolats chimiques.
| Substance | Texas | Virginie (Juniperus virginiana) | Cèdre rouge de l’Ouest (Thuja plicata) | Déodar (C. deodara)[5] | C. libani[6] | C. atlantica[6] |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Thujopsène | 60,4 | 27,6 | 0 | |||
| Cédrol | 19,0 | 15,8 | 0 | |||
| (−)-α-cèdrène | 1,8 | 27,2 | 0 | |||
| (+)-β-cèdrène | 1,6 | 7,7 | 0 | |||
| α-copaène | 2,8 | 6,3 | 0 | |||
| Widdrol | 1,1 | 1,0 | 0 | |||
| Thujate de méthyle | 0 | 0 | 65 | |||
| Acide thujique | 0 | 0 | 25 | |||
| β-thujaplicine | 0 | 0 | 1 | |||
| α-thujaplicine | 0 | 0 | 1 |
Utilisations
modifierLes huiles de bois de cèdre possèdent chacune des odeurs boisées caractéristiques, qui peuvent quelque peu évoluer au cours du séchage. Les huiles brutes sont souvent jaunâtres, voire plus foncées, et certaines, comme l’huile de cèdre du Texas, issue principalement de Juniperus ashei et de J. deppeana, sont assez visqueuses et déposent des cristaux au repos. Elles sont utilisées, parfois après rectification, dans diverses applications parfumées, comme les parfums de savon, les aérosols domestiques, les encaustiques pour sols et les insecticides. De petites quantités sont utilisées en microscopie comme huile d’éclaircissement.
Aujourd’hui, l’huile de bois de cèdre est souvent utilisée pour ses propriétés aromatiques, notamment en aromathérapie ; elle peut aussi servir à restaurer l’odeur des meubles en cèdre naturel. L’huile de bois de cèdre est utilisée comme répulsif à insectes, soit par application directe sur la peau, soit comme additif dans des sprays, des bougies et d’autres produits.
En Inde, il a été montré que l’huile du cèdre déodar (Cedrus deodara, un véritable cèdre) possède des propriétés insecticides et fongicides, ainsi qu’un certain potentiel pour lutter contre la détérioration fongique des épices pendant leur stockage[7]. Elle est aussi parfois encore utilisée pour clarifier les émeraudes.[8]
Histoire
modifierCèdre du Liban
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L’huile de bois de cèdre des Anciens, en particulier des Sumériens et des Égyptiens, était issue du cèdre du Liban (Cedrus libani), un véritable cèdre originaire des montagnes du nord et de l’ouest du Moyen-Orient. Les vastes forêts antiques de cèdres du Liban ont presque entièrement disparu, et aucune extraction commerciale d’huile ne repose aujourd’hui sur cette espèce.
Sumer
modifierL’huile de bois de cèdre était utilisée comme base pour les peintures par les anciens Sumériens. Ils broyaient des composés de cobalt dans un mortier et pilon pour produire un pigment bleu. Ils pouvaient obtenir du vert à partir du cuivre, du jaune à partir de l’antimoniate de plomb, du noir à partir du charbon de bois et du blanc à partir du gypse.
Égypte antique
modifierL’une des trois méthodes d’embaumement de l’Égypte antique faisait appel à l’huile de bois de cèdre. Il s’agissait d’une méthode moins coûteuse que la pratique égyptienne antique la plus connue, qui consistait à retirer les organes internes pour les conserver séparément dans des vases canopes. La pratique consistait à injecter de l’huile de cèdre dans les cavités corporelles sans éviscération. Le corps était placé dans du natrum ou natron — un alcali fixe — pendant la durée prescrite, après quoi l’huile de bois de cèdre, qui avait dissous les organes mous, était évacuée ; le corps, dont les chairs avaient été dissoutes par le natron, était réduit à une peau et des os préservés[9].
Antiquité classique
modifierLe naturaliste et auteur romain Pline l'Ancien (23/24–79 apr. J.-C.), dans son œuvre encyclopédique Histoire naturelle (latin : Naturalis Historia), décrit la production d’huiles aromatiques par distillation destructive du bois de pin. Il mentionne aussi qu’une substance similaire, le « cedrium » ou huile de cèdre, est produite en Syrie, ainsi que ses usages[10].
Des preuves archéologiques datant de l’époque hellénistique ont confirmé que l’huile de cèdre pouvait provenir du cèdre du Liban plutôt que d’espèces de genévriers. L’analyse de résidus organiques provenant de Tel Kedesh, un site archéologique du nord d’Israël, a fourni une vérification chimique directe d’une huile de « véritable » cèdre et de son association ancienne avec la Phénicie, telle qu’elle est décrite dans les sources classiques. Les récipients, découverts dans une archive administrative séleucide active au IIe siècle av. J.-C., confirment les textes anciens décrivant l’utilisation de l’huile de cèdre pour préserver le papyrus et protéger les documents contre les insectes et la décomposition. La même recherche a également montré que l’huile de cèdre pouvait être mélangée à des résines aromatiques, comme le styrax, afin d’améliorer ses propriétés conservatrices et antimicrobiennes[11].
Microscopie optique
modifierJusqu’au développement des huiles d’immersion synthétiques dans les années 1940, l’huile de bois de cèdre était largement utilisée pour les objectifs à immersion en microscopie optique.
Notes
modifier- ↑ Chapter 10: Cedarwood Oils « https://web.archive.org/web/20110618030456/http://www.fao.org/docrep/v5350e/v5350e12.htm »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), , rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.
- ↑ (en) Toxicity Studies of Cedarwood Oil (Virginia) Administered Dermally to F344/N Rats and B6C3F1/N Mice (rapport), United States Department of Health and Human Services, (ISSN 2378-8992, DOI 10.22427/NTP-TOX-86)
- ↑ « Wood oils and gums (Cedarwood oil) », United States Environmental Protection Agency,
- 1 2 Cedarwood Oil (lire en ligne [archive du ])
- ↑ A Chaudhary, P Kaur, B Singh et V Pathania, « Chemical composition of hydrodistilled and solvent volatiles extracted from woodchips of Himalayan Cedrus: Cedrus deodara (Roxb.) Loud. », Natural Product Communications, vol. 4, no 9, , p. 1257–60 (PMID 19831040, DOI 10.1177/1934578X0900400920
) - 1 2 (en) AM Saab, FY Harb et WA Koenig, « Essential oil components in heart wood of Cedrus libani and Cedrus atlantica from Lebanon », Minerva Biotecnologica, vol. 17, no 3, , p. 159–61 (lire en ligne)
- ↑ Avni G. Desai, Ghulam N. Qazi, Ramesh K. Ganju, Mahmoud El-Tamer, Jaswant Singh, Ajit K. Saxena, Yashbir S. Bedi, Subhash C. Taneja et Hari K. Bhat, « Medicinal Plants and Cancer Chemoprevention », Current Drug Metabolism, vol. 9, no 7, , p. 581–591 (ISSN 1389-2002, PMID 18781909, PMCID 4160808, DOI 10.2174/138920008785821657)
- ↑ « Emerald Fillers and Treatments », sur International Gem Society
- ↑ Robert W. Habenstein et William M. Lamers, The History of American Funeral Directing, Burton & Mayer, Inc.,
- ↑ Pliny the Elder, The Natural History of Pliny: Translated, with Copious Notes and Illustrations, vol. III, Henry G. Bohn, (1re éd. Pliny published the first 10 books in 77 CE. The rest was published posthumously by Pliny the Younger) (lire en ligne), « XVI.21(11) »
- ↑ Andrew J. Koh, Andrea M. Berlin et Sharon C. Herbert, « Phoenician Cedar Oil from Amphoriskoi at Tel Kedesh: Implications Concerning Its Production, Use, and Export during the Hellenistic Age », Bulletin of the American Schools of Oriental Research, no 385, , p. 99–117 (ISSN 0003-097X, lire en ligne)