Husayn ibn Hamdan ibn Hamdun ibn al-Harith al-Taghlibi (en arabe : حسين بن حمدان بن حمدون بن الحارث التغلبي) est l'un des premiers membres de la dynastie des Hamdanides, qui se distingue en tant que général sous le califat abbasside et contribue à la domination à venir de sa lignée sur les tribus arabes de la Jézireh.

Husayn ibn Hamdan
Biographie
Naissance
Décès
Nom dans la langue maternelle
الحسين بن حمدان بن حمدون التغلبيVoir et modifier les données sur Wikidata
Allégeance
Activité
Chef militaireVoir et modifier les données sur Wikidata
Famille
Père
Fratrie
Abdallah ibn Hamdan (en)
Ibrahim ibn Hamdan (en)
Sa'id ibn HamdanVoir et modifier les données sur Wikidata
Parentèle
Abou Firas al-Hamdani (neveu par le frère)
Ali Sayf al-Dawla (neveu par le frère)
Nasir al-Dawla (neveu par le frère)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Arme
Abbasid Army (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conflits
Rébellion kharidjite de 866-896 (en)
Bataille de HamaVoir et modifier les données sur Wikidata

Husayn ibn Hamdan est l'un des premiers membres importants de la dynastie des Hamdanides. Entré au service du califat en 895, il s'impose, grâce à sa coopération avec le gouvernement califal, comme le chef des Arabes et des Kurdes de la Djézireh, conduisant ses troupes avec succès contre les Qarmates, les Doulafides et les Toulounides au cours des années suivantes. Devenu l'un des généraux les plus éminents du califat abbasside, il accroît progressivement son pouvoir et son influence jusqu'en 908, lorsqu'il participe comme l'un des principaux conspirateurs à la tentative de coup d'État contre le calife Al-Muqtadir. Malgré l'échec du complot et sa fuite hors de la capitale, il obtient rapidement son pardon et devient gouverneur du Djibal, où il se distingue de nouveau dans des opérations militaires menées dans le centre-sud de l'Iran. Vers 911, il est nommé gouverneur de Mossoul, poste qu'il conserve jusqu'à sa révolte en 914-915, dont les causes demeurent incertaines. Vaincu et capturé en 916, il est emprisonné à Bagdad, où il est exécuté en 918. Son ascension permet à sa famille d'accéder aux plus hautes fonctions et ouvre une longue période de domination hamdanide sur Mossoul et l'ensemble de la Djézireh. Ses neveux, Nasir al-Dawla et Sayf al-Dawla, fondent ensuite des émirats autonomes respectivement à Mossoul et à Alep.

Biographie

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Origines et début de carrière

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Arbre généalogique de la dynastie hamdanide.

Husayn est l'un des fils de Hamdan ibn Hamdun, patriarche de la famille des Hamdanides. Sa famille appartient à la tribu des Banu Taghlib, implantée dans la Djézireh depuis avant les conquêtes musulmanes. Comme d'autres chefs locaux du califat abbasside, les dirigeants taghlibites profitent de l'effondrement de l'autorité centrale durant l'anarchie de Samarra (861-870) pour renforcer leur emprise sur leur région, centrée autour de Mossoul[1]. Hamdan devient alors l'un des principaux chefs tribaux de la région et dirige la résistance aux tentatives du califat pour y rétablir son autorité directe, allant jusqu'à s'allier aux rebelles kharidjites dans les années 880. Finalement, en 895, le calife Al-Mutadid lance une offensive déterminée pour reconquérir la Djézireh. Hamdan fuit devant l'avancée du calife mais, après une longue poursuite, il est capturé et emprisonné[2],[3].

Husayn, auquel a été confiée la forteresse d'Ardumusht, sur la rive gauche du Tigre, choisit au contraire de la livrer et offre ses services au calife. Il parvient à capturer le chef kharidjite Harun al-Shari, mettant ainsi un terme à la révolte kharidjite en Djézireh. En échange, il obtient non seulement la grâce de son père, mais aussi la suppression du tribut imposé aux Taghlib et l'autorisation de constituer, aux frais du gouvernement, un régiment de 500 cavaliers taghlibites[4],[5]. Ce succès important jette les bases de l'ascension de Husayn et de sa famille. Selon l'historien Hugh N. Kennedy, Husayn devient ainsi un intermédiaire entre le gouvernement abbasside et les Arabes et Kurdes de la Djézireh, offrant au premier des guerriers expérimentés et aux seconds la perspective de soldes et de butin, tout en assurant à sa propre famille l'accès aux commandements militaires et aux richesses du service de l'État[2].

Au service des Abbassides

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Carte de la Djézireh, principal foyer territorial de la puissance hamdanide.

Husayn dirige avec succès son régiment taghlibite au cours des années suivantes. En 896, il combat dans le Djibal le Doulafide Bakr ibn Abd al-Aziz ibn Ahmad ibn Abi Dulaf[4]. À partir de 903, il joue un rôle décisif dans les campagnes de Muhammad ibn Sulayman al-Katib contre les Qarmates du désert syrien, où sa cavalerie expérimentée se révèle particulièrement efficace contre les forces qarmates très mobiles. En 903, il participe à la grande victoire remportée près de Hama sur le chef qarmate al-Husayn ibn Zikrawayh, mieux connu sous son laqab de « Sahib al-Shama ». Les chefs qarmates s'enfuient dans le désert mais sont bientôt capturés et conduits en triomphe à Bagdad[4],[6].

Husayn participe ensuite, comme commandant de l'avant-garde, à la campagne menée par Muhammad en 904-905, qui met fin à la dynastie toulounide et rétablit l'autorité directe du califat sur la Syrie et l'Égypte. Muhammad ibn Sulayman lui aurait proposé le gouvernement de l'Égypte, mais Husayn refuse et préfère retourner à Bagdad avec l'immense butin qu'il a accumulé[4],[7].

À son retour d'Égypte, en 905-906, Husayn est envoyé contre les Banu Kalb de Syrie, révoltés à l'instigation des Qarmates. Il les repousse dans le désert, mais les Kalbites comblent les puits derrière eux et l'empêchent de poursuivre. Les rebelles parviennent ainsi jusqu'au bas Euphrate, où ils battent une autre armée abbasside à al-Qadisiyya et pillent la caravane du hajj à la fin de l'année 906. Les forces du gouvernement central finissent néanmoins par vaincre les Qarmates et les contraignent à la fuite. Alors qu'ils remontent vers la Syrie en longeant l'Euphrate, ils sont attaqués et anéantis par Husayn en mars ou avril 907[4]. Ces victoires ne font pas complètement disparaître la menace qarmate, puisque ceux établis au Bahreïn demeurent actifs et continuent leurs raids dans le sud de l'Irak, mais elles marquent la quasi-disparition du mouvement en Syrie[8].

Husayn soumet ensuite les derniers rebelles kalbites entre l'Euphrate et Alep. En 907-908, il affronte également les Banu Tamim, qui ont pénétré en Djézireh à la recherche de butin, et les repousse en Syrie après les avoir vaincus près de Khunasira[4].

En 908, ces succès font de Husayn « l'un des principaux généraux » du califat selon Kennedy et lui permettent de favoriser l'ascension de ses frères, qui obtiennent diverses charges. La plus importante est le gouvernement de Mossoul, accordé en 905 à son frère Abu'l-Hayja Abdallah[9].

En décembre 908, Husayn participe à une conspiration de palais visant à déposer le nouveau calife Al-Muqtadir au profit d'Ibn al-Mu'tazz, plus âgé. Le 17 décembre, accompagné de deux autres conspirateurs, il attaque et tue le vizir al-Abbas ibn al-Hasan al-Jarjara'i, qui avait soutenu l'accession d'Al-Muqtadir. Les conspirateurs cherchent également à tuer le jeune calife, mais celui-ci s'est barricadé dans le palais Hasani. Ibn al-Mu'tazz est proclamé calife et Husayn se rend au palais pour tenter de convaincre Al-Muqtadir de se rendre. Toutefois, la résistance inattendue des serviteurs du palais sous la direction des chambellans Sawsan, Mu'nis al-Fahl et Mu'nis al-Khadim, ainsi que les hésitations des conspirateurs, provoquent l'échec du coup d'État. Al-Muqtadir conserve le pouvoir et Husayn s'enfuit de Bagdad vers Mossoul puis Balad[4],[9].

Il erre ensuite quelque temps en Djézireh avec ses partisans. Le calife charge le propre frère de Husayn, Abu'l-Hayja Abdallah, de le poursuivre, mais Husayn parvient à le surprendre et à le vaincre. Ce succès l'encourage à prendre contact avec le nouveau vizir, Ali ibn al-Furat, par l'intermédiaire de son frère Ibrahim. Bien qu'il ait joué un rôle majeur dans la conspiration et que la plupart des autres participants soient exécutés ou emprisonnés, Husayn obtient finalement son pardon. Il n'est toutefois pas autorisé à revenir à Bagdad et reçoit le gouvernement de Qom et de Kashan dans le Djibal[4],[9].

Comme gouverneur, il assiste Mu'nis al-Khadim dans sa campagne contre le Saffaride al-Layth ibn Ali au Sistan et dans le Fars, puis contre l'ancien général saffaride et rebelle Subkara et son lieutenant al-Qattal. Les forces abbassides commandées par Mu'nis al-Khadim répriment la révolte en 910-911 et, selon un poème célébratoire du futur poète hamdanide Abu Firas, Husayn capture personnellement al-Qattal[4].

Abu Firas rapporte également que Husayn se voit proposer le gouvernement du Fars mais le refuse et retourne à Bagdad. Ibn al-Furat, qui se méfie probablement encore de ses intentions, l'envoie rapidement gouverner le Diyar Rabi'a, province comprenant la partie orientale de la Djézireh et notamment Mossoul[4],[9]. Depuis cette province, Husayn conduit une expédition de pillage contre l'Empire byzantin en 913-914[4].

Peu après, un conflit ouvert l'oppose au vizir Ali ibn Isa al-Jarrah. Sa cause exacte demeure incertaine mais semble liée aux finances de la province gouvernée par Husayn. En 914-915, celui-ci entre ouvertement en rébellion et rassemble en Djézireh une armée de 30 000 Arabes et Kurdes, ce qui témoigne de son influence dans la région. Il réussit à vaincre une armée califale envoyée contre lui, mais il est ensuite confronté au redoutable Mu'nis al-Khadim, rappelé d'Égypte. Vaincu, il est capturé en février 916 alors qu'il tente de fuir vers le nord en direction de l'Arménie[4],[9].

Il est ramené à Bagdad, où il est exhibé publiquement à travers la ville dans le cadre d'un rituel d'humiliation, monté sur un chameau et coiffé d'un bonnet d'infamie. Emprisonné, il est exécuté sur ordre du calife en octobre ou novembre 918[4],[9].

Les raisons de son exécution demeurent obscures. L'historien des Hamdanides Marius Canard suggère qu'elle pourrait être liée à sa participation à une conspiration d'inspiration chiite, peut-être en rapport avec la disgrâce d'Ibn al-Furat à l'issue de son deuxième vizirat ou avec la révolte du gouverneur autonome de l'Azerbaïdjan, Yusuf ibn Abi'l-Saj, qu'Al-Muqtadir peut soupçonner d'entretenir des liens avec Husayn emprisonné. Selon Canard, le calife craint probablement que, s'il est libéré, Husayn ne se révolte de nouveau, soit par désir d'indépendance, soit en raison de ses sympathies chiites. Pour empêcher ses nombreux partisans d'obtenir sa libération par la force, le calife aurait donc préféré l'éliminer définitivement[4].

Malgré la révolte et l'exécution de Husayn, la famille hamdanide continue de prospérer. Ses frères sont rapidement libérés et Abdallah gagne en importance en s'alliant à Mu'nis al-Khadim et en participant aux luttes politiques de la cour de Bagdad. Ce sont toutefois les deux fils d'Abdallah, al-Hasan et Ali, mieux connus sous leurs titres honorifiques de Nasir al-Dawla et Sayf al-Dawla, qui établissent véritablement la famille comme dynastie régnante dans les émirats semi-indépendants de Mossoul, jusqu'en 978, et d'Alep, jusqu'en 1002[10],[11].

Personnalité et appréciation

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Selon Marius Canard, Husayn se distingue plus nettement que le commandant en chef Mu'nis ou que les autres chefs militaires de son époque par ses capacités et sa bravoure, mais aussi par son caractère turbulent et ambitieux. Son origine arabe le singularise également parmi les principaux dirigeants militaires du califat à cette époque. Canard le considère comme particulièrement ouvert aux bouleversements idéologiques qui traversent alors le monde musulman, comme en témoigne sa relation avec le mystique soufi Al-Hallaj, qui lui dédie un ouvrage consacré à la politique.

Selon Canard, les sympathies chiites de Husayn et sa participation au coup d'État avorté de 908 peuvent ainsi être interprétées dans le contexte d'une aspiration, fréquente parmi les sympathisants chiites, à une rénovation du califat et à l'établissement d'un « gouvernement musulman idéal », que les Abbassides, considérés comme corrompus et décadents, ne seraient plus capables d'incarner[4]. Enfin, si c'est à son frère que revient la fondation effective de la dynastie hamdanide, Husayn est le premier à donner à sa famille accès au pouvoir et à la gloire, ce que célèbre par la suite la poésie d'Abu Firas[4].

Références

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  1. ↑ Kennedy 2004, p. 265-266.
  2. 1 2 Kennedy 2004, p. 266.
  3. ↑ Canard 1971a, p. 126.
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 Canard 1971a, p. 619-620.
  5. ↑ Kennedy 2004, p. 182 et 266.
  6. ↑ Kennedy 2004, p. 184 et 266-267 et 286.
  7. ↑ Kennedy 2004, p. 184-185.
  8. ↑ Kennedy 2004, p. 185.
  9. 1 2 3 4 5 6 Kennedy 2004, p. 267.
  10. ↑ Kennedy 2004, p. 267-282.
  11. ↑ Canard 1971b, p. 126-131.

Bibliographie

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