Loutre à cou tacheté

espèce de loutre
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Hydrictis maculicollis

Hydrictis maculicollis
Description de cette image, également commentée ci-après
Loutre à cou tacheté photographiée en Afrique
0.774–0.0117 Ma
3 collections
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Sous-classe Theria
Super-ordre Eutheria
Ordre Carnivora
Sous-ordre Caniformia
Famille Mustelidae
Sous-famille Lutrinae

Genre

Hydrictis
Pocock, 1921[1]

Espèce

Hydrictis maculicollis
(Lichtenstein, 1835)[1]

Statut de conservation UICN

( NT )( NT )
NT  : Quasi menacé

Statut CITES

Sur l'annexe  II  de la CITES Annexe II , Rév. du 04/02/1977

Répartition géographique

Description de l'image Spotted-necked Otter area.png.

Synonymes

La Loutre à cou tacheté (Hydrictis maculicollis) est une espèce de mammifères carnivores de la famille des Mustelidés. Cette loutre (sous-famille des lutrinés), unique représentant du genre monotypique Hydrictis se rencontre dans grande partie de l’Afrique subsaharienne.

Dénominations

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  • Nom typique en français : Loutre à cou tachetée ;
  • Noms vernaculaires : Loutre, Loutre de rivière ;
  • Noms vernaculaires locaux :
    • Au Bénin, plusieurs dénominations vernaculaires sont rapportées pour désigner l'espèce :
      • Liées à l'apparence : Choukoutoton Chien des milieux aquatiques », Fon)[3].
      • En rapport avec la pêche : Adjagabadjagba refuse l’existence des nasses », Fon) ; Adjagbê détruit les nasses », Fon) ; Adjagbaê, Adjagbawolo et Woloadjagab matérialise sa manière de mettre hors d'usage les nasses », Aïzo et Wémè).
      • Matérialisant un caractère divin, redoutable ou fort : Sêkpa matérialise son caractère divin et redoutable », Toffin) ; Awolo, Wolo matérialise son caractère divin et redoutable », Toffin, Aïzo ou Wémè) ; Imêta indique son caractère « d'animal fort », Holli).

Taxonomie

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La Loutre à cou tacheté a été décrite pour la première fois en 1835 par le zoologiste allemand Martin Lichtenstein (1780-1857) sous le nom binominal de Lutra maculicollis[4]. Dans sa description originale, basée sur des spécimens provenant de l'actuelle Afrique du Sud (alors désignée sous le nom de « pays des Cafres »), Lichtenstein distingue l'espèce de la Loutre du cap (Aonyx capensis) par la présence de griffes bien développées, une palmure intégrale aux pattes antérieures et, surtout, par les taches caractéristiques ornant sa gorge, qui ont inspiré son épithète spécifique[4].

En 1921, le zoologiste britannique Reginald Innes Pocock révise la classification de l'espèce et propose de la placer dans le genre distinct Hydrictis, afin de remplacer le nom Hydrogale de Gray qui s'était révélé être déjà occupé par un autre taxon[5]. Pocock appuie cette séparation sur des caractéristiques crâniennes spécifiques, notant que le crâne d'Hydrictis est plus haut, doté d'un museau plus court et d'orbites oculaires proportionnellement plus grandes et positionnées plus en avant que chez les membres du genre Lutra. Sur le plan externe, il distingue l'espèce par ses pattes intégralement palmés dont la face inférieure des membranes est recouverte de poils, un trait qu'il considère comme une preuve vestigiale d'une ascendance liée à des mustélidés terrestres, tels que les martres ou les visons, plutôt qu'à des formes fouisseuses comme les blaireaux. Ses observations incluent également une simplification de la structure de l'oreille, un rhinarium plus réduit presque entièrement couvert de poils et des coussinets plantaires moins développés, soulignant une spécialisation poussée vers un mode de vie strictement aquatique[5].

Pour autant, ce nouveau genre fut loin de faire l’unanimité, et d’autres auteurs avaient préféré le laisser dans le genre Lutra, faisant d’Hydrictis un sous-genre de ce dernier[6]. Finalement, il aura fallu attendre la troisième édition de Mammal species of the World en 2005 pour voir l’espèce quitter définitivement le genre Lutra[7]. Le taxon Hydrictis maculicollis ne contient aucune sous-espèce validé actuellement selon ITIS ()[8], et le genre Hydrictis ne contient aucune espèce fossile selon Paleobiology Database ()[9].

Phylogénie

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Phylogénie des espèces actuelles de loutres de l'Ancien Monde d'après les études de Koepfli et al. (2008)[10] et de Ferran et al. (2024)[11] :

Loutres de l'Ancien Monde

Enhydra lutris (Énhydre marine)



Hydrictis maculicollis (Loutre à cou tacheté)



Genre Lutra

Lutra lutra (Loutre d'Eurasie)



Lutra sumatrana (Loutre de Sumatra)





Genre Aonyx

Aonyx capensis (Loutre à joues blanches)



Aonyx cinerea (Loutre cendrée)



Aonyx congicus (Loutre du Congo)




Genre Lutrogale

Lutrogale perspicillata (Loutre à pelage lisse)






Description

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Crâne de Loutre à cou tacheté issue de la collection du Musée de Wiesbaden

La loutre à cou tacheté est une espèce de lutriné assez petite, atteignant une longueur totale d'environ 44 à 68 centimètres de longeur tête-corps. Il y a un dimorphisme sexuel marqué : les mâles mesurent 71 à 76 cm du nez à la croupe pour un poids de 5,7 à 6,5 kg, tandis que les femelles mesurent entre 57 et 61 cm pour 3,0 à 4,7 kg [12]. La queue, longue et musclée, mesure de 39 à 44 cm chez les deux sexes[12].

La tête est large avec un museau court, de petites oreilles arrondies et un rhinarium (truffe) dépourvu de poils. La dentition est adaptée à la consommation de poissons, avec de grandes canines supérieures acérées, des canines inférieures incurvées et des dents carnassières tranchantes. Les mâchoires présentent une adaptation similaire : la fosse mandibulaire s'ajuste si étroitement au condyle de la mâchoire inférieure que cette dernière ne peut effectuer de mouvements latéraux, facilitant ainsi la capture et le maintien des poissons[12].

La Loutre à cou tacheté présente généralement une coloration allant du chocolat au brun roussâtre, parsemée de taches crème ou blanches sur la poitrine et la gorge. Les individus albinos ou partiellement blancs restent rares[12].

L'animal possède une silhouette fuselée et des pattes palmées. Les femelles disposent de deux paires de mamelles ; bien que les mâles possèdent un scrotum volumineux, le pénis est dissimulé sous la peau afin de réduire la traînée hydrodynamique lors de la nage[12].

Habitat et répartition

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Présente dans de nombreux pays d'Afrique, cette loutre est sans doute éteinte dans des États comme le Burundi, le Ghana, le Lesotho et le Togo[13].

Elle est commune dans le Lac Victoria et à travers la Zambie, mais elle est absente du Zambèze en aval des Chutes Victoria[14]. Elle ne s'aventure pas dans les eaux salées[12].

Elle est également bien présente en Côte d'Ivoire, où elle a été répertoriée à plusieurs reprises, et notamment dans les forêts de Dodo, dans le sud-Ouest et dans le parc national de Taï.

En Guinée-Bissau, il semble que l'espèce soit une forme naine, car, dans ce pays, les adultes ne mesurent que 60 cm de la tête au bout de la queue[réf. souhaitée].

Écologie et comportement

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La Loutre à cou tacheté est très vocale, émettant des sifflements aigus ainsi que des babilements stridents et rapides[15]. Elle vit parfois en groupes familiaux, mais ne semble sociale que dans certaines conditions. Les mâles et les femelles vivent séparés pendant au moins une partie de l'année[14]. Elles chassent normalement seules, sauf lorsque les mères éduquent leurs petits, et ne sont pas territoriales, s'abritant durant la nuit dans de courts terriers, des crevasses rocheuses ou des zones de végétation dense. Sur terre, elles se déplacent principalement sur des sentiers réguliers et s'éloignent rarement à plus de 10 m des rives des rivières ou des lacs[12]. Les deux sexes marquent ces sentiers par des sites de marquage (« sprainting ») où ils défèquent et urinent habituellement[16].

La Loutre à cou tacheté est diurne et semble chasser entièrement à la vue en effectuant de courtes plongées de moins de 20 secondes chacune dans des eaux claires offrant une bonne visibilité[12]. Elle ramène ses proies les plus imposantes sur la rive, mais consomme les plus petites tout en faisant du surplace dans l'eau[16]. Elle se nourrit principalement de poissons, mesurant généralement moins de 20 cm de long, mais aussi de grenouilles et de petits crustacés, particulièrement lorsque le poisson vient à manquer[16].

La femelle met bas une portée pouvant aller jusqu'à trois petits après une période de gestation d'environ deux mois. Les jeunes naissent aveugles et vulnérables, et la mère s'en occupe pendant près d'un an[15],[12].

Les prédateurs connus de la Loutre à cou tacheté incluent le Lion, le Crocodile du Nil et le Pygargue vocifer[12].

La loutre à cou tachetée et l’Homme

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Loutre au cou tacheté, jouant avec une bouteille en plastique à Marievale .

Les relations entre les populations locales et la loutre à cou tacheté sont complexes, mêlant des aspects économiques, alimentaires et spirituels. Dans certaines régions, notamment au Sud-Bénin (chez les ethnies Wémè, Aïzo et Toffin), l'animal n'est pas protégé par des interdits ou des cultes de vénération, ce qui favorise son exploitation intensive. Son importance culturelle est étroitement liée à l'observation de ses capacités biologiques, comme sa puissance natatoire ou la présence d'un baculum (os pénien), qui alimentent les savoirs endogènes[3].

Exploitation

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Utilisations alimentaires et médicinales

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La loutre à cou tacheté constitue une ressource importante pour les populations riveraines des zones humides. Sur le plan alimentaire, bien que la viande soit rarement commercialisée, elle est très appréciée pour la consommation personnelle des pêcheurs et des chasseurs. Toutes les parties du corps sont consommées, à l'exception notable de la tête, dont l'usage est réservé à des fonctions rituelles et mythiques[3].

Dans la pharmacopée traditionnelle, l'animal occupe une place centrale. L'utilisation des organes repose souvent sur une logique d'analogie avec les capacités de la loutre : Les pattes et les os sont utilisés pour fortifier les enfants et faciliter l'apprentissage de la marche chez les nouveau-nés ; la peau est employée pour faciliter les accouchements chez les femmes ; le cœur et les poumons servent à traiter les troubles cardiaques (tachycardie) et les anomalies respiratoires ; les yeux sont réputés guérir diverses infections visuelles ; le pénis est également utilisé raison de sa rigidité par le baculum, dans le traitement de la faiblesse sexuelle masculine[3].

Croyances, mythes et pratiques magico-thérapeutiques

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La valeur financière élevée de la loutre sur les marchés locaux s'explique principalement par ses supposés pouvoirs mystiques. Toutes les parties de l'animal sont intégrées dans des rituels magico-thérapeutiques, souvent liés à l'agilité et à la discrétion de l'espèce ; Dans le domaine de la Divination et des protection magiques, la tête, les yeux et le crâne sont recherchés par les féticheurs et les consultants du Fa pour faciliter les prédictions et les visions. La vue et le flair développés de l'animal sont censés se transmettre à l'utilisateur. La peau est utilisée pour confectionner des talismans (bagues ou colliers) destinés à se rendre invisible ou à détecter les envoûtements. En raison de la souplesse de son pelage, la croyance locale veut que la peau de loutre puisse protéger contre les blessures d'armes blanches (coups de machette). Les pattes sont considérées comme des porte-bonheur dans les entreprises commerciales et sont censées conférer une force physique supérieure lors des combats. La peau de loutre revêt une importance religieuse particulière dans le culte des revenants (Clouito) ; Elle sert spécifiquement à la fabrication du tambour « Gbon », utilisé lors des danses de la divinité Egungun[3].

Menaces et conservation

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L'interaction avec l'homme est marquée par un fort caractère conflictuel [13], car la nomenclature locale (86 % des noms vernaculaires) fait directement référence aux dégâts causés sur les engins de pêche, poussant les pêcheurs à des captures systématiques perçues comme un « don divin » en raison d'une valeur marchande pouvant dépasser les 200 000 Franc CFA par spécimen[3]. Outre cette pression commerciale, l'espèce est menacée par le développement urbain, l'expansion agricole et aquacole, la construction de barrages, ainsi que la pollution par les effluents domestiques et les changements climatiques (sécheresses et inondations). Bien que la loutre soit exploitée localement pour la consommation humaine, la médecine traditionnelle et la confection d'accessoires, elle bénéficie d'une protection par la législation internationale et sa présence est confirmée dans plusieurs aires protégées. Toutefois, l'absence de plans de rétablissement spécifiques, de systèmes de suivi systématiques et de gestion concertée des prélèvements reste un défi majeur pour sa conservation durable [13].

Notes et références

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  1. 1 2 Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le .
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 ASM Mammal Diversity Database, consulté le .
  3. 1 2 3 4 5 6 G. A. Mensah, A. J. Yehouenou Tessi, A. K. I. Yabi et S. S. H. Biaou, « Rôle culturel et importance économique de la loutre à cou tacheté (Lutra maculicollis) au Sud-Bénin », Bulletin de la Recherche Agronomique du Bénin, no 63, , p. 1-10 (ISSN 1025-2355, lire en ligne)
  4. 1 2 (de) Martin Lichtenstein, Ueber Lutra maculicollis Lichtenst. aus dem Kafferlande, vol. 1, , 89-93 p. (lire en ligne), chap. 1.
  5. 1 2 (en) Reginald Innes Pocock, « On the External Characters of some Species of Lutrinae (Otters) », Proceedings of the Zoological Society of London, , p. 535-546 (lire en ligne).
  6. (en) Don E. Wilson et DeeAnn M. Reeder, Mammal Species of the World: A Taxonomic and Geographic Reference, Washington, Smithsonian Institution Press, (ISBN 978-1-56098-217-3, lire en ligne), p. 312.
  7. Mammal Species of the World (version 3, 2005), consulté le .
  8. Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le .
  9. Paleobiology Database, consulté le .
  10. (en) Koepfli KP, Deere KA, Slater GJ, et al., « Multigene phylogeny of the Mustelidae: Resolving relationships, tempo and biogeographic history of a mammalian adaptive radiation », BMC Biol., (PMID 18275614, PMCID 2276185, DOI 10.1186/1741-7007-6-10), p. 10
  11. (en) de Ferran V, Figueiró HV, Trinca CS, et al., « Genome-wide data support recognition of an additional species of Neotropical river otter (Mammalia, Mustelidae, Lutrinae) », Journal of Mammalogy, (DOI 10.1093/jmammal/gyae009), p. 534–542
  12. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (en) Serge Larivière, « Lutra maculicollis », Mammalian Species, vol. 712, , p. 1–6 (ISSN 0076-3519, DOI 10.1644/1545-1410(2002)712<0001:LM>2.0.CO;2, lire en ligne)
  13. 1 2 3 UICN, consulté le .
  14. 1 2 (en) The Behavior Guide to African Mammals: Including Hoofed Mammals, Carnivores, Primates, University of California Press, (ISBN 978-0-520-08085-0, lire en ligne), p. 437
  15. 1 2 Procter, J., « A contribution to the natural history of the spotted-necked otter (Lutra maculicollis Lichtenstein) in Tanganyika », East African Wildlife Journal, vol. 1, no 1, , p. 93–102 (DOI 10.1111/j.1365-2028.1963.tb00180.x, Bibcode 1963AfJEc...1...93P)
  16. 1 2 3 Kruuk, H. et Goudswaard, P.C., « Effects of changes in fish populations in Lake Victoria on the food of otters (Lutra maculicollis Schinz and Aonyx capensis Lichtenstein) », African Journal of Ecology, vol. 28, no 4, , p. 322–329 (DOI 10.1111/j.1365-2028.1990.tb01167.x, Bibcode 1990AfJEc..28..322K)

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