Hélène Schweitzer-Rosenberg

résistante française et Juste parmis les nations

Hélène Schweitzer, épouse Rosenberg, née le à Schiltigheim et morte le à Strasbourg, est une dessinatrice, assistante sociale et résistante française. Spécialiste de la confection de faux documents sous l'Occupation, elle contribue à soustraire à la déportation des centaines de Juifs et de résistants pourchassés. Elle est reconnue Juste parmi les nations en 2002.

Hélène Rosenberg
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Biographie

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Hélène Schweitzer est issue d'une famille luthérienne de Strasbourg apparentée au docteur Albert Schweitzer. Son père, Karl Schweitzer, est ingénieur ; sa mère est Salomea Emma Helmstetter. Elle suit des études aux beaux-arts en Hollande, où elle se forme à la peinture à l'huile, à la gravure et au dessin à la plume. Organiste au temple protestant, elle expose avant la guerre plusieurs séries de toiles à la Librairie de la Mésange, tenue par la famille Hertz rue de la Mésange à Strasbourg. En 1939, elle se fiance avec Émile Rosenberg, réfugié roumain de confession juive né le à Jassy, chef scout au sein des Éclaireurs israélites de Strasbourg[1],[2],[3].

Engagement dans la Résistance

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Dès 1940, alors que l'Alsace est annexée de fait et qu'Émile Rosenberg est fait prisonnier de guerre (il est interné dans un Oflag en Silésie), Hélène Schweitzer quitte l'Alsace pour rejoindre la famille Weil à Aix-en-Provence. Ses fiançailles avec un Juif roumain et son ancrage dans les milieux protestants l'ont tôt éveillée aux persécutions antisémites ; elle s'engage dans la Résistance comme agent de liaison, opérant sous le pseudonyme de « Hans »[1],[2],[4].

Habile graveuse et diplômée des beaux-arts, elle devient une spécialiste de la confection de faux documents. Sa technique repose sur la gravure au stylet : elle presse un tampon officiel sur une pomme de terre fraîchement coupée pour en reporter le dessin en négatif sur un morceau de linoléum qu'elle taille au stylet. Elle grave, avec une grande précision, les caractères gothiques et l'aigle du Reich, et confectionne de faux tampons, de fausses cartes d'identité, de faux contrats de mariage et de faux livrets de famille, en choisissant souvent pour lieux de naissance fictifs des communes dont les archives avaient été détruites par les combats, telles que Toul, Étain ou Roubaix. Son matériel de gravure ne la quitte jamais : elle le transporte dans un petit sac de toile d'une dizaine de centimètres, fermé par un cordon[1],[3].

Ses déplacements la conduisent à Aix-en-Provence, à Bordeaux, à Lezay et dans la région parisienne. À Bordeaux, elle travaille au profit du groupe de résistants protestants organisé autour du professeur Jacques Ellul et du pasteur Pierre Fouchier. À Lezay, elle dispose au presbytère d'un bureau à double fond où elle dissimule ses tampons ; les formulaires vierges sont imprimés par Adrien Chopin, maître imprimeur. C'est par l'intermédiaire d'Édith Cérézuelle que le contact est établi avec Jean Bernyer, responsable bordelais du réseau de renseignement F2 : entre 1941 et 1942, elle taille pour lui une douzaine de tampons correspondant à des mairies de zone non occupée, qui servent à produire environ 200 cartes d'identité. Parmi les nombreuses personnes qu'elle met à l'abri figurent des membres des familles Hertz et Weil, Juifs strasbourgeois réfugiés dans le Sud-Ouest, ainsi que des proches de la famille Spira, originaire de Levallois-Perret[1],[2],[3].

Elle maintient par ailleurs un lien clandestin avec son fiancé prisonnier : ses messages, tracés à l'encre de Chine en caractères minuscules sur papier cigarette, sont dissimulés entre deux pétales de tilleul encollés l'un contre l'autre ; plongés dans l'eau chaude, les feuillets se séparent et le texte devient lisible[3].

Engagement militaire

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En , Hélène Schweitzer s'engage volontairement dans les Auxiliaires féminines de l'armée de terre (AFAT). Affectée comme agent de liaison au 1er groupe de commandos de choc puis au service de santé, elle participe aux campagnes de libération d'Alsace et d'Allemagne. Elle est démobilisée le [1],[3].

Le , Hélène Schweitzer épouse Émile Rosenberg à Strasbourg libérée, tous deux en uniforme. Elle se convertit au judaïsme à la fin de la guerre, conversion qui engendre des tensions durables avec sa mère, restée attachée à la tradition luthérienne, bien que mère et fille aient longtemps partagé le même logement. Elle décède le à Strasbourg et est inhumée au Cimetière israélite de Cronenbourg[3],[2].

Reconnaissance

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Une rue de Schiltigheim, sa commune natale, porte son nom. À Lezay, une stèle commémorative lui rend hommage aux côtés du pasteur Pierre Fouchier, avec lequel elle collabora durant l'Occupation[4].

Distinctions

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« Jeune Alsacienne engagée volontaire aux Commandos de France, Mise au Service du Groupe (Service Social et Service de Santé) une activité et un dévouement inlassable. A réclamé et a obtenu d'être mise à la disposition du service de Santé. A fait preuve en ces circonstances et notamment à Unterrotenbach le 11 avril 1945 d'un courage et d'une énergie admirable. »

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 Le Normand 2016.
  2. 1 2 3 4 5 Marie-Cécile Bouju, « Schweitzer Hélène, épouse Rosenberg », sur Maitron, (consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 6 Jean Hertz, « Hélène Schweitzer », sur Mémoresist (consulté le )
  4. 1 2 3 « Dossier no 9764 — Hélène (Schweitzer) Rosenberg », sur Yad Vashem France (consulté le )

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Bertrand Lachaud et Eric Le Normand, Association pour des études sur la Résistance intérieure des Alsaciens (AERIA) (ill. Christophe Clavel), « Hélène Schweitzer », dans Eric Le Normand, La résistance des Alsaciens, Fondation de la Résistance, département AERI, (ISBN 978-2-915742-32-9). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article DVD pédagogique.
  • Jean-Claude Richez, Léon Strauss et Hélène Bigot, Résistantes et résistants strasbourgeois, EDBH, coll. « Histoires entre deux siècles », , 226 p. (ISBN 978-2-493781-33-8), « Schott Louis », p. 144.
  • Maguy Gallet-Villechange, « Deux-Sèvres - Hélène Schweitzer, virtuose de la falsification - Une artiste exceptionnelle, Juste parmi les Nations en Poitou », Le Picton, no 200,‎ , p. 15-20.
  • « Hélène Schweitzer-Rosenberg », Dernières Nouvelles d'Alsace,‎ .
  • Denis Tricard, « A l'Hôtel de Ville de Strasbourg - La Médaille des Justes pour deux familles - Hélène Schweitzer-Rosenberg et Charles Altorffer », Dernières Nouvelles d'Alsace,‎ .

Articles connexes

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Liens externes

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