Ie congrès du Front national

Le Ier congrès du Front national se tient a huis clos, les 28 et 29 avril 1973 à l’hôtel PLM Saint Jacques à Paris. En cette première année de l’alliance Ordre Nouveau-Front National, deux congrès doivent redéfinir les relations entre les mouvements dont celui du Front national est le premier. Il intervient quelques semaines après les législatives de mars 1973 qui ont fait office de premier combat électoral pour le jeune parti.

Ier congrès du Front national
Image illustrative de l’article Ie congrès du Front national

Type Congrès
Édition 1re
Localisation Paris
Organisateur Front national
Date 28 et 29 avril 1973

Contexte

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En janvier 1973, une partie de la direction d’Ordre Nouveau envisage une dissolution pure et simple à l’intérieur du Front national. Cette option est portée par François Brigneau et soutenue par François Duprat et son ami Alain Renault.

Jean-Marie Le Pen lors d’un discours en janvier 1973 en présence de François Brigneau et de Roger Holeindre

Pour Jean-Marie Le Pen, il est convenu qu’Ordre Nouveau « devait se dissoudre », ses membres intégrant le Front national. Cependant ce n’est pas le cas. Il signifie alors à Alain Robert qu’il ne peut demeurer à la fois aux secrétariats généraux du FN et d’ON et qu’il se doit de choisir. Alain Robert optant pour ON, Victor Barthélémy prend en main le secrétariat du FN[1].

Le premier tour des législatives de mars 1973  signe la débâcle pour le Front national avec 2,3% des suffrages dans les circonscription où il était présent en moyenne et 1,32 au niveau national. Beaucoup à Ordre Nouveau se montrent alors déçus de ces résultats[2].

le premier congrès du Front national, qui se déroule à huis clos, intervient alors dans un contexte déjà difficile pour le parti. Ayant notamment un problème économique existentiel, le Front national se donne quatre ans pour s'implanter durablement dans le paysage politique français, alors très largement dominé par le gaullisme pompidolien[3].

Déroulement et travaux du congrès

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Selon un document interne le but principal du congrès est « d’étudier et de régler les problèmes d’organisation du Mouvement ».  Le congrès est donc l’occasion pour les délégués des fédérations départementales de définir les orientations politiques du parti. Ils procèdent aussi au renouvellement du comité central et à l’élection des organes directeurs. 184 délégués de provinces et de la région parisienne sont présents[4].

Jean-Marie Le Pen en février 1973

Composée des six membres fondateurs mentionnés dans les statuts d’octobre 1972, la direction du FN n’est pas remaniée. Elle reste composée de : Jean-Marie Le Pen , François Brigneau (représentant d’Ordre nouveau), Alain Robert (représentant d’Ordre nouveau), Roger Holeindre (issu du Parti de l’unité française), Pierre Bousquet (issu du Parti de l’unité française et représentant de Militant) et Pierre Durand (ami de Jean-Marie Le Pen)[5].

Une motion sur les orientations du parti est adoptée. Cinq ans après, la réaction aux événements de mai 68 imprègne très largement le corpus idéologique du FN. figurent donc parmi les premières revendications l'abrogation de la loi Faure. Cette réforme de l'université adoptée à l'automne 68 est présentée par le parti d'extrême droite comme la "cause essentielle du chaos qui introduit la politique à l'école et permet à la subversion gauchiste et aux professeurs pourrisseurs de détruire ce qui fut une des forces de la France"[3].

A l’issue de leur travaux, les délégués congressistes adoptent une motion revenant sur les principales orientations du parti, dont le renforcement de la législation sur l’immigration. Il s’agit, précise Jean-Marie Le Pen, de ne pas « laisser se créer en France les conditions qui engendrent des tensions raciales ». Le président du FN mandate alors le bureau politique pour qu’il engage une campagne nationale en faveur du droit d’information sur le thème de l’immigration[4].

Enfin la motion adoptée déclare que le parti : « réaffirme sa volonté de construire l'unité des forces nationales ; approuve l'action menée depuis la naissance du Front national par son bureau politique et son comité directeur ; leur demande de mettre rapidement sur pied l'organisation moderne de la droite sociale, populaire et nationale telle que définie par le congrès ; exprime sa volonté de participer à toutes les batailles électorales, et en particulier aux prochaines élections cantonales. »[6].

La suite du programme répond aux exigences des différentes chapelles qui constituent alors l'alliance nationale : restauration de l'autorité et de la morale, liberté de l'enseignement et neutralité politique et philosophique de l'enseignement public, suppression de la conscription et son remplacement par une armée de métier[3].

Jean-Marie Le Pen annonce également une réforme des structures locales permettrait notamment de créer des délégués cantonaux et des sections départementales du Front national[6].

Analyses

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Pour l'historienne Valérie Igounet, les congressistes expriment clairement leur intention de voir le FN devenir une organisation permanente. Point sur lequel Ordre nouveau émet des réserves notamment du fait de la relative « modération » du FN et sur sa volonté de participer activement aux nouveaux débats politiques et sociaux.

Pour de nombreux observateurs, lors du congrès, les délégués d’Ordre Nouveau ( qui possèdent 50% des mandats), commencent à devenir méfiants car pour eux le Front national doit rester une étape, un « passage obligé » vers la création d’un grand parti de masse nationaliste-révolutionnaire. Alors que pour Jean-Marie Le Pen le Front National doit rester politiquement en retrait par rapport aux thèses que défend Ordre Nouveau sous peine de rebuter un électorat, alors même qu'il cherche a attirer les mécontents à la droite de la majorité présidentielle et ceux qui ne se reconnaissent pas dans la droite traditionnelle[7].

Pour le politologue Jean-Yves Camus, lors de ce congrès d’avril 1973, Ordre Nouveau émet clairement le souhait de sortir du FN et de relancer l’activisme, qui lui semble le moyen le moins couteux et le plus efficace pour mobiliser la jeunesse et provoquer de la publicité[8].

Si François Brigneau tente de calmer le jeu en continuant l’expérience démocratique, certains éléments plus radicaux s’en prennent nommément à la direction du Front national lors du congrès. A l'instar d'Alain Robert qui cherche à renouer avec les vieilles méthodes fondées sur les joutes physiques dans les universités. Le pacte d’alliance est cependant reconduit avec Ordre Nouveau à la clôture du congrès mais la procédure de divorce est engagée entre Le Front national et Ordre nouveau[2],[7].

Pour les politologues Nonna Mayer et Pascal Perrineau, Jean-Marie Le Pen privilégie donc lors de ce congrès le renforcement du parti en nommant Victor Barthélémy au secrétariat administratif[9].

Références

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  1. Nicolas Lebourg,Jonathan Preda et Joseph Beauregard, Aux racines du FN, Jean Jaures fondation, , 122 p. (lire en ligne), p. 93-94
  2. 1 2 Géraud Durand, Enquête au cœur du Front national, Paris, Jacques Grancher, , 249 p. (ISBN 2-7339-0514-7), p. 26-27
  3. 1 2 3 Geoffroy Clavel, « Le dernier congrès du Front national parviendra-t-il à faire oublier le premier? », HUFFPOST, (lire en ligne)
  4. 1 2 Valérie Igounet, Le Front national de 1972 à nos jours, Seuil, , 495 p. (ISBN 978-2-02-107826-8), p. 47
  5. Laurent de Boissieu, « Rassemblement national : ces congrès qui ont marqué l’histoire du parti », La Croix, (lire en ligne)
  6. 1 2 B.B., « Le Front national poursuit ses activités et participera aux élections cantonales », Le Monde, (lire en ligne)
  7. 1 2 Joseph Lorien, Karl Criton et Serge Dumont, Le système Le Pen, EPO, , 336 p. (ISBN 2872620133), p. 106-107
  8. Jean-Yves Camus, Le Front national, Olivier Laurens, , 279 p. (ISBN 2-911838-01-7), p. 24
  9. Nonna Mayer et Pascal Perrineau, Le front national à découvert, presse de la fondation nationale des sciences politiques, , 366 p. (ISBN 2-7246-0564-0), p. 21